La vérité du drame est dans ce pur espace qui règne entre la stance heureuse et l'abîme qu'elle côtoie : cet inapaisement total, ou cette ambiguïté suprême. Saint-john Perse
« HIGELIN SYMPHONIQUE et, IZIA » – BALLADE POUR IZIA
Peut-être ce qui m’attire en toi, tire en toi N’est rien que l’autre versant de moi, sang de moi Où m’attendait la jouvencelle Cachée derrière les portes Les portes du ciel
Rien de tout ce qui m’inspire en toi Pire en toi N’est plus doux que le grain De ta peau, de ta voix Dont la magie providentielle M’ensorcelle et m’escorte Jusqu’aux portes du cieL
lD’où, d’où, d’où viens-tu?
Oh, ma tendre merveille Mon amour absolu Bercée par le flot des sortilèges Et des rêves étoilés Sous le grand manège enchanté
Peut-être Ce qui me relie à toi, lie à toi N’est autre que ce cordon de soie, don de soi Que tu m’enroules autour du cœur Pour l’empêcher de courir Se faire prendre ailleurs
Et si tout ce que j’adore en toi, dort en moi Je veux que tu le réveilles en moi, veille en toi Pour que de la terre au soleil Des pluies de nos caresses Naisse un bel arc-en-ciel
D’où, d’où, d’où viens-tu O ma tendre merveille Mon amour absolu? Bercée par les sortilèges et les rêves étoilés Sous le grand manège enchanté
Peut-être ce qui m’attire en toi, tire en toi N’est autre que le sourire en moi, rire en toi Du petit esprit malicieux Qui lance des étincelles Dans le ciel de tes yeux
L’homme n’est qu’une fleur de l’air tenue par la terre, maudite par les astres, respirée par la mort; le souffle et l’ombre de cette coalition, certaines fou, le surélèvent.
Notre amitié est le nuage blanc préféré du soleil.
Notre amitié est une écorce libre. Elle ne se détache pas des prouesses de notre cœur.
Où l’esprit ne déracine plus mais replante et soigne, je nais. Où commence l’enfance du peuple, j’aime.
xxe siècle : l’homme fut au plus bas. Les femmes s’éclairaient et se déplaçaient vite, sur un surplomb où seuls nos yeux avaient accès.
À une rose je me lie.
Nous sommes ingouvernables. Le seul maître qui nous soit propice, c’est l’Éclair, qui tantôt nous illumine et tantôt nous pourfend.
Éclair et rose, en nous, dans leur fugacité, pour nous accomplir, s’ajoutent.
Je suis d’herbe dans ta main, ma pyramide adolescente. Je t’aime sur tes mille fleurs refermées.
Prête au bourgeon, en lui laissant l’avenir, tout l’éclat de la fleur profonde. Ton dur second regard le peut. De la sorte, le gel ne le détruira pas.
Ne permettons pas qu’on nous enlève la part de la nature que nous renfermons. N’en perdons pas une éta-mine, n’en cédons pas un gravier d’eau.
Après le départ des moissonneurs, sur les plateaux de l’Ile-de-France, ce menu silex taillé qui sort de terre, à peine dans notre main, fait surgir de notre mémoire un noyau équivalent, noyau d’une aurore dont nous ne verrons pas, croyons-nous, l’altération ni la fin; seulement la rougeur sublime et le visage levé.
Leur crime : un enragé vouloir de nous apprendre à mépriser les dieux que nous avons en nous.
Ce sont les pessimistes que l’avenir élève. Ils voient de leur vivant l’objet de leur appréhension se réaliser. Pourtant la grappe, qui a suivi la moisson, au-dessus de son cep, boucle; et les enfants des saisons, qui ne sont pas selon l’ordinaire réunis, au plus vite affermissent le sable au bord de la vague. Cela, les pessimistes le perçoivent aussi.
Ah! le pouvoir de se lever autrement.
Dites, ce que nous sommes nous fera jaillir en bouquet?
Un poète doit laisser des traces de son passage, non des preuves. Seules les traces font rêver.
Vivre, c’est s’obstiner à achever un souvenir? Mourir, c’est devenir, mais nulle part, vivant?
Le réel quelquefois désaltère l’espérance. C’est pourquoi, contre toute attente, l’espérance survit.
Toucher de son ombre un fumier, tant notre flanc renferme de maux et notre cœur de pensées folles, se peut; mais avoir en soi un sacré.
Lorsque je rêve et que j’avance, lorsque je retiens l’ineffable, m’éveillant, je suis à genoux.
L’Histoire n’est que le revers de la tenue des maîtres. Aussi une terre d’effroi où chasse le lycaon et que racle la vipère. La détresse est dans le regard des sociétés humaines et du Temps, avec des victoires qui montent.
Luire et s’élancer – prompt couteau, lente étoile.
Dans l’éclatement de l’univers que nous éprouvons, prodige! les morceaux qui s’abattent sont vivants.
Ma toute terre, comme un oiseau changé en fruit dans un arbre éternel, je suis à toi.
Ce que vos hivers nous demandent, c’est d’enlever-dans les airs ce qui ne serait sans cela que limaille et souffre-douleur. Ce que vos hivers nous demandent, c’est de préluder pour vous à la saveur : une saveur égale à celle que chante sous sa rondeur ailée la civilisation du fruit.
Ce qui me console, lorsque je serai mort, c’est que je serai là — disloqué, hideux — pour me voir poème.
Il ne faut pas que ma lyre me devine, que mon vers se trouve ce que j’aurais pu écrire.
Le merveilleux chez cet être : toute source, en lui, donne le jour à un ruisseau. Avec le moindre de ses dons descend une averse de colombes.
Dans nos jardins se préparent des forêts.
Les oiseaux libres ne souffrent pas qu’on les regarde. Demeurons obscurs, renonçons à nous, près d’eux.
Des stances transparentes traversent les pas perdus
Propre qui sale l’eau douce d’un frottis sorti d’art-re du coquillage
la coquille étape et gîte le chemin de St-Jacques
On voit plus loin du haut des tours
quand la main d’un signe écrit de ses lèvres le noir regard bleu de ses yeux
sous la voile être
Saxifrace au bec l’oiseau rocaille le rempart..
Niala-Loisobleu – 13 Juin 2021
Jacques Bertin – Un voyage
Un voyage »
J’ai retrouvé dans la coque la vieille fêlure L’humidité qui suinte comme l’éternel poison Et j’ai pleuré, assis la tête contre la cloison De l’autre côté le moteur battait son chant profond Celui qui vient de l’enfance Et dont les basses fréquences Toujours ont raison
Où tu vas poser ton sac Fais un lit avec tes larmes Il flottait dans cet endroit une odeur de goudron et d’urine Gravé dans le travers de la blessure on distinguait un nom Une illusion ou un message ou une marque de fabrique Le monde passait contre les hublots lentement comme un monde Les façades prétentieuses croulaient dans les angles morts On voyait des visages de femmes glacées et pensives Marquant la brume comme d’immatures soleils d’hiver Je ne sais pourquoi je me bats le bateau me conduit dans l’aube Ah vers la haute mer, bien sûr, comme chaque matin Je me retrouve faisant mon méchant trafic dans un port incertain Il faut payer cash, en devises fortes et avec le sourire Je ne sais pourquoi je me bats. J’ai pleuré dans la chaleur torride Le monde est beau! Les femmes se donnent avec des airs de s’oublier! Nos victoires sont devant nous qui nous tendent la main!
Où tu vas poser ton sac Fais un lit avec tes larmes
nous allons nuages parmi les esquimaux embellir la convalescence de nos pensées botaniques sous les crépuscules tordus ordure verdie vibrante blanc
j’ai rangé mes promesses confiserie hôtelier dans sa boutique paulownias définitives l’éloignement se déroule glacial et coupant comme une diligence éloignement pluvieux adolescent ailleurs sonore
piéton fiévreux et pourri et rompu et broderies réparables je pensais à quelque chose de très scabreux calendrier automnal dans chaque arbre mon organe amoureux est bleu je suis mortel monsieur bleubleu
et du cadavre monte un pays étrange monte monte vers les autres astronomies.
Les cris d’écoliers dans les cours (Lucien Massion / Philippe Bizais)- Jacques Bertin
Les cris d’écoliers dans les cours La pierre blanche au carrefour Ce signe tracé dans le sable L’étoile posée sur la table
Ce regard dans la foule hostile Ce jardin doux des trèfles tendres Ce printemps du mois de novembre Cet été dans l’hiver civil
Femme inconnue aux cent visages Mystérieux livre d’image Le vol au loin des grands oiseaux Le chant glissant sur les roseaux
La nuit toute mouillée de roses La soie des matins vénéneux Ces îles blanches dans mes yeux Et ce printemps des ecchymoses
Le soleil dans les rues barrées Et la rhapsodie des marées Ma part de pain ma part de rêve Ce point d’aube au bord de ma lèvre
Femme inconnue aux cent visages Mystérieux livre d’image Le vol au loin des grands oiseaux Le chant glissant sur les roseaux
Septembre 2016 Prologue à Dans la vitre de l’aube, recueil de Lucien MassionC’est beau, ce qu’il fait, Lucien…
On s’était croisés à Nantes, en 1977. Mais on s’est vraiment connus « à la Sainte-Baume », quelques années plus tard. Fondées par Pierre-Georges Farrugia, ces Rencontres de La Sainte-Baume furent pendant une dizaine d’années un extraordinaire consistoire, congrès, colloque, pot de confiture de l’amitié. Dans cet ancien monastère dominicain du Var, chaque été, 120 enthousiastes passaient dix jours à écouter, apprendre, travailler la chanson. La Chanson. Nous en fûmes tous deux ; lui, comme stagiaire ; moi, comme animateur.
C’était un Nantais. Fervent, discret, intègre. Il fut chanteur – avec Philippe Bizais, un Nantais comme lui, qui mettait ses textes en musique et l’accompagnait au piano. Il publia un disque (L’ombilic, 1987), enregistré dans un des meilleurs studios de la capitale et orchestré par Michel Devy, briscard talentueux de la profession. Il eut pour parrains quelques-uns des grands de la Chanson Française.
Puis et mais, on regretta qu’il arrêtât…
Aujourd’hui, il se décide à publier. Pas trop tôt ! C’est beau, ce qu’il fait, Lucien. Il est loin des modes de la poésie française « contemporaine » (l’officielle, que personne ne lit) ; tant mieux. Lui, c’est le vers qui chante, l’urgence des sentiments à dire, le désir de fraternité.
Voyez comme ces textes sont utilitaires : dédiés à celui-ci, à celui-là, des proches, des amis, des silhouettes dans le grand beau paysage de l’amitié… Juste de la poésie utile. De celle qu’on aime.
Janvier 2012Philippe Bizais Notre ami Philippe Bizais est décédé le 23 décembre 2011, à Nantes, à l’âge de 57 ans.Pianiste et compositeur (notamment de chansons avec Lucien Massion, pour le disque l’Ombilic, en 1987), il avait été l’accompagnateur de Gilles Servat, ainsi que du duo Hélène et Jean-François ; il avait participé activement jadis aux rencontres de la Sainte-Baume ; il accompagnait l’atelier d’interprétation de Jacques Bertin depuis le début, en 2005.Notre affection lui fait une bonne place dans notre mémoire .Jacques Bertin
A veces no comprendo mi rodar por el mundo,este medir la tierra y el camino y el mar;esto que siendo simple se ha tornado profundo,voz que ordena a mi paso más allá, más allá. Hasta donde conozco soy un ser sin marinos,gente sin pasos largos ni fronteras vencidas,manos que aprisionaron un sueño campesinode melgas y picanas y relinchos y bridas. ¿Por qué admiro castaños y encinas y hondos maresy aquel idioma extraño y el violín que agonizasi una bárbara lengua de pampa y trebolaresme dio a beber guitarras que se hicieron ceniza? ¿De dónde llega entonces la aventura del viajesi nada ha estado lejos, quizá una cordillera?Y esta dulce mentira de mudar los paisajesque son siempre los mismos, inviernos, primaveras. A veces no comprendo por qué camino tantosi no he de hallar la sombra que el corazón ansía;quizá un profundo acorde, profundo como un llantohe de escuchar un día, he de escuchar un día
La marche
Parfois je ne comprends pas mon tour autour du monde, celui de mesurer la terre et la route et la mer; ce qui, étant simple, est devenu profond, une voix qui commande mon pas au-delà, au-delà. Autant que je sache, je suis un être sans matins, des gens sans longs passages ni frontières vaincues, des mains qui ont serré un rêve paysan d’herbes et d’aiguillons, hennissements et brides. Pourquoi j’admire les chênes verts et mers profondes et cette langue étrange et le violon qui agonise si une langue barbare de pampa et champs de trèfle m’a donné à boire guitares qui partirent en flammes ? D’où vient alors l’aventure du voyage si rien n’était pas loin, peut-être une montagne ? Et ce doux mensonge de muer les paysage qui sont toujours les mêmes, hivers, printemps. Parfois je ne comprends pas pourquoi je marche autant si je ne trouve pas l’ombre que mon cœur désire, peut-être un accord profond, profond comme un sanglot, j’écouterai un beau jour, j’écouterai un beau jour.
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