La vérité du drame est dans ce pur espace qui règne entre la stance heureuse et l'abîme qu'elle côtoie : cet inapaisement total, ou cette ambiguïté suprême. Saint-john Perse
Marcher comme ça, oh sans que le tout autour se prenne pour le papier-peint de la mode à suivre, le décor auquel le regard doit se satisfaire. Marcher juste comme ça sur la pelouse sans intention de nuire à l’ordre, juste libre de sourire sans demander, sans se cacher, sans se retenir.
Avoir le respect de se faire simplement l’amour à sa vie.
J’me sens saxophone, genre petite fleur soprano. Pétale-moi dans le sens que tu voudras, chaque instant de tes frissons c’est un départ qui frémit. Les églises contiennent des chants que les bancs retiennent en rang. Jouons à saute-mouton liés l’un dans l’autre. Le prêche peut monter en chaire, si on se prie des yeux rien qu’au fil du courant, on se retrouvera train de bois à ramasser tous les arbres du chemin. Un arbre de vie qui a naturellement besoin de se lier à la terre, au ciel en mettant sur le cintre de ses branches le vent et la pluie, à l’invite, des nids chambres d’hôtes pour les plumes à peindre, est vue sur l’ô séant.
J’te couche dans le rêve qui cargue ses voiles. Embarque.
La nuit les arbres ne dorment que d’une branche, ils laissent au vent les envies de sommeil, aux étoiles de la veillée les phantasmes du laissez danser s’allument; c’est pas une valse, la lune c’est le tango qu’elle met en mouvance le long des troncs, où elle laisse serpenter le reflet de ses cuisses souples. Les gourmandises de la sensualité s’emparent des tubes de couleur, ils connaissent les tons de terre, les ocres, la pulpe des jaunes vénitiens, carminés d’envies charnelles, ils dégueulent des rouges où les jaunes verdissent à devenir violets comme une histoire de Parme qui s’enlace tout autre. L’écorce est dans un coin de tapis, sur la paille d’une chaise, tenant compagnie au pantalon défait du boxer qui a bouffé la chemise et ses carreaux. On ne peut se sentir, l’arbre et moi que totalement nus. Qui peint l’autre, chacun son tour, ou en même temps, quelle importance la question n’est pas plus de mise que les vêtements.
Sur ton épaule je t’avale à respirer ma Muse
Partout où j’ai pu résider, le temps d’un passage, où dans une station prolongée, j’ai toujours eu un arbre que la lune mettait en marche pour me sortir et m’emmener ailleurs. Au pays où on les plante et où jamais on ne les scie. La relation est aussi forte qu’au début, elle me fascine. Jamais la question de sa normalité ne s’est posée à mon esprit. Tout ce qui est affaire de coeur, est coupé de la tête. La poésie repousse l’encre cérébrale.
Présentées et annotées par Carlos Baker / Traduites de l’anglais par Michel Arnaud
GALLIMARD
Page 332
À PAULINE HEMINGWAY, en mer 1, vers le 28 mars 1928
Chère Miss Pfeiffer ou puis-je vous appeler « Mrs. Hemingway » ?
Nous en sommes à cinq ou six jours de notre voyage direction Cuba qui promet de s’étendre indéfiniment dans l’avenir. Je me suis souvent demandé ce que je devrais faire du restant de ma vie et maintenant je le sais – j’essaierai d’arriver à Cuba.
Il est certainement bigrement difficile d’essayer d’écrire. Toi tu es si belle et si talentueuse et tu n’as jamais mal à la gorge et tu ne dis jamais « Peut-être Mr. Hemingway mon mari ne peut-il pas jouer assez bien pour mériter votre intérêt. »
Mais on ne peut pas empêcher ce foutu bateau de tanguer. Seule Mothersills le pourrait et cela pas longtemps.
J’ai lu la documentation concernant les agréments des autres paquebots – l’Orcoman, l’Orita, l’Oroya etc…et ils ont tous des gymnases et des lits et des lits à deux personnes et des nurseries pour les enfants qui en résulteront mais notre bateau a des petites cellules à 250 dollars pièce et on aurait tout aussi bien pu payer 250 dollars à un bon ordre monastique (si ledit ordre pouvait se contenter de si peu).
J’ai découvert ce qui donne cet air furtif à notre ami indien – il a le cou si court qu’il doit tourner les épaules quand il regarde autour de lui. Toi d’autre part tu n’as aucun défaut mais ce bateau est le Royal Mail Steam Packet et je n’ai pas de [un mot illisible] à part ce quelque chose qui s’est pris à cette plume (peut-être l’un de tes cils) et qui maintenant a disparu et que peut faire un gars.
De toute manière je t’aime et si tu me pardonnes cette lettre vaseuse je t’en écrirai une belle un de ces jours. Seulement dépêchons-nous d’arriver à La Havane et à Key West et puis de ne plus bouger et de ne plus prendre les paquebots de cette ligne. La fin est faible mais Papa l’est aussi.
Affectueusement,
Papa
1- A bord du RMS Orita, parti de la Rochelle direction La Havane.
De là,
où mon oreille s’est arrêtée
j’ai gardé aux yeux l’image d’un monde humain
Un voyage
commencé il y a bien longtemps et qui n’en finit pas
tenu par la main de grands hommes
si humbles que la foule est toujours passée à côté
Ne troublant rien de la Beauté
qui
avec la perfection n’existent que grâce aux défauts
Les silences suivent le rythme des instants partagés, seul ou à plusieurs, stimuli en figure de proue. Tantôt la surface est sans ride, tantôt une vague est à franchir. Les nuits sont fraîches, entre soir et matin, l’amplitude suit le pinceau du soleil, et ça me dilate le métal, au point de me courbaturer les entretoises, ainsi parlait le vieux pont-transbordeur de Martron, qui traversait personnes et choses d’une rive à l’autre de la Charente, vers d’autres eaux au Sud-Ouest de Rochefort. Aujourd’hui, il promène les enfants et les nostalgiques en laissant les voitures prendre le viaduc qui le snobe du haut de ses piles prétentieuses dénuées de cette majesté sculpturale, qui est l’apanage des grands ouvrages du 19°.
Les fleuves seront toujours la marque d’une vie humaine, que le Grand Nautonnier traverse , en laissant au courant le transport de nos années. Entre des tours de malice et de continents, j’ai les yeux qui flottent d’un âge à l’autre. Age tendre comme une herbe courte, qui perle de gouttelettes entre ses couches.L’ombre des nuages, avance, poussée par des souffles musicaux. Elle glisse comme un tapis volant, emportant le souhait de toutes les escapades, au loin des ici, au bord de ailleurs. Les châteaux-forts étirent les remparts de Carcassonne, aux donjons cathares, pour que Soeur Anne voit venir les 3 mousquetaires au secours de Don Quichotte. Ramassés aux lés des rivières, les glands du grand arbre font la chaîne, dans la ronde d’un rire d’enfants. Arrive le jou où les grands récoltent la part de tracas que les enfants représentent. Ce que nous avons été en tant qu’enfant jouera un rôle imminent au moment où face aux nôtres nous devrons sauter les obstacles bien particuliers que toute séparation comporte. Sur leurs chevaux de bois, ils sont d’une prochaine croisade, rien n’est jamais pareil dans un recommencement éternel.
Comme une bande des cinés muets, le noir-et-blanc cède la parole au technicolor. Seuls, les chemins se creusent un peu plus, ils ne veulent pas perdre la trace des pas précédents, s’amollissant à la pluie, pour le strict nécessaire à la nouvelle empreinte. Nous avons des rejets au pied, comme l’arbre qui nous symbolise. Quoi que ça puisse faire remonter, il faut les couper. Sans que cela atteigne la vérité du lien qui les unit à la racine, les trancher vivifie, en ne laissant pas des adhérences malignes se développer. Être épanoui, c’est se donner le moyen de mieux traverser vers les autres.
Les allées du jardin gercent, dans les pissenlits un oeuf brisé tremble, le jaune au centre du vert.
La Marguerite, cou tordu vers la réponse, baisse les yeux sur les doigts qui la déshabillent…
Anxieuse, m’aime-t-il comment ? Un peu, pas du tout énormément,,,
La fontaine a tout bu, il faut racler les sots.
A la blancheur des maisons qui s’étagent en espaliers, le bleu des moucharabiehs dissimule mal les ancres noires de l’abstinence.
L’absence de foi donne un goût âcre aux vains de messe, entre l’appel du muezzin, les sermons de l’aigle de Meaux, l’ouverture à huis-clos du 49,3
qui,
hormis le poète fou que l’espoir nourrit, se souvient de celui du 18 Juin ?
Toi te souviens-tu quand nous avons-traversé la Manche à l’aller ? Ceux de Dunkerque furent parmi les premiers à nager. L’opulence avec ses obésités huileuses, dans l’installation des loisirs, a fait un sacré boulot, ya pas à dire, entre 36 et 68 le grand écart politique à mis la gauche à droite, mis à part les lampistes qui au milieu de tout ça n’ont pas changé d’un iota,
le cou du grisou n’a fait que s’allonger.
Quelques espagnols qui, entre Guernica et Franco, avaient échappé au garrot, s’étaient installés dans la peinture, l’écriture, la poésie.
Le rouge chez l’ibère ça crépite comme un immense feu qui brase l’union sacrée avec la vie,
Et ça c’est cri :
OLE comme CORRIDA !
Tiens j’repense à la Manche, dans le sens retour, te souviens-tu des drapeaux qui flottaient aux fenêtres de la Rue de Verneuil ?
Bien sûr, même que le crémier qu’avait fait son beurre avec l’occupant, non seulement c’était ses fenêtres qui en avaient le plus, mais comme il était beau son brassard tricolore, avec FFI écrit dessus….
A quelque pas de là en Raspail, les barreaux du Cherche-Midi ne retenaient plus rien des cris que les lettres des Fusillés avaient posté. !
– Qu’est-ce que l’art demanda un enfant , craie à la main ?
– Un bon placement répondit le Ministre de la Culture, si tu es dans la côterie des galeristes, qui en dehors du fric à en tirer, n’en ont pas la moindre idée.
– Nous avons fait un grand pas en avant de ce point de vue sur l’oeuvre artiste-hic.
Là où on moule l’esprit l’aqueux s’allonge, là où l’artiste s’exprime au seul profit du regard de l’autre, l’ennui fait souche.
L’arbre de vie
Va chercher de l’eau Au fond du puits ! Va chercher de l’eau Je t’en supplie ! Va chercher de l’eau Et l’arbre de vie
Tout contre nos coeurs Déjà refleuri Va chercher de l’eau Au fond du puits Tout au fond du puits Des souvenirs Laisse aller les jours A jamais enfuis Puisque nos vingt ans Vont nous revenir
Alors toutes nos amours Vont repasser Pour faire un seul amour Car nous avons Découvert aujourd’hui L’arbre de vie
Va chercher de l’eau Au fond du puits
Va chercher de l’eau Je t’en supplie Pour nous deux Le temps va recommencer Nous ne verrons plus Passer les années
Va chercher de l’eau Et l’arbre de vie Tout contre nos coeurs Déjà refleurit L’arbre de vie L’arbre de vie
Leny Escudero
Les dunes dans leurs frissons ont du mal à retenir les caresses du vent sur le sable. Les agapanthes dressés embrassent les trouées de nuages. Au bord du chenal deux bouées en marcel à rayures, se gonflent la poitrine d’un air de traversée. Il y a ce qui part et tout ce qui ne reste pas, trop de choses s’effacent sous l’apparence d’être là. L’homme n’est fidèle à lui-même que dans l’infidélité faite à ses promesses.
Instinctivement je cueille une mèche à ton front
curieusement elle fouille
remue
et retourne ma poitrine
pour trouver ce qui se cache sans motif apparent
dans l’emploi du tant d’une journée pastel
Cette clairière ferait tonsure dans le touffu ‘incompréhensible
C’est en plein large, pris dans l’étau de la mer et du ciel que ces suspensions sont le plus perceptibles. On tient sa pensée avec la paume vide, on est debout sans plus sentir ses pieds, un oeil à côté de l’autre, bien en peine de réunir les deux bouts de l’horizon. Où est-on vraiment, si ce n’est dans la cuisine où tu prépares le repas de midi, dans la salle d’ô, repassant tes formes au miroir, derrière le rideau des arbres qui commencent le bois de pins, tirant à eux l’odeur de la première vague léchant la plage. Etre ensemble séparés c’est naviguer sur un bateau-fantôme dont l’avant marche complètement derrière. Sous la poussée de deux vents contraires.
Où sont-elles restées les marques des courses animales
passées au travers des pierres
disséminant ici et là
faines et glands
Sans demande des lèvres
la nuance insère la teinte de la vibration
au blanc no man’s land
poussant la couleur intérieure a se prononcer
Le silence change de portée
nous amenons nos doigts au coeur de l’herbe a tresser des paniers
La gorge en feu le soleil irradie les vases de verts maraîchins
les lentilles gardent notre reflet au secret
le temps d’un nuage transbordeur
Aux frémissements désordonnés de tes seins
mes lèvres attrapent la cadence
je ratèle ton ventre de mes dents
pour retenir la senteur de ton creux
L’arbre surgit de temps de poussée
mirliton dépliant sa musique
aux extrémités de ses bras
tranquille
insignifiant
telle cette force qu’aucun pouvoir tramé ne saurait avoir
Un témoignage sans droit de gage
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