D’UN  BAISER


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D’UN  BAISER

Silencieux, puisque là où les feuilles et le vent prêchent, les mots taraudent la forme avant de savoir si elle saura se dire

Remonte le geste en cours

qui prend soudain corps, le moment précis où ce que tu as ressenti s’est exprimé par ces mouvements que ton ventre n’avaient pas prononcé dans une tiédeur semblable

Alors, je ferme les yeux sur ce j’appelle égoïstement à rester au plus profond de nos creux, en restant embrassés ….

Niala-Loisobleu – 10/12/18

BRIBES (XXIV)


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BRIBES (XXIV)

Les yeux posés en arrière de Toi mon regard est devant découvert

parfois plus tremblant de vent que le brin étendu en prairie

quand sans cloisonnement d’arbres

la Chambre Sacrée

qu’est l’Atelier

entre au regard livré sans vouloir offrir d’autre que pureté

Tu es là vivante

tu présides au toucher de lin

vertèbres dressées du chevalet

jaune de soleil

tu es nue à mon côté

non-offerte au voyeurisme de propos profanateurs

MAGIE

 

Tu es ma douleur mon effroi mon amour

O imagination

Tu es mon bourreau ô livre où j’ai traduit

La montagne la rivière et l’oiseau

Tu es ma misère ô confession.

Ainsi parlait le poète déchu

Et il déchirait son livre imprimé au milieu des villes

humaines.
Mais son autre voix tout emplie d’un murmure de

saules
Répondait

Ô livre malgracieux ô poème manqué,
Erreur erreur toujours de celui qui n’a pas encor fait,

Oh tu es mon dernier lieu ma forteresse

Contre l’armée des infidèles

Ailleurs n’est plus que ruine et toi tu es l’endroit

sacré.
Le démon aurait-il vraiment manqué tout ce qu’il

voulait ?

Et que veut le démon —

Un livre
Répondait sa voix éclairée par un ancien cyprès

solaire.
Le tien le mien ou l’autre, Écris sous la dictée.
Et tous les oiseaux chantèrent plusieurs fois sur le

ciel.

Et le poète était encore une fois illuminé

Il ramassait les morceaux du livre, il redevenait

aveugle et invisible,
Il perdait sa famille, il écrivait le mot du premier

mot du livre.

 

Pierre Jean Jouve

 

 

Dans l’Atelier  ne présente rien du caravansérail

tout sauf étape à caravanier

ni port à soldats….

 

Niala-Loisobleu – 10/12/18

INSTANT TANNE


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INSTANT TANNE

Je te vois assise dans l’atelier

baguette d’orchestre odeur de peint

pression retenue tube bleu de cobalt

lèvres rose tyrien sur les joues d’un chrome orange au couchant

la menthe couchée par le vent

à genoux

en retenant les volets j’ai murmuré d’une voix douce

le regard tourné sur l’attente de livraison

un code barres muet en ligne fait feuille-morte

venu des îles le remuement poitrinaire de la mer roule les galets jusqu’à la falaise

les oiseaux-marins passent à bord des canots d’embruns

le nez coule d’un virus grippal

je t’aime en formes sur la toile

 

Niala-Loisobleu – 09/12/18

ELLE VEUT (Serge Reggiani)


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ELLE VEUT (Serge Reggiani)

Dans un pays où il n’a jamais vraiment plu
Elle est arrivée dans ma vie à l’âge ou rien n’arrive plus
A l’âge où le bonheur est synonyme de défaite
Le passé est fouineur qui vient jouer le trouble-fêteElle m’abandonne son corps, qu’elle rit ou qu’elle soupire
La peur de tout rater encore la peur, la peur voilà le pire

Il peut chavirer le bateau à tanguer sous les souvenirs
Le passé est un vieux couteau mais qui menace la nuit

Mais elle veut, elle veut, elle le veut comme je le veux
Elle veut que s’exauce un unique vœu
Elle veut, elle veut autant que je le veux
Elle veut voir se blanchir nos cheveux

Au fil des jours, au cours des mois, au temps de guerre et de caresses
Quand elle est là près de moi, je tremble pour qu’elle disparaisse
Qu’elle s’en aille n’importe où, ou qu’elle se prenne le maquis
Et le passé ce vieux filou ajoute oui et avec qui

Veiller aux grains de ses envies vieillir au creux de ses plaisirs
Lui faire des petits câlins et oublier nos déroutes
Le passé est un vieux malin qui a fait se joindre notre route

Mais elle veut, elle veut, elle le veut comme je le veux
Elle veut que s’exauce un unique vœu

Elle veut, elle veut autant que je le veux
Elle veut voir se blanchir nos cheveux
Elle veut, elle veut autant que je le veux
Elle veut voir se blanchir nos cheveux

 

BRIBES (XXIII)


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BRIBES (XXIII)

 

Aux cris cassés d’un sursaut, mes bras écartés resserrent leurs mailles pour tenir l’alevin en eau

Un disque usé boucle les pellicules d’un regain tenu par les bretelles

Le cartel de la Fête du Citron gazéifie  la plus avenue : Liberté d’Expression la déesse aux pieds nus

Détourner mes mots d’oxygène en idée aile est un sacrilège,  leur pureté, leur essence  se passent de truc en plume pour s’émettre. Les déguiser en espoir qui pesticide est d’une bassesse destinée aux rampants dont on sait qu’il faut s’enterrer pour tenter les atteindre

 

O POESIE! 

                  «Je prends le risque de m’adresser à toi, directement…»

« Je ne puis m’empêcher de te nommer
Par ton nom que l’on n’aime plus parmi ceux qui errent
Aujourd’hui dans les ruines de la parole.
Je prends le risque de m’adresser à toi, directement,
Comme dans l’éloquence des époques
Où l’on plaçait, la veille des jours de fête,
Au plus haut des colonnes des grandes salles,
Des guirlandes de feuilles et de fruits.

Je le fais, confiant que la mémoire,
Enseignant ses mots simples à ceux qui cherchent
A faire être le sens malgré l’énigme,
Leur fera déchiffrer, sur ses grandes pages,
Ton nom un et multiple, où brûleront
En silence, un feu clair,
Les sarments de leurs doutes et leurs peurs (…) »

Yves Bonnefoy – In Les planchEs courbes, Editions Gallimard/Poésie.

 

Un jour traversant le piqué d’avions de chasse, j’ai passé la Loire en plein été de jeux interdits. Les bombes avaient été bénies par un certain Pie XII pape  à la solde des exécuteurs d’amour autrement que dans le vice d’un lupanar politique. Comme j’aurais pu rester innocent, devenir l’enfant de l’imaginaire si j’avais été pourri à l’image des donneurs de leçons ?

L’amour est heureux de l’imbécile que je suis….

 

Niala-Loisobleu – 9 Décembre 2018

 

SOLEIL ETEINT


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SOLEIL ETEINT

 

A l’heure lisse les oiseaux en papiers se sont froissés les zèles aux carreaux des cahiers à spirales. En marge d’une considération conforme à la réalité, d’autres impressions  sont venues sournoisement modifier le sentiment. De modèle l’oiso se voit montrer du doigt. A la tienne et tienne. Le marronnier pris d’assaut par le faux gilet-jaune voit sa grille de protection  servir de bélier pour la casse sur un mur fourbe, autour du matelas et de l’armoire à glace en barricade des mariés de la Commune, un gamin de Paris est brûlé pour sorcellerie. Les lacets défaits, le remorqueur du Quai aux Fleurs, sort le poète du printemps. Transatlantlque torpillé, j’irai revoir ma Normandie aux croix blanches. La nuit est tombée avec un cri sinistre. La manivelle des caméras pédale en piqué. As-tu déjà laissé ta pensée se promener dans le chant brûlé d’Oradour-sur-Glane ? Rue des Rosiers, la fleuriste a baissé le rideau. Un bruit de bottes traversant les Ardennes, coud les étoiles de la haine à l’orée des poitrines. Je réhabite un wagon à Drancy, si tu savais petit l’atrocité que contient la rayure au costume tu réfléchirais à deux fois avant de pousser la porte du tatoueur. Dimanche dernier au Pathé de campagne, un film d’horreur m’a noirci le blanc. des enfants qui s’aiment Le soleil joue à la roulette russe. Fais trois noeuds à ton mouchoir, et n’oublies pas qu’ils ont été des millions à vouloir mourir pour le bonheur des autres. Me remonte en haut-le coeur ce terrifiant poème concluant qu’il n’y a pas d’amours heureuses

Niala-Loisobleu – 9 Décembre 2018

TABLEAU DE BORD


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TABLEAU DE BORD

Vols de mouettes sourdes aux bruits des canons à eau comme à mitrailles, à n’être qu’en plein sel, la blondeur des dunes servant de caleçon pour le nu que la vieillesse gardera toute son enfance.La mer du grand bassin des Tuileries pour mettre le bateau en papier à l’eau. Oléron dans l’eau, Colomb à bord du caniveau de mon Paname à la découverte de s’amérique émoi , à dos de cheval de bois du manège grande roue universelle dans la putain de vie des guerres en mondiale et en coloniale, près de son Louvre délivré de roi, obélisque et chantent les nuits chaudes à Montmartre au fond de paradis latin, Lutèce sans son maillot de bains reniflant lesbos aux accents de Marguerite cadencée  par la fanfare de l’Ecole des Beaux-Arts sans plus chercher à savoir qui fera du Tabou le crachoir du cimetière où on finira certainement tombé d’une fenêtre de l’Observatoire du genre humain à Montparnasse, avec le seul cri de Jeanne Ebuquerque valant qu’on s’arme pour une cause qui pardonnerait pas l’existence des faiseuses d’anges du dogme pas plus que la peine de mort des républiques bananières, tumulte tueuse de jeunesse. Eperdu on se bat pour ne pas voir tout se perdre, on pleure lacrymogène , on hurle le profit et ses casseurs de paix à la solde de sombres éminences, on vomit et rompu de frustration on s’y remet comme par espoir plus fou que tout à vouloir mettre de l’ordre dans l’injustice. Dans la déception présente en fin de compte l’âge que j’veux au sens littéral est celui de ma jeunesse….

Niala- Loisobleu – 8 Décembre 2018

 

https://www.youtube.com/watch?v=ELgl_lSmXXg

MIROIR MON BEAU MIROIR


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MIROIR MON BEAU MIROIR

La glace de temps phrases je viens de la retourner

derrière sans qu’il y manque un tremblement d’espoir

mes attentes sont intactes

en titre j’ai vu ton nom mon amour

et à toucher contre

cette utopie

Pour l’égalité et la fraternité

Niala-Loisobleu – 08/12/18

LA LOI ET LES PROPHÈTES


Francis Ponge

LA LOI ET LES PROPHÈTES

 

« Il ne s’agit pas tant de connaître que de naître. L’amour-propre et la prétention sont les principales vertus. »

Les statues se réveilleront un jour en ville avec un bâillon de tissu-éponge entre les cuisses. Alors les femmes arracheront le leur et le jetteront aux orties. Leurs corps,
fiers jadis de leur blancheur et d’être sans issue vingt-cinq jours sur trente, laisseront voir le sang couler jusqu’aux chevilles : ils se montreront en beauté.

Ainsi sera communiquée à tous, par la vision d’une réalité un peu plus importante que la rondeur ou que la fermeté des seins, la terreur qui saisit les petites filles
la première fois.

Toute idée de forme pure en sera définitivement souillée.

Les hommes qui courront derrière l’autobus ce jour-là manqueront la marche et se briseront la tête sur le pavé.

Cette année-là, il y aura des oiseaux de Pâques.

Quant aux poissons d’avril on en mangera les filets froids à la vinaigrette.

Alors les palmes se relèveront, les palmes écrasées jadis par la procession des ânes du Christ,

De tous les corps, nus comme haricots pour sac de cuisine, un germe jaillira par le haut : la liberté, verte et fourchue. Tandis que dans le sol plongeront les racines, pâles
d’émotion.

Puis ce sera l’été, le profond, le chaleureux équilibre. Et l’on ne distinguera plus aucun corps. Plus qu’une ample moisson comme une chevelure, tous les violons d’accord.

Tout alors ondoie. Tout psalmodie fortement ces paroles :

« Il ne s’agit pas tant d’une révolution que d’une révolution et demie. Et que tout le monde à la fin se retrouve sur la tête. »

Une tête noire et terrible, pleine de conséquences en petits grains pour les prés.

Un grief, une haute rancune que n’impressionne plus aucun coup de trompettes sonnant la dislocation des fleurs.

 

Francis Ponge