LA VIE, L’AMOUR 3


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LA VIE, L’AMOUR 3

De sa lame tirée du feu, le soleil de passage, me relève d’un coup droit  du dessous plissé encore dégoulinant. La pluie n’a pas submergé les rives. C’est ras.

L’innocence de l’enfant-libre va de vent avant

en contour aux baïnes le drapeau vers hisse

Que pourrions-nous demander ? L’indifférence est sourde…est-ce une raison pour nous négliger…si nous sommes.

Il y a bien un chemin dans l’impénétrable à tenter. Résonne, oui mais d’outils. Perce. Sur le dos de cette montagne graniteuse, un arbre s’est trouvé la matrice, l’humus y retient l’humide nécessaire au noyau. Laboure.

 

PRIÈRE D’AMOUR

 Comme cette bonne mère couve ses enfants dans ce vaste nid qui s’amincit aux horizons  lointains

Ses plumes de brume et de ténèbres

ruissellent sur tous les amants du jour mort

et versent dans leurs bouches

ouvertes comme pour aspirer des fantômes

un sommeil ébloui par des couleurs de prisme :

y croissent des espoirs, lourds d’enfantement

aux limites inondées dans la paix

dont les étoiles viennent d’ouvrir les écluses.

Là aussi se dresse la lutte entre le sperme

et le sang…

Adolescents

aux fronts chauds de songes et de dévouements,

aux chairs qui allument l’ombre

de voluptés féroces et qui font monter dans l’air

le goût de mondes nouvellement créés.

La nuit glousse et ses murmures se gonflent de caresses.

De sa main douce d’aïeule elle flatte les souffles qui vivent

chez des visions coupées d’éclairs

chez des visions que déchirent des étreintes d’orages.

La nuit se tait et présente à
Dieu

dans un geste humble la coupe des délires et des extases secrètes.

Et mille cloches déclenchent tout à coup le spasme de son cœur : oasis dans le désert.

Parfois la nuit s’égare dans un soupir comme de l’eau qui glisse dans une entrée de sol : ce sont des vaches ou des chevaux qui agitent leurs têtes somnolentes.

C’est aussi un peu d’air las qui tombe dans des feuillages,

une étoile qui balbutie quelque chose avec une voix de femme.

C’est encore un chant d’oiseau qui s’élance dans le vide et se brise la tête contre un grand pan de silence.

Nudités qui s’enroulent autour de l’amour

et qui cherchent des mots pour éclairer leur sacrifice,

Linceuls crispés où vient s’écrouler

la chute des corps généreux et solitaires,

c’est pour vous que je pleure

parce que bientôt l’aube va fondre

vos supplices si doux,

vos supplices aux yeux troués de soleil.

Lucien Becker

 

Si j’attrape les vertèbres, canal d’énergie, je nourrirai de quoi passer. Ocres et rouges, jaune de Naples, de Pompéi il te reste un Vésuve au corps. Forge.

Niala-Loisobleu – 24 Janvier 2018

 

La Vie, l’Amour 3 – 2018 – Niala – Acrylique s/toile 81×65

LA BOÎTE A L’ÊTRE 33


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LA BOÎTE A L’ÊTRE 33

 

INCOMMUNICABILITE

La pierre

elle a, elle a

tant

et

temps

d’histoires à me dire

que

je sois là où ailleurs

qu’au grand jamais

elle ne cesse de me communiquer

l’essence ciel

Sans besoin de phrases à n’en plus finir

tout en silences partagés

On a si profondément voyagé

intérieurs de nous-mêmes

inutile de mentir en boucle

Les scies et de là

c’est que rengaine et navette

comme ces musiques d’ascenseurs

qui ne vous montent nulle part

L’encre où trempe la plume du coeur

comprend du premier trait

ce qui trace la correspondance

en tous points

de la différence complémentaire

les oui-oui-dits

en fait

n’ont jamais rien compris

C’est ainsi que les hommes vivent à s’entretuer

T’as une grande bouche

Kayapo Raoni

dommage qu’ils n’aient pas d’oreilles

l’Amazone c’est souffle

 

« Le plus grand voyageur n’est pas celui qui a fait dix fois le tour du monde,

mais celui qui a fait une seule fois le tour de lui-même »

Ghandi

 

Niala-Loisobleu

18 Janvier 2015 / 18 Janvier 2018

 

ADDICTION

Gracias Violeta, Chilienne de Vie, en réponse à Les mains flâneuses


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Gracias Violeta, Chilienne de Vie, en réponse à Les mains flâneuses

Oui, c’est vrai je n’ai pas mis le « meilleur » de l’enregistrement de cette chanson de Violeta. Mais rassures-toi, Les mains flâneuses, c’est pas par méconnaissance de cette artiste, mais par choix en fonction de ce que j’avais écrit. Concernant le monde en son entier et non quelqu’un par rapport à sa sensibilité propre. Mais l’as-tu lu ? J’en doute. Ce choix qui nous autorise sur ce blog, à faire du notre ce que nous en voulons, ce que nous en décidons en fonction de CE QUE NOUS SOMMES et non en ce qui me concerne,  à me joindre au plus grand nombre du n’importe quoi pour me  noyer dans l’océan de merde qu’est internet. L’anonymat ne me sert pas de couverture. J’apparais clair et net, nom, adresse, profession, âge sur tous mes sites. Et puisque c’est le langage, l’échange et la rencontre prétendues de l’époque, j’ai choisi d’y venir pour défendre les valeurs qui sont miennes.  L’une d’entre elles, touche au respect de l’autre, de ce qu’il fait, dès lors qu’il fait. Je n’entre pas chez un internaute sans « dire bonjour » pour dire non faut faire autrement…et me planter dans mes coms en tapant hors sujet, le tout en repartant sans m’excuser d’avoir laissé ma merde. Je n’imagine pas un instant que tu ne vas pas prendre ça comme je l’entends. A savoir que je ne t’attaque pas, ne te parle de merde qu’au sens du dépôt incongru dont nos trottoirs ont à souffrir par mépris de la règle de respect élémentaire. J’ai partagé sur le vif l’histoire chilienne dans son Pinochet drame. Juste pour dire que je crois savoir de quoi je parle.

J’ai connu Violeta à Paris. Durant son séjour de quelques années, avant qu’elle ne rentre au Chili se suicider…après avoir dit Gracias a la vida…

Je me suis abonné à ton site, parce que j’apprécie  ce qu’il contient. Si cela est possible après mes mots francs, que tu comprennes qu’ils ne changent rien à mon appréciation, nous nous reverrons.

Avec Joie !

Alain

Niala-Loisobleu – 18 Janvier 2018

 

La Jardinera

Para olvidarme de ti,
Voy a cultivar la tierra,
En ella espero encontrar,
Remedio para mi pena.
Aquí plantaré el rosal,
De las espinas más gruesas,
Tendré lista la corona,
Para cuando en mi te mueras.
Para mi tristeza violeta azul,
Clavelina roja pa’ mi pasión,
Y para saber si me corresponde,
Deshojo un blanco manzanillón.
Si me quiere mucho, poquito o nada,
Tranquilo queda mi corazón.
Creciendo irá poco a poco,
Los alegres pensamientos,
Cuando ya estén florecidos,
Irán lejos tu recuerdos.
De la flor de la amapola,
Seré su mejor amiga,
La pondré bajo la almohada,
Para dormirme tranquila.
Para mi tristeza violeta azul,
Clavelina roja pa’ mi pasión,
Y para saber si me corresponde,
Deshojo un blanco manzanillón.
Si me quiere mucho, poquito o nada,
Tranquilo queda mi corazón.
Cogollo de toronjil,
Cuando me aumenten las penas,
Las flores de mi jardín,
Han de ser mis enfermeras.
Y si acaso yo me ausento,
Antes que tu arrepientas,
Heredarás estas flores,
Ven a curarte con ellas.
Para mi tristeza violeta azul,
Clavelina roja pa’ mi pasión,
Y para saber si me corresponde,
Deshojo un blanco manzanillón.
Si me quiere mucho, poquito o nada,
Tranquilo queda mi corazón.
 https://www.youtube.com/watch?v=4mo5SK5nPZs

La Jardinière

Pour t’oublier,
Je vais cultiver la terre,
J’espère y trouver
Le remède à ma peine.
J’y planterai le rosier
Aux plus grosses épines,
J’aurai la couronne prête
Pour quant tu mourras en moi.
Pour ma tristesse, une violette bleue,
Un œillet rouge pour ma passion,
Et pour savoir s’il me correspond,
J’effeuille une camomille.
S’il m’aime beaucoup, un peu ou pas,
Mon cœur est tranquille.
Il poussera peu à peu,
Les pensées joyeuses,
Lorsqu’elles auront fleuri,
Tes souvenirs s’en iront loin.
De la fleur de coquelicot,
Je serai sa meilleure amie,
Je la mettrai sous mon oreiller,
Pour dormir tranquille.
Pour ma tristesse, une violette bleue,
Un œillet rouge pour ma passion,
Et pour savoir s’il me correspond,
J’effeuille une camomille.
S’il m’aime beaucoup, un peu ou pas,
Mon cœur est tranquille.
Bourgeon de pamplemoussier,
Quand mes peines augmenteront,
Les fleurs de mon jardin
Devront être mes infirmières.
Et si jamais je m’absente,
Avant que tu ne le regrettes,
Tu hériteras de ces fleurs,
Viens de soigner avec elles.
Pour ma tristesse, une violette bleue,
Un œillet rouge pour ma passion,
Et pour savoir s’il me correspond,
J’effeuille une camomille.
S’il m’aime beaucoup, un peu ou pas,
Mon cœur est tranquille.

GRACIAS A LA VIDA


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GRACIAS A LA VIDA

 

L’ombre figurée se serait définitivement penchée pour absorber la vague

et pêcher l’allure de la marée au trait d’écume

si le vent retenu avait ravalé la voile avant  qu’à la proue  la mariée ait pu poser son bouquet

des premières glaciations nos silex n’auraient jamais vu le jour à la trouée du feu du clair-obscur

si les pierres-gardiennes n’avaient révélé le secret du tracé de la cathédrale d’amour

pour bâtir avec les outils du luth final en chansons de gestes courtois saltimbanques crachant un ô revoir qui tourne les mouchoirs

alors sortis de nos larmes nous irons accrochés au réverbère de notre seul espoir en bandant le fil de notre funambule traversée sur le fil du rasoir

dents serrées sur les semailles du taire d’un bleu sacré qui tient le guet intérieur

à l’écart du chemin de ronde puisant l’eau comme un âne en noria

pour se vendre en packs

Demeure pure de roche, minérale et végétale ma Beauté, ma Vie, mon Amour.

 

Niala-Loisobleu – 17 Janvier 2018

 

 

 

Récitatif


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Recitatif

Écoutez-moi.
N’ayez pas peur.
Je dois

vous parler à travers quelque chose qui n’a pas de nom

dans la langue que j’ai connue, sinon justement quelque chose, sans étendue, sans profondeur, et qui ne fait jamais obstacle (mais tout

s’est affaibli).
Ecoutez-moi.
N’ayez pas peur.
Essayez, si je crie, de comprendre : celui qui parle entend sa voix dans sa tête fermée ; or comment je pourrais, moi qu’on vient de jeter dans l’ouverture et qui suis

décousu ?
II reste, vous voyez, encore la possibilité d’un peu de

comique, mais vraiment peu : je voudrais que vous m’écoutiez — sans savoir si je parle.
Aucune certitude.
Aucun contrôle.
Il me semble que

j’articule avec une véhémence grotesque et sans

doute inutile — et bientôt la fatigue,

ou ce qu’il faut nommer ainsi pour que vous compreniez
Mais si je parle (admettons que je parle), m’entendez-vous ; et si vous m’entendez, si cette voix déracinée entre chez vous avec un souffle

sous la porte, n’allez-vous pas être effrayée ?

C’est pourquoi je vous dis : n’ayez pas peur, écoutez-moi, puisque déjà ce n’est presque plus moi qui parle, qui vous

appelle du fond d’une exténuation dont vous n’avez aucune idée, et n’ayant pour vous que ces mots qui sont ma dernière

enveloppe en train de se dissoudre.

Cependant c’est sans importance :

si je souffrais, si j’avais peur…
Mais non.
Je peux vous dire

qu’on a beaucoup exagéré le malheur d’être ici,

de l’autre côté du passage — lui pénible je vous assure,

et même juste après dans la honte de tant d’emphase,

quand c’est fini.

(Pourtant rien ne s’achève ;

on croit avoir tout l’oubli devant soi comme une promesse

enfin tenue, et puis) — je ne sais plus

ce que je vous disais.
Ah oui, si je souffrais, si j’avais peur, ou si je vous aimais

encore,

alors vous pourriez redouter ces mots qui vous recherchent, qui rôdent jour et nuit.

Et je perçois autour de moi qui n’occupe plus aucun espace,

qui n’ai ni autour ni dedans, ni haut ni bas, comme une caisse

de planches démantelées avec ses clous tordus qui brillent,

je perçois en effet de grands claquements de bouches vides

peut-être redoutables.
Peut-être.
En tout cas moi c’est juste

un peu d’étonnement qui tient encore ensemble ce que je fus:

que tout n’ait pas cessé d’un coup me semble étrange,

et qu’une ombre du temps s’allonge à travers le passage

comme une eau faiblement insistante que boit du sable, ici.

Ou si je vous

aimais encore ; si

tant soit peu j’avais autrefois poussé dans la chaleur de votre corps quelques racines ; si

j’avais pu acquérir le savoir qu’enseigne la limite de l’autre

illimité soudain dans son amalgame de glandes ; si

j’avais fait mon creux dans la réalité organique de votre cœur

où le sang pompé noir jaillit avec l’allégresse du pourpre—

ainsi quelques instants roulé sous la rutilante fontaine,

il me resterait, je le crois, de votre humidité, de votre poids, de vos ténèbres,

assez pour flotter moins sans appui ni couleur dans le délabrement progressif de cette fumée.

Pourtant déjà quand j’approchais l’odorante auréole,

explorant sans bouger l’atmosphère de foudre errante et

de givre subit qui nimbe tout corps désiré, déjà n’était-ce pas dans la lenteur irrespirable autour et loin

que je me tenais en silence, n’ayant pour vous toucher que des constellations de

paroles, des girations de mondes barricadés par la distance et qui sur l’œuf en noir cristal massif où se résorbe leur

désastre ne sont plus que l’effleurement bref et musical d’une

touffe de plumes ?

Mais en ce temps autour et loin veillait la solitude.
Alors entre vous et l’espace étouffant qui m’a pris dans sa

glace, par la rue en dérive à longueur de nuit sur les confins le cœur enfin muet dans la profondeur insensible ayant cessé d’attendre et de vouloir pouvait descendre et
s’enfoncer toujours plus loin de la chaleur du centre :

quelqu’un veillait fidèlement de distance en distance, une main faisait signe peut-être à la fenêtre qui s’allume, s’éteint, se rallume la même un peu plus loin
comme cette ombre au coin toujours prête à surgir qui se dérobe — ombre,

passante, rien contre la nuit et le silence

qu’un nom, sous le vôtre affaibli, pour éclairer et retentir plus haut que le haut four à ciel à
Bologne des basiliques ou les toits du
Hradschin couvrant les combles obscurcis de la maison déserte où je vous poursuivais, l’Europe.

Et ce nom je pouvais l’épeler comme on insiste au

téléphone quand personne ne répond plus que le
Séparé, l’Obscur, le
Lourd, l’Inerte, le
Tué, le

Doux qui s’abandonne et se clôt froidement dans

l’espace de la muette — je disais solitude.

À présent plus d’autour puisque le centre a disparu, plus de lointain pour l’étendue nouée en travers de ma

gorge ; et son petit cœur chaud, la solitude, il a claqué sans qu’elle ait eu le temps d’éteindre la lampe et le

poste ; à présent je comprends qu’elle était morte — qu’elle est

morte.

II

Écoutez-moi pourtant :

quelqu’un doucement en chemin vers le plus-personne dit

je laisse tomber laisse peser laisse flotter mourir la pluie petite les montagnes les arbres les nuages ; où ici là partout quelqu’un a marché attendu tirant un fil invisible du
vide en mouvement de sa présence ;
Il poussait des portes, il se

foutait dans l’entrée en jurant contre la même armoire et pleurait dans son lit aux approches de quarante ans pour des choses de
Dieu, d’enfance ; avait un membre une âme un cœur de vrai polochon dans vos

bras théoriques de sœur comme un hôtel où la mémoire frappe de nuit ayant perdu presque tous ses bagages aux détours du grand collecteur qui nous avait
poussés de

ventre en ventre

et alors propulsés pourquoi vers ce confluent de gestes bloqués

d’adultère ou d’inceste, pourquoi

ce long cheminement par l’obscurité des matrices,

si c’était pour finir, au mur, sanglotant comme un con, laissant

les œufs glisser sur le carrelage de la cuisine,

par comprendre en voyant le ciel limer ses ongles sur les toits,

l’affreux soleil propager sa limite,

que la roue avait bien heurté la borne ultime du parcours

et n’avait plus qu’à valser dans le détraquement de la vitesse acquise ?

D est possible

que je vous cherche encore sans désir,

comme si quelque formalité là-bas n’avait jamais été

remplie ; possible

que là-bas je vous aie cherchée comme dans un couloir où l’on espère simplement l’autorisation de poursuivre le voyage au-delà par ces complications d’aéroports et
de

valises, et qu’ici vous, ce que je nommais vous en grand tremblement de tout

l’être, soyez ce plus rien vaporeux à neuf mille mètres d’altitude qui est le ciel inexprimé de tout désir.
Je me disais : que je meure, alors je serai la nourriture insubstantielle

de ses lèvres,

quelque chose de moi qui peine entrera dans la courbe de son nez

et plus profond même peut-être ; je priais :

prenez-moi dans la lunaison du sang, dans les pensées

qui passent de biais par éclats sous un crâne de femme, et dans

le linge au besoin prenez-moi, que baigne la chaleur de gloire.
Mais voilà

qu’ici je me contenterais d’une amitié de pierre

ou de la matérialité du vent qui chasse une lessive.

C’est triste.
Et non plus pas

très triste.
C’est.

Ou plutôt ça n’est guère.

Je voudrais me cogner à la fonte d’une chaudière et dire brûlez-moi,

m’égarer sous des murs de suie en ruines sans rien dire — égarez-moi — si l’on brûlait, si l’égareuse

pouvait enfin toucher mes poignets dressés dans la glace, mes genoux déboîtés par l’inutilité de la vitesse ou mes yeux devenus le dehors invisible de leurs
paupières.
Et encore je me disais que mort du moins glissant avec les caniveaux d’eau

pure, le granit des trottoirs, la lune aveugle sur les toits ; que mort sombrant avec la pente interminable de la rue où vous iriez à votre tour la nuit sans moi, perdue entre les
murs et les couloirs quand tout l’obscur remue et remonte pour respirer timide à la surface — au moindre signe réchappé de la profondeur décisive (une porte qui bat,
la lampe orange qui s’allume)

vous souririez songeant c’est lui comme autrefois qui m’appelle et qui m’accompagne.

J’ai disparu.

Non seulement de la surface où flotte et sombre vite

comme un sourire, mais de la profondeur de paix dans les pierres j’ai

disparu.
Ainsi l’eau quand se brisent le fond et les parois, le cœur, quand son noyau sous l’absence d’amour éclate, où le vide partout fait pente et perte se précipite —
écoutez-moi

parler encore un peu le cœur répandu dans ce vide qui gonfle comme un sac, se ferme comme un sac — au

sac les derniers débris de la voix, du cœur qu’on évacue.

III

On m’appelle.

On me tire.

Adieu.

N’écoutez plus.

Ma voix

comme un soir de vent radouci glisse vague mobile

et sans force de sable en travers de la route, sous la

canonnade liquide et l’herbe dans la bouche tremblante

de la pluie, et personne n’appelle et rien ne tire où s’accomplit le dernier tour du fil de la

bobine, et le vent radouci

comme un soir en travers ma voix dans la bouche liquide et sans force tremblant la canonnade de la pluie appelle et tire, et personne n’appelle et rien ne tire

adieu

jetez

la bobine quand tout le fil

aura cassé net sous les dents de la fileuse qui défile

et retrame le fil dans la voilure pour le souffle

en tous sens propulsant la masse du navire sans

écume ni rivage et presque sans

sans souffle mâts brisés pleins du crépitement tu

des signaux en arrière à rien — la soufflerie.
Adieu

n’écoutez plus.

On faisait autrefois des petites maisons pour que l’âme

des morts s’abrite en attendant la fin de la bobine,

des barques par l’extrémité du fil qui vibre encore

un peu vers la harpe du jour tirées

tirées entre les berges

les berges englouties

engloutis les roseaux et la face de l’estuaire

où flotte entre deux eaux comme au bout du film qui

s’achève un sourire pincé sur sa pauvre énigme.

Je sais, pour avoir si souvent dans les cabanes rituelles attendu près de vous la pluie étroite sur la toile, des moulins à prière autour suivant les derniers soubresauts du
son optique, je comprends maintenant que nous, vous et moi, nous des

autres je m’en doutais (mais pourquoi, mais comment, en quelle fausse profondeur d’écran perlé d’étoiles) n’aurons été là-bas que des doubles d’images
déjà

exténuées de copie en copie et disant vous, disant moi

ou si peu n’est-ce pas

mêlant ces lèvres d’émulsion sur une transparence inerte incombustible,

mais assez bien mimant le désir la douleur par bon cadrage, bonne lumière,

pour être au moins saisis du vertige de leur présence

ou d’un frisson de liberté dans l’emportement mécanique —

ainsi les personnages

des vieux films quelquefois protestent

comiquement
Je suis

sans conséquence,

et ces gestes ces cris bloqués vingt-quatre fois par virtuelle seconde,

à jamais pris dans la répétition nulle font signe aussi comme les astres,

supplient

du fond de l’impossible mort le temps

réel et déployé soyeux en nuages de les reprendre,

eux qui dans les ténèbres de cette lumière extérieure s’agitent,

se figent de nouveau hors des cercles de cercles où

toujours de nouveau comme en boucle au ralenti,
Dante reçoit le reçoit le premier salut de
Béatrice.

Disparu j’ai franchi.

Peu d’espace mais j’ai franchi

l’encerclement du révulsif

désir,

et la solitude à son tour je l’ai

franchie.

Ici

les images qui s’affaiblissent

cherchent l’œil sans foyer qui nous aura filmés dansant

sur la pente éternelle de la prairie avant

de nous projeter vous et moi dans l’épaisseur fictive.

Oh aidez-moi

à finir, aidez-moi,

que j’avance, que l’œil éclate et que je vous délivre

du temps lavé de moi comme une dalle où tremble encore votre image ;

que le ciel à portée de l’extrême impuissance de mes doigts

envahisse l’écran où vous demeurez prise — et paix,

paix comme avant que l’histoire n’ait commencé ;

crevaison, rebut du grand fond d’où sortirent nos souffles, nos visages ;

descente, déambulation dans la fin qui ne finit plus —

s’il vous plaît aidez-moi.

Attendez l’heure de la nuit

où l’œil juste avant l’aube un instant cligne et se renverse,

quand des pas, des voix, des ombres sans voix, sans pas, sans ombre glissent

par l’espace hors de l’espace enclos et déroulé —

alors n’ayez pas peur, écoutez-moi, glissez-vous, faites vite, mettez

simplement un peu d’air dans une boîte d’allumettes

et posez-la dans le courant

d’un ruisseau qui n’atteint la mer que noyé dans l’oubli,

dissous dans la force étrangère des fleuves,

et s’il vous plaît dites que c’est mon âme d’image qui vous aima

et qui morte s’égare entre les murs, contre l’oeil fixe, toujours plus loin de vous, de moi, de tout pour vous rejoindre.

 

Jacques Réda

 

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En corps, en corps
bordel
comment faut-il vous le dire
que j’ai pas la gueule à caisse qu’elle a
me demander
Non juste la gueule du con
qui a du coeur
et une longue
très très longue histoire d’amour !
N-L 6 13/01/18

Des Etats de Mon Esprit 1


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Des Etats de Mon Esprit 1

Mon train roule

je ne tire pas la sonnette d’alarme

au TGV

grande vitesse actuel

je remets un train en grande ligne

avec les compartiments qui me reviennent à la mémoire,

comme ça je peux sortir dans le couloir et regarder chaque coin monter au carreau du voyage de mon état d’esprit du jour. Le temps passé est suffisamment long pour parvenir à destination sans passer par des arrêts omnibus. L’an passé a posé un repaire d’alerte sur la mise en place d’une nouvelle société, la France en Marche, qu’ils l’appellent. Qu’il convienne ou déplaise, peu importe, le changement qui a pris place va indiscutablement marquer le futur proche de ses prérogatives. Laissant mon opinion politique sur ce sujet, je m’arrête juste à la question de fond. Il y aura du bon, du mauvais, du rien du tout…mais sûr il y aura. Pourquoi ? Oh, rien de plus simple, à part la force politique du Président, il n’y a aucune opposition pour lui barrer la route. Les mains libres, les mains libres, voilà  un point c’est tout. Alors en avant la réforme de ça, puis de ça et pourquoi pas de ça en plus tant qu’on y est allons-y. On glissera d’un ordre mou à un ordre dur. Avec l’approbation des qui passeront au travers des voies sans panne de barrières. Comme avec l’opposition pertinente de ceux qui savent lire entre les lignes. Et en voiture Simone !

Pas et le Saut

 
Francis Ponge

Parvenu à un certain âge, l’on s’aperçoit que les sentiments qui vous apparaissaient comme l’effet d’un affranchissement absolu, dépassent la naïve révolte : la
volonté de savoir jouer tous les rôles, et une préférence pour les rôles les plus communs parce qu’ils vous cachent mieux, rejoignent dangereusement ceux auxquels leur
veulerie ou leur bassesse amènent vers la trentaine tous les bourgeois.

C’est alors de nouveau la révolte la plus naïve qui est méritoire.

Mais est-ce que de l’état d’esprit où l’on se tient en décidant de n’envisager plus les conséquences de ses actes, l’on ne risque pas de glisser insensiblement bientôt
à celui où l’on ne tient compte d’aucun futur, même immédiat, où l’on ne tente plus rien, où l’on se laisse aller? Et si encore c’était soi qu’on laissait
aller, mais ce sont les autres, les nourrices, la sagesse des nations, toute cette majorité à l’intérieur de vous qui vous fait ressembler aux autres, qui étouffe la voix du
plus précieux.

Et pourtant, je le sais, tout peut tourner immédiatement au pire, c’est la mort à très bref délai si je décide un nouveau décollement, une vie libre, sans tenir
compte d’aucune conséquence. Par malchance, par goût du pire, — et tout ce qui se déchaîne à chaque instant dans la rue… Dieu sait ce que je vais désirer!
Quelle imagination va me saisir, quelle force m’entraî-ner!

Mais enfin, si se mettre ainsi à la disposition de son esprit, à la merci de ses impulsions morales, si rester capable de tout est assurément le plus difficile, demande le plus
de courage, — peut-être n’est-ce pas une raison suffisante pour en faire le devoir.

A bas le mérite intellectuel! Voilà encore un cri de révolte acceptable.

Je ne voudrais pas en rester là, — et je préconiserai plutôt l’abrutissement dans un abus de technique, n’importe laquelle; bien entendu de préférence celle du
langage, ou rhétorique.

Quoi d’étonnant en effet à ce que ceux qui bafouillent, qui chantent ou qui parlent reprochent à la langue de ne rien savoir faire de propre? Ayons garde de nous en étonner.
Il ne s’agit pas plus de parler que de chanter. « Qu’est-ce que la langue, lit-on dans Alcuin? C’est le fouet de l’air. » On peut être sûr qu’elle rendra un son si elle est
conçue comme une arme. Il s’agit d’en faire l’instrument d’une volonté sans compromission, — sans hésitation ni murmure. Traitée d’une certaine manière la parole
est assurément une façon de sévir.

Francis Ponge

Comme quoi, je le disais hier, le temps avance, mais mis à part la largeur des bas de pantalon et la hauteur du moteur en haut  de la robe, en lisant Francis Ponge ou Jacques Delille, on observe que l’immobilisme constitue le fond des choses.

Niala-Loisobleu – 11 Janvier 2018

 

Le Vélo à Encre 1


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Le Vélo à Encre 1

Les rues qui n’auraient mené nulle part ça n’existe pas, j’en suis sûr, Les plus belles ont toujours des escaliers en chemin. Un fleuve aussi. Parce qu’une vraie source ça conduit nécessairement à un estuaire. Sinon, c’est du bateau. Tu commences à aborder la première page sur tes jambes. Retiens bien ceci: un caillou va vite se mettre à en sortir, alors prévois d’avoir la poche prête dès le départ. Le premier chapitre est pas écoulé, que le vélo s’est déjà mis entre les lignes. Et te voilà dans l’encrier. Des odeurs vont venir se coller aux consonnes et au voyelles, l’orthographe des mouvements sortira de la grammaire du tant. Ainsi parlait z’à ras…un  être de montagne, épris des hommes à en dégueuler leur lumière mise en avant. Bien sûr, on échappe pas à la tromperie. En cette matière l’égalité est bien la seule entre les genres. Tu remarqueras que personne ne se plaint du manque de parité dans le baisage de son prochain. Ô Frères Humains ! Plus j’ai de kilomètres au Conteur, plus je trouve matière à veillées. L’esprit gardien ? Ouais on peut dire ça comme ça. La mémoire a le mérite de pouvoir déranger. Par exemple son absence, multiplie les retours à cogner à la porte avec avis de passage. Je dirai que dans l’histoire des poisons c’est certainement le vaccin qui doit être rendu obligatoire. On fait toujours des messes noires. Avec sacrifice. Le cul a ses raisons que la déraison exige. Quand les abeilles meurent par milliers, je m’inquiète. Les fleurs sont rendues vénéneuses, il n’y a pas d’autre explication. C’est grave. Mais ça n’affole personne, on est trop occupé avec la suite Hallyday. Si tu connais un acheteur de sa dernière demeure, fais vite, faut en sortir. T’as tout ? Ben, presque,  le dragon qui me crache le feu du tatouage que j’ai par devant n’a pas en corps assez remonté jusqu’à mon coup. Tu veux que j’t’aiguille ? En allant huiler ma chaîne j’ai eu l’o live ! Un petit bonheur comme disait le clair canadien. T’es heureux ? Ah, t’auras pas assez de café dans ta machine à dose pour que je te réponde.

Niala-Loisobleu – 8 Janvier 2018

 

Monstruosité du Présent ou le Gobe-Bouche


360323Monstruosité du Présent

ou

le Gobe-Bouche

 

La spirale de mon cri s’est crashée
dans les avaloirs pernicieux du web
ma prise d’air engloutie, une autre se révèle
en ombre portée sur l’empreinte de mon haleine

Les algorithmes monstrueux me prennent en otage
le frémissement de l’aile n’a plus de liberté
Sous l’écorce la circulation de la sève est passée en souterrain. désormais Machiavel est aux manettes, la partance suggère la prise de pouvoir de mon individu en direction unique de ce qui touche au business

Chambre noire où des images crues libres sont captives
une photographie voilée cache la vérité
Plus d’étoile sur le fil conducteur
pour initier la clarté de l’instantané

Le rideau de fer avalanche
en un éclair disparaissent sons et lumières
Le fil entre terre et ciel est ancré à un corps mort nommé web
le passage en funambule de la gorge  du ravin a perdu tout balancier

Tu peux avoir des opinions ou pas, elle ne serviront qu’à te regrouper dans une catégorie sociale, aux seules fins d’exploitation sans condition puisque nous y adhérons de nous-mêmes. Guidés par un panel de fausses impressions d’ouverture.

Tu  n’es plus qu’objet ?

Oui, tout tend à nous éliminer en qualité d’être humain. Les grandes idées  des Lumières pour en arriver là, ça penche au suicide….j’aime pas. Le concept de l’Espoir peut réellement trembler sur sa base. Je reste à croire que malgré tout, il demeure l’utopie la plus nécessaire.

La nuque sous le couperet voue à nous faire les baisés du vivant

Mon naturel n’aspire en rien à cette main-mise. La fatalité ne m’a jamais fait bander.

Niala-Loisobleu
5 Janvier 2018

2018 – Sire Président


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2018 – Sire Président

J’aurais aimé que chaque pensée trouve son partage, quand la couleur entre dans l’impasse
J’aurais aimé que tout reste si simple à l’écart du paraître avancé en toutes circonstances
J’aurais aimé ne jamais voir mourir l’arbre de sécheresse dans des crues artificielles
J’aurais aimé transcender la banalité par le désir de créer la propulsion de l’autre regard
J’aurais aimé être la goutte d’eau tenue à l’écart du supplice
J’aurais aimé face à l’horreur dite, édifier le secret de la beauté tue
J’aurais aimé abreuver la pureté du sentiment à la fontaine de mon innocence
J’aurais aimé que l’herbe ne jaunisse pas sous la foulée des appétances du profit
J’aurais aimé faute d’être ludique ne jamais déranger qui ne peut sortir de l’ennui
J’aurais aimé rester simple dans les méandres des petites lignes planquées du contrat
J’aurais aimé que mes pores transitent les frissons hors des labyrinthes de l’égo
J’aurais aimé ne pas brûler mes ailes au rayonnement de mon énergie naturelle
J’aurais aimé troquer sans payer plus que je n’ai jamais voulu posséder
J’aurais aimé ne pas avoir été remis à l’heure pour être venu en avance
J’aurai aimé demeurer fou sans être ramené à la raison castratrice
J’aurais aimé ne pas m’être trompé d’avoir cru sur parole

Vaines utopies

Cette Année en corps, je n’ai pas envie de décroîre aux secousses orgasmiques, essences mêmes de la vie , l’ébranlé de la motte à l’étiage, les galipettes des seins chiots, garderont le cru de ma profession de Foi, sans blablabla, en acte.
« Le soleil me parle en paroles sublimes »
Je n’ai donc pas de regrets de savoir que d’ici la fin de l’ânée vous n’aurez rien obtenu, ni changé de ce que je suis « Amoureux ».

Niala-Loisobleu
1er Janvier 2018

Illustration: Le viol – René Magritte