Mots d’Encre 8


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Mots d’Encre 8

 

L’été coulant du faîte à la racine, poissait l’étron. Jours de merde à la suite d’une constipation du transit épurateur. Ô Amour si tu n’existais pas, si tu n’étais pas là, présent, rien de la torture du plomb fondu, huile bouillante déversée du haut du rempart ne tenterait de repousser l’espoir au fond du trou. Pétrifié comme en présence des Gorgones, à me regarder fondre au miroir, je quittais la cabane pour faire appel à la peinture sans teint d’abandon. Je hurlerai jusqu’à ma dernière corde vocale tendue au bois de ma résonance axée refus. Mourir oui, mais de la petite-mort. La tête cassée du coup, pendant des cervicales dans le précipice du bas des reins, haletante, une langue chienne remontant au sourd de l’eau ventrale. Et les seins, les sacs , les outres, les dame-jeanne crachées de leur paille giflant l’évanouissement pour me redresser. Amour tu m’arraches de la vésicule pierreuse pour me dissiper la bile d’un caillou blanc, membrane vibrante comme hymen. La lance bien tendue, enfourché à la verticale du galop, quelque soit l’accoutrement du jour sans, mon cheval le pourfendra de part en part dans la lice. L’éclat de la grenade mûre inondant la pulpe fendue.

Niala-Loisobleu – 22 Juillet 2017

 

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Mots d’Encre 8 – 2017 – Niala – Acrylique s/contrecollé, encadré s/verre 18×24

MON LONG DU LONG


MON LONG DU LONG

La jetée étire le reste de la nuit vers l’interrogation factice du quotidien. L’embarcadère pour touristes vers les îles était une foi, dort encore dans un rêve à laver la voie . Dans quelques heures il y aura la queue pour embarquer. Les haubans s’en foutent des filles de joie des bars à marins. Ils gémissent de jour comme de nuit sans faire semblant de jouir. La petite lumière qui saute est bien tranquille à l’intérieur du phare. Tout en haut des escaliers, comme ceux où la Butte funiculait des battements de Bateau-Lavoir. Le tant où la bohème posait nue entre les mains de la couleur. Mon coeur et moi, nous sommes sortis du sommeil avant d’être étouffé par l’outre-noir. Cet hymne au désespoir qui rapporte. La joie ça coûte seulement. Comme le prix d’une vérité qu’il faut cacher. Tu t’y colles câlin-maille-art. Faut reconnaître sa soeur en fouillant dans la culotte du zouave, Le mariage pour tous c’est l’étroit mousquetaire d’une politique à la vue basse où tout le monde s’engouffre devant comme derrière. Les murs sans fenêtres ça n’accepte pas les appuis pour les géraniums avec les odeurs de roucoulements amoureux. En revanche ça cultive le pigeon au point que les évangélistes en sont dépassés. Vaut mieux se quitter que de vivre dans un paraître imposteur. Qu’est-ce que je pourrai faire de bleu sans l’amour qui le fait naître ? De l’autre-côté du mensonge l’herbe reste vers. Et le bois vert. M’aime la planche de cabane se fout du surf sur la vague de la dernière mode, tant elle sait qu’on ne sel pas un cheval à cru. La mer ne se montre qu’en plongée, en surface c’est que capitaine de St-Tropez. Je retourne au fond des plis d’accordéons, pêcher la nacre des chansons pour retrouver mon vrai Capitaine. Vos chagrins ne collent qu’à l’appeau. Je vis de sel de nos larmes, dans l’estuaire  de la douceur de ta côte sauvage ouvrant grand large.

Niala-Loisobleu – 10 Juillet 2017

 

CROIRE EN CORPS


Soul of a Bird_Caroline Jamhour aka Lua Turquesa_painting

CROIRE EN CORPS

Le jour traîne à se lever, trop écrasé qu’il est dans la grisaille. Les premiers jours de Juillet sont couleur Novembre et la température oblige à rallumer les radiateurs. La cabane est à marée, la pluie la mise en flottaison. Il y a une absence dans le mouvement de la nature, le grand chêne qui borde la terrasse est en crise de voix des pigeons, plus loin le coucou matinal ne provoque personne. A croire que la pluie devient eau lourde. J’sais pas, sauf pour le dernier mot, il n’y a pas de miracle à en attendre. La météo dit que que dans les prochaines 24h on va passer de 20 à 32°. Alors on fermera le chauffage et on allumera la clim.

Les petites allées du bois sont des éponges. Gavées d’eau, elles n’avalent plus les flaques. Les arbustes reniflent et toute la végétation toussote, top d’humidité ramène les problèmes respiratoires à se nourrir de kleenex. La colonie de papillons qui loge dans mon lilas d’Espagne virevolte moins légèrement. Les jaunes et les bleus ont un lest d’eau à sortir de leurs ailes. Obligé de rester dedans, fait remplir les heures de pensées liées au mouvement statique. Que les faits du quotidien alimentent  sans efforts. La vie est à l’amarre dans une baie où la mort monte en surface. Exprimant par des événements sa tristesse par un sentiment affectif profond, ou terrifiant par sa dramaturgie avec l’inconséquence humaine mise dans ses démonstrations de barbarie pendant qu’on s »ébaudie sur les rapprochements des trains à grande vitesse (gouffre sans fond d’une situation sans le sou qui devra payer quoi qu’il arrive) L’algorithme y pourvoira un plus.

Tout le week-end, je n’ai pu sortir de mon quartier d’enfance. Allant, par les petites rues délaissant les boulevards St-Germain et St-Michel rejoindre le Panthéon. La voix d’outre-tombe d’André Malraux installée dans les kiosques à musique du limonaire Jardin du Luxembourg. L’éternel vivant des Grands-Hommes, couvre le morbide de leur société. Je ne fréquente les cimetières qu’en absence de chrysanthème conventionnel. Farfadet que je suis des lieux de pierres où l’esprit séparé du corps joue constamment en surface. Les traboules des passages d’occupation barbare, sont à mon passage clandestin, d’un grand secours. Jean Moulin tu es à mes yeux le plus proche parent de Simone Veil. Vous avez fait une exceptionnelle opposition à l’aliénation physique et mentale de l’être humain. Vous êtes du même temps dans un semblable tant. Voilà ce qui guidaient mes pas dans les rues de mon Paname ce Dimanche.

En rentant Camus m’attendait pour un dernier verre avec Char. Veillée du vivant avec la mort vue d’une autre manière que celle de rester passif à l’attendre tout en l’ayant jamais sortie de son vivant.

Niala-Loisobleu – 3 Juillet 2017

 

JEUX DE VIVRE


JEUX DE VIVRE

Un jour, il y a longtemps, je m’étais fourvoyé dans la question du bien-fondé. Le nombre de réponses est terrifiant. Les raisons invoquées sont omniprésentes dans la contradiction. Si bien qu’on ne peut y trouver que la vérité mariée avec son mensonge. La croyance excelle dans l’art d’opposer. Amenant au pire à partir d’une idée gentille, proposée par un sens de la morale. Exposant aux débordements les plus inhumains dès qu’elle devient politico-religieuse, par son glissement extrémiste.
Le journal-télévisé ouvre sur le chapeau fleuri d’une reine. Elle va l’arroser avec les pompiers d’un immeuble en flamme. Un rhéteur tombe la veste et trinque avec un groupe de sourds-muets pour échanger un peu plus loin un point de vue avec un aveugle. La vitesse sur les routes de la pollution sera réduite pour que les radars aient plus de temps pour flasher. Et la chanson de l’été vient se poser sur toutes les bouches. Le tatouage ne se cache plus. On a éradiqué l’idée qui faisait croire que l’homme s’asservit de son plein gré. A preuve ce reportage sur les combats en Syrie. Quel scoop ces gens voilés qui tirent dans tous les sens au milieu de ruines. Et pendant que des familles traversent des champs de mines, la speakrine écarte les jambes pour nous faire voir la vente aux enchères record d’une lettre de Vincent demandant du secours à Théo. Avant d’arrêter la télé, j’ai reconnu la tête du décapiteur, c’est celle de mon voisin qui prêche l’amour du prochain.
Niala-Loisobleu – 26 Juin 2017

A Némésis

Non, sous quelque drapeau que le barde se range,
La muse sert sa gloire et non ses passions !
Non, je n’ai pas coupé les ailes de cet ange
Pour l’atteler hurlant au char des factions !
Non, je n’ai point couvert du masque populaire
Son front resplendissant des feux du saint parvis,
Ni pour fouetter et mordre, irritant sa colère,
Changé ma muse en Némésis !

D’implacables serpents je ne l’ai point coiffée ;
Je ne l’ai pas menée une verge à la main,
Injuriant la gloire avec le luth d’Orphée,
Jeter des noms en proie au vulgaire inhumain.
Prostituant ses vers aux clameurs de la rue,
Je n’ai pas arraché la prêtresse au saint lieu ;
A ses profanateurs je ne l’ai pas vendue,
Comme Sion vendit son Dieu !

Non, non : je l’ai conduite au fond des solitudes,
Comme un amant jaloux d’une chaste beauté ;
J’ai gardé ses beaux pieds des atteintes trop rudes
Dont la terre eût blessé leur tendre nudité :
J’ai couronné son front d’étoiles immortelles,
J’ai parfumé mon coeur pour lui faire un séjour,
Et je n’ai rien laissé s’abriter sous ses ailes
Que la prière et que l’amour !

L’or pur que sous mes pas semait sa main prospère
N’a point payé la vigne ou le champ du potier ;
Il n’a point engraissé les sillons de mon père
Ni les coffres jaloux d’un avide héritier :
Elle sait où du ciel ce divin denier tombe.
Tu peux sans le ternir me reprocher cet or !
D’autres bouches un jour te diront sur ma tombe
Où fut enfoui mon trésor.

Je n’ai rien demandé que des chants à sa lyre,
Des soupirs pour une ombre et des hymnes pour Dieu,
Puis, quand l’âge est venu m’enlever son délire,
J’ai dit à cette autre âme un trop précoce adieu :
« Quitte un coeur que le poids de la patrie accable !
Fuis nos villes de boue et notre âge de bruit !
Quand l’eau pure des lacs se mêle avec le sable,
Le cygne remonte et s’enfuit. »

Honte à qui peut chanter pendant que Rome brûle,
S’il n’a l’âme et la lyre et les yeux de Néron,
Pendant que l’incendie en fleuve ardent circule
Des temples aux palais, du Cirque au Panthéon !
Honte à qui peut chanter pendant que chaque femme
Sur le front de ses fils voit la mort ondoyer,
Que chaque citoyen regarde si la flamme
Dévore déjà son foyer !

Honte à qui peut chanter pendant que les sicaires
En secouant leur torche aiguisent leurs poignards,
Jettent les dieux proscrits aux rires populaires,
Ou traînent aux égouts les bustes des Césars !
C’est l’heure de combattre avec l’arme qui reste ;
C’est l’heure de monter au rostre ensanglanté,
Et de défendre au moins de la voix et du geste
Rome, les dieux, la liberté !

La liberté ! ce mot dans ma bouche t’outrage ?
Tu crois qu’un sang d’ilote est assez pur pour moi,
Et que Dieu de ses dons fit un digne partage,
L’esclavage pour nous, la liberté pour toi ?
Tu crois que de Séjan le dédaigneux sourire
Est un prix assez noble aux coeurs tels que le mien,
Que le ciel m’a jeté la bassesse et la lyre,
A toi l’âme du citoyen ?

Tu crois que ce saint nom qui fait vibrer la terre,
Cet éternel soupir des généreux mortels,
Entre Caton et toi doit rester un mystère ;
Que la liberté monte à ses premiers autels ?
Tu crois qu’elle rougit du chrétien qui l’épaule,
Et que nous adorons notre honte et nos fers
Si nous n’adorons pas ta liberté jalouse
Sur l’autel d’airain que tu sers ?

Détrompe-toi, poète, et permets-nous d’être hommes !
Nos mères nous ont faits tous du même limon,
La terre qui vous porte est la terre où nous sommes,
Les fibres de nos coeurs vibrent au même son !
Patrie et liberté, gloire, vertu, courage,
Quel pacte de ces biens m’a donc déshérité ?
Quel jour ai-je vendu ma part de l’héritage,
Esaü de la liberté ?

Va, n’attends pas de moi que je la sacrifie
Ni devant vos dédains ni devant le trépas !
Ton Dieu n’est pas le mien, et je m’en glorifie :
J’en adore un plus grand qui ne te maudit pas !
La liberté que j’aime est née avec notre âme,
Le jour où le plus juste a bravé le plus fort,
Le jour où Jehovah dit au fils de la femme :
 » Choisis, des fers ou de la mort !  »

Que ces tyrans divers, dont la vertu se joue,
Selon l’heure et les lieux s’appellent peuple ou roi,
Déshonorent la pourpre ou salissent la boue,
La honte qui les flatte est la même pour moi !
Qu’importe sous quel pied se courbe un front d’esclave !
Le joug, d’or ou de fer, n’en est pas moins honteux !
Des rois tu l’affrontas, des tribuns je le brave :
Qui fut moins libre de nous deux ?

Fais-nous ton Dieu plus beau, si tu veux qu’on l’adore ;
Ouvre un plus large seuil à ses cultes divers !
Repousse du parvis que leur pied déshonore
La vengeance et l’injure aux portes des enfers !
Ecarte ces faux dieux de l’autel populaire,
Pour que le suppliant n’y soit pas insulté !
Sois la lyre vivante, et non pas le Cerbère
Du temple de la Liberté !

Un jour, de nobles pleurs laveront ce délire ;
Et ta main, étouffant le son qu’elle a tiré,
Plus juste arrachera des cordes de ta lyre
La corde injurieuse où la haine a vibré !
Mais moi j’aurai vidé la coupe d’amertume
Sans que ma lèvre même en garde un souvenir ;
Car mon âme est un feu qui brûle et qui parfume
Ce qu’on jette pour la ternir.

Alphonse de Lamartine

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VIE PRIVEE 37


VIE PRIVEE 37

Le bois de lit à border la tête, l’oreiller reste à nager. Pages pleines et blanche à remplir du mouvement des jambes synchrones à ceux des bras. Il y a sous l’histoire de notre traversée, une profondeur qui varie avec l’avis de fatigue et la rage de continuer. Vain le mirage au bord des cils. Quel jour étaie-t-il donc dans la genèse ? Il y a des semaines qui vont direct à l’abattoir sous la poussée d’Archimède, de ô en bas qui plonge dans la vaisselle à faire. Il, ou elle, c’est la seule égalité que le malheur délivre. Sans fouille à corps pour savoir à quel genre on est rangé. Le rivage dans l’idée, je me remontais les nageoires et l’aqueux, avec une dose de Pavlov en première intention.

Alors ? Quoi alors ? Racontes !

Aqua bon, fis-je d’un long jet, me débaleinant le sas par les trous des vents. Je rame dit l’haricot et personne ne m’a appelé Potter. Faudrait d’abord être objectif avant de sortir des raisons qui t’ont mises au monde. Rien que pour l’étonnement. Il en manque tellement dans l’art de vivre en commun: Evidemment cette réponse je l’attendais : c’est pas toi qui as choisi de venir au monde. Saches que c’est le cas du plus grand nombre des parents, qui mettent que des accidents en naissance. Alors ou on aborde la raison d’être sur un autre ton ou on se plaint pas que sa couleur soit pas grand-teint. Ton sort que tu sois une fille ou un garçon, va dépendre un max de toi pour monter ou descendre. Les rites de vie ont mis des mauvaises habitudes à la place des bonnes qui faudrait pas oublier. La guerre des sexes c’est la première à reprendre de fond en comble. A revoir sans surtout rien changer à la différence de base, vouloir être pareils en droits, ça n’a rien à voir avec pareils en corps. La cata de l’égalité physique vous n’imaginez pas comme le pire serait. L’amour y perdrait à jamais sa fonction nominale.

Chargé de fruits, le ciel se fit treille. Ombre et soleil enfin en bonne intelligence. Le noyau ne posa plus de problème d’occlusion intestinale. Je pouvais me lever, j’avais fait un si beau rêve, que j’allais travailler à le mettre en réalité.

Niala-Loisobleu – 17 Juin 2017

 

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PROMESSE 6


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PROMESSE 6

Tirée des carrières du plateau d’Avron, la première craie champignonnière, traça la passerelle rue de la Garenne

au 13 bis

un père et passe, les jeux sont faits.

Ta pierre a mon épaule cogne à extraire, ne m’embrasse pas , juste ta bouche, tu poseras mes demains dans ta palette, la clef dans la serrure de ton enseignement

la montée pour plus tard à les Ecoles.

Je tiens de ta volonté, Papa, d’avoir été là où tu savais. On paye ça hors de prix, pleurant jusqu’au sans, dans le dénuement d’enfants.

La couleur ne saurait être la couleur en l’absence de douleur. L’éclat de sa nature tient debout au terme des mises à taire d’une société hourdie d’indifférence. Être artiste c’est devoir passer au ban de la société en refusant d’être lapidé par son rejet. L’oeil au-devant tu marches toujours en avant dans son recul.

M’aime en avance.

Les murs de la distance dépassent la hauteur des atteintes. Seul tu seras, promets-toi d’en nourrir ton amour à donner.

Je suis où tu m’as voulu Papa.

Plus seul que jamais dans ce qui s’entête à reculer

mais si contre à toucher l’Homme Authentique qui n’a qu’à faire et rien attendre sans jamais désespérer.

Aimer c’est folie de vivre au coeur de la haine. Mon cheval a tiré le jeune peintre de ses certitudes. La Foi Bleue a fait pousser du sillon l’Artiste ignorant, voulant entendre par refus de succomber à la destinée de  l’outre-noir.

Niala-Loisobleu- 16 Juin 2017

 

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Promesse 6 – 2017 – Niala – Acrylique s/contrecollé, encadré s/verre 40×50

(Dernière oeuvre de la série Promesse)

A Lucien Becker: L’Ô Rayé


A Lucien Becker: L’Ô Rayé

Aqua bon aimer

désertification

entrée

couche où tu peux rire

la peau desséchée retendue

chargée de miction

Ô Femme que j’ai trop aimée

complètement à côté du mâle

qui fane

la fleur

coupée d’ô.

Niala-Loisobleu – 5 Juin 2017

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A IDEELLE EN DEDICACE SUR SON TRAVAIL H. HESSE


042 Daniel Merriam Higher Octave

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) 30.01.16 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Correspondance, Gallimard

Paul Celan, René Char : Correspondance (1954-1968), octobre 2015, édition établie, présentée et annotée par Bertrand Badiou, 336 pages, 28 €

Edition: Gallimard

Paul Celan, René Char : Correspondance (1954-1968)

 

« Si tu n’espères pas, tu ne rencontreras pas l’inespéré », Héraclite

 

L’échange entre René Char et Paul Celan semble aller de soi. Celui du poète du maquis de Provence avec le poète juif d’Europe orientale qui, contrairement à ses parents, ne subira que les camps de travail roumains et échappera à la machine d’extermination nazie. Tous deux connurent la clandestinité, la disparition de proches, le sentiment de l’imminence de la mort. Les poèmes de Celan sont nés dans les camps, hanté de n’avoir pas pu sauver ses parents assassinés par les nazis en Ukraine. Ils constituent le socle de toute son écriture quand s’ébauchent la correspondance des deux hommes, et ses textes sont quasiment inconnus en France.

Bien qu’ils ne fussent ni de la même langue ni du même monde ni du même âge, cette correspondance rapproche deux écrivains aux tempéraments différents, façonnés au plus profond d’une pierre brute, l’âme d’une blessure sans retour et qui pousse les hommes à côtoyer les tréfonds de l’inacceptable :

« De tout ce qui est écrit, je ne lis que ce que quelqu’un écrit avec son sang. Écris avec ton sang : et tu verras que le sang est esprit », Ainsi parlait Zarathoustra, partie I, chapitre Lire et écrire, Friedrich Nietzsche.

Mais, les poètes ne sont à la hauteur de leur vision que si dire le monde, la poésie, coïncide avec le fruit du silence. La possibilité de laisser à l’aboiement de la vie, le témoignage de l’autre, rebelle et solitaire ; d’un monde, celui des contradictions, trempé pour toujours dans la parole des multiples épreuves.

Une parole en action en somme, où parfois agir consiste à ne pas agir, où parfois la parole se donne le pouvoir de tuer la mort, comme pour clamer peut-être dans ce non-retour des âmes, dans les méandres et les ravines sanglantes du siècle, le murmure des corps privés de leur propre mort.

Double composante, dans l’écriture des deux auteurs, celle de l’érotisme est essentielle dans les offices du renouvellement de la parole littéraire. Leurs relations avec les femmes, tiennent une place importante et partagent tous deux la même exigence sur leurs arts : « Ils congédient l’expérience vécue dans le sens où ils ne se destinent qu’à véhiculer sa forme métamorphosée ».

La correspondance de Paul Celan et René Char, publiée aux éditions Gallimard et présentée par Bertrand Badiou, est comme un album photo de famille : « Morceaux de sommeil, coins poussés dans le nulle part : nous restons égaux à nous-mêmes, l’étoile ronde manœuvrée, alentour, nous approuve», Paul Celan à René Char. Seuls, les poèmes suffisent, car c’est avec la vie qu’ils s’écrivent et constituent pour eux-mêmes la seule biographie acceptable.

C’est donc à travers un filtre complémentaire, celui de la correspondance des deux auteurs, enrichi des échanges épistolaires de René Char avec Gisèle Celan-Lestrange à la mort de Paul Celan, et d’un appendice chronologique largement documenté, que l’ouvrage complète notre compréhension de leur relation complexe, tant du point de vue de la création que de leurs relations personnelles, de leur amitié. Et ce malgré l’affaire Goll, les crises et les hospitalisations de Celan.

1959 est l’année de la première grave crise entre les deux hommes.

« René Char ! Je voudrais vous dire, en ce moment, qui est celui de votre peine, quelle est ma peine. Le temps s’acharne contre ceux qui osent être humains – c’est le temps de l’anti-humain. Vivants, nous sommes morts, nous aussi. Il n’y a pas de ciel de Provence ; il y a la terre, béante et sans hospitalité ; il n’y a qu’elle. Point de consolation, point de mots. La pensée – c’est une affaire des dents. Un mot simple que j’écris : cœur. Un chemin simple celui-là. René Char, il y a ce chemin-là, c’est le seul, ne le quittez pas.

Ai-je le droit de vous dire ceci ? Je ne sais. Je vous le dis. Ajoutez-y un mot ou un silence.

Je vous adresse ces mots – qui sont des mots – après la mort d’Albert Camus. Soyez vrai, toujours », Paul Celan à René Char, le 6 janvier 1960.

Une annotation dans un agenda, inscrite sur le papier jauni du temps, une dernière rencontre entre les deux hommes le 21 novembre 1967, mais on ne sait rien de ce probable rendez-vous. René Char fait un dernier envoi de lettre en octobre 1968, mais nulle trace de réponse à cet ultime envoi.

Il faudra attendre la disparition du poète en avril 1970 pour que René Char sorte de son silence. Ou, comme le souligne Bertrand Badiou dans la préface que Char, au début de 1974, confiera à Gisèle Celan-Lestrange, l’unique version connue d’une pensée pour Paul Celan, écrite au lendemain de sa mort et qui préfigure celle écrite le jour de la mort de Heidegger, le 26 mai 1976 :

Sans date – Les matinaux, de René Char à Paul Celan : « Le vrai secours vient dans le vague ».

 

D’où vient cette pensée muette ?

 

Une critique,

dans l’intervalle des empreintes

laissées au souffle,

sur le sable brun et mouillé du rivage ?

 

Un embrun qui dis-cerne

L’éphémère dans l’inconnu

du Monde qui habite

Le cœur des hommes !

 

Une respiration qui sans cesse

fait vivre le flux des marées,

écume

de l’existence !

 

Laissez-vous porter par le rythme des correspondances,

avançant peu à peu sur le sol du silence.

À chacun sa parole,

langues des songes…

 

Article écrit par Marc Michiels pour Le Mot & la Chose

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L’écriture reste l’eau qui nous sert à survivre dans ce monde pris de sécheresse. Le très intéressant travail entamé par Idéelle sur le thème « CORRESPONDANCE » m’incite à glisser ce trait d’union, qui avec d’autres auteurs et une époque ayant eu à traiter de l’holocauste fait un lien vers Hesse. Montrant la toile qui se tisse entre les esprits.

Niala-Loisobleu – 4 Juin 2017

L’amour quand c’est mis en paquet, ça trompe plus qu’une marque de lessive qui lave toujours plus blanc.


L’amour quand c’est mis en paquet, ça trompe plus qu’une marque de lessive qui lave toujours plus blanc.

Le soleil froid qui se tient là, aujourd’hui, sur la terrasse – en plein sous mes yeux- est de même nature que les matins d’une enfance que, dans un ensemble tragique, un couple d’éleveurs tenta, avec succès de me faire le plus beau possible. Trouver dans les privations, c’est formateur. La preuve, vu qu’après  plus d’années qu’il en faut pour être dégouté, je suis encore à me mettre à l’ouvrage. Discernement oblige, faut pas tomber dans l’erreur du mirage. Ne cultiver que ce qui pousse, pas ce qui rétrograde. Les doigts verts faut voir comme ça attire les mauvaises graines. Elles ont toutes le bon sourire du chien perdu. La philosophie ne s’apprenant que sur le front de ses batailles, il peut arriver qu’avant qu’on est compris la vérité, on se soit avalé plus d’une couleuvre. Comme quoi, venimeux ou pas, le risque du serpent est de tous les jardins, aussi bien d’églises que de terrains vagues. Moi j’suis de la zone. Endroit où se réfugie l’honnêteté morale pour s’isoler du monde déshumanisé. Un coin mal fréquenté. Trop d’amour s’y retrouve avec ses plaies et ses bosses, mais sans avoir le moindre rapport avec les lieux communs de légendes des malheureux ignares qui l’ont toujours pris pour un du.

L’amour quand c’est mis en paquet, ça trompe plus qu’une marque de lessive qui lave toujours plus blanc.

Mon père m’a laissé l’occasion de laver la misère en peinture. Paris m’a fourni la boîte de couleurs. Etonnant, c’est du sale que sort la lumière. Mais le fumier n’a jamais écrasé la fleur, c’est l’homme qui marche dessus. La souffrance devient engrais, pas facile d’expliquer ça  à tout le monde. Mon expérience en ce domaine est sans doute disproportionnée. Je ne rejette rien d’aimer malgré…j’suis le cheval qui croisade sa Muse par tous les temps.

Niala-Loisobleu – 21 Mai 2017

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PROMESSE 4


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PROMESSE 4

Les quais de Seine, voilà bien le théâtre de la promesse que je me suis faite tout petit d’aller au bout, quoi qu’il arrive.

Jamais rompre avec son serment d’être. Tenir.

En fait les promesses c’est avant tout un accord avec soi-même. Moi, en sentant que j’avais du chevalier dans la croisade et un cheval pour le réaliser, je me suis inquiété de toujours lui trouver son picotin.

Les murs tombent et se relèvent, ce sont d’ailleurs souvent lles mêmes mauvais compagnons qui font ce sale travail.

 

Tends ta voile et appareille !

Coque et noyau

tu es, je suis, nous sommes

vague et écume

à la paume de misaine

l’ordre d’un système qui pendeloque

Ebrouons-nous

solitaires d’une meute

L’humidité de mon regard

dissipe la sécheresse humaine

Je sors

je m’envole

je nage

je pars

et cabane

un vélo absent pour seul témoin

et mes mains

calleuses des odeurs de la terre

qui bandent l’arc

pour que la flèche de ma cathédrale

chaudronne

un entonnoir de Lumière

 

De l’amour j’en ai vu les vertes et les pas mûres…le roncier s’y plaît, c’est fou comme on le trouve dans ses jambes. Alors il n’y a que la confusion faite dans le concept du bonheur, pour faire désespérer. On récolte ce qu’on a semé, la chose est tellement indubitable qu’après des millions d’années l’homme en est toujours à penser qu’un jour viendra…le messie…sans s’être posé la bonne question que le mais si ça n’est que Lui.

Les marelles sont bleues sur un sol de Terre sale de pas errants. Les enfants ont la ficelle du cerf-volant qui ouvre sur le Ciel, j’ai grandi de l’avoir jamais coupée.

Niala-Loisobleu – 19 Mai 2017

 

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