La vérité du drame est dans ce pur espace qui règne entre la stance heureuse et l'abîme qu'elle côtoie : cet inapaisement total, ou cette ambiguïté suprême. Saint-john Perse
Le carreau de givre de mon marais comme celui tout sale de la cabane, comment pourraient-ils attraper le moindre son dans l’instant d’oubli du monde ? L’un et l’autre ne pouvaient que devenir sourds au bruit de présence comme à l’image d’existence dans un rapport qui ignore l’humain. Toi, je t’ai dans le caillou, Blanche, il est vrai comme l’esprit d’escalier qui se faufile dans tous les terrains plats. Mais mieux vaut se faire fantôme de ce que l’on est, que d’être lambda de ce qui n’offre que de l’inexistant. Ouais, je sais, je vois les épaules des fardiers versant dès la première ornière. Est-ce ma faute à moi, s’ils sont creux au point de ne toujours tomber qu’au fond d’eux-mêmes ? Les morsures de la séparation, je sais le mal que ça fait. Les dents rouillées c’est un piège à ours, mortel. Raison pour laquelle, je nidifie, toujours dans l’Arbre à Médecine. Le ruisseau laisse toujours son clavier ouvert pour que les doigts du courant appellent aussi l’archet pour jouer ses sonates.
Je me tiens accroché à l’inspiration amoureuse de ton ventre par l’oyat d’un désir plus pugnace qui ne fait pas défaut à la nature. Le Petit-Peintre aux étriers de ta monture passe au travers du plancher du grenier pour sortir tes seins du coffre à jouets. Cette croupe qui s’arrête en gare est prise au lasso du butoir. La mer est montée par-dessus bord, plus haut que le phare, au-dessus des genoux de cet estuaire d’où tout part se laisser aller aux balanciers d’un praho confié à la marée.
Sombre ennemi qui nous combats et nous resserres, laisse-moi, dans le peu de jours que je détiens, vouer ma faiblesse et ma force à la lumière : et que je sois changé en éclair à la fin.
Moins il y a d’avidité et de faconde en nos propos, mieux on les néglige pour voir jusque dans leur hésitation briller le monde entre le matin ivre et la légèreté du soir.
Moins nos larmes apparaîtront brouillant nos yeux et nos personnes par la crainte garrottées, plus les regards iront s’éclaircissant et mieux les égarés verront les portes enterrées.
L’effacement soit ma façon de resplendir, la pauvreté surcharge de fruits notre table, la mort, prochaine ou vague selon son désir, soit l’aliment de la lumière inépuisable.
Cette marinade de l’aigri dans lequel la vie trempe
où qu’on se tourne aujourd’hui
est le plat sans relief qui gagne au fil des jours
en asphyxiant tout appétit de passer à table
Est-ce ainsi que les hommes vivent ?
Peut-être mais en dehors d’émoi
n’avoir que la guerre pour vivre est un crime contre l’humanité
en jouir comme son pain quotidien est d’une pauvreté digne des plus riches
La mort sans le sens du blues où la vie se défend plus forte que tout
quelle névrose hérétique d’une santé en fin de parcours
gardez vos gémissements littéraires pour davantage de foi sans diplôme
ce n’est pas à vous entendre gémir que votre dernière pollution va guérir
Comment en pleurnichant sans agir aurait-on pu ne pas perdre l’amour ?
De ce qui me reste, je suis contre cet état de règlement judiciaire, c’est plus dur de peindre aujourd’hui mais ça n’est pas une raison pour encenser les pleureuses.
Ma Pierre d’Âtre n’est pas le bûcher de mes enfants.
Je cherchais comment l’eau, les rochers, les oiseaux, les
arbres Font pour tenir ensemble, et les nuages qui figurent Le monde vagabond, rythmique, engendré, s’engendrant Comme le même songe instable au fond d’yeux jamais
clos. Je savais qu’à beaucoup se refuse la gloire d’une herbe Au sommet d’un talus, pesant le dos large du ciel Qui nous supporte, et que le vent chasse dans la lumière Les signes des cristaux de neige pour la boue.
— Ô tête Ici de tout soutien privée, où est le mur? (Un mur À défaut d’une mère, et dormir dans les ruines de son
flanc.)
Et je voyais le vide entrer dans l’apparence avec Les bourgeons qui toujours pour la première fois reviennent. Poussés par la force d’oubli qui de sa couche arrache Et féconde ce vaste corps tumultueux d’étoiles Puis l’abandonne à notre porte ouverte, comme un dieu
Encore enfant mais bien trop haut pour nous, hôtes déjà Qui hébergeons et nourrissons le dieu de notre mort.
Du seuil, je relevais d’oiseaux et d’arbres quelques traces Au fond de la combe où le soir tout à coup se rappelle — Et c’était l’heure où, des enfants, brillent à contre-jour Les bicyclettes, quand
Le plus petit au carrefour tombe dans un remous De lueurs qui vont l’engloutir en larmes dans la mémoire ; Et touchant de la nuit la bouche dépravée j’ai dit : Quel long désastre en bouquets éclatant qui saluent L’éveil jamais surgi dont nous sommes le souvenir Les messagers perdus dans les distances inhabitables.
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