La vérité du drame est dans ce pur espace qui règne entre la stance heureuse et l'abîme qu'elle côtoie : cet inapaisement total, ou cette ambiguïté suprême. Saint-john Perse
Ces incessantes et phosphorescentes traînées de la mort sur soi que nous lisons dans les yeux de ceux qui nous aiment, sans désirer les leur dissimuler.
Faut-il distinguer entre une mort hideuse et une mort préparée de la main des génies? Entre une mort à visage de bête et une mort à visage de mort?
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Nous ne pouvons vivre que dans l’entrouvert, exactement sur la ligne hermétique de partage de l’ombre et de la lumière. Mais nous sommes irrésistiblement jetés en avant. Toute notre personne prête aide et vertige à cette poussée.
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La poésie est à la fois parole et provocation silencieuse, désespérée de notre être-exigeant pour la venue d’une réalité qui sera sans concurrente. Imputrescible celle-là. Impérissable, non; car elle court les dangers de tous. Mais la seule qui visiblement triomphe de la mort matérielle. Telle est la Beauté, la Beauté hauturière, apparue dès les premiers temps de notre coeur, tantôt dérisoirement conscient, tantôt lumineusement averti.
• Ce qui gonfle ma sympathie, ce que j’aime, me cause bientôt presque autant de souffrance que ce dont je me détourne, en résistant, dans le mystère de mon cœur : apprêts voilés d’une larme.
La seule signature au bas de la vie blanche, c’est la poésie qui la dessine. Et toujours entre notre cœur éclaté et la cascade apparue.
Pour l’aurore, la disgrâce c’est le jour qui va venir; pour le crépuscule c’est la nuit qui engloutit. Il se trouva jadis des gens d’aurore. À cette heure de tombée, peut-être, nous voici. Mais pourquoi huppés comme des alouettes?
René Char
Ô combien tu m’es de commune présence aujourd’hui encore René…je te croise vêtu de jaune aux quatre coins de l’hexagone et c’est beau comme l’espoir remis au fronton de la devise républicaine qu’un triste sire et sa cour piétinent.
Abus de pouvoir allant jusqu’à interdire l’intention .
Vos allégations minimisantes sont en train de vous rentrer dans la gorge…petit-ministre de l’Intérieur, lèche-bottes à la solde du Roi des Riches…
Peter Sloterdijk ou le gai savoir du temps présent
A 70 ans, le « colosse de Karlsruhe » est l’un des penseurs les plus stimulants et érudits de l’Europe des idées.
LE MONDE | • Mis à jour le | Par Nicolas Truong
Peter Sloterdijk, à Cologne en 2016. Le philosophe est un de ceux qui ont le mieux analysé le phénomène de la globalisation. Henning Kaiser/dpa/AP
Peter Sloterdijk est un agitateur métaphysique, un romancier du concept, un intellectuel omnivore. Tout, chez lui, est matière à méditation, de la guerre des monothéismes à l’essor de la globalisation, du triomphe de Donald Trump à l’élection d’Emmanuel Macron. Avec sa célèbre trilogie des Sphères (Bulles, 2002, rééd. Fayard/Pluriel 2011 ; Globes, Fayard/Pluriel, 2010 ; Ecumes, Libella-Maren Sell, 2005), œuvre foisonnante de plus de deux mille pages, il a décrit la morphologie générale de l’esprit humain qui se protège de l’insécurité existentielle par de multiples bulles protectrices, religieuses ou métaphysiques, commerciales ou politiques.
Il est de ce fait un de ceux qui ont le mieux analysé le phénomène de la globalisation qui parachève cette « sphérologie » audacieuse (Le Palais de cristal, à l’intérieur du capitalisme planétaire, Libella-Maren Sell, 2006). Le monde des Grecs nous englobait (avec ses corps célestes et la voûte étoilée), celui des grands explorateurs éprouvait la rondeur de la Terre par voie de mer (avec la circumnavigation), celui d’aujourd’hui nous permet de fairevenir le monde à nous sur nos écrans miniaturisés : « Nous englobons le monde. »
Renverser les valeurs
A 70 ans, retraité de la fameuse Hochschule für Gestaltung (université des arts et du design) de Karlsruhe (Allemagne), dont il fut un temps le recteur, il demeure également un infatigable polémiste. Un trublion qui veut en finirnotamment avec la « fiscocratie » de nos sociétés (Repenser l’impôt, Libella-Maren Sell, 2012), au risque de s’attirer les foudres des progressistes allemands, le philosophe Axel Honneth en tête, qui s’insurge contre « la jactance »antisociale de cette « coqueluche des médias » qui laisserait entendre que les pauvres volent les riches (Le Monde, 24 /10/2009).
Mais Sloterdijk ne renonce pas. Aussi éloigné de la « médiocrité postextrémiste »de la gauche radicale que de la « tautologie moralisante » de la nouvelle philosophie, il cherche à renverser les valeurs et, à l’opposition classique entre le bien et le mal, préfère celle « entre le lourd et le léger », entre ce qui alourdit l’existence et ce qui la rend plus légère.
« La philosophie que l’on choisit dépend de l’homme que l’on est », écrit-il dans Tempéraments philosophiques (2011, rééd. Fayard/Pluriel, 2014). L’homme est un colosse sensible, drôle et mélancolique. Un travailleur acharné qui écrit 20 pages par jour et parcourt 40 kilomètres à vélo, surtout lorsqu’il peut les faire dans le Pays de Grignan (Drôme) qu’il aime tant, et où il réside dès qu’il en a le temps.
Car Peter Sloterdijk considère la France comme une « éternelle fiancée » tout comme « une implosion spirituelle permanente » qu’il dépeint avec amour, acuité et ironie (Ma France, Libella-Maren Sell, 2015). Avec ses allures de géant nordique érudit, ses cheveux et ses idées en bataille, la fausse nonchalance d’un animal aux aguets, il bouscule le petit monde de la philosophie.
Odyssée conceptuelle
Dès son premier livre, que Jürgen Habermas salua comme un « événement »dans l’histoire des idées – avant de s’opposer à lui quelques années plus tard lors de la polémique suscitée par ses Règles pour le parc humain (1999, rééd. Fayard, 2010) –, Peter Sloterdijk rompt avec la posture apocalyptique des maîtres de la théorie critique. Contre « l’agonie » de la philosophie, il ravive l’ironie du cynisme antique (Critique de la raison cynique, 1983, rééd. Christian Bourgois Editeur, 2000). Et réhabilite un gai savoir philosophique.
Pour les uns, ce « nietzschéen de gauche » serait devenu aujourd’hui un « néoréactionnaire », avec sa savante mais virulente charge contre « les enfants terribles de la modernité » sans père ni repère, qui prétendent faire table rase du passé (Après nous, le déluge, Payot, 2017). Pour les autres, il est celui qui a le mieux théorisé le temps présent. Sa méthode ? Le conte philosophique touffu et érudit, l’odyssée conceptuelle. Car « pour éclairer la situation, il faut de grands récits », dit-il.
A L’OPPOSITION CLASSIQUE ENTRE LE BIEN ET LE MAL, PETER SLOTERDIJK PRÉFÈRE CELLE « ENTRE LE LOURD ET LE LÉGER ».
Artiste de la métaphore et de l’image conceptuelle, son style, à la fois aérien et robuste – français et allemand, aurait dit Nietzsche – est admirablement servi par son traducteur, Olivier Mannoni. « Quand on est son invitée, on le voit devant ses lourdes casseroles en train de préparer avec minutie un mets succulent parsemé de réflexions de haute volée métaphysique », témoigne son amie et éditrice Maren Sell qui publie en France cet « être continuellement inspiré, comme si un petit génie était en permanence accroupi sur son épaule lui chuchotant ses fulgurantes observations ».
Une aventure qui dure depuis son Essai d’intoxication volontaire (1997, rééd. Fayard, 2010). Car, oui, il faut être« intoxiqué par son époque » pour mieux la penser, explique Sloterdijk. Vivre des expériences, pratiquerdes exercices spirituels. Aller même – comme il le fit dans sa jeunesse – jusqu’à l’ashram de Poona en Inde et suivre le gourou Bhagwan Shree Rajneesh, ce « Wittgenstein des religions », dit-il, qui animait des « séminaires érotiques » aux « règles frivoles ».
Européen convaincu, Peter Sloterdijk a, lors de la campagne présidentielle, « vivement » salué la candidature d’Emmanuel Macron, « parce qu’il est le seul à apporter un concept actif et positif de l’Europe », invitant ses amis français à « ne pas éteindre les Lumières ». Le 23 septembre, il dialoguera avec le médiologue Régis Debray, l’un des intellectuels français qui, avec Bruno Latour ou Daniel Bougnoux, entretiennent un dialogue fécond avec le colosse de Karlsruhe.
Nul doute qu’il ne partage pas l’idée défendue par Regis Debray selon laquelle l’américanisation du monde précipite la chute de la civilisation européenne. Ni, peut-être, sa critique du « nouveau pouvoir » de Macron. Mais la capacité partagée par les deux philosophes à saisir l’époque par la pensée est telle qu’il y a fort à parier qu’ils donneront à voir ce que peut être un théâtre des idées.
Au cynique, le jeu de bile manque totalement d’enfance…
Transpercé du froid qu’un bord de trottoir expose, mon regard bouquiniste se tend à la chaleur de l’image de ce qui reste de l’humain indélébile.
Sur toute Seine, la vie chalande, promenant ses enfants-affluents en dehors des tarissements de la faune et de la flore. Entre noir & blanc, Pierrot sort les dents de lait du clavier de sa boîte à musique. Pourquoi l’herbe ne serait-elle verte qu’au loin ? Nous n’aurions plus alors d’en vie de déjeuner, parce que repus de gaspillage, jours arrachés par poignées de la chevelure du tant…
Au cynique le jeu de bile manque totalement d’enfance.
Tes blés sont blonds heurs ma Petite-Fille, restée cristal.
Rire dans l’échappement du pot de merde automobile en ta parure corps de femme.
J’ai blanchi du harnais à labourer l’espoir pour nourrir l’âme en première intention.
Et la misère ne fait que proliférer par les soins des marchands de cauchemars, sous-enseigne du rêve et tête de chapitre humaniste
. Sinistre Frankeinstein issu d’un plan de Machiavel.
Sergent-recruteur enrôlant les masses crédules comme le fit autrefois
un nommé Mais Si…
Soit, dans l’embrouille des croyances, j’accorde à l’Homme droit à l’erreur.
Sauf à celle qui est rerererépétée.
L’enfant ne se trompe jamais jusqu’au jour où l’adulte lui dispense l’enseignement qu’il n’a jamais su tirer de l’Histoire…
A part la mandoline où les baratineurs chefs-de-groupe excellent, en quoi nous sont-ils utiles ?
Bientôt le jeu de domine haut va nous effondrer un peu plus.
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