Marie-Claire Bancquart poèmes


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Marie-Claire Bancquart poèmes

Voici vingt ou trente siècles
un poète mon frère
regardait l’ insecte minuscule
cheminant le long de son bras.
Il s’étonnait avec violence
d’être là, au monde, en même temps que lui
dans un pli commun des immenses
combinaisons de l’univers.
Attentats, guerres, soleils en délire,
non loin brûlaient des villes.
Par hasard épargnés, par hasard ensemble,
entre les lignes
de l’inexorable
duraient le poète et la bête.

VIEILLESSE

Les douceurs, les rencontres
ne s’offrent plus à emporter (take away)
où serait-ce ? et pour quel petit temps ?
Mais, pour qui a souvent parcouru des espaces impitoyables
plus belles les noces,
soleil, amitié, vignes
à consommer sur place

SOUS TES PIEDS…

Sous tes pieds les oiseaux
coursent l’ombre.
Tu n’es plus déserté.
L’arbre dessine
autour de toi
l’essentiel de ta vie.
Le corps traversé par une envolée
vibre de feuilles.
L’arbre entier passe.
La nuit venue
tournent des étoiles dans nos fentes.
On ne fait qu’un. On ne sait plus distinguer notre corps des astres.

NUIT

Onze heures sonnent sous le vent.
On entend vibrer les vitres de la solitude.
On se dit :
les écorces ont froid
sous la lune
un bizarre printemps blanchit l’extrémité des tiges.

BATTEMENT

Tessons sur les vieux murs des dimanches.
Ressac des choses dans la vie étroite, enfermée
qui rentre au cœur et qui le navre.
Soudain le désir même est fragile.
Nous nous replions jusqu’à ce mince battement
qui nous sépare de la mort, juste le sang,
et si nous écoutons le paysage, ce n’est par pour aimer
sa musique
mais pour un autre bruit messager de palpitation.

pour mon corps obscur ?
Une vibration peut-être
porteuse des siennes, si cachées
seule à pouvoir les amener au jour
avec des yeux, des mots
qui les reflètent au passage
mais pauvrement.
Le secret reste
enseveli dans les cellules.

DEPUIS

Les va-et-vient de l’univers prennent toutes leurs aises.

Depuis le fossile et sa gangue minérale, une généalogie se déroule, évidente,
coquillage, poissons, poumons très doucement issus des branchies, sauriens à pattes courtes,
jusqu’à notre chatte aux yeux bleus

Et nous : l’hésitation entre eux et une race dont nous n’avons pas idées ? Retournant peut-être vers une haute mer ?
SOUVENIR
Dans le bocal secoué sonnent
des boutons veufs de leurs vêtements

avec eux une ancienne attache de ceinture
en rhodoïd, noire avec des fleurs.

On se rappelle un mince lien
autour
d’une robe épaulée, en crêpe,
il y a soixante ans

odeur un peu acide, un peu douceâtre,
qui n’a plus sa pareille.

Un souvenir du corps
et même
de la figure de jadis, marquée d’amertume,
serre la gorge comme
un assassin sans nom

après un combat disparu, à peine ébauché du reste,

le cœur n’y étant pas.

Je VOUDRAIS

Je voudrais pouvoir palper tes notes
dans une caverne sans lumière, sans reflets
où deviendrait sensible
le grain de leur chair

je voudrais pouvoir
confondre cette chair avec la mienne
la faire entrer comme
en inversion
d’un accouchement

dans mon corps

dans
une réelle peau du son,

dans tout l’impossible

En replantant des ellébores
je te parle
de nourrir le cosmos :
rien que cela

une cuillerée de terre
pour la racine encore visible

une cuillerée
pour achever d’emplir le pot

une
pour le globe tout entier

la dernière
pour sa verticale vers l’énigme.

BETE ECRIVANTE

Tu comprends quelque chose, toi la bête écrivante,
aux mouvements de fond dans ton corps ?

Par là circulent
les histoires au milieu de l’Histoire au corps froid

ça halète, ça limite, ça apatride
dans les béances

Tu marches avec, tu dors avec
traversée par des vies d’insectes
d’hommes ou de platanes.
Et ça, tu le sors en paroles.

Voici quelques mots tiédis au passage,
qui s’éparpillent au dehors, témoignant
que tu leur as donné un peu de vie supplémentaire :

clin de temps,
cri d’amour, de refus,

dans un pli d’univers.

L’ANNONCE DU LEVE


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L’ANNONCE DU LEVE

La blancheur me pousse à l’extrême-bleu

quand tôt le froid m’a vu peindre

l’archipel où mon étrave accostait n’avait pas de possibilité de mots à amarrer

Les tôles épaisses qu’ils collent  à l’herbe

le garrot qu’ils nouent à la gorge de l’air

la mort qu’ils métastasent aux cellules vivantes

le pincement qui émascule l’enfant

l’excision qui ampute du genre

le manquement primaire fait au pouls

tout ça et plus en corps

me dit soit bleu mais à partir du blanc

qui dévoile l’accent du vrai sentiment

NOTRE JARDIN BLEU 8

est en voix de le laisser paraître ma Barbara…

Niala-Loisobleu – 4 Novembre 2018

EN ATTENDANT QUE REVIENNE LE JOUR


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EN ATTENDANT QUE REVIENNE LE JOUR

 

Les doigts encore tremblants du jardin que les ongles ont fouillés, des iris jusqu’aux noyaux, la feuille frémit comme un claquement de langue, la table de ferme s’ouvre comme une fringale…

L’armoire normande grimpe aux chaumes,

les pommiers tournent en cabane, le pressoir c’est en bolée, nous itou…

 

N/L/03/11/18

Elle ne suffit pas l’éloquence


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Elle ne suffit pas l’éloquence

 

Elle ne suffit pas l’éloquence.
Mon coeur ce soir se balance
Et glisse au fil d’une paupière
Lampion de misère
Qui n’éclaire pas ma nuit.
Homme noir mais non d’onyx,
Homme couleur de dépit
Titubant par le marais des petites haines,
Tu voudrais
Comme une alouette son miroir
Un soleil où mourir avec ta peine.
Tu cherches mais trop inquiet
Pour trouver ton Reposoir.
Rien ne brille
Ni les yeux, ni le fer, ni l’aimant anonyme
Qui libèrent de mille clous
Tes douleurs
Où l’essaim des mouches au vol boiteux
Des mouches qui n’ont qu’une aile
Allument de piètres étoiles de sang.
Jongleur,
Jongleur de paroles,
Tes mots s’écrasent contre les murs.
Ton angoisse – encore un ruban frivole –
Couronne
Un cerveau qui trop longtemps a joué au « pigeon vole ».
Les lettres du désespoir
Ce soir
Sont égales aux lettres des bonheurs d’autrefois.
Que dirai-je alors !
Que te dirai-je à toi
Frère né de mes pieds
Sur un sol où tu ne vis que pour m’épier.
Trottoir que j’ai suivi
Pour son mensonge de granit.
J’ai oublié que là-bas était la mer
Et j’ai fui l’eau miroir d’étoiles
Pour chanter une main
Dans une autre main.
Fleuve vert.
Enfance douce
Pitié pour l’homme qui passe
L’homme qui mord sa lèvre
Dans ces lèvres
Car il a peur d’oublier le goût de bouche.
Timonier brun, sous la toile bleue
La peau couleur de cheveux,
Holà ! beau voyageur,
Tu allais vers la mer
Maintenant tu marches sur les flots
Et moi qui cherche au ciel un trou, un hublot
Je suis le noyé des terres.
Dis qu’il n’est pas trop tard,
Ô mon orgueil, pour jouer au phare.
Et sur le matelas des herbes tendres
Tombe en triangles de métal.
Mon coeur aura beau hurler son mal,
Mon coeur j’en ferai des lanières,
Des lanières que je saurai teindre
Ou tordre en chiffres
Plus définitifs
Que les oeufs dans leurs coquilles
Et les momies dans leur robe d’or.
Et toi, mon corps, maudis les sens comme un malade
ses béquilles.

René Crevel (Création,1924)

Les Hauts-Fonds Éditions
© Les Hauts-Fonds
Collections Poésie et Porte-Voix

AVANT


Cette couleur que tu pulses d’un pouls régulier revient comme le meilleur de ce qui tient en vol au plus écarté. Derrière l’église à l’arrondi de l’abside, aux troncs des hanches. Cheval de tes seins tiré de stalle. J’ai ton ventre dans ma houle, le pied marin. Quand Hugon te tiendra dans la féminité de son cri tu te diras que j’hennis.

N-L-03/11/18

GRAIN D’AILE


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GRAIN D’AILE

Brillant d’avoir été au frais, sorti en commençant à chauffer le soleil tenait d’abord à éclairer. C’est vrai les intentions n’ont pas toujours l’apparence du regard que l’on peut avoir.

J’ai allumé l’atelier de l’intention de franchir, il n’a pas crispé , pourtant on dirait qu’il glace j’allume aussi Mozart, entre fous on s’entend mieux.

Que le bleu mette en marche, juste ses ouvertures de rues dans cet espace infini d’un quartier inhabité de tours dévoreuses. La barque tremperait aux cuisses du confluent, la pureté retenue au bief du moulin à marées. Le bruit du lit de la rivière, ne froisse pas les bras.

Niala-Loisobleu – 03/11/18

ALGUES AU RYTHME


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ALGUES AU RYTHME

Là, devant, la nuit coupée au chalumeau tord sa ferraille, le chiffonnier l’ajoutera aux peaux de lapins, une pierre sonne au loin, le pouls bat au-devant de l’horizon

Le regard de Marthe porte en première vague, la voix profonde de mon père me dit: « Peins frais »…

Niala-Loisobleu – 3 Novembre 2018

HERBES FOLLES


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HERBES FOLLES

 

Entre et crie le parfum, casse l’épine

j’étouffe le bruit d’avance de la pendule

sans toucher au retard mis dans la mort à paraître

 

En  fosse poplitée à mains jointes

je plie le genou de te remonter au fond du nombril

risées de ton cou plus fauves qu’avant le taire brûlé de l’insulte faite au vivre

quelques menthes dans l’anneau de sa turne…

 

N-L/02/11/18