La vérité du drame est dans ce pur espace qui règne entre la stance heureuse et l'abîme qu'elle côtoie : cet inapaisement total, ou cette ambiguïté suprême. Saint-john Perse
Mûri aux coupures hivernales , un fruit posé à la branche veuve d’un été n’a aucune parenté avec les noix, noisettes, dattes et figues sèches d’un mendiant. L’école des désillusions suçait déjà le pouce des trêves des confiseurs, quand je croisai ma première déception. J’ai manqué la classe, choisissant les sentes buissonnières.Je me suis écarté de la société de loisirs de la haine. La souffrance personnelle est intime, son origine loin d’être nourrie à la névrose, prend sa source aux garanties d’une foi profonde qui n’a pas à se trouver remise en cause. Autant par des querelles d’origines provocatrices, que par tromperies supposées.
Rêver aux fêlures du gel est incompatible avec la chaleur que le songe éveille en ses entrées internes.Mais garder ses enfants retenus revient à les avoir privés de naître. Ils ont besoin de parler de leurs yeux, pour dire le mouvement ascensionnel de leur toise.Sans aromates la richesse de la solitude perd ses senteurs garrigues et ses sauts de garennes.
Offrir la chaleur que l’on tient d’êtres que l’épreuve a rendu meilleurs, porte le sel que l’eau de mer a mis en flottaison dans un univers non navigable. Rien de ce que l’on est ne peut être séparé de la part de don provenant de l’Autre. Chaque différence étant le liant du matériau oeuvré sur le respect fondant la base constructive.
Je suis sorti de ce monde clos par l’apprentissage. Je resterais à continuer d’apprendre, surtout pas à reprendre.
La lumière de l’Amour n’ayant d’autre passion que celle de l’éclairer sans soumissions ni contraintes
J’entends la suffocation de l’herbe jusqu’au caillou, quand l’âme bute contre les volets clos.
Dans le noir, tends les bras, avance, ici tu sens le dossier de la chaise, avance encore, plus à gauche, oui, c’est bien un battement de coeur que tu entends.
Tu arrives à la cheminée, pas besoin d’allumer, accroupis-toi et souffle doucement sur les braises que tu aperçois.
Le facteur est en route, tellement d’amour dans son bouquet qu’il siffle en pédalant, pourtant ça monte…
« Aujourd’hui, déconnectez et détendez-vous Alain. Vous n’avez pas arrêté de courir ces derniers temps et il est temps de ralentir le rythme. Essayez de pratiquer l’art de la paresse ! Retapez les coussins du fauteuil, asseyez-vous et prenez un bon livre ou faites une petite sieste. Au besoin, réfléchissez sur votre vie, méditez sur votre existence… Mais pas trop quand même ! Soyez fainéant, une fois n’est pas coutume ! »
C’est mon horoscope du jour…
Il ne fait pas encore jour, voilà pourtant des heures, qu’à la fenêtre, je regarde le devenir invisible de ce qui m’entoure. Je n’aime pas tapoter les fauteuils de l’indifférence. Jamais je n’ai réussi à peindre assis. Il faut que je puisse être debout, peindre exige de savoir prendre du recul.
Tous ces visages que le flou cerne, ont la perspective marquée de ses points de fuite. Pas pour moi ce choix. Il est lâche. Jamais la distance ne m’a coupé du détail des traits. Quelle qu’elle fusse, j’ai le précis de la tête. De la forme des parties du corps. Quelque soit son lieu, sa destination.Le moindre détail reste présent, parce mon oeil ne s’intéresse pas au cliché, il ne regarde que l’âme.Mon Paname ne défraîchit pas de ses odeurs de rues. Jamais il n’a été lavé de ses bruits par les blanchisseuses. La rondeur des marchandes de quat’-saisons a toujours ses verdeurs, tout comme le bougnat ne se départit pas de sa chaleur. Marthe et René sont là, frais comme une petite moustache fleurie et des épaules porteuses d’écoute et de compréhension. Tout simplement parce qu’aucune interruption n’a clos le dialogue. Maintenant la transcendance à jour. L’âme n’est pas morte.
Couper les ponts c’est la stratégie élémentaire de toute formation militaire. On suicide le tant. Sans le dire. Avec la bonne conscience d’avoir rien coupé du fil de l’eau. Seulement voilà toute rivière, tout fleuve à deux rives. Elles ont besoin de pouvoir se joindre. Une union naturelle que la gauche et la droite du quotidien ignorent totalement. On peut juger des dégâts…
Quand la rive monte au delta, que je sens le sel avant de plonger le pied au marais, j’entend le mouvement des iris d’eau, le déploiement des hérons cendrés, qu’un cygne dégage des lentilles pour que le couple de canard ébroue la roseur des nénuphars.Voilà ce qui me débute chaque jour ma journée, « le chemin de mon journal », comme je l’appelle depuis bien longtemps.
Selon Jung, le but d’une vie est de passer de l’ego, notre petite personne, au grand soi grâce au « processus d’individuation ». Il s’agit d’un cheminement intérieur par lequel nous allons tenter de devenir le plus conscient possible, afin de nous «auto-engendrer » en tant qu’individu particulier, homme parmi les hommes, mais unique. Une seconde naissance, en quelque sorte. Pour Jung, l’enjeu est d’importance. Car « devenir conscient de son soi, c’est permettre à l’univers de devenir conscient de lui-même »
En 1946, à un vieil ami qui lui demandait quelle attitude adopter pour achever son existence dignement, Jung répondit : « Vivre sa vie. »
Vivre, c’est tout.
Tu es pressé d’écrire
comme si tu étais en retard sur la vie
s’il en est ainsi fais cortège à tes sources
hâte-toi
hâte-toi de transmettre
ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance
effectivement tu es en retard sur la vie
la vie inexprimable
la seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t’unir
celle qui t’es refusée chaque jour par les êtres et par les choses
dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés
au bout de combats sans merci
hors d’elle tout n’est qu’agonie soumise fin grossière
si tu rencontres la mort durant ton labeur
reçois-là comme la nuque en sueur trouve bon le mouchoir aride
en t’inclinant
si tu veux rire
offre ta soumission
jamais tes armes
tu as été créé pour des moments peu communs
modifie-toi disparais sans regret
au gré de la rigueur suave
quartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuit
sans interruption
sans égarement
essaime la poussière
nul ne décèlera votre union.
René Char
(Commune présence, in Le Marteau sans maître (1934-1935)
Marchant à l’ambre de sa baleine, une ombrelle hésitait entre s’acheter une machine à bronzer et hâler tout simplement à la plage. On imagine pas ce qu’un objet peut se poser de questions, totalement inhibé par la certitude que l’homme est le seul objet de tourments de la nature. Quel égoïsme. Je me demande d’ailleurs ce qu’il serait possible de détacher de l’homme, sauf bien entendu son indifférence naturelle à ce qui n’est pas lui, ça va de soi. Alors pour sortir de l’impasse (et perd), avisant mon petit vélo, je saute sur la selle – fort heureusement qu’en bicyclette on monte pas à cru si l’on est pas rendu gai par une de ces ivresses un peu ouffes qui font perdre l’esprit de mots des rations- et décide de me faire l’ascension du pile Ah, chui-là m’aime qui sort des rémissions d’espoir, du tout au rêve et du prêt-à-porter de faire jusqu’au juré-craché. Ah, l’aventure me voici donc, abordant les dunes audieres avant d’épingler les cheveux de Marly en période de grands zoos. Un peu martron, l’abord d’ô de chez Nesles, plus du tout gironde, me plaça un clin entre deux montants discutables, genre qu’aurait pu foutre le feu si Halliday on ice avait pas eu un gala au profit de Mamour. Merde, on va pas se gratter les couilles à vouloir à tout prix une psy de sauvegarde, me souffla mon ange-gardien, allez ouste défourrailles bordel. Surtout que si t’aurais pensé trouver un génie attendant sagement que tu le sortes de la lampe à huile, j’te rappelle que les saints-sacrements c’est pas franchement porté sur l’avenir. Lueur. j’avise un gyrophare. Cordouan m’exclamais-je en reconnaissant que s’il est avéré qu’il est éteint, moi j’allume. On franchit la passe, les bancs de sables, les épaves et nous voici mon vélo et moi rendu Bonne Anse. On voit des seins partout. Des gros, des timides, des qui savent plus sur quelle plage y sont, des qui s’en foutent plein l’aréole, des plats, des rebondis, des fripons défripés, toutes essences fruitières représentées, puis des fesses-tivales pas du tout sceptiques que ça regonfle le biniou à recroire à l’Orient…Bingo, nous sommes arrivés chez les nudistes de la Côte Sauvage, on va pouvoir bronzer intègre graal !
Un autre son venu, depuis si longtemps attendu, surgit comme la pointe d’une respiration lointaine. C’est un murmure au lit de l’intime solitude qui casse la croûte pour donner naissance. Le silence tient ce qui précède entre ses mains, les jambes demandent l’aide des bras. Sur ce chemin aussi stable que la chute du premier âge. Me voici mu par la conclusion qui est là, en train d’ouvrir l’autre porte. Moi, qui les accompagne de ce regard vif, conscient, présent aux obsèques qui lèvent.Ma Fin gagnant son Existence, oui c’est ça, Le Bonheur d’avoir gagné la lutte sur l’Ombre. Quelle étrange et magnifique cérémonie, être plus vivant à son enterrement que l’inertie du monde qui s’inscrit en tout ce qui bouge autour de soi.
L’enfant se passe la main dans la blancheur du poil, les arbres déclinent la vigueur par la voie initiatique où ils engagent leur sève. L’apparat s’est amati, le grand air livre la rue aux cordes vocales du pavé.
L’effondrement général du temps présent n’est plus là que dans son déroulement d’incapables tireurs de ficelles. Ils n’ont pas tué l’Homme, sans fleurs ni couronnes, sans pleureuses, sans déplacements de ministre, sans envolée de manches au Parlement, sans imposture de banderoles et trompettes de supporters déguisés en maquillages nationaux, la tripe sort et parle.
Elle dit, depuis tout ce si longtemps que nous nous connaissons, ce que que vous nous avez donné à devoir savoir par nous-mêmes, là sur les cimaises de ces Recollets, nous lisons le grand A de vérité de ce qui a été votre première intention. Les mots-peints ont portés l’espoir, ils nous tiennent en vie..
Le mur en s’effritant laisse l’amour libre. Je vois ma couleur à pleines mains dans des bras à venir, et j’en pleure comme si il n’y avait d’autre merci plus sincère à te donner à Toi visiteur, membre d’une m’aime humanité que la mienne.
Vous devez être connecté pour poster un commentaire.