Les rues de la nuit sont blanches autour de ton corps de Femme


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Les rues de la nuit sont blanches

autour de ton corps de Femme

 

Les néons des sex-shop ont des secousses permanentes, glissades tangos, ruades bossa-novas, où les croupes valsent et s’emboîtent. Le malheur noie sa solitude dans les verres grossissant d’un bonheur bref donné par des femmes réduites à l’état d’objet-marchand d’un avilissant statut de la Femme. J’ai connu, en voulant savoir, tout ce qui tourne autour de ce commerce juteux (mot on ne peut plus juste dans l’usage de notre langue donnant plusieurs sens au même mot).  Le pied de La Butte, à Pigalle en a fait ses halles comme un cochon. Le temps qui passe entre perruque et rimmel, vide et éponge. Paris canaille, pari mutuel, un travello fait le trottoir en jouant à la môme Piaf, la goualante des pauvres gens.

Qui sait comme ses filles de joie sont respectueuses. J’affirme que la plupart sont moins garces que celles dit-honnêtes ?

En son temps, j’ai voulu m’instruire de ces pratiques comme j’ai voulu apprendre tout ce  qui fait l’Homme. Ma quête humaniste.

Femme, tu sortis en tête d’affiche de mon respect.

Le printemps fait déjà frémir la terre, la nature est en mouvement, elle envoie les premiers signes d’un retour de sa libido.

Mes pensées sont devant mes yeux comme pour dégourdir mes doigts du sommeil hivernal. Le couloir éteint ses lanternes et déroule lentement ses ailes, grandes lèvres des premières fleurs du balcon, il est au bord de l’air libre. Premiers papillons prenant délicatement les bords de tes épaules, pour descendre lentement le tissu recouvrant ta peau. Son grain où je dessine, où je peins, exhale tes intentions.

Tu veux rejoindre l’amour dans tout ce qu’il a de purificateur. C’est de mon côté le m’aime envol que j’ai pris en partant à ta rencontre. Le rendez-vous du rite sacré où le cérémonial de l’union blanche et pure se répète au fil du temps.

Niala-Loisobleu – 1er Février 2017

 

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MON CAP SUD-OUEST


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MON CAP SUD-OUEST

 

Enfant, je découvris la  Charente-Maritime, ce large, qu’adulte resté innocent je ne cesse de voguer vers l’absolu. J’ignorais alors combien ma vie y serait liée…

1936 – Les premiers congés-payés, les trains de plaisir allaient me faire entrer  au bonheur des vacances familiales…

1939 – De St-Trojan où nous passions l’été, mon père et mon grand-père furent mobilisés…nous rentrâmes à Paris…

1940 – L’exode. Ma mère chargea la grosse C4 et en route pour l’exode…péripéties d’un chemin surchargé, ponts sur la Loire plus qu’aléatoires, Jeux Interdits…on finit par arriver…à Marrans où quelques jours après je vois les premiers soldat allemands entrer…

1945 – Fin de la guerre retour aux premières vacances depuis cinq ans…Mes parents choisissent l’Ile de Ré, où j’irai durant des années au Bois-Plage….

1972 – J’ai définitivement quitté mon Paname et m’installe à St-Georges-de-Didonne, suivront La Rochelle, St-Jean-d’Angély, Cognac et enfin la cabane en Moëze-Oléron…

Tour de Brou le gros noyer garde les pierres, debout au coeur du Marais de Moëze-Oléron, tout près, ma cabane s’y appuie la joue, yeux fermés sur un large tous jours grand ouvert…mon Île, mon Asile de Paix…parmi les oiseaux, le sel et le ciel qui n’en finit pas de joindre son bleu à la mer…

Le Ras d’Eau et Le Tiki à Royan  plus que ma Côte Sauvage, un temps fort de mon épopée, ma mue.

On ne sait jamais combien une histoire d’amour ça peut vous hâler votre tour de vie…

Niala-Loisobleu – 30 Janvier 2017

 

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Les yeux dans mon Herbier où la sauvegarde de mon Jardin – 1


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Les yeux dans mon Herbier

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CE VENDREDI  (N-L – 3 Octobre 2014)

Au tant passé présent, un champ s’aimé de petits cailloux répond
Pierre qui rouille n’a masse que dalle
Naître mousse a du Capitaine dans la voilure
Quand j’ai appris le Bleu
J’ai su que ma vie ne suffirait à le savoir
Rose est fait de blanc au laiteux répandu
Jaune cocu ?
Non c’est le soleil qui baise la lune sur la bouche
A marée basse comme hôte de marque
Après un parcours reste des vers à hâler voir
Rien n’entoure le monde d’un corset de rétention
A preuve
Selon le vent que où tu pisses
Ou t’es à rosée
Ou arrosé
Les grandes formations symphoniques ont besoin de solistes
Le kiosque du théâtre de verdure
n’est pas le clown blanc c’est l’Auguste
Chui là
Qu’à les yeux qui soulèvent les grandes godasses du chapeau qui pleure
Pour les journaux et les grands magazines
Remontez l’impasse de la cover-girl si vous pouvez
Un poète est toujours isolé mais jamais perdu
Sa folie lui tient compagnie
Aujourd’hui n’est qu’un Vendredi ordinaire
On est pas obligé de prendre du poison
On peut manger sein

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AU COING DE CE VENDREDI-CI  ( N-L – 27 Janvier 2017)

Quelques ans après mois, flux et reflux ont rincés la lisière des jours  de leurs écumes,  recousant l’écusson de la greffe. Sans quitter la branche, l’oiseau a du la serrer plus fort  de ses pattes pour garder le désir d’autres récoltes. Il avait été noté sur la feuille précédente que « Les grandes formations symphoniques ont besoin de solistes ». Indubitablement c’est ce qui a fait défaut. Où donc est passé l’aria ? On n’entend que les choeurs des sorciers faire tapage. L’Auguste s’est pris les grandes godasses dans le tapis.

Ce matin à la lecture de ce qui sortait des serres, je n’ai eu qu’une sensation contraire à mon habitude. Pas la plus petite présence d’insecte de ceux qui continuent à oeuvrer en se foutant totalement de l’oisiveté de sentiment d’alentours.

Soudain une question de cadre mise à l’évidence au menu des plats du jour d’hier me saute à la conscience. Voilà, plus besoin de chercher, j’ai trouvé. Il y a de l’étouffant dans mon air. Je le ventile en permanence par un système de vase communicant. Un garrot y fait caillot quelque part. L’air manque de retour. Mon tableau de vie s’est fait encadrer à son insu. L’oeuvre est sous une influence qui tait une partie essentielle du vrai auquel j’adhère. Car des vrais aujourd’hui il y en a des tonnes de versions. Atteinte en son âme par une emprise à ses choix de liberté communicative, mon oeuvre délire en partie toute seule. J’ai une part de mensonge à moi-même dans ma conviction. Cela  débouche  sur une privation créative. Le voilà l’effet cadre. La pensée mise en clôture dans une idée fixe d’amour absolu ? Je sens mal cette idée. Il faut la positiver.

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Il n’y a là que Niala/Être personne en fait ça prouverait qu’on a réussi à être quelqu’un/2


Il n’y a là que Niala/Être personne en fait ça prouverait qu’on a réussi à être quelqu’un/2

Je n’attends pas d’absolution partielle ou complète. De qui devrait-elle venir ? Je comprends néanmoins que la vie continuera à m’assaillir de toutes parts et qu’avoir des sentiments  de regrets, de déception, voir de loupé, d’échec, est inextricablement lié à la trame de l’existence. La vie est là. Nous sommes faits de pierre, de vase, de sable, d’eau, de feu, d’air, de vent,  d’émotions flexibles, de gaz dangereux ou bénéfiques d’un système organique sous l’appellation générique d’humain, sans que ce que cela implique que ce soit fait à notre naissance. Il faudra finir et peaufiner le brut.D’une manière où d’une autre, nous finissons par retrouver notre position initiale.La responsabilité m’est apparue si tôt que je pense en avoir pris conscience avant qu’on m’est appris à lire et à écrire. Je ne peux pas imaginer le contraire, ceci me paraissant  incompatible avec ma  nature.La relativité en revanche m’a toujours semblé compatible avec le rêve. Loin d’en faire un contradiction elle en fait sa base de calculs dans l’étude de charges que sa construction demande. Rêver rend lucide. Je ne suis pas un rêveur. Transposer des usages en fonction de telle ou telle action, c’est les adapter à leur réussite. L’homme qui ne s’abstrait pas de sa condition au prétexte d’en savoir tout, est plus bâté que l’âne montré du doigt.L’Amour en propose la meilleure preuve.

-Ta conception poétique des choses, te permet d’accéder plus facilement sans doute au bizarre me dit Bouffi.

-Hum, comme d’habitude t’as rien compris, parce que rien qu’a te voir j’aimerai savoir qui plus que toi pourrait être  dans le bizarre.

Là où tu es, le brouillard ne sort jamais sans te donner l’éponge à le défaire. Que tu ailles mer ou montagne il y aura toujours un franchissement à faire. On ne transcende qu’à partir de ses propres outils. Je ne me fais pas le cinoche quand je l’appelle (elle est toujours à côté), pour lui dire je vais faire une peinture de Toi avec des mots de Moi. Je lui dis. Tu sens que je suis passé sous ta peau pour pas froisser ta robe et qu’en étant concis tu  es à coeur pétant au point que tu me dis rien de peur que j’arrête. Elle me dit. C’est ça de peur que j’arrête. Je lui réponds du tact au tact, là tu me connais assez pour savoir que me priver de nourriture c’est pas le régime à me donner la banane. je peins sur la pointe des pieds tant la pointe de tes seins grimpe dans la couleur qui l’érige. Vagabonds mes doigts tremblent dans les embruns que t’éclabousse à faire penser à de la poudreuse dans un stem à la corde. Pourtant j’aime pas la neige, j’suis de sel, mais pas celui-là qu’on jette à la faire fondre La fonte qu’on préfère c’est l’airain, pas le mal de do.

Niala-Loisobleu – 24 Janvier 2017

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Dis-moi de l’encre de sève, l’Arbre


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Dis-moi de l’encre de sève, l’Arbre

Dis-moi de l’encre de sève, l’arbre, rien qu’une branche pour m’asseoir et quelques feuilles pour écrire

Dis-moi l’arbre, un vert bouteille, à la nôtre

Dis-moi l’arbre, un bonnet de vent sur mes épaules

Dis-moi l’arbre, ces poils d’animal mis au vestiaire du tronc

Dis-moi l’arbre, couteau gravé au coeur de l’écorce

Dis-moi l’arbre, cabane ouverte ses pas résonnant sur le pont

Dis-moi l’arbre la voix de tes couleurs, rouge argent, vert bleuté, terre au pied, blancheur de neige, araignée du givre, rose heur fruitière, tombé rousse nudité. Dis-moi l’arbre le sol qui vibre à la peau du sentier qui enlace ton orée. Dis-moi la mousse de nos horizontales pensées, le drap d’herbes, l’oreiller de fougères, l’autel du rocher où nous posons nos mains jointes

Dis-moi l’arbre un battement de ta voix de plumes

Dis-moi le son de toi papiers par chemins de ton ventre tam-tam, la transmission de notre m’aime pensée au-delà des longueurs d’une nuit posée devant le soleil sans que le rideau ne bouche les voies de ses dentelles. Dis-moi sans te prendre les pieds dans le tapis d’un WP bordélique les choses en claire, comme là où on fait verdir l’huître spéciale

Dis-moi l’arbre, de ton violon, notre état d’âme….

Niala-Loisobleu – 20 Janvier 2017

 

BOHEMIENS EN VOYAGE


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BOHEMIENS EN VOYAGE

Dédicace à Idéelle

Au bois taillé des crayons de couleur tu fais ce qu’il te plaît au nom d’une liberté que tu as construite en tribu au coeur du racisme. Bohémien, tu ne te maquille pas d’aimer. Un trait noir épile côté face tes mouvements ascensionnels d’une haine  ancestrale qui te poursuit en deux parties inégales. Parti du désert du Thar dans le Rajasthan, il y a des millénaires, tu seras toujours un errant.

Pour dételer ton cheval tu dois franchir le gendarme

En rase campagne les pierres ont besoin de la barbe de l’herbe sous les caresses du soleil se levant à rosée. Prise au seuil de ta roulotte, la grosse pierre barre toujours le cadre de l’huis par où mettre le couvert. Les enfants avalent la poussière en gardant les dents blanches des chiens qui mordent la vie. Cette lumière qui monte au-dessus des plus fortes rampes, ces matins sans dates, soulève les longues jupes des femmes par les cordes des guitares.

Dormir la lune dans un oeil et le soleil dans l’autre

Un amour dans la bouche un bel oiseau dans les cheveux

Parée comme les champs les bois les routes et la mer

Belle et parée comme le tour du monde

Puis à travers le paysage

Parmi les branches de fumée et tous les fruits du vent

Jambes de pierre aux bas de sable

Prise à la taille à tous les muscles de rivière

Et le dernier souci sur un visage transformé.

Paul Eluard

Dressés un à un aux fondations du ciel, tu repousses  les murs  à se toucher des quatre éléments, réunis au sein des quatre saisons dans un roulement de vouloirs plus coriaces que la loi du plus fort.

Attelé à quatre chevaux ailés, tu as ignoré Pégase, les cordes de l’arc-en-ciel tendues d’humidité accouchant du sel. Aux vagues des Saintes rompant les amarres emprisonnant la voie. Cap du fond de ses cales, le désir d’être érige sa volonté dans l’envol d’un oiseau peignant bleu comme on embrasse de vie. Les feux de ta liberté, Bohémien, brûlent l’indécision des tons rabattus de ces malheureux nantis d’une humanité qui se plaint toujours de toi et de tout.

Niala-Loisobleu – 19 Janvier 2017

 

ALEPH ma chair aux épouvantails des curées


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ALEPH

ma chair aux épouvantails

des curées

Alors je vis « l’Aleph »,équin-tricycle

et ce matin vînt du jour dernier d’hier, le déclic amorçant l’ouverture d’un embrayage qui refusait de sortir du stationnement de ces derniers temps. Les roues du moulin meulent et les zèles changent de monture. Rossinante demeurera à jamais dans La Mancha, le grain d’un passage dégourdit les vannes du bief. En ordre dispersé, rue de Verneuil, équin-tricycle ressortent un père faire ailleurs, une mère équinoxe,  le Front Populaire, une et puis deux guerres, bric à brac flibustier se riant des morsures du grinçant. Le film s’échappe des bobines fossé des inventaires de la stricte réalité de mon existence. Orsay musée change de destination….Je suis rien et multiple, marches, colonnes, fronton, double luminaire à l’oeil ouvert, tenant par l’ombilic la Femme aux cheveux arc-en-ciel,  marchant sur le  fil du rasoir, le balancier tenant le caniveau émancipé. Autre et incomparable proximité née d’une fausse distance Nous barbotons nos âges dans nos marres. Un amoureux  glissement d’ailes de canard,  sensuel colle vers, en brouillant les dates de nos révolutions sous l’oeil de nos Anges. Démons et merveilles. Et toujours l’Eternel Cheval, mains tenant, monté d’une statue de Vénus callipyge ne voulant plus voir Vesoul, pour nourrir qu’en Arles peint visible l’olivier à huile de Vincent, à son sein. Aphrodite, soulevant son péplos pour regarder ses fesses, nécessairement superbes, robe blanc et noir, blond pelage,crin yin et yang. Cabanant d’ici à là, un Atelier mobile dresse son  chevalet à l’écart des soupirs du Sade de Venise, mais bien au lit d’ô, des naissances dans la douleur. L’Etoile de lin dans l’autre. Que d’arbres, une médecine végétale forestière sans flacon qui tartine sur  canopée la sève des mots-peints. Lamentations éteintes, murs mis au pilon, les lignes gravent leurs orgasmes en majuscules paraphrastiques. La vie comme dab, faisant son transit de naissances en fausses-couches, des fils-enfants sont décousus du temps qui passe. J’ai craché le sans sur mes nativités.

Poèmes d’Amour, ô Jorge Luis Borges aide-moi, explique-leur l’indicible maux à mots de l’encre qui pleure acide  quand l’araignée se manifeste en orbite et comme tu l’as si bien dit :

….la circulation de mon sang obscur, l’engrenage de l’amour et la transformation de la mort, je vis l’Aleph, sous tous les angles, je vis sur l’Aleph la terre, et sur la terre de nouveau l’Aleph et sur l’Aleph la terre, je vis mon visage et mes viscères, je vis ton visage, j’eus le vertige et je pleurai, car mes yeux avaient vu cet objet secret et conjectural, dont les hommes usurpent le nom, mais qu’aucun homme n a regardé : l’inconcevable univers. J-L Borges

 

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Extrait de « L’Aleph » (Traduction de Roger Caillois)

Alors je vis l’Aleph.

j’en arrive maintenant au point essentiel, ineffable de mon récit ; ici commence mon désespoir d’écrivain. Tout langage est un alphabet de symboles dont l’exercice suppose un passé que les interlocuteurs partagent comment transmettre aux autres l’Aleph infini que ma craintive mémoire embrasse à peine ? Les mystiques, dans une situation analogue, prodiguent les emblèmes : pour exprimer la divinité. un Perse parle d’un oiseau qui en certaine façon est tous les oiseaux ; Alanus ah lnulis d’une sphère dont le centre est partout et la circonférence nulle part ; Ezéchiel, d’un ange à quatre visages qui se dirige en même temps vers l’Orient et l’Occident, le Nord et le Sud. (Je ne me rappelle pas vainement ces analogies inconcevables ; elles ont rapport avec l’Aleph.) Peut-être les dieux ne me refuseraient-ils pas de trouver une image équivalente, mais mon récit serait contaminé de littérature, d’erreur. Par ailleurs, le problème central est insoluble : 1’énumération, même partielle, d’un ensemble infini. En cet instant gigantesque, j’ ai vu des millions d’actes délectables ou atroces ; aucun ne s’étonna autant que le fait que tous occupaient le même point, sans superposition et sans transparence. Ce que virent mes yeux fut simultané : ce que je transcrirai, successif, Car c’est ainsi qu’est le langage. J’en dirai cependant quelque chose.(..)je vis une petite sphère aux couleurs chatoyantes, qui répandait un éclat presque insupportable, je crus au début qu’elle tournait ; puis je compris que ce mouvement était une illusion produite par les spectacles vertigineux qu’elle renfermait. Le diamètre de 1’Aleph devait être de deux ou trois centimètres, mais l’espace cosmique était là, sans diminution de volume. Chaque choses (la glace du miroir par exemple) équivalait à une infinité de choses, parce que je la voyais clairement de tous les points de l’univers. Je vis la mer populeuse, l’aube et le soir, les foules d’Amérique, une toile d’araignée argentée au centre d’une noire pyramide, un labyrinthe brisé (c’était Londres), je vis des yeux tout proches, interminables, qui s’observaient en moi comme dans un miroir, je vis tous les miroirs de la planète et aucun ne me refléta, je vis dans une arrière-cour de la rue Soler les mêmes dalles que j’avais vues il y avait trente ans dans le vestibule d’une maison a Fray Blentos, je vis des grappes, de la neige, du tabac, des filons de métal, de la vapeur d’eau, je vis de convexes déserts équatoriaux et chacun de leurs grains de sable, je vis à Inverness une femme que je n’oublierai pas, je vis la violente chevelure, le corps altier, je vis un cancer à la poitrine, je vis un cercle de terre desséchée sur un trottoir, là où auparavant il y avait eu un arbre, je vis dans une villa d’Adrogué un exemplaire de la première version anglaise de Pline, celle de Philémon Holland, je vis en même temps chaque lettre de chaque page (enfant, je m’étonnais que les lettres d’un volume fermé ne se mélangent pas et ne se perdent pas au cours de la nuit), je vis la nuit et le jour contemporain, un couchant à Quérétaro qui semblait refléter la couleur d’une rose à Bengale, ma chambre à coucher sans personne, je vis dans un cabinet de Alkmaar un globe terrestre entre deux miroirs qui le multiplient indéfiniment, je vis des chevaux aux crins denses, sur une plage de la mer Caspienne à l’aube, la délicate ossature d’une main, les survivants d’une bataille envoyant des cartes postales, je vis dans une devanture de Mirzapur un jeu de cartes espagnol, je vis les ombres obliques de quelques fougères sur le sol d’une serre, des tigres, des pistons, des bisons, des foules et des armées, je vis toutes les fourmis qu’il y a sur la terre, un astrolabe persan. je vis dans un tiroir du bureau (et l’écriture me fit trembler) des lettres obscènes, incroyables, précises, que Beatriz avait adressées à Carlos Argentino, je vis un monument adoré à Chacarita, les restes atroces de ce qui délicieusement avait été Beatriz Viterbo, la circulation de mon sang obscur, l’engrenage de l’amour et la transformation de la mort, je vis l’Aleph, sous tous les angles, je vis sur l’Aleph la terre, et sur la terre de nouveau l’Aleph et sur l’Aleph la terre, je vis mon visage et mes viscères, je vis ton visage, j’eus le vertige et je pleurai, car mes yeux avaient vu cet objet secret et conjectural, dont les hommes usurpent le nom, mais qu’aucun homme n a regardé : l’inconcevable univers.

Jorge Luis Borges (L’ALEPH – Gallimard, 1967)

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La Chambre de Douleur


Joë Bousquet

Il est couché le poète, la douleur à ses pieds

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On ne remonte pas au jour sans passer par la poésie.

…La poésie n’est plus l’attribut du poème, mais un attribut caché de ce qui existe, son horizon dans l’âme des hommes, c’est-à-dire l’horizon, dans ce qui aspire à l’être, de ce qui aspire à la mort.

 

Telle une araignée noire au centre de sa toile, Joë Bousquet attendait au centre de sa chambre. Au milieu des vapeurs d’opium et des parfums que de belles visiteuses avaient laissé s’évaporer, il était là gisant, guettant les bruits du monde, et échangeant des lettres avec ceux qui marchent. Lui colonne vertébrale brisée il pouvait sentir physiquement en lui la terre tourner, alors que les bien – portants n’y prenaient garde.

 

Dans cette maison du 19 rue de Verdun, puis au 41 et enfin au 53, à Carcassonne, cette maison aux volets toujours clos, il y avait son lit immense avec le coussin réceptacle de son corps, un petit guéridon rond plein de médicaments, une table pour les manuscrits et la bibliothèque basse, une pipe d’opium. Quelques tableaux et des lampes toujours allumées. De 1925 à sa mort le soleil n’est jamais entré dans cette chambre, quelques amis et amies, oui. Cette chambre est maintenant un musée, « La maison des mémoires ». Joë Bousquet reste une de nos espérances.

 

Dans cette chambre, parfois Jardin des Oliviers, parfois cénacle des courages et des combats contre la médiocrité du monde, parfois boudoir, il était là, merveilleux gisant. Cette chambre « à la fois coquille et son hôte , était sa peau nouvelle, sa mappemonde d’imaginaire, sa furieuse tanière. Lui l’immobile, le gisant lumineux, il devient le vitrail du temps, il savait se mouvoir dans l’espace des consciences. Lui le couché pendant plus de trente ans, naviguait dans l’infini du langage. Sans un cri contre la destinée, il admettait sa haute expérience :

 

Rien ne nous advient que revêtu de notre âme : nous n’y reconnaissons qu’à la longue ce que nous avons appelé…

 

Le merveilleux gisant

 

Dans cette tanière, il attendait Aragon, Gide, le grand ami René Nelli qui lui parlait de l’amour courtois, et bien d’autres encore qui venaient se faire adouber dans la chambre close aux parfums. Car cette chambre dévouée « à la vie de l’esprit » était devenue l’antichambre des lettres françaises. Tapi dans la douleur, Joë Bousquet aura réussi à habiter la douleur. Lançant ses innombrables correspondances avec les peintres, les poètes, il aura si ce n’est sauvé le monde, du moins sauvé le sien. « Les miracles de l’amitié » l’auront tenu debout et éloigné ses ténèbres. Dans sa chambre (l’oubliette aérienne disait-il) il se sera entouré de toiles qui l’aidaient à vivre (Paul Klee, Max Ernst, Fautrier, Magritte,…). Ses papillons volaient à partir des toiles aimées et tant contemplées.

 

Courageuse sentinelle, il aura fondé « des planches de vivre », il aura voulu faire œuvre de vie et devenir poète tous les jours un peu plus. Sa grande exigence, commune à celle de son ami René Char l’aura amené à faire de ses nuits, des nuits sacrées.

 

Ce siècle présent est foutu s’il n’est pas fait contrepoids à sa nuit immense par l’assurance de quelques individus qui tiennent de leur volonté ou de leur vie le privilège de voir et d’éclairer… Je ferai ce que je pourrai pour lui, mais je le crois foutu. Jamais il ne comprendra que l’homme est un cœur, ou rien. C’est-à-dire : courage. Amour.

 

Joë Bousquet, comme Char, se veut donneur de courage et d’amour. Joë Bousquet voulait mettre dans son écriture « toute sa vie et toute sa personne », offrir par son exemple non une leçon de stoïcisme mais une leçon de vie, un creuset de forces vitales. Par sa souffrance, sa blessure, il aura presque de manière christique dans sa chambre refuge et torture à la fois, inversé les plaies et entonné un immense hymne à la vie. Pourtant il sait que « personne ne sait se mettre à la place de celui qui a été douleur ». Ce combat de résistant de la vie, il le mène seul, mais avec l’écharpe des amitiés en soutien.

 

Cette blessure du 27 mai 1918 reçue à Vailly, sur le front de l’Aisne, cette blessure sans limites qui le laisse paralysé à vie, cette douleur devenue son corps même, il la transcendera par la poésie. Entre la quatrième et la cinquième vertèbre, la mort s’est tapie, pas trop pressée, mais exigeante.

Il sera allé vers la vérité de la vie par sa volonté et par son vertige. Lui qui se sera fiancé avec cette douleur, se sera marié avec la vie. Intense et lucide, Joë Bousquet ne fuit pas le réel, il ose habiter au cœur de sa douleur, pour simplement dire :« Il faut vivre, vivre, rien que vivre… ». Il entretient la vie « avec la collaboration perpétuelle de la mort ».

La peur de vivre est cachée dans l’amour. Et, ainsi dissimulée, elle ne s’appelle plus la peur de vivre, mais bien l’amour de vivre.

 

« C’est le désastre obscur qui porte la lumière ». Et Bousquet rejoint Maurice Blanchot.

 

Il faut que chaque jour s’enterre dans la personne d’un homme pour s’éveiller dans son visage.

 

Joë Bousquet était donc là au milieu de sa chambrette avec ce sourire qui éteint les lumières, avec son visage en averse, et sa moelle épinière adoubée par une balle. Il devenait songe, il guettait l’autre matin qui mettait en péril sa nuit blanche, il ne pleurait presque plus, et son ombre revenait vers lui, lourde de ce qu’elle avait vu au-dehors. Elle lui redisait tout à l’oreille. Les bruits et la lumière de la ville derrière les murailles de son château fort, les jupes des filles sous la tramontane, les parfums du temps. Parfois il s’interrompait pour donner à manger à sa douleur qui était à ses pieds. Il la flattait, lui caressait la tête, elle qui ne voulait s’endormir.

 

Les médicaments au bout de la table, ceux de tous les jours, alchimie pathétique pour durer encore un peu jusqu’à cet an 1949. Lui il était devenu un songe. Une force vitale aussi qui transmue ses peurs, ses tourments en regards. Le sommeil curieux donné par l’opium lui ouvre l’horreur de s’éveiller sans son corps, d’émerger de guingois dans une autre forme.

 

Ce corps qu’il regardait en étranger, « paralysé à hauteur des pectoraux, moelle épinière non sectionnée mais tordue par le passage d’une balle, mes jambes inertes avaient tendance à se mettre en croix ». Il portera cette croix. Il s’envolera dans une sorte de spiritualité poétique, et d’amour de l’amour, d’amour de la vie. Joë Bousquet est le poète de la sublimation. Du courage et de l’amour, seules armes pour sauver « un siècle foutu ». Lui, l’homme au vol arrêté, a survolé et la solitude et le temps. Par ses correspondances il a tissé la plus belle des toiles d’araignée, fixant rendez-vous auprès de son lit d’infirme aux plus belles amitiés. L’homme immobile de la chambre de Carcassonne aura tant navigué qu’il aura changé les eaux moires de nos mémoires. Lui le foudroyé revenait au petit matin avec son butin du feu dérobé au visible et à l’invisible.

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Du brouillard de ses mots et de ses drogues sont montées les plus prégnantes métaphores. Le silence fut brodé au plus profond de ses draps. Il devenait le locataire de son absence, et quand vers le soir, dans la cité qui s’endort s’éveille sa lucarne vers le monde, il fait monter « une neige d’un autre âge » sur nous.

Poète, ce que tu aimes, t’emportera le cœur, il ne resterait de toi que ta poussière, mais ta souffrance sera ta personne.
Ce don de sa douleur au monde par l’eucharistie des mots est troublante. Joë Bousquet semble nous dire : mangez mes mots, vous me mangerez aussi. Bousquet est dans ce qu’il appelle « l’outre-voir » et il veut que nos regards aussi s’éclairent. Il est l’intercesseur du silence, le grand déchiffreur des mots écrits sur le front de la nuit. Lui l’immobile, parcourait toutes les étoiles.

 

Joë Bousquet se prenait parfois pour une pierre échouée mais qui connaissait le cours des rivières. Il se méfiait des spectres de midi qui promettaient la vérité car « Tout ce qui parle de vérité accuse la poésie ». La poésie qui pour Bousquet est un sens de l’être et surréalise le réel. La poésie est un appel nocturne hors de l’activité des hommes. Elle se cache parfois dans de drôles de petites comptines « Son ombre est sous la terre, ton pas la fait pleurer ».

Pourtant Bousquet n’aura publié qu’un seul recueil de poèmes : « La Connaissance du Soir ». Un seul recueil, mais le frisson des images parcourt en illuminations ses écrits.

 

Et l’étoile c’est la nuit qui monte à son tour.

La goutte bleue de l’abîme enveloppe la mer.

 

Joë Bousquet se voulait, se croyait, totalement méridional, homme de jour pur et d’eau courante, mais aussi de vent tourbillonnant et d’échos des troubadours. Il aimait l’amour « son plaisir était de se connaître dans le sexe qui lui faisait accueil ». Il aimait jusqu’à la déraison :

 

C’est trop d’aimer tu me fais peur

c’est trop d’aimer quand l’autre en meurt

c’est trop d’aimer quand on en meurt

 

Il savait que le corps n’est pas un élément de disparition et il accueillait « gonflé de joie » les dernières années. Joë Bousquet n’était pas la pleureuse mettant sa douleur en sautoir, mais un phare d’existence. Il n’impose pas sa blessure, il s’impose à la douleur, il tresse la lucidité du siècle, l’amitié du monde. Il fait entrer sa blessure dans son cœur il est devenu sa blessure.
« Ma blessure existait avant moi, je suis né pour l’incarner »

 

Et cette blessure qui revient soudain en 1939 est pressentiment des horreurs à venir, flanc du corps en offrande pour détourner la mort.
Le corps est le firmament de tout le réel imaginable. Nous sommes la carte de ce firmament ranimée dans le coin où on l’a mise. Il y a plus.

 

 

Les paroles brodées de la douleur

 

« Mon corps est mon église ; j’en ai fait mon cheval ». Devenu l’intrus de son propre corps il avançait dans les songes et l’amour. Et il savait cela de la vie : « La certitude à communiquer que nous ne faisons pas notre vie et que notre vie nous fait ». Il aura communiqué dans son rôle de gisant magnifique ces vérités de vie.

 

La vie est vérité. Traversée jamais achevée au terme de laquelle on reçoit son être véritable.

 

Joë Bousquet est mort le 28 septembre 1950 à 53 ans, laissant une œuvre foisonnante, mais curieusement totalement inachevée. Il était né à Narbonne le 19 mars 1897.

Mais ces copeaux, ces étincelles, toutes ces « aumônes du soir » sont une forme de salut à tous ceux qui seraient perdus sans sa poésie. Entrons dans la chambre obscure de Joë Bousquet, sa petite lampe est éteinte, la pipe d’opium refroidie, le parfum des maîtresses enfuies. Il ne reste même plus les tableaux aux murs

La poésie est le salut de ce qu’il y a de plus perdu dans le monde. (Papillon de Neige)

 

Lui le traducteur du silence, le meneur de lune il est dans l’affût des tressaillements du cœur, du moindre froissement de la vie. Il est un guetteur à la proue de la nuit.
Va demeure l’horreur du sommeil dans le songe cette peur de mes yeux de se fermer sur moi. J’apprends à te parler de tout ce qui me brise à te détruire au nom de tout ce qui me lie. (Le Meneur de Lune).
L’amour est le sursaut qui fait que la voix parle encore et toujours.

 

Pour aborder Joë Bousquet, le côtoyer à l’extrême, il aura été surtout emprunté le chemin du « Sème-Chemins » paru aux éditions Rougerie en 1981. Cette belle maison d’édition qui aura tant fait pour Joë Bousquet.

Quand les temps s’assombrissent et que gagne le froid, il convient de ne pas prendre la main de n’importe qui ! Ceux qui refusent, ceux dont la vie a pesé les paroles, ceux-là sont les amis. Parmi eux, Bousquet nous attend. (Alain Freixe)

 

Gil Pressnitzer

Source Esprits Nomades

http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/bousquet/bousquetjoe.html

FONCTION DU POETE


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FONCTION DU POETE

Sur le déluge de voeux du à la tradition de passage, après m’être déclaré rébarbatif sur l’usage qui en  est fait, je me dois de préciser le fond de ma pensée. Le rite est naturel puisqu’il remonte à l’origine humaine. Les hommes en découvrant et en commençant à comprendre le système planétaire ressentirent un besoin naturel d’en marquer les étapes. Leur célébration païenne s’inscrivit donc naturellement dans la tradition avant de devenir plus tard un rite dans les religions qui ne pouvaient les contourner.

Je ne suis donc en rien hostile au voeu. Je lui appartiens en tant qu’être humain.

L’évolution de notre civilisation m’a fait dire combien je plaçais tout mon espoir dans la Poésie. L’occasion du passage en 2017 me fournit l’occasion d’y revenir. Aussi ai-je pris Hugo, le socle indiscutable pour poser ma thèse. Au point que je souscris, mécréant, à l’analyse qui suit « La fonction du poète ». Remplaçant la présence de Dieu par ma foi laïque qui possède le même pouvoir en l’élargissant.

A vous toutes et à vous tous, qui lirez ce billet jusqu’au bout, je dis merci. Merci, d’avoir accepté mes vrais voeux puisque telle est ma libre intention en signe d’amour universel.

Niala-Loisobleu – 1er Janvier 2017

Fonction du poète

Dieu le veut, dans les temps contraires,

Chacun travaille et chacun sert

Malheur à qui dit à ses frères

Je retourne dans le désert !

Malheur à qui prend ses sandales

Quand les haines et les scandales

Tourmentent le peuple agité !

Honte au penseur qui se mutile

Et s’en va, chanteur inutile,

 Par la porte de la cité !

Le poète en des jours impies

Vient préparer des jours meilleurs.

Il est l’homme des utopies,

Les pieds ici, les yeux ailleurs.

C’est lui qui sur toutes les têtes,

En tout temps, pareil aux prophètes,

Dans sa main, où tout peut tenir,

Doit, qu’on l’insulte ou qu’on le loue,

Comme une torche qu’il secoue,

 Faire flamboyer l’avenir !

Il voit, quand les peuples végètent !

Ses rêves, toujours pleins d’amour,

Sont faits des ombres que lui jettent

Les choses qui seront un jour.

On le raille. Qu’importe ! il pense.

Plus d’une âme inscrit en silence

Ce que la foule n’entend pas.

Il plaint ses contempteurs frivoles

Et maint faux sage à ses paroles

Rit tout haut et songe tout bas ! …

Peuples ! écoutez le poète !

Écoutez le rêveur sacré !

Dans votre nuit, sans lui complète,

Lui seul a le front éclairé.

Des temps futurs perçant les ombres,

Lui seul distingue en leurs flancs sombres

Le germe qui n’est pas éclos.

Homme, il est doux comme une femme.

Dieu parle à voix basse à son âme

 Comme aux forêts et comme aux flots.

C’est lui qui, malgré les épines,

L’envie et la dérision,

Marche, courbé dans vos ruines,

Ramassant la tradition.

De la tradition féconde

Sort tout ce qui couvre le monde,

Tout ce que le ciel peut bénir.

Toute idée, humaine ou divine,

Qui prend le passé pour racine

A pour feuillage l’avenir.

Il rayonne ! il jette sa flamme

Sur l’éternelle vérité !

Il la fait resplendir pour l’âme

D’une merveilleuse clarté.

Il inonde de sa lumière

Ville et désert, Louvre et chaumière,

Et les plaines et les hauteurs ;

À tous d’en haut il la dévoile ;

Car la poésie est l’étoile

 Qui mène à Dieu rois et pasteurs.

Victor Hugo

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Analyse

Dans la Préface des « Voix Intérieures« , Hugo avait déjà parlé de la «fonction sérieuse» du poète, de sa mission civilisatrice. L’idée s’affirme et se précise ici : sans descendre dans l’arène politique, le poète doit guider les peuples ; il est l’annonciateur de l’avenir, inspiré par l’éternelle vérité, et ne saurait sans trahir sa mission se limiter à la poésie pure. Cette conviction caractérise la tendance dominante du romantisme après 1830, mais elle est aussi tout à fait personnelle à Hugo chez qui elle ira s’amplifiant ; dès cette date, quelques formules frappantes (v. 21, 32) révèlent sa conception du poète mage, du poète voyant.

Ce poème liminaire donne à tout le recueil son sens, son écho profond. Hugo y affirme que le poète est différent des autres êtres, qu’il est l’homme des utopies, le rêveur sacré, l’homme de l’avenir. Sa fonction est sociale : prêtre des temps nouveaux, il doit servir, être un intermédiaire entre Dieu et les êtres. Le penseur qui se mutile n’est qu’un inutile chanteur retranché dans l’individualisme : l’image de l’automutilation montre donc que l’utilité est intrinsèque à sa nature.

La solennité de ce texte didactique repose sur une structure très régulière, fondée sur de nombreuses reprises. On remarque une volonté de généralisation, l’insistance dans les définitions, les nombreuses exclamations laudatives, les impératifs, apostrophes et injonctions aux peuples.

– Au début, le poète répond à un interlocuteur qui lui conseille d’abandonner l’action politique : «Va dans les bois ! va sur les plages !… Dans les champs tout vibre et soupirre. La nature est la grande lyre. Le poète est l’archet divin !»

Dans le premier dizain, marqué par les trois verbes : «retourne», «prend ses sandales», «s’en va», Hugo condamne la démission des poètes par trois imprécations en anaphore («Malheur», «Malheur», «Honte») enchaînées dans une gradation ternaire. Les images qui évoquent la défection à laquelle le poète se refuse sont à apprécier.

Les oppositions « frère » / « désert », « sandales » / « scandales » sont renforcées par la rime riche et la paronymie

Le poète est un élu de Dieu, le poème commençant par « Dieu le veut » et se terminant par « mène à Dieu », Dieu étant l’origine et la fin. « Pareil aux prophètes » (à rapprocher des “Mages” [“Les contemplations”, VI, 23]), il « voit » là où les autres « végètent », il « inscrit » « ce que la foule n’entend pas » : fortes oppositions.

Dieu parle à voix basse à son âme.

Des anaphores insistent : « Lui seul a le front éclairé », « Lui seul distingue ». Cette mise en valeur du front peut être illustrée par les caricatures donnant à Hugo un large front.

Le comportement du poète peut être comparé à celui du Christ avec « ses rêves toujours pleins d’amour ». Il montre de la constance et du courage malgré les obstacles : « qu’on l’insulte ou qu’on le loue » qu’importe !

« Il plaint ses contempteurs frivoles », montrant ainsi une acceptation de l’adversité.

« Les épines » peuvent être vues comme celles du Christ : les références sont nombeuses à la souffrance, au martyre enduré.

À la fin du texte, le poète acquiert une stature quasi divine : « À tous d’en haut il la dévoile ».

Le poète agit donc pour tous  : « Ville et désert, Louvre et chaumière, / Et les plaines et les hauteurs ». « Louvre et chaumière » / « plaines et hauteurs » sont des métonymies incluses dans un chiasme qui efface l’opposition.

Ancré dans le présent, le poète est le pont entre le passé et l’avenir.

La force du texte se maifeste par des images mêlant temps, germination, lumière surgissant de l’ombre.

Les difficultés qu’impose le temps présent est marqué au début de chacun des trois premiers dizains : « temps contraires », « les haines et les scandales », « des jours impies », « quand les peuples végètent », « dans votre nuit », « dans vos ruines »

Le poète a la mission de recueillir le passé, d’où l’image de la récolte : « Marche courbé dans vos ruines / ramassant la tradition. » L’anadiplose « De la tradition féconde / Sort » est un lien stylistique qui établit un lien temporel). Avec «Qui prend le passé pour racine», Hugo affirme une fidélité à la tradition qui devrait être propre à rassurer ceux qui craindraient de voir en lui un révolutionnaire.

Le poète annonce un avenir de lumière : « A pour feuillage l’avenir ». C’est qu’il est « l’homme des utopies / Les pieds ici, les yeux ailleurs ». Il cultive le rêve : « Ses rêves toujours pleins d’amour » – « le rêveur sacré ».

La tâche est difficile : s’il a le don de voyance, il lui est nécessaire de scruter « les ombres des choses qui seront un jour » – « des temps futurs perçant les ombres ».

On remarque l’image végétale de la germination : « en leurs flancs sombres le germe qui n’est pas éclos »

Le but du poète est de « faire flamboyer l’avenir », illumination sur un fond d’ombre.

Les hyperboles et les accumulation dans le dernier dizain traduisent la réussite de la mission sacrée : « Il rayonne ! » – « Il jette sa flamme » – « fait resplendir » – « merveilleuse clarté » – « inonde de sa lumière ».

À partir de «Peuples ! écoutez le poète !», commence la conclusion : Hugo s’adresse directement au public.

La fin qui fait de la poésie « l’étoile» est mystique : elle rappelle l’étoile qui guida bergers et rois mages vers l’étable de Bethléem. Vigny aussi a dit du poète : «Il lit dans les astres la route que nous montre le doigt du Seigneur». (« Chatterton« ).

Ce texte qui est didactique possède une force intérieure, une puissance évocatrice, par la profusion des images souvent religieuses.

Hugo privilégie dans la fonction du poète la communion avec les autres et avec leurs souffrances, leurs problèmes. Il confie au poète la mission d’orienter l’Histoire, de guider vers la lumière, vers le progrès.

André Durand

Ce jardin où je reste suspendu…


Ce jardin où je reste suspendu…

Sorti par la bretelle, l’état long épuisé va s’arrêter pour un changement de relais. Mon An Neuf, encore petit, nu jusqu’au bout de l’ongle, sait déjà par où il franchira la frontière de l’ancien. Délaissant l’autoroute par goût des chemins de traverse, il va s’offrir sans péage un sentier de contrebande.

Ainsi pensai-je au matin de la St-Sylvestre,

dans un environnement perso découvert de fausses promesses et assez nu pour ne rien me mentir, sachant assez d’hier pour taper à demain un vrai gospel. Chez les hommes le coton se récolte en toute saison.

Ma lumière à couper les ténèbres à la main gauche, me posant la bonne interrogation, hors du petit bouton, ce ver point noir du mentons-nous les uns aux autres.

Rendre aux hommes…ce que d’autres leur ont pris ? Le jardin à mon à vie ne dépendant pas d’un mythe infesté de serre-pans, produit où fait friche selon qu’on le jardine. Où tu laboures ton carré en permanence, où tu te la joues Waterloo en te bandant les yeux et l’appendice caudal en te la trichant Austerlitz.

Non ne pas donner à l’oiseau plus d’ailes qu’il n’en peut. Le corps beau tenant plus de fromages qu’il n’acte dans son plumage.

A peine les guirlandes arrivent à terme dans la culture à gagner le paradis ou à  ne plus jamais avoir froid en enfer, que les lucioles pourraient bien baliser l’entrée par derrière au cimetière des zélés fans de la dérision. L’esprit ceint de la faute imposée à la machine à vapeur. Pas celle du mariage pour tous ou de l’équité féministe voulant la peau du macho pour s’en revêtir. Ah ce jardin, qui assaisonne par défaut est un drôle de monde plus fort en gueule qu’en retroussage de manches. Vieux scout bidon qui tresse son haleine sans vouloir retenir que la mauvaise action c’est lui.

Le monde est notre désir.
Le monde est notre vouloir.
Il n’y a rien à dire du monde — sauf qu’il nous ressemble trait pour trait.
Si nous le trouvons médiocre — c’est que nous sommes médiocres.
Si nous le trouvons vain — c’est que nous sommes vains.
Si nous le trouvons affreux — c’est que nous sommes affreux.
Si nous le trouvons dur — c’est que nous sommes durs.
Si nous le trouvons morne — c’est que nous sommes mornes.
Si nous le trouvons petit — c’est que nous sommes petits.
Si nous le trouvons écœurant — c’est que nous sommes écœurants.
Si nous le trouvons hostile — c’est que nous sommes hostiles.
Il ne changera que quand nous changerons.
Il est nous et indéfiniment il nous ressemblera.
Pour l’instant c’est un monde de terre sèche.
Il y aura un brin d’herbe quand vous serez devenus brin d’herbe.
Ou alors laissez tout crever.
Les démoniaques des pouvoirs ont ce qu’il faut dans l’arsenal pour une gigantesque épouvante.
Une gigantesque Mort.

Louis Calaferte (L’homme vivant 1994)

Ainsi en sera-t-il

à mon jardin

resterai suspendu

Laboureur, semeur, récoltant

Niala-Loisobleu – 31 Décembre 2016

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