DANSE AU JARDIN DE NIALA 5


DANSE AU JARDIN DE NIALA 5

La borne du néflier sépare la maison de l’atelier

sol y sombra

pour le pardon de l’oiseau sans faute

Que de pas dans l’absolu retiennent ce chemin par la main

comme chaude empreinte des pierres.

Niala-Loisobleu – 17 Avril 2021

SEISME


SÉISME

Où dorment les séismes, dorment aussi les fourreaux, les laines et ce que je disais tel hiver sans ambages.
Les réserves de sabots, les cris les épiaient.
Discussion d’arbre à arbre, de langue à langue.
Les femmes assourdissent les traquenards, les commerces de jambes et de pluies.

Étions-nous encore en vie?
Ou cassions-nous, de nos poignets rouges, les barres de fer, les vitres éloignées des oiseaux, les troncs de femmes?
Enfance
France.
Enfance de 1945, dont tu savais le vin humide ou le lait battu.
Qui casse encore les paroles ?
Les noix errent, les aliments les plus recherchés, je les hais du fond de moi-même.
En faudra-t-il, sioux, des genièvres bleus pour serrer au col les femelles sur les oreillers ?
Je me tenais debout en moi-même: et vous, ciseaux, cocotiers, épingles, où traîniez-vous ?
Je te dois mille morts: arrête l’hiver dont tu caches le cœur sous la peau.

Garde en ta main les outils de toujours, les bons ventres à petits pas, les pieds diminués, les verres piles, les capsules d’orangeade.
Et tu verras clair: les monts prennent souffle.
Il n’en faut pas davantage pour que tes épaules s’allongent au sommet du corps.
Bravade épaisse de quelques gens très maigres, amateurs d’estampes et de faux rouillées.

Séisme est mot de couleur, cavalcade de verre où je discerne hourras et capsules.
Et ce vin sans axe libéré, ce changeur de vitesse, le parfum wallon.
Sésame, ouvre-toi.
Automne où des dandys conversent.

Clous ou briques, est-ce supplice, supplique?
Envol de bottes loin de ce sang très mince où l’avare compte ses cheveux, ses doigts.
De quelle caresse se méfier?
Sur moi, dort le hêtre lourd.
Vois : forbans pauvres, accourez, délivrez-moi des langues et des couleuvres, et coupez les anneaux, les cordons, les liens de noix.
Fourrez au fourreau vos longues queues.
Hissez le tintamarre noir, dès que je crierai «tumulte» !

Qui boit cidre ou sang de bête

voit les chemins d’Espagne.

(Autos, traverses, gares, chapeaux),

tout n’est que tout:

l’équipe légère et sainte,

la curée, la chasse aux doigts

sous la robe d’été, la vieille

et bonne attente ; qui me dit

qu’un cèdre est un soldat ?

(Dare-dare, les mots soufflent).

Tu ramasses les papiers, les cartons

que l’huile altère, et les pommades

sur les croûtes, et les eaux

de
Cologne dont tu aimais

l’odeur (Carpathes,
Jules
Verne).

Plomb fendu des yeux.

Passe au bleu

tes cris de noix,

tes sofas, tes boutiques.

Parle à des aveugles :

Non, ne parle pas, engrange dents et voleurs, laisse à ta guise fermenter l’alcool ; le vin jette contre terre les arbres et les vitres et tu n’oses voir les seaux, les citadelles.
Ouvre pistoles, cargue mâts et bretelles.
Déjà, tu perds tout : les boutons, les marmots.
Qui comptera les pertes ?
Tu remontes vers
Paris : tout frémit (rotules, les ampoules sont œufs de poule ou boules de verre).

Opaque : tombeau sans tumulte, où le gisant gît, deux jambes mortes, et deux bras morts.
L’huile a le nom sans sommeil de tel arbre debout, de tel arbre abattu.

Sous les ailes du nez, sous les ongles, sous les paupières : la poussière.

Sommeiller sous la peau,

sous la nage des arbres,

sous le village des arbres,

dès que tu te tais,

dès que tu ne regardes

que.
Sommeiller contre un oiseau,

dans la maison, dans les vêtements.

Sommeil-tumeur, sommeil en sang

que les veines charrient.

Un nom de lèvre, un dessin

de poisson au goût de.

Élève obéit.
Prévert.

Grave élève amateur

de mûres, de ciseaux, de copains.

Élève larve, élève de lave

ou pantin dont l’ignorance

est la seule qualité

contrôlée.

Jacques Izoard

TRANSFERT


TRANSFERT

Maintenant je sors à nouveau d’une maison du temps.
Faire autrement je ne peux pas, non, il faut que je sorte. À peine avait-il refermé tout doucement la porte (Il y avait des fleurs, il y avait du feu pourtant)
Je l’ai vu qui me souriait derrière la fenêtre.
J’ai tiré les petits rideaux sensibles — rouge et blanc.
Dehors aussi des fleurs et du feu : neige et ciel.
Peut-être
Que nous aurions pu vivre là quelques heures, le temps
Et moi, sans rien dire, pour mieux apprendre à nous connaître.
Mais il n’entre jamais.
Il bâtit sans cesse en avant.
Je l’entends de l’autre côté des collines qui frappe.
Qui m’appelle, et je ne dois pas le laisser un instant,
Mais le suivre, le consoler d’étape en étape.
Et tantôt je ne touche rien dans les maisons du temps,
Ou juste un pli qui se reforme au milieu de la nappe,
Tantôt vous comprenez c’est plus fort que moi, je

descends
Tout à grands coups de pied dans cette saloperie,
Et si quelqu’un se lève alors des décombres et crie (Parfois on dirait une femme, et parfois un enfant)
Je m’en vais sans tourner la tête, car on m’attend.

Jacques Réda

DE BON MATIN


DE BON MATIN

Couleur que la sève monte à la tige

le visage prend les yeux de cette fleur qui s’ouvre de bonne humeur

Sur le perron de la poitrine la symétrie des deux fusains encadre bien le domaine de joie

que le chien fait claquer de sa langue en sautillant

Le froid qui reste en se plaçant dos au vent s’éparpille en se déshabillant chaudement

l’oiseau ramasse le peint de la veille

sort les couleurs de la maie

et fait asseoir le papillon sur la chaise

dans le champ visuel de l’aube qui rosit à travers les longs cils de ce clin matinal

Bleu, bleu, bleu…

Niala-Loisobleu – 10 Avril 2021

DU SOLEIL DU SILENCE AU GALOP DES MOTS


DU SOLEIL DU SILENCE AU GALOP DES MOTS

Apprendre à fouetter les mots
Avec le soleil du silence
Pour leur lâcher la bride
Jusqu’à l’ombre
Du soi

Et…Dans la lumière de leurs galops
Tutoyer leurs éclats d’écume
Sans marchander l’amour
Qu’ils appellent
Du fond
D’un lointain habillé
Par nos songes

Au moindre tremblement des sens
A leur moindre dérive
Lancer la relève
Pour les abriter
Du battement
De l’oubli…

Là déroulés sur
Le tapis de l’accueil
Aucune trêve
Ne les abandonnera
Au chaos

Et pour les choses plaquées
Qui bruissent en notre
Cœur
Briquer notre langue
Avec la tendresse
En laissant
Soupirer
Nos pauvres nerfs

On les retrouve sans-cesse
Ces imbrications
Du sens
Avec
La trame
A chaque fois imprévue
Où se déploie
La chevauchée
Des mots

Ici : C’est à la fois
L’œil de l’astre royal
Appuyé sur le poids
De nos vies
A la fois l’écueil où se heurte
L’inconnue de nos résistances :
Le tumulte du travail :
Juste là dans
Les bris des plis
Doucement hésitants
Où s’aventure
L’avancée
Comme soufflée
Sur un chemin …

L’écueil ! Ne pas casser ses traces
Et enlacer en même temps
La plus vive des
Circulations…
Non pas celles qui courent
Dans la ville
Mais la plus fervente
Qui témoigne
A l’instant
Pour un futur
Sans-cesse inachevé…

Comme un soulèvement
Dans la marche zébrée
D’ombres pour
Des mots
Clairs
:
Celle où nous n’attendons
Que la voile quand elle
Se dresse sous
Le vent
:
La fin d’une époque transitoire
Où rugissait le futur
Sans autre brillant
Que la fuite
Du temps

Écueil ! Écueil ! C’est le temps
Qui passe dans la résistance
De l’instant
Pour
Une langue sans autre promesse
Que celle allant
Dans la grande allure
Des mots sortis de la gangue
De tout corps fixé
A des rapports
De forces
Pour
Entrer dans le jeu vif
Des chairs où vibre
La caresse du sens
Sur l’instant

Aucun galop des mots
Ne saurait usurper
La belle présence
Du silence
Rentré
Dans les veines
Et les artères
De l’humain :
Ce silence : témoin
De toutes les rumeurs
De l’amour.

Alain Minod

INVECTEUR DE CONSCIENCE


INVECTEUR DE CONSCIENCE

Au stade où en est la France le besoin de regonfler la confiance sonne à larmes l’électorale question

Saint-Denis célèbre pour ses gisants pourra-t-il à ce stade tirer le moribond du fond du lit ?

Un poil à Magritte et je René

Ma foi sur et à liste est capable de transe former le laid qui déborde en beau tant elle jouit d’épreuves

Vaccinateur de naissance j’ai jamais manqué de vaccin c’est là toute la différence…

Niala-Loisobleu – 6 Avril 2021

VENT PORTEUR (Apporté de main)


VENT PORTEUR (Apporté de main)

La pinède aiguille la beauté de ce jour bordé d’écume

dans laquelle le cheval au galop est suivi d’un essaim d’abeilles

La pulpe met à l’anse au repli des dunes des lèvres en baie

sous rire à l’enchaînement des vagues assurées

Du relevé d’amer au venimeux mordu au gant

le navire peut hâler la pâquerette épanouie sous la robe fraîchement peinte à la main

Tandis qu’aux vols des mouettes le pin signe

l’oiseau persiste

Rassemblant l’interdit

sans déroger au rite printanier.

Niala-Loisobleu – 5 Avril 2021

SORTIR DE SOI POUR S’ÊTRE EN L’ETAT SAUVAGE


SORTIR DE SOI POUR S’ÊTRE EN L’ETAT SAUVAGE

Les conquêtes finissent par faire revenir de loin, tout auprès. La verdeur de l’herbe ne serait pas aussi pure en digressions que concise. Mon Colomb ton oeuf découvre le sens non-détourné du drame antique

Le fil est tendu

balancier ferme

voici la pointe du pied au bord

Celui dont on n’emploiera pas la dénomination « d’autre » en vertu de sa spécificité d’autoportrait

Comme on se parle tout seul cette fois se répondre en un seul morceau. La voici l’impression de suite que le tableau contient. Tout le signifié de la semaille

Au bout d’un chantier la taille de pierre devient son propre outil. L’histoire allait à la recherche de ce qu’elle ne trouva pas sous l’emprunt d’un titre, il lui fallait rester dans sa nature et non papillonner dans un mélange inégal de vrai et de faux.

Autant tique le mot

autant l’histoire roule à contresens

Les luminaires indissociables ne se trompent pas d’Arbre pour la discrétion de leur union

la montagne les hisse en sept branches

seins posés sur l’Axe du candélabre

la peinture sort du ravin où elle cherchait sans s’identifier es-qualité se reconnaissant soie sauvage toutes mues laissées au bord de la route

Niala-Loisobleu – 4 Avril 2021

LES YEUX ENTRE CABANE ET BRANCHES


LES YEUX ENTRE CABANE ET BRANCHES

Sortis du roulement automobile au-delà des dits kilomètres

l’aiguille du peint amortit la brûlure des yeux et l’acide barbelé

Par la fenêtre ouvrir la sonorité

du ronronnement régulier du souffle rejoint

Là où l’oiseau multiplie la couleur de la plume sur la palette, perché à la fourche un chant de la meule aiguise

Dans l’intime feuillu en surplomb des veinules d’une saison se voulant clémente

dont les roseurs chapeautent le plus vieil arbre en reconnaissance du jus qu’il transporte en tri-porteur

La poitrine du fruit palpite et gonfle à l’aqueux de cette cérémonie au silence rituel le plus expressif de l’éternel retour

Déjà les femmes des pêcheurs tressent les voiles pour Dimanche

un nu à coucher au Répertoire

sur la tête des couronnes d’églantines, elles montent élever le tertre pour l’Arbre de Vie, chevaux attelés aux cordes des guitares

Niala-Loisobleu – 26 Mars 2021

LE POIDS VIVANT DE LA PAROLE


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LE POIDS VIVANT DE LA PAROLE

On peut écrire, et l’on écrit ;
On peut se taire, et l’on se tait.
Mais pour savoir que le silence
Est la grande et unique clef,
Il faut percer tous les symboles.
Dévorer les images, Écouter pour ne pas entendre,
Subir jusqu’à la mort
Comme un écrasement
Le poids vivant de la parole.

Armel Guerne