La vérité du drame est dans ce pur espace qui règne entre la stance heureuse et l'abîme qu'elle côtoie : cet inapaisement total, ou cette ambiguïté suprême. Saint-john Perse
Pris entre les petits-bois les yeux des fenêtres clignent des carreaux. Je sais ta présence mais ne donne pas quitus au rideau qui nous opaque. La transparence qu’il affiche retient trop du vécu des instants sans jambes.C’est court la vie. En laisser s’égarer l’essentiel n’est pas donner l’avantage à juste ce qui compte.
Au bout du couloir la jetée marque le seuil entre le non-dit et le cri en vol des oiseaux. Un peu comme le bec de cane et le bec de gaz, tous les deux ouvrent tout en pouvant demeurer fermés, selon le sens du tissage et le croisement des fils. Tant de jours ont tirés la laine que le nombre de pelotes fait un immense troupeau de moutons. Mais l’accent du premier jour demeure, plus appuyé en même temps que défait de ses impuretés de jeunesse.
Le lointain dans le fond, quelque soit le bout par lequel on le regarde, est toujours ce qu’il y a de plus près. Les mains tendues vers l’espoir en continu, le rapprochent comme une condition humaine palpable.
Avant que tes cheveux ne deviennent aussi longs et épais qu’ils sont aujourd’hui la blondeur de leur transparence était signe d’une accointance solaire. Au point que, sans doute dans un réflexe de survie, tu les teints ocre brun pour laisser la couleur originelle à ton intime. L’authentique se fait rare, devenant d’autant plus précieux. Un lien fort tenu secret comme l’offrande à l’autre.
Quand les doigts dessinent nos prières, ils sont du m’aime crédo sans recours à une croyance autre que celle qui les noue de la même bague. L »amour ayant sa Lumière dans ce qui constitue sa propre forme.L’énergie puise son rayonnement au noyau unique né des deux âmes pou l’essor des propres personnalités.
A la crête de nôtre vague nous puisons nôtre part de sel…
pointes en semence sur la tapisserie que l’haleine de ma pensée tisse.
Quand le bout de mes doigts,
liés des poils aux rêves que mes nuits ont voulues garder à mes jours
se mettent au clavier,
tu ne m’inventes que ce bruit de sel que déhanche l’océan.
Pas besoin de canot pour flotter,
tes seins m’ont appris la plus longue traversée
avant m’aime d’avoir pensé à nager.
Tu serais loin, qu’en corps plus près,
j’aurai la chair de poule à laisser mes yeux s’émouvoir.
Peut-être que le cap nous attend au creux de la crique
avec les deux mains ouvertes.
Peut-être que le pont s’est fait à l’idée du levis
Peut-être que là où la lune se meurt de rencontrer le soleil,
l’allumeur de réverbère est en train de monter à son échelle
Quoi quil advienne,
à part
Toi
il n’y a personne
Tu ressembles à mon enfance comme cette ficelle qui savait tout faire d’un bouchon, d’un morceau de bois, d’une craie, d’un caillou à pierres, du son de l’encre, écrin rose et coquelicot brun près de l’autre,
_ … Peut-être que je pourrai trouver quelque chose à faire à Madrid. Il y a longtemps maintenant que je fais ce boulot et je me bats depuis le début du mouvement. Il est possible qu’on me donne maintenant quelque chose à faire à Madrid. Je ne l’ai jamais demandé. J’ai toujours été au front ou dans des coups comme celui-ci. Tu sais que, jusqu’à ce que je te rencontre, je n’ai jamais rien demandé ? Ni rien désiré ? Ni pensé à autre chose qu’au mouvement et à gagner cette guerre ? C’est vrai que j’ai été très dur dans mes ambitions. J’ai beaucoup travaillé et maintenant je t’aime « , dit-il, dans un abandon total à ce qui ne serait jamais : » Je t’aime autant que tout ce pourquoi nous nous sommes battus. Je t’aime comme j’aime la liberté et la dignité, et le droit de tous les hommes de travailler et de n’avoir pas faim. Je t’aime comme j’aime Madrid que nous avons défendue, et comme j’aime tous mes camarades qui sont morts. Beaucoup, beaucoup. Tu ne peux pas savoir combien. Mais je t’aime comme j’aime ce que j’aime le plus au monde, et je t’aime encore plus que cela. Je t’aime beaucoup, petit chevreau. Plus que je ne peux le dire. Mais je te dis ça pour essayer de te donner une idée. Je n’ai jamais eu de femme et maintenant je t’ai pour femme et je suis heureux.
_ Je serai pour toi une aussi bonne femme que je pourrai, dit Maria. On ne m’a pas appris grand-chose, c’est vrai, mais j’essaierai de me perfectionner. Si on habite Madrid, c’est très bien. Si nous devions vivre ailleurs, c’est très bien. Si on habite nulle part, et que je puisse aller avec toi, encore mieux. Si on va dans ton pays, j’essaierai de parler Inglés comme ce qu’il y de plus Inglés dans le monde. J’observerai toutes les manières des gens et je ferai comme eux.
_ Ce sera très comique
Surement. Je ferai des fautes, mais tu me le diras, et je ne les ferai pas deux fois; ou peut-être deux fois, mais pas plus. Puis, dans ton pays, si notre cuisine te manque, je te ferai à manger. Et puis j’irai dans une école pour apprendre à être bonne ménagère, s’il y a des écoles pour ça, et je m’appliquerai bien.
_ Il y a des écoles pour ça mais tu n’en as pas besoin (…)
Présentées et annotées par Carlos Baker / Traduites de l’anglais par Michel Arnaud
GALLIMARD
Page 332
À PAULINE HEMINGWAY, en mer 1, vers le 28 mars 1928
Chère Miss Pfeiffer ou puis-je vous appeler « Mrs. Hemingway » ?
Nous en sommes à cinq ou six jours de notre voyage direction Cuba qui promet de s’étendre indéfiniment dans l’avenir. Je me suis souvent demandé ce que je devrais faire du restant de ma vie et maintenant je le sais – j’essaierai d’arriver à Cuba.
Il est certainement bigrement difficile d’essayer d’écrire. Toi tu es si belle et si talentueuse et tu n’as jamais mal à la gorge et tu ne dis jamais « Peut-être Mr. Hemingway mon mari ne peut-il pas jouer assez bien pour mériter votre intérêt. »
Mais on ne peut pas empêcher ce foutu bateau de tanguer. Seule Mothersills le pourrait et cela pas longtemps.
J’ai lu la documentation concernant les agréments des autres paquebots – l’Orcoman, l’Orita, l’Oroya etc…et ils ont tous des gymnases et des lits et des lits à deux personnes et des nurseries pour les enfants qui en résulteront mais notre bateau a des petites cellules à 250 dollars pièce et on aurait tout aussi bien pu payer 250 dollars à un bon ordre monastique (si ledit ordre pouvait se contenter de si peu).
J’ai découvert ce qui donne cet air furtif à notre ami indien – il a le cou si court qu’il doit tourner les épaules quand il regarde autour de lui. Toi d’autre part tu n’as aucun défaut mais ce bateau est le Royal Mail Steam Packet et je n’ai pas de [un mot illisible] à part ce quelque chose qui s’est pris à cette plume (peut-être l’un de tes cils) et qui maintenant a disparu et que peut faire un gars.
De toute manière je t’aime et si tu me pardonnes cette lettre vaseuse je t’en écrirai une belle un de ces jours. Seulement dépêchons-nous d’arriver à La Havane et à Key West et puis de ne plus bouger et de ne plus prendre les paquebots de cette ligne. La fin est faible mais Papa l’est aussi.
Affectueusement,
Papa
1- A bord du RMS Orita, parti de la Rochelle direction La Havane.
De là,
où mon oreille s’est arrêtée
j’ai gardé aux yeux l’image d’un monde humain
Un voyage
commencé il y a bien longtemps et qui n’en finit pas
tenu par la main de grands hommes
si humbles que la foule est toujours passée à côté
Ne troublant rien de la Beauté
qui
avec la perfection n’existent que grâce aux défauts
Les silences suivent le rythme des instants partagés, seul ou à plusieurs, stimuli en figure de proue. Tantôt la surface est sans ride, tantôt une vague est à franchir. Les nuits sont fraîches, entre soir et matin, l’amplitude suit le pinceau du soleil, et ça me dilate le métal, au point de me courbaturer les entretoises, ainsi parlait le vieux pont-transbordeur de Martron, qui traversait personnes et choses d’une rive à l’autre de la Charente, vers d’autres eaux au Sud-Ouest de Rochefort. Aujourd’hui, il promène les enfants et les nostalgiques en laissant les voitures prendre le viaduc qui le snobe du haut de ses piles prétentieuses dénuées de cette majesté sculpturale, qui est l’apanage des grands ouvrages du 19°.
Les fleuves seront toujours la marque d’une vie humaine, que le Grand Nautonnier traverse , en laissant au courant le transport de nos années. Entre des tours de malice et de continents, j’ai les yeux qui flottent d’un âge à l’autre. Age tendre comme une herbe courte, qui perle de gouttelettes entre ses couches.L’ombre des nuages, avance, poussée par des souffles musicaux. Elle glisse comme un tapis volant, emportant le souhait de toutes les escapades, au loin des ici, au bord de ailleurs. Les châteaux-forts étirent les remparts de Carcassonne, aux donjons cathares, pour que Soeur Anne voit venir les 3 mousquetaires au secours de Don Quichotte. Ramassés aux lés des rivières, les glands du grand arbre font la chaîne, dans la ronde d’un rire d’enfants. Arrive le jou où les grands récoltent la part de tracas que les enfants représentent. Ce que nous avons été en tant qu’enfant jouera un rôle imminent au moment où face aux nôtres nous devrons sauter les obstacles bien particuliers que toute séparation comporte. Sur leurs chevaux de bois, ils sont d’une prochaine croisade, rien n’est jamais pareil dans un recommencement éternel.
Comme une bande des cinés muets, le noir-et-blanc cède la parole au technicolor. Seuls, les chemins se creusent un peu plus, ils ne veulent pas perdre la trace des pas précédents, s’amollissant à la pluie, pour le strict nécessaire à la nouvelle empreinte. Nous avons des rejets au pied, comme l’arbre qui nous symbolise. Quoi que ça puisse faire remonter, il faut les couper. Sans que cela atteigne la vérité du lien qui les unit à la racine, les trancher vivifie, en ne laissant pas des adhérences malignes se développer. Être épanoui, c’est se donner le moyen de mieux traverser vers les autres.
La fenêtre debout sur les volets, gond au milieu des géraniums, et traverse sans qu’un clou ne la retienne. La matière molle, gélatineuse et gluante de tous les moyens qui peuvent être mis en oeuvre pour luter le plus petit interstice, la micro-fissure comme l’inquiétante lézarde, sont mis en échec. Il fait de plus en plus noir ici-bas.
C’est pour quoi j’suis jamais été complètement d’ici
Invisible de droite comme de gauche, devant, derrière ou encore par une latérale ruse tentative de boucher, l’art d’aimer quand il s’agit bien de lui, et pas d’autre chose, fac-similé ou contrefaçon, esquive les ténèbres, il en sort d’un bond, impossible à gueuser, jaillissant.
Il est Cri.
Des tomes de papier peint
Pas plume hâtif
Plum plum bidou
Sur par chemins
Bleus ouverts
A la mâche être
Damée à la main
Je n’ai jamais souscrit à une contraception quelconque pour m’engrosser de l’absolu qui fait l’amour mieux que dans les lies de culs d’bouteilles. Refusant tout, Ogino et ses fables, Dia Fragme et ses chambres à air, Myster Ilet l’ilôtier du quartier, la Pie Lule une commère qui oublie toujours de rentrer quand y faut…Tout ça pour un besoin d’état de grossesse constant,.j’sais pas quand j’arrêterais d’enfanter, des fois j’me dis que mon lit de mort doit m’attendre en salle de travail, et qu’au jour dit, j’aurais des quintuplés au minimum…Et c’est totalement en dehors d’un besoin de reconnaissance. Je me fous de l’audience, et elle me le rend bien.
Oh, c’est loin d’être facile, probable que ça explique la désaffection qui se développe.
Ma muse m’écrit des couleurs tout par tout, y en a plein les plats fonds, comme ça, ça relève le goût., ça peint des pisses.Elle coule ses seins dans les fleurs des vergers, qu’elle abeille de robes légères, toujours bien décolletées sur les touches de l’accordéon, jambes en saut de moutons, le pied des verres à portée du carafon, croustillante comme une mie chaude, et elle sent si bon que l’aisselle relève les images de longues traversées aquatiques. Pas besoin de pose, chaque minute est à vivre.
L’exposition est ouverte à tous les dangers, en particulier celui d’être abusé…mais que le premier qui ose me dire que pour vivre on doit tuer l’émotion dans son fœtus me jette la pierre
Heureusement vous savez,
j’suis pas un menteur, le mot d’ailes est bruissant comme un envol de je t’aime.
Vous devez être connecté pour poster un commentaire.