BIENVEILLANCE


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BIENVEILLANCE

 Ce qui de tout homme paraît dans la hauteur, je dois

Encore l’élever.
Car sa misère est elle-même

Un des modes de l’apparence.
Et la réalité

Veut qu’ici j’aie été jeté, sel de l’incertitude,

Sur la neige intacte du temps, ne sachant rien, n’ayant

Rien vu, et si vite oublieux qu’il faut tout réapprendre

À chaque instant.

Ainsi par la vitre de l’autobus
Dont la fraîcheur suffit le soir à mes tempes, le ciel
Depuis longtemps perdu s’éclaire à nouveau dans les yeux
D’un enfant qui regarde.

Il est bon de pouvoir aussi
Faire don aux petits d’un simple bout de bois ou d’un
Caillou recueillis sur le bord indistinct du désordre
Où mes doigts gouvernés ne trouvent plus le libre fil
Qui gouverne.
Et, comme un soleil invisible touchant
Le flanc d’un nuage, en retour m’effleure la lumière
De l’émerveillement ouvert entre leurs doigts qui prennent
Sans jamais l’assombrir la pure offrande, le
Présent.

Cependant n’est-ce pas dans l’indistinct qu’ils vagabondent
Eux aussi, pareils aux petits de la louve ou du tigre
Qui savent tout de l’innocence ?

— À la fin nous voici
Nous, durement parachevés par l’amour et le crime
Comme deux miroirs opposés où s’effacent nos bornes
Dans l’espace illusoire d’un salut : rien ne répond À l’emphase de nos paroles ; rien jamais ne suit
Nos gestes éperdus dans un désir de conséquences
Et rien, entre les dés hasardant l’un ou l’autre nombre,
Ne décide.
Mais il y a

comme une bienveillance
Dans les bras du sommeil qui ne sont les bras de

personne,
Dans le ruissellement figé de la pierre, dans l’eau
Ancrée à sa pente, dans l’herbe infatigable, dans
Les mots sur nos lèvres parfois nés d’une autre semence,
Et la longueur du soir sous les arbres ;

comme un élan
De l’obscur vers le seuil en nous brisé de la lumière.

Jacques Réda

Le Palimpseste


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Le Palimpseste

Les crapauds sont des étals d’âme, ils n’existent pas. Seuls des étangs, des mélopées… L’enfant instruit de l’amertume des bourgeons, l’enfant privé du lait
obscur, casse comme le verre. Une neige irréprochable récolle les sanglots, les éclats d’une telle assomption lunaire. Et la machinerie hilare du printemps s’affole,
s’expatrie…

Accoutré des lambeaux d’un crime perpétré par des mains étrangères sur un corps engourdi, tu progresses, tu déranges les clartés et les signes, tu trembles
dans l’éloge, tu meurs de sécheresse aux abords de la pyramide. Dedans, ta pesanteur, ton exégèse embaument. Le bonheur gronde, il l’ait nuit.

Il faut grandir avec douceur et démesure. Rajeunir les gouffres, parquer les rois, s’enorgueillir. Les fenêtres sauvages et les amours prostrées donnent sur un parfum

 Jacques Dupin
La rue aux magasins en quête de loueurs, à force de mener dans les zones commerciales, fait payer le stationnement bien plus cher. Les parkings sentent l’ennui des rapports paumés. On y voit passer des nostalgies de rencontres portant sur elles la différence de la foire à la corde, aux outils aratoires, au bétail dans le bleu cordial des blouses et du tope-là qui finissait à la taverne autour d’un verre de blanc. J’ai trouvé une mouette ayant siège au bout de la jetée. Dire son âge ne sert à rien, elle n’en a plus, elle est née le même jour que l’océan. Elle a vu les hordes vikings emboucher les estuaires à contresens. Son plus mauvais souvenir parle espagnol. Une pyramide inca cascadant du sang humain dans des coupes, en sacrifice au soleil. Ainsi quelque soit le bout par lequel on le prend, le manuscrit commença par être le recueil d’un aveu criminel. Mais on le recouvrit immédiatement d’une histoire évolutive où tous les hommes bouche bée se roulaient des pelles pour casser les cailloux du chemin. Ce qui transpire à insupporter est ce qui garde l’originel de l’histoire écrite de l’Homme.
Niala-Loisobleu – 2 Novembre 2017