La vérité du drame est dans ce pur espace qui règne entre la stance heureuse et l'abîme qu'elle côtoie : cet inapaisement total, ou cette ambiguïté suprême. Saint-john Perse
Où dorment les séismes, dorment aussi les fourreaux, les laines et ce que je disais tel hiver sans ambages. Les réserves de sabots, les cris les épiaient. Discussion d’arbre à arbre, de langue à langue. Les femmes assourdissent les traquenards, les commerces de jambes et de pluies.
Étions-nous encore en vie? Ou cassions-nous, de nos poignets rouges, les barres de fer, les vitres éloignées des oiseaux, les troncs de femmes? Enfance France. Enfance de 1945, dont tu savais le vin humide ou le lait battu. Qui casse encore les paroles ? Les noix errent, les aliments les plus recherchés, je les hais du fond de moi-même. En faudra-t-il, sioux, des genièvres bleus pour serrer au col les femelles sur les oreillers ? Je me tenais debout en moi-même: et vous, ciseaux, cocotiers, épingles, où traîniez-vous ? Je te dois mille morts: arrête l’hiver dont tu caches le cœur sous la peau.
Garde en ta main les outils de toujours, les bons ventres à petits pas, les pieds diminués, les verres piles, les capsules d’orangeade. Et tu verras clair: les monts prennent souffle. Il n’en faut pas davantage pour que tes épaules s’allongent au sommet du corps. Bravade épaisse de quelques gens très maigres, amateurs d’estampes et de faux rouillées.
Séisme est mot de couleur, cavalcade de verre où je discerne hourras et capsules. Et ce vin sans axe libéré, ce changeur de vitesse, le parfum wallon. Sésame, ouvre-toi. Automne où des dandys conversent.
Clous ou briques, est-ce supplice, supplique? Envol de bottes loin de ce sang très mince où l’avare compte ses cheveux, ses doigts. De quelle caresse se méfier? Sur moi, dort le hêtre lourd. Vois : forbans pauvres, accourez, délivrez-moi des langues et des couleuvres, et coupez les anneaux, les cordons, les liens de noix. Fourrez au fourreau vos longues queues. Hissez le tintamarre noir, dès que je crierai «tumulte» !
Qui boit cidre ou sang de bête
voit les chemins d’Espagne.
(Autos, traverses, gares, chapeaux),
tout n’est que tout:
l’équipe légère et sainte,
la curée, la chasse aux doigts
sous la robe d’été, la vieille
et bonne attente ; qui me dit
qu’un cèdre est un soldat ?
(Dare-dare, les mots soufflent).
Tu ramasses les papiers, les cartons
que l’huile altère, et les pommades
sur les croûtes, et les eaux
de Cologne dont tu aimais
l’odeur (Carpathes, Jules Verne).
Plomb fendu des yeux.
Passe au bleu
tes cris de noix,
tes sofas, tes boutiques.
Parle à des aveugles :
Non, ne parle pas, engrange dents et voleurs, laisse à ta guise fermenter l’alcool ; le vin jette contre terre les arbres et les vitres et tu n’oses voir les seaux, les citadelles. Ouvre pistoles, cargue mâts et bretelles. Déjà, tu perds tout : les boutons, les marmots. Qui comptera les pertes ? Tu remontes vers Paris : tout frémit (rotules, les ampoules sont œufs de poule ou boules de verre).
Opaque : tombeau sans tumulte, où le gisant gît, deux jambes mortes, et deux bras morts. L’huile a le nom sans sommeil de tel arbre debout, de tel arbre abattu.
Sous les ailes du nez, sous les ongles, sous les paupières : la poussière.
Maintenant je sors à nouveau d’une maison du temps. Faire autrement je ne peux pas, non, il faut que je sorte. À peine avait-il refermé tout doucement la porte (Il y avait des fleurs, il y avait du feu pourtant) Je l’ai vu qui me souriait derrière la fenêtre. J’ai tiré les petits rideaux sensibles — rouge et blanc. Dehors aussi des fleurs et du feu : neige et ciel. Peut-être Que nous aurions pu vivre là quelques heures, le temps Et moi, sans rien dire, pour mieux apprendre à nous connaître. Mais il n’entre jamais. Il bâtit sans cesse en avant. Je l’entends de l’autre côté des collines qui frappe. Qui m’appelle, et je ne dois pas le laisser un instant, Mais le suivre, le consoler d’étape en étape. Et tantôt je ne touche rien dans les maisons du temps, Ou juste un pli qui se reforme au milieu de la nappe, Tantôt vous comprenez c’est plus fort que moi, je
descends Tout à grands coups de pied dans cette saloperie, Et si quelqu’un se lève alors des décombres et crie (Parfois on dirait une femme, et parfois un enfant) Je m’en vais sans tourner la tête, car on m’attend.
Apprendre à fouetter les mots Avec le soleil du silence Pour leur lâcher la bride Jusqu’à l’ombre Du soi
Et…Dans la lumière de leurs galops Tutoyer leurs éclats d’écume Sans marchander l’amour Qu’ils appellent Du fond D’un lointain habillé Par nos songes
Au moindre tremblement des sens A leur moindre dérive Lancer la relève Pour les abriter Du battement De l’oubli…
Là déroulés sur Le tapis de l’accueil Aucune trêve Ne les abandonnera Au chaos
Et pour les choses plaquées Qui bruissent en notre Cœur Briquer notre langue Avec la tendresse En laissant Soupirer Nos pauvres nerfs
On les retrouve sans-cesse Ces imbrications Du sens Avec La trame A chaque fois imprévue Où se déploie La chevauchée Des mots
Ici : C’est à la fois L’œil de l’astre royal Appuyé sur le poids De nos vies A la fois l’écueil où se heurte L’inconnue de nos résistances : Le tumulte du travail : Juste là dans Les bris des plis Doucement hésitants Où s’aventure L’avancée Comme soufflée Sur un chemin …
L’écueil ! Ne pas casser ses traces Et enlacer en même temps La plus vive des Circulations… Non pas celles qui courent Dans la ville Mais la plus fervente Qui témoigne A l’instant Pour un futur Sans-cesse inachevé…
Comme un soulèvement Dans la marche zébrée D’ombres pour Des mots Clairs : Celle où nous n’attendons Que la voile quand elle Se dresse sous Le vent : La fin d’une époque transitoire Où rugissait le futur Sans autre brillant Que la fuite Du temps
Écueil ! Écueil ! C’est le temps Qui passe dans la résistance De l’instant Pour Une langue sans autre promesse Que celle allant Dans la grande allure Des mots sortis de la gangue De tout corps fixé A des rapports De forces Pour Entrer dans le jeu vif Des chairs où vibre La caresse du sens Sur l’instant
Aucun galop des mots Ne saurait usurper La belle présence Du silence Rentré Dans les veines Et les artères De l’humain : Ce silence : témoin De toutes les rumeurs De l’amour.
Les conquêtes finissent par faire revenir de loin, tout auprès. La verdeur de l’herbe ne serait pas aussi pure en digressions que concise. Mon Colomb ton oeuf découvre le sens non-détourné du drame antique
Le fil est tendu
balancier ferme
voici la pointe du pied au bord
Celui dont on n’emploiera pas la dénomination « d’autre » en vertu de sa spécificité d’autoportrait
Comme on se parle tout seul cette fois se répondre en un seul morceau. La voici l’impression de suite que le tableau contient. Tout le signifié de la semaille
Au bout d’un chantier la taille de pierre devient son propre outil. L’histoire allait à la recherche de ce qu’elle ne trouva pas sous l’emprunt d’un titre, il lui fallait rester dans sa nature et non papillonner dans un mélange inégal de vrai et de faux.
Autant tique le mot
autant l’histoire roule à contresens
Les luminaires indissociables ne se trompent pas d’Arbre pour la discrétion de leur union
la montagne les hisse en sept branches
seins posés sur l’Axe du candélabre
la peinture sort du ravin où elle cherchait sans s’identifier es-qualité se reconnaissant soie sauvage toutes mues laissées au bord de la route
On peut écrire, et l’on écrit ; On peut se taire, et l’on se tait. Mais pour savoir que le silence Est la grande et unique clef, Il faut percer tous les symboles. Dévorer les images, Écouter pour ne pas entendre, Subir jusqu’à la mort Comme un écrasement Le poids vivant de la parole.
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