Le Soi trouvé au Jardin


Le Soi trouvé au Jardin

 

La chanson qui nous chante

a des accents de vertes fêtes,

des doigts artisans qui lui donnent terre

et des refrains de menthe

à la corde et à la cambrure offertes.

La chanson qui nous chante

a fait provision d’automne.

Elle a établi son abri, sa cabane,

sa carrière silencieuse et aimante

à la craie oubliée et profane

et à l’écurie des hommes.

La chanson qui nous chante

a volé ses mots à la force du vent ému

aux lilas et aux pavots que tout contente

et à la fraîcheur d’un sol de pieds nus.

Devenus arbres sans contraintes

droits et à la sève joyeuse

nous dansons sous des ciels qui voyagent

dévêtus sans hâte aux paravents des nuages

et sans la moindre crainte,

nous tendons loin des mains travailleuses.

Devenus herbes folles et sans âge

sur l’aile nubile d’un air blond

nous nous rêvons et nous nous contons,

la nuque apaisée sur les genoux d’un jardin sauvage

qui veille, tutélaire, sur l’éclatement fécond de la figue

et sur le sanglot grave et profond d’un retour à soi

que désormais tout irrigue.

 Barbara Auzou

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Le Soi trouvé au Jardin – 2018 – Niala – Acrylique s/toile 100×100

LA BOÎTE A L’ÊTRE 38 – LA VRAIE COULEUR DU ROSE EST-ELLE FANEE ?


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LA BOÎTE A L’ÊTRE 38 –

LA VRAIE COULEUR DU ROSE EST-ELLE FANEE ?

Amniotique croisière

spéléologique randonnée

Lascaux genèse ses tisons

pour bruler l’angoisse de vivre

La main boussole en se cognant au ciel éteint

le pied butte

dans la motte prise aux ongles

l’ocre mâche une intestine encre à dire

les vibrations sorties du feu enfoui épèlent la lumière

en tordant le ventre d’un noeud d’aime

Vers où vais-je ?

Je te reconnais caillou à aiguiser

Qui es-tu toi rose plafond bas ?

Je rampe

aux lianes du rai qui sourd par la fissure tellurique

Et ce bruit qui marche en faisant trembler l’ombre projetée

animal à dévorer l’espace

j’ai froid

un feu glacé couche à terre

il faut que le pigment efface les rugissants

repousser le néant jusqu’au bord de l’encrier

pour que des yeux les larmes ouvrent les voies d’eau

d’une forme oblongue refermée en bulle

où un cordon se déploie en liaison avec le mystère de la création

A la verticale

les ailes déploient les pierres des oiseaux libres

un lampion déplisse dans le noir

rose accordéon goualant le premier cri

des colibris blancs

Niala-Loisobleu

16 Janvier 2016

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Le bonheur, ça vient de là !


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Le bonheur, ça vient de là !

Le caillou s’agite dans le creux de la poche. Au beffroi de ta poitrine ça s’est mis d’un coup à carillonner. J’appuie ta tête contre la mienne, les fleurs de ton corps sage sortent sur le devant des portes, la période de la fraise je la guarriguette du sein droit au sein gauche puis recommence en sens inverse. On est dans l’atelier que le soleil baigne. Tu es assise parterre. Ton regard envoie à la toile le bruit de tes sabots, pourtant tu es calme, ta main comme jointe à celle qui peint. Nous nous cherchons, nous inspirant en silence. Ce qui passe est créateur de vie. Les cathédrales sont montées haut à cause de leur tracé au sol. Un plan gravé en fondation, sans se préoccuper du quand se sera qu’on se promènera dans l’ogive, des morceaux de vitrail dans les toiles. L’aria est vierge. Le choeur vient de lui. Il y a des mots, en langue de jardins suspendus aux chapiteaux. Et dans les cordes du plus vieil instrument nous vibrons à l’unisson. Des fleurs se font belles pour venir, des fruits germent dans des ventres d’arbres, les maisons s’étalent en rondes, toutes fenêtres chantantes, des amoureux aux secrets d’alcôves passent à table en compagnie d’oiseaux gourmands. Une certaine fête en fond de thème, ne se départit pas de sa joie malgré tout ce qui croit pouvoir trouver une raison de faire du mal. Le bonheur ça vient de là.

Niala-Loisobleu – 24 Avril 2018

L’EPOQUE 2018 – ET DANS LES YEUX DE CEUX QUI DANSENT


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L’EPOQUE 2018 – ET DANS LES YEUX DE CEUX QUI DANSENT

 

Quand je vis la voiture s’arrêter devant l’atelier, je précédai la sonnerie de la grille d’une coudée d’intuition.

Bonjour je viens du passé, me dit le visiteur inconnu.

J’étais ami des ……… que vous avez bien connu, vous avez fait tant d’expositions ensemble, leur fille a posé pour vous, vous souvenez-vous ?

Ils sont morts tous les trois.

Dans mes yeux embués qui se retournent en arrière, devant moi les voici qui remontent, clairs et toujours joyeux. Amateurs d’Art, mécènes ce couple fut au premier rang de mes créations de salons internationaux. Leur fille en figure de proue….

Et plus de trente ans après, encore là, me voici repartant comme si c’était la première fois….en tant d’aime avec Barbara Auzou.

C’est un signe je crois.

 

Niala-Loisobleu – C’est vrai ça vient d’arriver le 23/04/18 à 14 heures.

 

 

 ET DANS LES YEUX DE CEUX QUI DANSENT

 

La lumière incendie ce qu’il reste d’absence
La couleur de l’instant se confond à demain
Je n’entends plus qu’un arbre au dessus de tes danses
Un sapin décoré de tes ongles sanguins
Entamons la chanson des enfants et des morts
Tout est beau tout est laid je ne sais plus rien dire
Peut-être un peu trop con pour accepter le pire
Le meilleur millénaire est celui où l’on dort

Je rêve seul dans les ruelles
Au seuil d’un vieux soleil tombant
Ce n’est pas que la vie est belle
Mais elle en a tout l’air pourtant
Je sors à peine de mes pleurs
Mes jérémiades musicales
L’eau fraîche a le goût du bonheur
Il n’y a rien de plus normal
Dire qu’il faudra que je meure

Je salue les passants d’un sanglot de fatigue
Sous le vent du sommeil aucun d’eux ne m’entend
Je me soûle en rêvant tout au bout de la digue
Je ne sais qui je suis je ne sais qui j’attends
Les fantômes fardés de mes fruits de mémoire
Se dessinent sans bruit sur les boucles de l’eau
Il ne manquerait plus qu’un oiseau vienne boire
Au cylindre de feu qui me sert de goulot

Les pianos s’accordent tout seuls
Les voix s’élancent du comptoir
Les lunes font ce qu’elles veulent
Le délire fait le trottoir
Faudra-t-il que la nuit s’avance
Jusqu’au midi du lendemain
Pour que le ciel auquel je pense
Trouve sa place dans mes mains
Et dans les yeux de ceux qui dansent

Pourquoi faut-il toujours que les matins s’écroulent
Au fil de ma spirale idiote et sans pitié
Au fond de mon cerveau j’ai des pierres qui roulent
Je ne suis plus très loin de ton château d’acier
La porte de tes seins m’accable de reproches
La porte de tes seins se ferme sur mes doigts
L’air chaud ne trompe pas je te sens tu approches
Pourvu que mon soleil soit resté dans ta voix
Et dans les yeux de ceux qui dansent

L.L.P – Louis Lucien Pascal

 

LA PORTE DE DERRIERE


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LA PORTE DE DERRIERE

 

J’emprunte ce titre à Alain Jouffroy, tant il va définir ce que j’ai besoin d’exposer dans ce moment d’entre deux. Cette partie qui succède l’oeuvre dernière et sera suivie de la prochaine, fantastique moment de dialogue dû au mûrissement. La réaction de ce qui a été lâché après un temps de gestation. Concept post-natal : la porte de derrière dans toute sa signification.

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JARDINS SUSPENDUS

Les mots peints: Jardins Suspendus.

La voilà la raison, pas le coupable, puisque je considère cette oeuvre comme un remarquable témoignage d’existence au sens intrinsèque du mot. Ambigu ce vocable, il contient la vie et la mort, mais ce que j’en montre ici transpire la force de la vie par la naissance. La seule gagnante. Et c’est bien là que tout repose, qu’est ce qui n’a pas cessé d’exister tant chez Barbara Auzou que chez moi-même pendant toute l’élaboration de l’oeuvre conjointe. Un besoin de laisser l’espoir prendre la main. Dans l’existence sue de tout ce qui peut lui être opposable, au sens de nos propres personnes comme au sens du quotidien en général. Ce tableau s’inscrit avec une maturité qui s’affirme au sein de L’Epoque 2018. Avènement. Sans aucun doute qui marque le vouloir d’un aboutissement en rompant avec le passé. Il se présente à un moment propice, la vie est  à nouveau menacée du chaos. Il faut quoi qu’il se passe dans l’inconsciente escalade du mal, que ce que nous avons voulu à l’écart de l’ordre dicté, se réalise en ce qui nous touche simplement. Hiroschima mon Amour…

La cascade de faits dérangeants forme sa colonne, envoie ses assauts, les agaceries se multiplient, maladie, changement brutaux, accidents de fonctionnement, formes de piratage qui incitent à abattre.Dur dur…

La première fois est sur le seuil

A nouveau, pour de bon le franchir, nous voici Artistes dans notre expression: poésie et peinture. L’Art pour sang, sève, souffle, cri et NAISSANCE !

Niala-Loisobleu – 19 Avril 2018

 

JARDINS SUSPENDUS


 JARDINS SUSPENDUS

 Hier encore un peu infirmes

Nous cherchions à tâtons les géographies intimes

Aux veines paresseuses de la route endormie

Et au crime perpétué en silence sur les corps engourdis.

C’est à la fenêtre peinte d’un vert jardin

Que nous nous mîmes en chemin, calmes et fous

Tenant le cadre solidement à deux mains

Comme on épouse comme on rejoint

Et les arbres nous pansaient dans l’idée floue qu’on avait d’eux

Nous bâtissant des jambes pour marcher

Et des lignes à suivre aux fronts qui acquiescent, heureux.

L’époque était à la terre et à l’essaim sensible des feuilles

Aux ventres blancs qui palpitent

Aux chiens qui réclament la balle pour revenir plus vite

Et à la croissance insolente de la clématite.

Illisible dans l’avant

Illisible dans l’après

Elle réclamait l’instant nu

Le seuil

La tendre retraite au pré de l’épousée

La menthe la mousse l’amour des jardins suspendus.

 

 Barbara Auzou

 

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Jardins suspendus – 2018 – Niala – Acrylique s/carton toilé 46×38

CHAGALL ME FAIT MONTER AU PLAFOND, L’Ô PAIERA


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CHAGALL ME FAIT MONTER AU PLAFOND, L’Ô PAIERA

Dans le coin sombre du livre entre deux éléphants trompe-livre et une boule de flacons de neige, une fleur séchée tient l’emplacement du chemin par la porte de derrière. Chapitres à la voix enrouée qui montent souvent en chair dessiner un mouton. Les bûchettes  du jeu des mille bornes allument un retour sur soi-même avec de la peine à la clef

Voyage dans un bagage accompagné, une liste d’objets inutiles s’en est allée au gré du vent. D’où venaient-ils, bof d’ici et de là, un jour de brosse Adam, des espadrilles aux basques d’une chemisette à carreaux de chapelle romane, trempés dans des couleurs vitrail, un mouchoir et ses noeuds (ne perdons pas la mémoire), un trousseau de jeunes mariés sang clefs.

De la ficelle, un organe sexuel et son couteau pour sortir des aléas survenant à l’improviste, et aussi des boutons sans fils, de Fred Astaire, de Marguerite Monnod, d’Anémone, de lits las point sonneurs, des boîtes de cachous, de vals d’ah, de bons bons en glaise pour ranger l’herbier des chemins et leurs petits cailloux.

Aussi des bornes, des rames à voiles, des mâts de cocagne, du sable émouvant, deux coeurs tracés entre l’écume du tant, un réverbère et son allume-heur. Dans une montée d’arbres, des cris d’oiseaux et des bruits d’elle, quand ouverte au soleil qui se lève, des rosées lui sortent le parfum des champignons de l’humus trempé. Terre ouverte entre deux labours à semer.

Un papier couché sous le crayon, tressaute de griffonnages mystérieux, indéchiffrables par les disciples de Freud, emmêle en boucles touffues des aisselles avec des pubis comme un premier temps pileux où l’Homme et la bête désiraient de concert se manger l’un l’autre.Pour survivre sans panique.

Les étagères misent sur roulettes pourront emmener les bibliothèques en bord de mer, comme sur le dessous des ponts, au faîte de l’arbre. Cette signature de Bon Jour si j’en garde la sérénité, la lune-cigare en rougira d’aise si, en y mettant l’index, je me l’allume joyeux.

Chagall un poisson qui dense carpe diem, yiddish  espoir, une petite écuyère rêve d’amour au cirque louche d’un monde raciste, tire la paix à cheval de parade. Marc le peintre humaniste couleur de poète.

Niala-Loisobleu – 9 Avril 2018

 

CANTONNIER, S’IL TE PLAÎT ROUVRE L’EAU DANS LE CANIVEAU


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CANTONNIER, S’IL TE PLAÎT ROUVRE L’EAU DANS LE CANIVEAU

 

L’esprit s’est trouvé dévié par de mauvais chemins. Dans un ensemble modeste, si simple, mais vrai, des plans inaptes ont tenté de laisser croire à des embellissements auxquels les moyens réels ne donnaient pas accès. Connue au départ la clarté qui les caractérise ne présentait rien qui pouvait s’opposer au vouloir mener à bien. Un escalier déroulant sa richesse en double-révolution, ça mène  à l’inverse du but accessible par l’échelle de meunier initiale.

La vie que j’ai commence’ s’est présentée sous forme d’un grand fleuve navigable….pourtant ce n’était que le simple caniveau de la rue de Verneuil que nous les gosses on a fait Mékong, sans rein savoir du symbole que nous constituions à partir d’un jeu d’enfants.

Comme quoi quand on a une Marguerite quelque part on en tirera un fantastique réel

La vie avec sa langue à l’accent de poussière elle me donnait des soifs de nuits entières. Quelques bois et des cordes, avec les chiens, quand les roulottes se tapissaient aux creux des cris, l’oeil noir, entre les cuisses des carrefours, clignait de feux jamais éteints en direction de la Lumière. Que des gosses dépenaillés, sales jusqu’au blanc des dents, tiraient au bord de la rivière. Fil d’une eau claire. Les trottoirs sont au milieu des chaussées, entre les ornières, caniveaux rigoles par où le défi s’écoule.

Le palier des âges garde derrière la porte de chaque chambre des soupirs de toutes sortes sous les couvertures. La sueur froide du cauchemar infantile est sous les tapis, avec l’incapacité de courir.

Viemort

Oh ! J’ai couché

dans des draps étrangers sur la terre sur la neige.

J’ai forniqué

C’était bien. Oui

C’était bien – c’est ce que je me dis

car il est écrit dans le Livre que chaque femme doit être aimée

trois fois en trois jours

C’est alors que j’ai couché en grande hâte

trois fois en un été

ou bien tous les trois et tous les dix ans

avec ces grands hommes sentant l’homme

j’ai léché le sel sur leurs lèvres j’ai léché le sel

dans leur sang

à la place de l’eau je leur ai donné des larmes

Oh ! Je les ai choisis. Je les ai aimés. Je les ai goûtés.

Je les ai goûtés comme seule la mort

deux ou trois fois dans la vie

nous traque nous teste nous lèche nous goûte

Oh ! La limite. Les éléments purs

Je les ai eus non pas à mes pieds mais en moi

Comme seule ton autre putain mon Dieu

nous a

hommes et femmes ensemble soudain

sur la langue entre les dents dans la bouche

Comme seule ton autre putain mon Dieu

nous a

dans son utérus

et nous jette pêle-mêle hommes et femmes

dans le pré dehors dans le monde

Maria Petreu

 

Les cris de l’amour qui les pousse en premier ? Nos géniteurs ou notre venue au monde ? C’est ainsi, rien à faire, l’indistinct se mêlera sans cesse du début jusqu’à la fin.

Il y a dans la langue française trop de confusion possible, le sens des mots variant sans que la phonétique mette en garde, pour échapper à l’erreur de l’oreille et de l’oeil au cours de ces rencontres habitant les étages du parcours.

Toi, à qui je m’adresse d’un regard planté dans le tien, je ne peux me renier du soleil attendu que tu m’as mis au matin d’un jour qui nous a depuis sortis du quotidien. Entre ci et là, bien des mains ont tripoté mes viscères, mais pour rien faire. Sans que le monde où nous étions nés de cette unicité particulière ce soit précipité la tête la première pour hâter la rencontre et lui donner un air de mirage. Mais en nous sortant du néant, aurions -nous du dire que nous n’avions quand même que toujours de la malchance ? Je ne crois pas. L’amour terrestre veut toujours qu’on lui donne le plus beau. Mais le plus beau c’est quoi d’autre que ce que nous sommes capables d’engendrer d’abord et de mener, de pétrir, de porter, de sublimer quand la pire souffrance nous atteint au physique au moment précis où l’Absolu dont ont l’a voulu est menacé par l’ordinaire ?

C’est que certaines réalités peuvent légitimement paraître notre droit, notre vouloir vivre avant tout.

Une certaine pensée me vient pour répondre à cela: Celles et ceux qui dans leurs courts instants de pensée accordée, allongés sur la planche des dortoirs, dans le froid glacial, le corps meurtri, ne sachant pas si dès que l’aube viendrait si le crématoire, la chambre à gaz, la corde d’une potence devant les musiciens, les coups de bâton, la morsure des chiens, la maladie, l’extrême faiblesse n’en feraient pas leur dernier jour…et ils choisissaient de croire encore à la vie.

Niala-Loisobleu – 5 Avril 2018

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DOUBLE JE


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DOUBLE JE

Voici Double Je, le tableau et son poème indissociable. Fruit de ma huitième collaboration avec le peintre Niala-Loisobleu.

Double Je – 2018 – Niala – Acryliques/contrecollé, encadré s/verre 60×80

Tu m’écris d’un temps sans âge

à faire fuir l’effroi des journées,

à forger des couleurs inventées

à l’orange de nos visages .

Tu m’écris pour arracher à la fatigue de parler

le mot nu qui manque au langage

et qui reste à la palette inconsolé.

Tu m’écris contre les poussières éprises de peu

qui s’agrègent comme des sentences

au poumon en feu.

Et moi je peins

et crie à la porte fermée des hommes

et à la fleur de coton pendue à la fenêtre

qui avorte de son jour.

Je peins et crie à tromper la nuit économe

pour lui faire croire au matin,

pour mordre les douleurs sur les lits du passé

et faire renaître l’enfant lointain.

Je peins

et crie contre l’injure du banal

à en découdre sans fin

au miroir du double je.

S’il y a un vide

c’est qu’il est ardent

écris-tu.

Et c’est au pinceau d’un ciel qui s’était perdu

que nous accrochons des printemps

comme autant de ventres lavés de larmes.

Barbara Auzou

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CARTES SUR TABLE


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CARTES SUR TABLE

 

Et toi,

Dans l’herbe tendre de ton regard

Rompu à la cadence

Savais-tu que les femmes dansent

Non pour les loups mais pour elles-mêmes

Ravivant le souffle de leurs sœurs

A la harpe de leurs corps tendus de silence ?

Quand le blé est frappé par la rouille

Elles réparent la faute de la fée enfuie

Un lendemain d’amour piqué à la quenouille

D’un nouveau jardin qui l’attendait sous la pluie.

Elles empruntent alors des rues traversières

Qui te demeurent à jamais inconnues

Et dans l’humus de leur histoire,

Il fait parfois tellement noir

Que les instincts endommagés

Aux grandes nuits et à la ronde

Se sont tus.

Toutes les femmes savent cela :

L’impérieux besoin de rentrer chez elles

Et de se baigner dans leurs eaux ;

Et de l’ombre et de la lumière l’âpre combat,

Et la permanence du sang sur la clef perdue

Au fond d’un champ.

Il fallait jouer cartes sur table et en valse lente

Pour que l’énigme reste l’énigme

Qui déçoit son horizon d’attente.

Et l’orange maintenant peut devenir bleue

Rien ne ment au bourgeon d’un deux

Qui fleurit à l’épaule d’une tierce présence.

Alors elles tournent et célèbrent leur formidable entente

Aux roseaux des doigts que rien ne semble plier

Sinon à la fin de la danse

Cet orgueil démesuré

A demeurer aux yeux du peintre :

L’ineffacée.

Barbara Auzou

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CARTES SUR TABLE

2018 – NIALA

Acrylique s/contrecollé, encadré s/verre 60×80