Parce ce que tout ce qui tombe n’est pas à rejeter…


Alexandra Eldridge  (U.S.A.1948)

 

Parce ce que tout ce qui tombe n’est pas à rejeter…

 

Les marches montent le ton, tiens c’est vrai cette nuit du bleu m’est revenu d’un vieux rock in chair.

Je m’en souviens comme si c’était hier de la voix de mon Père, chantant au-dessus de la veine qui gonflait le sein de ma Mère, où je buvais mes premiers pas vers un univers qui, j’y ai toujours cru, saurait se faire autre.

Combien de temps faut-il pour que le fût du canon se froidisse ?

Elle semblait venir de loin la voix off. Pourtant rien de plus près que le voisin de palier, un échantillon pris au hasard dans le collectif ambiant d’une indifférence épaisse

Haussement des pôles.

Un machiniste entre côté court et emporte le quidam et sa question, tous les deux habillés en costume de maréchal-des-logis, autrement dit le concierge.

A l’époque où nous avions pas encore 6 ans, mon Père, ma Mère et moi, on n’aurait jamais eu l’outrecuidance de prétendre à la majorité, surtout qu’à nous trois ç’aurait bien fait 18, mais pas 21 comme exigé alors.Il parait que pour le 21 c’est 4 fois qui faut.

Mais ai-je besoin d’un retour en arrière, et pour quoi faire ? D’abord j’ai toujours 6 ans. J’ai pas à regretter ça ou ci. Je suis pas interdit d’être fou, innocent, m’aime plus pur, plus puceau. Vous saurez jamais, j’peux pas expliquer, il n’y a que mon Amour qui sache, sans besoin de mots. Tout seul il comprend le silence avant que mes lèvres remuent, moi j’marche dans ses yeux comme quand on est pas à la place du mort. On a pas envie d’se cacher, et c’est plus que dur, ce monde il accepte pas ce qui sort de ses normes de catastrophes. Le grand jour, c’est pas convenable. Tiens imagines un fondé d’pouvoirs qui en abuserait devant les autres, et qui harcèlerait l’employée sur le bureau sans attendre la fermeture. Non c’est intolérable.Il faut une morale, d’ailleurs on pense à la réintroduire, c’est drôle ce mot il résonne un peu comme viol à la tire.

Je parle tout seul à nous deux. Que je peigne ou que j’claviote, faut pas faire attention, sans prévenir, j’la sors oiseau, arbre à faines, petites maisons blotties, roulottes sur le cheval d’une guitare. J’voyage toujours, parce que j’ai vu trop de gens vieillir de jamais être sortis de leur sédentarité fixe. Quelle drôle d’idée. J’en ai les bras qui tombent. Comme des seins déchus de reconnaissance. Parce que tout ce qui tombe n’est pas à rejeter. Au contraire, tiens à voir toutes les taches de couleurs qui sont par terre au pied du chevalet, j’pourrai jamais nier qu’elles sont mon ciel à ailes toutes seules.

J’suis un petit bateau  qui nage d’avoir appris de mon Père à respecter par libre choix, agir contre le béni oui-ouisme, tenir la tête droite en aimant ce qui est digne et mordre ce qui charogne.

Niala-Loisobleu – 21 Juin 2016

mario_gomez_La_obediencia_de_la_razon_xl

 

 


L’AUTRE MATIN

Bloc-notes et pars
sans chaussettes
un noeud au mouchoir

Pourquoi ce que l’on ne fait pas
serait-il interdit aux autres ?

3 cuisines, cinq armoires, quelques plantes grasses, un ordinateur, un canapé et deux fauteuils fatigués, en haut d’un escalier à monter
il faut abattre cette cloison avant Pâques

Pourquoi l’aventure devrait-elle n’arriver qu’aux autres
si l’on vit prêt à tout ?

14 chiens, 1 chat, des poules, des canards, des lapins, un jardin de moutarde, des patates, en Décembre des roses en fleurs, sous un soleil qui pleut, les vieux tracteurs font collection à côté de la moissonneuse-batteuse qui vendange quand le vain est tiré
Aux dalles du palais des marches militaires désertent

Pourquoi il m’arrive toujours de vouloir être heureux
sans suivre pour autant le mode tripes de quand ?
Parce qu’au banal j’ai choisi d’être anormal
en aimant qui veut sans vouloir faire mal résister
à la tentation de l’abandon

Nous n’hâlons qu’à vouloir nous tirer de l’amer
et de ses aigreurs
en nageant contre le courant du jour qui meurt de ses matins disparus
comme si on voulait pas se faire à l’idée
que ce qui nous manque ne vient que de ce qu’on a cessé d’aller chercher
les pochettes-surprises de l’amour sont pleines de vide

Allah

faites fort haine je ne veux pas aller Maman
le manège des hommes
c’est qu’une baraque de tir au pigeon

Dans ma tête un Dieu est et n’est pas
toute la place est prise par l’Amour
que j’en tolère tous ses défauts à ma Terre
en me poussant d’un bout à l’autre de l’Univers
tous mes doigts noués dans sa main à ailes

La

Femme que j’aime

musique éternelle orient-occident que les cordes délient

du marché aux esclaves

Niala-Loisobleu
19 Octobre 2014 / 15 Décembre 2015