
Miracle,
le cauchemar se fait rêve
Sous l’immense verrière la gare tient les arrivées et les départs en attente. Ligne de démarcation, comme la berge qui regarde l’autre rive de la rivière. C’est le matin. La salle d’attente se retient de dire. Prolonger son intime refuge au-delà du bruit des premiers pas. Avant que la faim ne pousse l’enfant à la demande du sein. Cet homme, assis au bout de la banquette, porte sur son ,front l’incessante marche d’errant. Un destin inscrit dans le mouvement perpétuel de l’exode. Le percolateur du buffet lâche un commencement d’odeur d’oeuf bouilli; un panneau viandox au-dessus de l’étagère des tasses, sur l’ensemble d’un indélébile relent de sueur se baladant de compartiment en couloir des trains de nuit pour finir par poser ses coudes du zinc au marbre d’une table. Et cette angoisse qui n’a pas réussi à dormir, on la voit debout dans les yeux de leurs corps fatigués de fuir. Les voici, on les sait avant de les voir déboucher, le bruit de leur bottes est le signal que la trêve est finie.
– Papiers, papiers, aboient les crosses de fusils dans l’haleine fétide des brutes occupantes.
On entrevoit un filet de soleil passant dans un mélange de porte entrebâillée et d’imagination exacerbée par l’espoir. Cette force incontrôlable qui s’oppose à l’envie de laisser choir.Les miliciens couleur de néant, rient comme des voleurs de réalité se faisant croire à l’impunité. La force du nombre si chère aux lâches. Ils ont trempé leurs mains dedans quand, mitraillant ce couple qui tentait de fuir ils les ont rattrapés de leurs rafales. Des enfants n’auraient pas du voir des images comme celles là, fait un contrôleur qui n’a plus le courage de vérifier les billets. Le voudrait-il qu’il n’en trouverait pas le moyen dans la bousculade d’une panique qui s’éveille avec le premier bruit des locomotives balançant la vapeur en pression.
Tout l’monde en voiture ! crache le chef de gare, en balançant son fanal.
Je me lève du lit-superposé de ma nuit de passage. C’est net dans mon esprit ce flou des moments où l’homme s’est vraiment montré dans toute la perspective possible du doute quant à son évolution. Il tue plus naturellement qu’il parvient à vivre. Rien de cette effroyable vérité n’affecte les images que les affiches invitent à suivre. Les passages souterrains de la gare sont couverts de vantardise des trains de plaisir. A quai, on a mis des wagons de marchandises, debout on arrive mieux à augmenter la charge de voyageurs. Dans le noir du tunnel les chemins de traverses se sont éteints d’eux-mêmes…
Passage, passage, passage….
Si t’es pas sage me dit une voix pointue comme une baïonnette je te pique ta prochaine année.
On ne voit pas de serpentins accrochés aux miradors, un orchestre joue.
– Bonjour tu as bien dormi mon enfant, me dit une voix joyeuse, réveille-toi on est arrivés en 2018, c’est fini..Bonne Année ! Viens lèves-toi, de quoi as-tu rêvé durant la traversée ?
– Je me souviens seulement d’un miracle, merveilleux espoir insensé, avec l’augmentation des fluides au 1er Janvier, la fermeture des chambres à gaz était inscrite parmi les mesures d’économie !
Niala-Loisobleu – 1er Janvier 2018
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