Bout des Solennites


Bout des Solennites

par René Char

Affermi par la bonté d’un fruit hivernal, je rentrai le feu dans la maison. La civilisation des orages gouttait à la génoise du toit. Je pourrai à loisir haïr la tradition, rêver au givre des passants sur des sentiers peu vétilleux. Mais confier à qui mes enfants jamais nés? La solitude était privée de ses épices, la flamme blanche s’enlisait, n’offrant de sa chaleur que le geste expirant.

Sans solennité je franchis ce monde muré : j’aimerai sans manteau ce qui tremblait sous moi.

 

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Plus nombreux qu’ils se nomment, sont ceux qui viennent faire tremper leurs croûtons aux urinoirs. Ce n’est pas parce les pavés sont disjoints, qu’ils attendent de rejoindre la sale gueule du quotidien. Des empereurs, je n’ai retenu que Vespasien comme le nom approprié à toute forme autocratique. Depuis la nuire des tant, le pouce porte l’angoisse dans la reine selon le sens où il se mettra.
Mon grand-père en me cachant ses médailles des méfaits de guerre, après qu’il se fut rasé me tendait sa joue pour l’étrenne chaque matin, en me disant :
-Aies toujours le sens critique de ta pensée pour garder l’humilité de tes actes…
En ce temps là on chantait dans les rues, comme une répétition de bal populaire avenir n’excluant surtout pas le crochet. Pas de micro et d’ingénieur du son, ça mixe pas un max le manque d’oreille et surtout pas l’absence de voix. Ceci me fait penser aux non-inscrits sur les listes électorales, qui se plaignent depuis  qu’ils élisent par défaut. Les béquilles amputent plus souvent qu’elles tiennent debout.
L’Amour me circule si fort dans les doigts que mes mains se fourrent dans tous les endroits où il manque. Sans doute que faire à manger pour les autres ne dispense en rien de s’alimenter.
Vous savez que si j’aurai honte ce serait de m’être couvert comme un oignon.
La nudité ne me quitte pas malgré l’hiver du coeur des hommes.
Niala-Loisobleu – 29 Décembre 2016

ATELIER & MURMURES 1 (Définitif)


 ATELIER & MURMURES 1

(Définitif)

 

Le temps c’est la secousse en continu du plat se mettant en fusion. Sismique émotion, organique et viscérale matières dont je suis nanti. Moi, l’artiste, le parfait androgyne. En possession des deux sexes, capable d’engendrer et d’enfanter.

Suprême faculté, dont la principale manifestation produit une sensibilité d’écorché-vif.

Depuis plus de huit décennies, je tiens la même conduite :  rester authentique en toutes manifestations d’humanité. Dire ce que ça peut-être de souffrances serait y déroger, compte-tenu de la noblesse du Bonheur sur lequel ça repose.

2016 s’achève, 2017 est entré en salle de travail.

Ce dernier tableau représente hier, aujourd’hui et demain. Rien n’a été simple. La joie y côtoie l’atroce, l’amour s’y  épanouit au centre de tombes.

La Vie y domine.

Je finis en commençant. Ainsi soit-il. Une nouvelle série saute en selle !

L’Année à venir sera sans aucun doute pleine de rebondissements. Le drame, la douleur, la peine, le processus de décadence de notre civilisation seront omniprésents. Nous le vivrons selon ce que nous sommes à m’aime de créer NOTRE BONHEUR A NOUS, là où ça pêche.

Je vous souhaite de vous rendre de l’autre côté du calendrier en vainqueurs.

C’est ce que pour ma part je ferais.

Aimer est de notre responsabilité. On peut d’autant s’y atteler que le terrain est chaotique. Mon Coeur, crois-moi je ne faillirais pas !

Niala-Loisobleu – 28 Décembre 2016

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ATELIER & MURMURES 3


ATELIER & MURMURES 3

Du noir à la craie bleue, un rêve et la peinture renaît

Trop longtemps. La germination peut prendre un rythme pachydermique. La taille, comme toujours, demeurant proportionnelle à l’évènement-dès lors qu’on ne fait rien anormalement-cette fois, elle a bien tenu sa dimension secrète. L’argument avancé fut un mystérieux froid créant un état inhospitalier de l’atelier. En fait après cette nuit de blancheur freudienne, m’est apparue la véritable raison qui m’a bouté hors, des semaines durant.Et soudain la Lumière. La page blanche s’est auto-asphyxiée…

Un pan après l’autre les murs se déchirent l’un après l’autre. Tout démonter, marquer chaque pièce, devenir son archéologue.

Cette année parvenue à son terme. Le chariot du grand couloir et son seuil et son coulis de valise. La grande Carte. Une femme. La mienne. Bon Anniversaire. Souris, t’es filmé, fait trois p’tits-tours et fous l’camp de tes enfants. On entend des bruits métalliques, rails qui perforent la poitrine, chocs frontaux. Peur aux trousses.Nuit glaciale, que de chiens pleurent. Puis du rouge tribunal avec le noir sentence, scandent la marche funèbre.

Mon road-movie, Magicien d’Oz qu’as-tu fait, te v’là aux 4OO Coups, Godard par défaut au Cinéma Paradiso

Tout se rembobine, ça vient copier-coller à remonter trois mousses que taire. Cliquetis, lui c’était qui, elle ses yeux m’échappent ou bien c’est moi qui refuserait de regarder. Oriente bien le rétro, t’as pas de caméra de recul. Gare.Que de serpents, ça grouille partout. Il faut sauter. J’envoie la voiture en cascade dans la clôture et en laisse deux sur l’bord de la route. Abandonnés à leur choix.

Absolu je te veux, Absolu je t’aurais.

Passent les ânées, les poubelles devant derrière, mon vélo, un autre soleil ? Oui l’Amour dit Bon Jour.

Vous avez bien dit authentique ?

Pantalon, chemise et sous-vêtements arrêtez-vous. C’est le dernier seuil. Allez à poil !

Le temps est décomposé en plusieurs jets de dés du subjonctif au conditionnel passé et présent. Merde que le futur fasse pas chier, on a besoin d’élan pour le tant présent. Mais ça fait combien de foyers à garnir, de kilomètres à séparer, de lits à bassiner entre cité, campagne, mer, montagne, cabane, chalet,mas c’est la gamme de l’ardoise-chaume-tuiles…

Le cheval est là, il n’est jamais sorti du sillon. Juste une panne de récoltes et un grenier vide qui se les gèle. Un quotidien enrhumé qui se balade en tenue d’été comme si rien n’avait changé. On vole à mains-basses, pas de branche en branche. On escroque, on tyrannise, l’imposture est un must. Le grand N° s’approche.

T’as d’beaux yeux tu sais mon Coeur, ça au moins c’est pas du grand-guignol. C’est ton âme nue, qui se cache de rien. Elle montre sa souffrance comme son bien-être. Sans ignorer la distorsion entre les deux.Non rien n’est fini, tout est en continuité de recommencement.

L’espoir en nudité avec du poil autour on a besoin de rien d’autre, c’est le Tout.

Niala-Loisobleu – 28 Décembre 2016

 

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Etat d’avancement du tableau au 27 Décembre 2016 au soir.

LA SUEUR DU RÊVE


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LA SUEUR DU RÊVE

 Noël scintille dans l’arbre aux rêves

Un enfant regarde le monde

Et le monde le regarde fixement

Sans ciller

Sans honte

Les malheureux sont plus nombreux que les guirlandes

Et il est des vies qui ne sont pas des cadeaux

Alors l’enfant ferme les yeux du monde

Il voit

Un autre monde derrière les dunes du rêve

Il s’imagine que les hommes sont humains

Il s’imagine que la terre est une toupie

Il s’imagine que la guerre est en déroute

Que la paix a mis son manteau d’amour

Il s’imagine

Un monde qui sourit au bonheur

Il s’imagine

Que le rêve pond d’autres rêves

Il faut y croire

Il faut rêver avec lui

Le rêve est la plainte du bonheur

Et le vrai métier des consciences qui montent la garde

Dans la plus belle des utopies

La sueur du rêve efface la crasse du monde

Ernest Pepin  (Faugas/Lamentin – 24 décembre 2011)

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ATELIER & MURMURES 1


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ATELIER & MURMURES 1

Esquisse dans le noir à la craie bleue

Au creux de quelque vague il peut se trouver que l’annonce des oiseaux n’ait pas été vue. Mais sans doute a t-elle été simplement faite différemment.Au métrage du lin comme au poids de la peinture, la surface que t’as couverte pèse des tonnes. Entre ta première résidence, la seconde à marqué toutes les autres. Fut d’abord un cheval dans les années 50, sans que depuis tu te sois arrêté. Les coups de freins ont fait le trait d’union, genre muse hic qui accompagne en bruit de (font) trois p’tits-tours et puis s’en vont. Entrent en gare les pertes au front des batailles mesquines de la vie. Confisqué d’enfants pas qu’à Noël voilà un tableau que t’as dupliqué tellement de fois que la vue du premier sapin te fait mordre du renne, du traîneau et des tintinnabulants de l’équipage. J’ai froid aux doigts d’un tel mal de do, que j’en arrive pas à tenir la palette dans l’expression des pinceaux. Un mauvais silence. Quelque chose qui a sauté dans la transmission. Dans la rue l’envie de shooter dans la gamelle se fait terriblement sentir.Sentant sans que la distance ait jamais altérée mon oeil, le fait que maintenant j’ai les deux qui baignent dans l’acide n’y est pour rien. C’est pas de là que ça vient. Le climat général est un peu plus désespéré chaque matin. La vie d’un homme ça coûte moins cher qu’un chiot qu’on attachera à un arbre, les vacances venues. Puis il y a cette accoutumance à la haine; qui fait qu’on est beaucoup plus tolérant qu’avant sur la pire entourloupe qui te viendrait pas tout seul à l’idée, si on avait pas les médias. Acheter, acheter, à jeter…toujours plus, ça ne sert pas de leçon, ça permet juste aux massacreurs d’Amazonie de couper le souffle aux indiens et à la terre pour élire des p’tits z’hommes-verts qui protesteront pour la forme.

-Non Bouffi, me demande pas comment je fais pour avoir que de l’Amour dans mon occupation première, sinon…

Le truc de la page blanche c’est le pire dans cette lutte permanente contre la contradiction qu’on est soi-même. Tu as la boule dans la gorge, le coeur en exil, la foi de mort hue, t’as mal d’un manque d’essence ciel. T’es presque arrivé au mec ordinaire….j’te dis pas la trouille, tu te mets à te voir aimant les gros qu’en profitent, les macs qui foutent les femmes au turf, les terroristes qui explosent leur bagnole, le roi qui s’adoube au dictateur pour néantiser une population, le négrier qui s’enrichit au trafic d’émigrants, enfin merde la cata jusqu’aux écoles où on fait séjourner des enfants jusqu’à bac+6 pour plus savoir lire ni écrire…

Enfin quoi merde c’est Noël !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Niala-Loisobleu – 22 Décembre 2016

JE SUIS FILS DU CANIVEAU


 

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JE SUIS FILS DU CANIVEAU

J’ai grandi comme un fruit sauvage déposé par le vent, graine épluchée d’une trémière par la liberté d’un oiseau et larguée dans la fissure d’un trottoir en béton. De l’eau claire du caniveau, j’ai gardé l’accent des marchandes de quatre-saisons. Le teint d’un jardin maraîchin, les fragrances grimpantes de la couleur, le vert acide d’une cressonnière aiguisant la voix du rémouleur. La rue me donna très tôt l’allure contraire du portefaix qui plie sous l’accablement d’une vie de regrets. J’ai gardé cette transparence de l’espoir du carreau des salines. Vitrier d’un chemin écarté  du négatif. Pourtant la spécificité d’un bonheur simple ne se trouve nulle part aux étals de cette  rue du Commerce soit-disant humaine.

La peur qu’un état de guerre met dans le quotidien est faite de multiples frustrations psychiques et de privations physiques. Ce qui peut expliquer qu’entre deux trottoirs j’ai choisi de marcher sur celui qui n’est pas à l’ombre.

Rue du Bac, la Seine, le Pont-Royal, Le Louvre, bon jour voici les Tuileries. Mon innocence d’enfants a perçu le rougeoiement du feu cuisant la terre, tuiles et tomettes dans toute la symbolique du voyage initiatique.

Le Bleu est entré dans mon âme pour ne plus jamais ressortir de moi.

L’Amour que la souffrance met au monde doit posséder des chromosomes en supplément. Qui donnent une perception différente du genre humain. De la lucidité-innocente au point de voir que tous les vices humains sont incapables de le réduire à néant.

Tout ce temps que j’ai passé à ne recevoir rien d’autre que le besoin de donner, ça rend le paysage de la vie identique, à mon sens, à ce qui a du présider à son idée première. C’est impossible que dans son élaboration on ait pu décider de ce qui en fait le quotidien de la réalité cauchemardesque. Je ne crois pas en dieu. Sans doute que mon sens du sacré vient de là. Ma foi étant entièrement libre.

Niala-Loisobleu – 21 Décembre 2016

LES LEVRES ET LA SOIF (Extrait)


LES LEVRES ET LA SOIF (Extrait)

http://www.culture.paris-sorbonne.fr/placedelasorbonne/2016/09/23/levres-soif-dyves-namur-joelle-gardes/

un oiseau s’est posé aujourd’hui sur tes lèvres,
comme si c’était un infime tremblement de paille
ou de la poussière blanche,

comme si c’était l’haleine d’un songe
ou un charbon de neige,

un oiseau s’est ainsi posé au bord du vide,
au bord de la pensée,

tout au bord du silence,
tout au bord d’un poème entrouvert,


ce qu’on appelle un oiseau, ce n’est pas un oiseau,

c’est un voile avec l’oiseau en dessous,
c’est une prairie avec des insectes minuscules,
de la rosée, du chant d’herbe et un voile au-dessus de tout ça,

et c’est aussi du chant d’oiseau,
si lointain qu’on ne sait pas s’il viendra un jour,

ou s’il restera à chanter au centre
du Nulle part,

au centre d’un poème,



un poème vient en réalité de nulle part

et il ne va nulle part ailleurs
qu’au centre de soi-même,

quelle que soit l’ombre ou la lumière
qui le pousse à devenir un jour
poème


 Yves Namur

Hokuzai Katsushika (1760-1849), Canari et petites pivoines, 1834, estampe nishike-e, Japon, 24

Oeuvre Hokusai Katsushika

Si au chevalet des images pas encore ternies n’étaient plus présentes, je serais la main sur la canne blanche, pour sortir du couloir.

La sensibilité est une épreuve de chaque seconde.

Percevoir et arriver à tenir l’émotion dans le creux de ses paumes est parfois à saigner tant cela peut mettre à vif.

Yves Namur en tout ceci se fait mon interprète avec son émouvant ouvrage,

joyau de délicatesse.

Niala-Loisobleu – 14 Décembre 2016

 

La Chambre


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La Chambre

À Colomba.

 Je vais te parler des chambres où nous avons vécu. Des chambres que nous n’avons fait qu’apercevoir dans un rêve. Des chambres d’un jour; des chambres d’un mois; des chambres d’une année. Des chambres froides où nos mains se cherchaient effrayées et glacées. Des chambres étouffantes donnant sur une mer tropicale. Des chambres silencieuses comme des tombes. Des chambres bruyantes comme des foires. Chambre blanche de Raguse, les murs sont de vastes miroirs pour le sommeil mouvant des vagues. La craie des mouettes écrit des mots magiques sur le tableau noir de notre souvenir. Chambre vieille de Vienne, sentant le moisi et le renfermé; je suis couvert de sueurs dans le lit et j’ai froid et tu appelles affolée un médecin. Chambre terrible, chambre déserte de Soubolitza en Yougoslavie où notre cœur se déchire entre le désir de retourner en arrière et celui d’aller plus loin. Il n’y a que quelques brindilles pour le feu, et le froid est si grand que nos voix sont comme des morceaux de glace dans nos bouches. Chambre de Venise pesante, lourde comme un tapis plein de broderies et de monnaies anciennes; la mer comme une tireuse de cartes fait sa réussite multicolore. Chambre au baldaquin haut de Pavie, les murs ont un regard de pierre. Chambre de Kaspitcheak en Bulgarie, sentant la terre fraîche et le fumier. O! Chambre vaste et lumineuse de tes parents dans le quartier sud de Bucarest, la nuit comme une main chaude, le dernier fiacre qui s’en va en rêvant sous les fenêtres. Et la chambre inhospitalière dans cet hôtel de Berlin. Et ces chambres qui sont la seule chose que nous avons connue d’une ville; chambre de l’hôtel de Varsovie où les bras des neiges nous ont enlacés et où nous sommes restés de minuit à sept heures du matin. Chambre de Zagreb où par la fenêtre se dessinaient les montagnes. Nous avons rêvé de monter sur les cîmes et de crier au soleil: Hé, nous voici, Soleil! Mais nous n’y sommes jamais revenus. Chambres de Nantes, de La Rochelle, de Bordeaux, du Havre et ô! les chambres de Paris où nos années sont restées comme en des coffres secrets: chambre désolée et vide de la rue Brancion, chambre comme une plage dévastée de la rue Jonquoy. Chambres étroites comme des cercueils où la voix des voisins était haineuse comme la voix des morts. En Suisse, à Vevey, nous avons passé une nuit dans une chambre de vivants; les draps étaient très blancs et à travers les rideaux le lac nous invitait vers son ciel noble. La matin le bon café et le beurre, les confitures ô! belle aube de Suisse. Mais je tremble, une main serre mon cœur comme une éponge. J’entends mon sang qui coule goutte à goutte dans une grotte: je vois la chambre d’hôpital, tu es là après l’opération, tu as un regard si bon, si doux, tu me pardonnes de t’avoir menée dans cette salle hostile. Ta voisine est une petite fille, en face il y a une femme qui te ressemble et son mari qui me ressemble, ils se tiennent les mains, ils ne se disent rien, ils se regardent, c’est peut-être nous-mêmes car nous aussi nous nous taisons, nous nous tenons les mains, nous nous regardons. J’ai peur et je cache ma peur. Dehors les peintres sont en train de peindre les murs, ils sont habillés de blanc, les infirmiers aussi sont habillés de blanc, ce sont peut-être des peintres eux aussi et ils blanchissent à la chaux nos âmes. Quand je m’en allais je rôdais autour de l’hôpital et j’emportais en moi la chambre avec ses lits et ses malades comme un tiroir dans une armoire. Ô ! Il y a aussi les chambres trop vastes qui dépassent les frontières du monde, et celles qui tombent comme des navires au fond de nous et celles où l’on aime revenir pour retrouver son propre visage: Ai-je beaucoup changé? Il y a les chambres où je suis allé avec des femmes de passe et ton souvenir me faisait mal et donnait un goût très amer à l’amour, je fuyais ensuite par les rues et la chambre avec son odeur étrangère cognait les parois de ma tête et ne voulait pas s’en aller, ne voulait pas…

Chambre, je n’ai été en toi que quelques heures
Mais toi, tu resteras, toute ma vie, en moi,
Certes, nous sommes comme ces boissons qui gardent
Longtemps le goût de terre de la cruche qui les a contenues.

Les visages d’aucuns sont comme les cartes
Où se lit le dessin des chambres qu’ils habitent.
Il y a des chambres trop larges comme des pardessus d’emprunt
Il y a des chambres où l’âme doit se voûter comme un dos.

Il y a des chambres si aérées, si claires
Que rien ne les sépare des montagnes qui les entourent.
La forêt, les étoiles s’approchent des fenêtres,
On prend le thé avec des amis sur la terrasse.

Il y a la chambre où est enfermée ton enfance
Elle se méfie, elle ne te reconnaît plus très bien,
Il y a la chambre où ton père a été malade
Trois mois il a attendu la mort, et elle est venue.

J’ai passé à travers beaucoup de chambres
En les quittant je paraissais le même, mais les murs,
Les miroirs fumeux, les objets qu’enchaînait l’ombre
Gardaient, chaque fois, mon visage secret.

Ceci était ma chair et ceci fut mon sang
Versé de verre en verre, distribué à table,
Parfois je me surprends au milieu d’une chambre
Faisant le pas, le geste venant d’une autre chambre.

Il y avait une porte ici? Il n’y en a plus.
Et la fenêtre où est-elle donc? Il y avait
Un aboiement comme un linge à sécher dans la cour,
De l’autre côté du mur, une voix animée.

Mais ce n’est peut-être partout qu’une même chambre
Que l’on porte avec soi et qui s’adapte aux murs,
Dans les palaces, ou dans une mansarde, ou au fond d’une cave,
Elle sort de nous et recouvre tout de son étoffe.

Chambre qui donnait vers une cour sombre,
Chambre où résonne encore la voix de l’ami,
Lui, il est déjà moins qu’une ombre,
Mais sa toux, sans poitrine, s’affole en cette chambre.

J’ai connu aussi la chambre au retour de voyage
Et cette odeur de cuir et de départs,
La chambre entourée d’orages,
Et envahie par la mer de toutes parts,

Il y a vraiment des chambres qui ne veulent pas de vous,
Qui vous vont mal, qui vous tolèrent à peine,
Il y en a d’autres où l’on se sent à l’aise,
Le cœur tranquille, un livre ouvert sur les genoux.

Car il faut que l’on se mêle à la chambre,
Que l’on se perde en elle comme en un nuage,
Qu’il y ait entre vous et elle un courant continu,
Que l’on s’aime et que l’on se ressemble,

Alors l’âme déploie, confiante, sa lumière,
La chambre devient vaste ou étroite, selon votre désir,
Les murs sont affectueux et au-dessus du lit
Le plafond tend les toiles d’un sommeil paisible.

Ilarie Volonca  (1939)

 

A LA NOTRE

A l’ô, tel un bateau, notre chambre voyage …elle porte le N° Tresse pour que je te peigne sans cesse. Aux trottoirs d’ici et de là-bas, les marchés étalent leurs quatre-saisons. D’un jour lourd se faisant échelle pour un tant meilleur. D’une odeur non coupée, parfum d’intimité dévoilé. A quai, jetées, nos étreintes se font chenal pour sortir du couloir.

N-L  (15/12/16)

COURTOISIE DE LA FATIGUE


COURTOISIE DE LA FATIGUE

Saluons l’arbre, ô l’homme vertical,

Ses feuilles ; ses cheveux au vent de la vie,

Mais l’homme couché est plus près de la terre

Qui ne confie ses secrets qu’à l’oreille.

C’est pendant l’orage que l’arbre se plie

Vers le sol, mais les nuages déchaînés

L’empêchent d’entendre la voix de terre, et quand la foudre

Fait de lui un être horizontal, il est trop tard.

Le songe ne visite pas le téméraire, l’homme debout,

Et la mort demande une grande douceur. L’allongé

Connaît la noble courtoisie de la fatigue,

Son corps est l’ornement à la mesure de la terre.

Mais les multitudes au repos, dominicales

Formes étendues au bord d’un fleuve,

La tête comme un coquillage, remplie de l’écho

Qui vient des couches profondes où sont les ossements,

Les voici prêtes aux visions, les voici calmes.

Le sommeil leur confie ses flûtes de cendre

Car elles savent que ni la mer énorme ni la flamme

Ne pourrait les soustraire aux ordres de la terre.

Vous rêveurs, vous hommes horizontaux qui attendez

La femme à la beauté immuable, la mort,

Saluts à vous, couchés dans le sable ou la boue,

Vous, gloire des navires au fond des océans.

Bientôt en vos bouches pleines de terre les paroles

Seront ces touffes d’herbes transplantées avec le sol

Quand les racines fines trouveront vos ancêtres

Et les clés d’os ouvrant la porte des nuages.

Ilarie VORONCA

(in Les Hommes sans Epaules n°16, 2004).

 

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GERALD BLONCOURT


EXTRAITS

La colère
est en moi
je hume l’existence
je me heurte
aux fils de fer barbelés
de la désespérance
je franchis les ruisseaux
boueux de l’inquiétude
Martissant, Carreour-feuille,
Bizoton, Jérémie, Jacmel,
Pétionville, Port-au-prince,
l‘Ile de la Gonave,
bruissants de misère
L’azur est en folie
Tout se mêle
S’entrecroise
Et se noue
Je sonde l’espace séculaire
Ce brassage de peuples
Qui fil sonner le glas
Du sordide esclavage

Je dis à la jeunesse
Aux yeux-diamants
luisants d’espoir
Aux cohortes affamées
des bidonvilles
aux créateurs
peintres
poètes
écrivains
L‘heure est venue
De dire NON
aux imbroglios
des politiciens véreux
aux corrompus
aux assassins

Le jour se lève
en ma mémoire
Les « CINQ GLORIEUSES » de Janvier 1946
Ont offert au Monde
Un sursaut salutaire

Haiti d’infortune
des tremblements de terre
tes enfants sont là
Kampé ! Debout !
Je crois en tes vertus
En vous
Nouvelle générations
Je crois en ce renouveau cosmique
De Liberté, d’Égalité et de Fraternité

Je dis Merde à l’Espace
Je crie mon mot d’ordre
« Kembe fèm ! pa lagé ! »

Salut à vous
mes racines profondes
mon doux parlé créole
mes cassaves, boborits
rapadou, mes rorolis,
mes pisquettes grillées
mon choux palmiste

Salut à vous Furcy
Kenscoff, le Morne Bourrette
Le Massif de la Selle

Salut à vous
Dessalines, Toussaint Louverture,
Héros de l’Indépendance

Salut à vous Jacques Roumain, Jacques Stephen Alexis,
Gérard Chenet, René Depestre
Et tous les autres

Je m’incruste dans les rues démembrées
Je soude espoir et certitude
pour bannir l’obscurité.

 Gérald Bloncourt

29 novembre 2016

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Gérald Bloncourt

bloncourtblog.net