La vérité du drame est dans ce pur espace qui règne entre la stance heureuse et l'abîme qu'elle côtoie : cet inapaisement total, ou cette ambiguïté suprême. Saint-john Perse
A l’angle gardant l’endroit bien clos, l’abondante Barbara, ma clématite saute gaillarde et touffarde de son bleu qui a du croiser un jour de poésie, en traversant un pré de lavande
J’avais du rouge de Cadou à la boutonnière
le soleil qui se faisait rare en a eu quelque jalousie
au point de s’asseoir au premier rang pour se faire voir
Alors j’ai ri comme une Pâques de gamin courant l’herbe pour trouver l’oeuf, avec l’idée de nettoyer les pieds de la terrasse
Karcher, jeu d’ô joue Vivaldi
Pile ou face ?
Les fesses resteront debout le temps de descendre jusqu’à la grille après être passé entre tous les pots
Quand il est descendu le store, il en revenait pas
Confiné depuis des couvre-feu et autorisation à produire depuis un temps si long qu’il en avait perdu la vision du jardin
Chacun sa fête
La mienne fut telle qu’il en reste à vouloir la raconter
Un rapport physique associé au plaisir de mon âme, voilà j’appelle ça, dans mon vocabulaire, faire l’amour et en jouir de tout ce qui s’appelle vivre bien
Les cris d’écoliers dans les cours (Lucien Massion / Philippe Bizais)- Jacques Bertin
Les cris d’écoliers dans les cours La pierre blanche au carrefour Ce signe tracé dans le sable L’étoile posée sur la table
Ce regard dans la foule hostile Ce jardin doux des trèfles tendres Ce printemps du mois de novembre Cet été dans l’hiver civil
Femme inconnue aux cent visages Mystérieux livre d’image Le vol au loin des grands oiseaux Le chant glissant sur les roseaux
La nuit toute mouillée de roses La soie des matins vénéneux Ces îles blanches dans mes yeux Et ce printemps des ecchymoses
Le soleil dans les rues barrées Et la rhapsodie des marées Ma part de pain ma part de rêve Ce point d’aube au bord de ma lèvre
Femme inconnue aux cent visages Mystérieux livre d’image Le vol au loin des grands oiseaux Le chant glissant sur les roseaux
Septembre 2016 Prologue à Dans la vitre de l’aube, recueil de Lucien MassionC’est beau, ce qu’il fait, Lucien…
On s’était croisés à Nantes, en 1977. Mais on s’est vraiment connus « à la Sainte-Baume », quelques années plus tard. Fondées par Pierre-Georges Farrugia, ces Rencontres de La Sainte-Baume furent pendant une dizaine d’années un extraordinaire consistoire, congrès, colloque, pot de confiture de l’amitié. Dans cet ancien monastère dominicain du Var, chaque été, 120 enthousiastes passaient dix jours à écouter, apprendre, travailler la chanson. La Chanson. Nous en fûmes tous deux ; lui, comme stagiaire ; moi, comme animateur.
C’était un Nantais. Fervent, discret, intègre. Il fut chanteur – avec Philippe Bizais, un Nantais comme lui, qui mettait ses textes en musique et l’accompagnait au piano. Il publia un disque (L’ombilic, 1987), enregistré dans un des meilleurs studios de la capitale et orchestré par Michel Devy, briscard talentueux de la profession. Il eut pour parrains quelques-uns des grands de la Chanson Française.
Puis et mais, on regretta qu’il arrêtât…
Aujourd’hui, il se décide à publier. Pas trop tôt ! C’est beau, ce qu’il fait, Lucien. Il est loin des modes de la poésie française « contemporaine » (l’officielle, que personne ne lit) ; tant mieux. Lui, c’est le vers qui chante, l’urgence des sentiments à dire, le désir de fraternité.
Voyez comme ces textes sont utilitaires : dédiés à celui-ci, à celui-là, des proches, des amis, des silhouettes dans le grand beau paysage de l’amitié… Juste de la poésie utile. De celle qu’on aime.
Janvier 2012Philippe Bizais Notre ami Philippe Bizais est décédé le 23 décembre 2011, à Nantes, à l’âge de 57 ans.Pianiste et compositeur (notamment de chansons avec Lucien Massion, pour le disque l’Ombilic, en 1987), il avait été l’accompagnateur de Gilles Servat, ainsi que du duo Hélène et Jean-François ; il avait participé activement jadis aux rencontres de la Sainte-Baume ; il accompagnait l’atelier d’interprétation de Jacques Bertin depuis le début, en 2005.Notre affection lui fait une bonne place dans notre mémoire .Jacques Bertin
quelque chose de ressemblant à cette faon de vivre que bien des artistes partagent
Je pense particulièrement à Robert Aribaut, le lieu foisonnant au coeur de l’abri, la richesse de son double-art et cette vastitude pénétrante sans se mettre en scène, oui aujourd’hui rendre visite à ce genre de personnage comble ma demande d’authenticité…
Robert Aribaut est mort le 10 janvier en son « vétuste et pur castel de Saint-Jorie », comme il appelait, dans un de ses derniers poèmes, sa maison de Quint-Fonsegrives, belle sentinelle de briques postée à l’orée de la campagne lauragaise. Il allait avoir bientôt quatre-vingts ans. Avec lui, c’est une attachante figure toulousaine qui disparaît. À sa ville natale, il portait une passion qui lui en a fait toute sa vie durant arpenter en marcheur infatigable les rues et les ruelles les plus reculées. Pas un monument, pas une demeure, pas une façade, qui ait gardé quelque secret pour cet observateur attentif de l’histoire de Toulouse et de ses métamorphoses.
L’amoureux des mots et de la peinture
À ce véritable culte de la Ville rose, il en ajoutait deux autres : celui de la peinture et celui de la poésie. Pas un vernissage, pas une exposition, qui lui ait échappé tout au long des décennies qui le virent fréquenter avec assiduité galeries et musées, et nouer des amitiés durables avec les meilleurs peintres toulousains ou issus de Toulouse, de Bergougnan à Pradal et à Igon, de Thon à Denax et à Marfaing, pour ne citer que des disparus. Une passion qui l’entraîna d’ailleurs maintes fois à sillonner l’Europe, tant il était à l’affût des plus importantes manifestations de l’art contemporain. Fondateur en 1958, avec Henry Lhong et Charles-Pierre Bru, du Salon « Art Présent » de Toulouse qui occupa plusieurs années les cimaises du Palais des Beaux-Arts, il fut aussi un grand découvreur de talents, et sa plume habile et savoureuse, jointe à ses vastes connaissances, lui valut d’être membre de l’Association Internationale de la Critique d’Art.
Et c’est comme critique d’art que de 1967 à 1987 il collabora aux pages artistiques de La Dépêche du Midi et écrivit dans La Gazette des Tribunaux. Mais chez Robert Aribaut, l’amour de la poésie le disputait à celui des arts plastiques. Qui, de ses proches, de ses amis, n’a pas été sans cesse stupéfait par cette prodigieuse mémoire qui, à peine un nom de poète était-il cité, lui faisait dire avec une facilité déconcertante des poèmes entiers ?. S’il consacra beaucoup d’articles à la peinture, c’est surtout par ses conférences qu’il aborda la littérature. Des conférences – et un livre paru en 1987 aux Editions Midia, illustré par le peintre Jousselin : la biographie d’un romancier cher aux Toulousains, et dont l’œuvre le hanta toute sa vie, Maurice Magre. De l’auteur du Sang de Toulouse et de La clé des choses cachées, Robert Aribaut partageait sans nul doute le goût des beautés secrètes enfouies dans les replis de l’âme.
Le tamis de la mémoire
Les beautés secrètes, mais aussi, surtout peut-être, les beautés insolites. Il se livra en effet à une bien étrange alchimie, rendue possible par l’insatiable curiosité qui lui faisait découvrir chez les bouquinistes, sur les marchés aux puces, ou le long des quais de la Seine, des foules de poètes de second plan, souvent oubliés, parfois même totalement inconnus. Le tamis de sa mémoire savait, de chacun, retenir et isoler des véritables pépites. Il n’hésita pas à en « monter » un certain nombre en quatrains, pour publier en 2002 chez Privat un recueil de « Petits poèmes impersonnels » qui conduit le lecteur de surprise en surprise – tout en lui livrant, bien sûr, l’identité de l’auteur de chaque vers :
Ils viennent d’un pays inconnu de la terre, Et leur pas sonne au loin dans les cours solitaires, Un pays plus lointain que l’antique Atlantis Noyé dans le parfum voluptueux des lis.
Quatre alexandrins successivement empruntés à Romain Coolus, Louis Mercier, Louis le Cardonnel et Maurice Brillant… Pour Robert Aribaut, il n’y avait pas de « petits maîtres ». Qui l’a connu sait bien, d’ailleurs, qu’il entra lui-même en poésie comme on entre en religion, et que si son œuvre propre n’a été éditée par ses soins qu’avec une grande parcimonie, la poésie fut tout au long de sa vie sa véritable lumière intérieure, face à un monde qui n’était souvent pour lui qu’un théâtre d’ombres, de marionnettes, ou de pantins, – au spectacle duquel, d’ailleurs, il savait s’amuser et s’attendrir. Le quatrain – tout à fait personnel, cette fois – , qui ouvre la « Neuvaine de Joachim de Saint-Jorie », épilogue de son ultime recueil, sonne, à la fois, comme un aveu et comme un testament :
En le vétuste et pur Castel de Saint-Jorie Quatre soleils de cuivre ont éclairé la vie Recluse en poésie de Frère Joa-Quint Quand se fondent au loin Pierrot et Arlequin.
J’ai retrouvé dans la coque la vieille fêlure L’humidité qui suinte comme l’éternel poison Et j’ai pleuré, assis la tête contre la cloison De l’autre côté le moteur battait son chant profond Celui qui vient de l’enfance Et dont les basses fréquences Toujours ont raison
Où tu vas poser ton sac Fais un lit avec tes larmes Il flottait dans cet endroit une odeur de goudron et d’urine Gravé dans le travers de la blessure on distinguait un nom Une illusion ou un message ou une marque de fabrique Le monde passait contre les hublots lentement comme un monde Les façades prétentieuses croulaient dans les angles morts On voyait des visages de femmes glacées et pensives Marquant la brume comme d’immatures soleils d’hiver Je ne sais pourquoi je me bats le bateau me conduit dans l’aube Ah vers la haute mer, bien sûr, comme chaque matin Je me retrouve faisant mon méchant trafic dans un port incertain Il faut payer cash, en devises fortes et avec le sourire Je ne sais pourquoi je me bats. J’ai pleuré dans la chaleur torride Le monde est beau ! Les femmes se donnent avec des airs de s’oublier ! Nos victoires sont devant nous qui nous tendent la main !
Où tu vas poser ton sac Fais un lit avec tes larmes
Mon chien s’appelle Sophie et répond au nom de Bisouie. C’est plus gentil ? Et le baiser est moins solennel que la sagesse. Vous me la baille/, belle avec vos querelles de langage. Les peintres sont voués à la couleur : les poètes se défendraient-ils d’être voués aux mots? Mais sémantique, rhétorique, vous croyez à cela. vous. Mos-sicu ? P’têt’ ben qu’oui. Calembredaine ? Jardinier, encore un mot de germé. Bonne chance et fouette cocher ! D’accord : ça ne nourrit pas son homme… Qui mange le vent de sa cornemuse n’a que musique en sa panse. Déjà, ce n’est pas si peu.
La vérité ne se mange pas ? La musique non plus. Mais je dis. moi. que la poésie se mange. Ici. des mots seuls on vous jacte et ce n’est pas encore poèmes : mais enfin, des poèmes, qui sait où ça commence…
Les mots, disait Monsieur Paulhan. sont des signes, et Mallarmé, lui. que ce sont des cygnes. Ah. beaux outils, les mots sont des outils, rabot, évidoir. herminette. gouge, ciseau. Ainsi, les formes naissent, portant la marque de l’outil et je retrouve à la statue ce joli coup de burin. Et je retrouve à la pensée ce délicat sillon du verbe. Tudieu. quelle patine ! Quel héritage, quelle usure, quelles reliques de famille ! Quelle Jouvence et quel arroi. Des taches de sang, des coulées de verjus. Des traces de larmes : et les sourires n’en laisseraient-ils pas ? En veux-tu de l’humain. en voilà. Ce n’est pas de petite bière (de bière, fi) mais de cuvée haute en cru. Venus de toutes parts au monde, agiles comme des pollens. Ici. les monts de Thracc et là les rudesses picardes : et là le miel attique et l’Orient avec ses sucs. Des graillons, des flexions, des marées, puis un petit vent coulis, un soudain carillon de voyelles. Boissy d’An-glas. Quant au tudesque. zoui pour le bouffre mol : lansquenet (toujours hérissés ces tudesques) qui fait la pige au mot azur. Mais en français, d’expression, pas trop n’en faut. Subtil ! Holà, germain, hors je te boute en ta grimace. D’expression, oui-dà. mais de race. Et de décence. En tapinois quand il sied, mais en grande clarté si c’est l’heure. J’y reviens, mon frère qui respires, as-tu déjà pensé au spacieux mot : azur?
Ainsi les mots naissent, les mots durent, les mots se fanent et reverdissent. Des moissons, des vendanges, des forêts, des familles, des nids de mésanges et des couvées de minéraux. Fluide, flot, flamme, fleur, flou, flèche, flûte, flexible, flatteur… vous entendez ces allusions, vous reconnaissez cette lignée. Mais le génie français est réservé : il caresse l’harmonie imitative. Mais il décrit un chien sans marcher à quatre pattes.
Et tu voudrais que ça ne bouge pas. les mots, alors que tout bouge, on le sait (par un cuisant savoir). Chausse un peu tes besicles, professeur, et dis-moi ? Il répond que le mot est le serviteur de l’idée. Bon. mais voyez-vous ce maire du palais qui guette le pouvoir?
O français, mon amour, terreau de notre terre, il fait bon le respirer et voir monter tes jeunes pousses. Le sécateur du bon jardinier menace les branches folles et rien pourtant n’est mystérieux comme un jardin à la française.
Ah. ce jourd’hui si nous quittions la noble allée pour vaguer au bois-joli ? Plonge un peu ton gourdin dans une fourmilière. Quel cafouillis. quelle panique ! Tant pis. l’ordre viendra plus tard et si nous repassons dans une miette de temps, nous verrons l’insecte acide qui refait des sentiers nouveaux et porte sur l’épaule ces gros sacs de farine. Dis, quel navire est arrivé ?
De toute cette fièvre, tirons le mot «bélître». Moi. je vois un gros méchant mou du genre soudard, du genre bouffre de bouffre, aurait dit mon Jarry. et coitlë d’un casque de zinc, une espèce de quintuple pinte renversée. Le beau chapeau bulbeux. Bé… car on convient qu’il est bête (comme Bécassine) et qu’il baye. A quoi bayerait-on sinon aux corneilles ?
Bien vétilleux ceci. Il faut l’être si l’on veut faire mouche. Truisme. Truisme, entrée de Monsieur de la Palisse. Mort. Monsieur de la Palisse? Bernique. Pantois? Point davantage. Il est éternel. Et si tu tentes de trucider Monsieur de la Palisse, c’est toi qui restes niquedouille. Bonne Vierge, le printemps, c’est la Palisse lui-même. Et vlan, v’ia l’printemps ! Allons-nous lui chercher noise ? 11 cache l’été sous ses guimpes. Puis, c’est toujours le grand Temps moissonneur qui passe avec sa justicière. tranchant du baroque à lame riante comme d’autres feraient ici où les mots sont éclos sous des couvées joyeuses. Ecoutez ces rondes enfantines : le langage s’y fait «petit jeune» comme les chiots de ma chienne :
Peiit’ Poulotte a v’nu glissou Ses peiiis pieds parmi les mious S os petits pieds se sont mêlous Elle a pris les miens pour les sious. Allons, belle, remettez-vous. Reconnaisse: vos petits g’noux.
Ou encore :
A dibedi.
Ma crochiribidi
A siripchou
Califtcatchou
A dibedi.
Vous êtes un fou.
Vous plaît-il mieux de puiser à de savantes cornues? Celles de Monsieur Léon-Paul Fargue ont de douces chansons pour les chats :
Il est une bebête,
Ti li petit nenfant
Tir élan
C’est une byronnette
La teste à sa maman
Tire/an
Le petit Tinan faon C’est un ti banc-blanc Un petit potasson ? C’est mon goret C’est mon pourçon Mon petit potasson
Il saut ‘ sur la fenêtre Et groume du museau Pasqu’il voit sur la crête S’amuser les oiseaux
Les savantasses expliqueront pourquoi. Mais le langage enfançon vient de loin. Connaissez-vous le capitaine Las-phrise ? Non ? Messire Marc de Papillon, cadet de Vaubc-rault «combattant, composant au milieu des alarmes» ? Non ? Un paladin du XVIe siècle et qui. sous Henri III. bouta le Huguenot à travers Touraine. Angoumois. Sain-tonge, Poitou. Normandie. Dauphiné. Gascogne, grand bonhomme de guerre et grand caresseur de fillettes. Or. le voici, son langage enfançon :
Hé mé, mé, mine-moi, mine-moi, ma pouponne
Cependant que papa s’en est allé aux champs ;
Il ne le soza pas. il a mené ses gens.
Mine-moi donc. Minou. puisqu’il n’y a personne.
Ayant flayé l’œillet de ta lève bessonne. Je me veux regadé en tes beaux yeux luysans. Car ce sont les misoirs des Amouseux en/ans ; Après, je modesay ta gorge, ma menonne.
Si tu n ‘accode à moi lefolâte gacon.
Guésissant mon bobo, agadé tu es sotte ;
Car l’amour se fait mieux en langage enfançon.
Oui. certes. Les mots-colifichets, et les mots de haute lice, les mots-jabots, mais les mots-éventails, les mots-diamants, les mois-sang, les mots-sève, les mots porteurs de vérités françaises.
Péguy les connaissait, ces mots bien équarris. ces brebis de pierre blanche et tondus comme il faut de quoi l’on fait de bonne ogive et de robuste contrefort, pourvu que le berger soit juste :
Et ce n’est pas des bras pleins de dictionnaires
Qui rameront pour nous sur nos derniers trois-mâts.
Et ce n ‘est pas des jeux pleins de fonctionnaires
Qui nous réchaufferont dans ces derniers frimas.
Qu’ai-je encore d’écrit sur mon pense-bete ? « Les mots vont plus loin que la pensée», disait Fargue. Quand le sentiment les suit à pas de loup. Les mots seraient peu s’ils ne faisaient l’amour. Que l’aède ici besogne. En cite-rai-je ? Mais vous les connaissez, ces mots qui sont de grands amoureux, ces mots séducteurs de mots et qui font de ravissantes conquêtes. Les souvenirs sont cors de chasse. La fille de Minos et de Parsiphaé. Poissons de la mélancolie. Sur le Noël, morte saison que les loups se vivent de vent. Le prince d’Aquitaine à la tour abolie.
Et toi. le dur de comprenure. tu sais bien que ma recherche est l’homme. Le voici, traque de mots, charmé de phrases, lourd et séduit de son fardeau de mots, cor.imt ceux-là qui revenaient de la Terre Promise portant à bâton d’épaules une grappe géante. Le poids de la soif et celui de la beauté. J’en dis trop et j’en dis trop peu. Car tous ces faiseurs de mots étaient des faiseurs de beautés. Ils faisaient d’abord l’outil. L’outil passe de main en main, se polit, s’arrondit, se patine, s’humanise, se charge de magies. Sésame, ouvre-toi. De l’or bouillant ! Où sont les poltrons qui n’osent pas plonger leurs bras dans cette cuvée ? De joie. On pensait que j’allais donner un petit cours sur les insectes, sur la botanique. Non. mon herbier, c’est pour la joie. Et mieux encore, les libellules en plein vent, bien zézayantes, bien dévoreuses.
Mettez un peu d’ordre dans vos idées, insiste un aimable magister. Je veux bien, mais sur quelles mesures ? Et pour habiller qui. ce vêtement d’idées? Des idées, les mots n’en ont pas tant. Les mots qui ont des idées sont des mots de cuistres. Ou plutôt, les idées, ça leur vient comme au pommier la pomme, comme à la fille le bes-son. Les aventures du langage. Honneur de l’homme, honneur de l’homme et mille grâces.
Qui les fait ? Oh. pas les escogriffes à la mislenflute qui les mettent à coucher dans des lexiques. Sinon, c’est aussi les herbiers qui feraient la rose ou l’ancolie. la sauge, le fenouil et la feuille de platane, sève et parfum compris.
Ils sont comme les enfants, les mots : ils ont besoin de jouer quand ils sont jeunes. Villon, beau charmeur de vocables verveux, leur laissait la bride sur le cou. Leur plaisait-il de jargonner. de parler coquillard ?
Joncheurs, jonchons en joncherie
Rebignez bien où joncherez.
Qu ‘Ostac n ’embroue votre arrerie
Où accolés sont vos aisnez.
Poussez de la quille el brouez
Car si tosl seriez roupieux.
Ferons-nous pas confiance au loyal écolier tout cousu de cicatrices et qui avait le goût des évidences : Je congnois bien mouches en lait, je congnois au pommier la pomme, je congnois tout fors que moi-même. Sagesse toute veloutée de moelle, fontaine de miel où ferait bien de se pencher la soif de nos squelettes à stylos. Mais de tels vignerons la race serait éteinte ? Voire. Queneau Raymond est bien de la famille :
les eaux bruns, les eaux noirs, les eaux de merveille les eaux de mer, d’océan, les eaux d’étincelles nui lent le jour, jurent la nuit chants de dimanche à samedi
les yeux vertes, les yeux bleues, les yeux de succelle les yeux de passante au cours de la vie les yeux noires, yeux d’estanchelle silencent les mots, ouatent le bruit
eau de ces yeux penché sur tout miroir
gouttes secrets au bord des veilles
tout miroir, toute veille en ces ziaux bleues ou vertes
les ziaux bruns, les ziaux noirs, les ziaux de merveille.
Pensez-vous que c’est avaler des couleuvres? Pitié, alors : c’est que Polymnie ne vous a point souri.
Mais retournons à nos moutons. Connaissez-vous le répertoire des livres de Saint-Victor dont Pantagruel découvrit la librayrie en Paris dès sa venue :
Le Maschefain des advocats.
Le Clacquedent des maroufles.
La Cahourne des briffaulx.
La Barboltine des niarmiteux.
La Martingalle des fianteurs.
Le Limasson des ri masseurs.
Le Ramoneur d’astrologie.
Et ceci est d’importance, puisque l’inscription sur la grand’Porte de Thélème :
Cy n ‘entrez pas. vous rassotez mastins
Soirs ni matins vieulx chagrins et ialotix…
Cy n ‘entrez pas. hypocrites, higotz.
Vieulx matagotz. marmiteux boursouflez…
Cy n’entrez pas avalleurs defrimars…
Puis, prenant en croupe ceux que le curé de Meudon délecte, ricochons vers Monsieur Epiphane Sidredoulx. Président de l’Académie de Sotteville-lès-Rouen. Correspondant de toutes les Sociétés savantes et autres, et dont l’honneur fut de dépoussiérer, en l’an 1878. cette précieuse « Friquassée Crotestyllonnée des antiques modernes chansons, et menu Fretel des petits enfants de Rouen remis en beau désordre par une herchclce des plus mémoriaux et ingénieux cerveaux de nostre année 1552.» O, ouez :
Mon coutel s’en vient pleurant
Il a seruy ung gros truand
A liau. à liau. à liau
Pinche me lingue
De toc et de lepingue
Ri ri bouillette
Au port morin laisse may dormir
Il est temps de laver nos escuelles.
A la bouille bouille caudière. Dans la danse desfoureux. Il n ‘est d’âme que nous deux.
Piaille, moineau, tu es englué. Et raison, dit Janotus. nous n’en usons point céans (Rabelais). Ah ! toute une géniture de bon sang français et Molière est de connivence… j’aime mieux ma mie. o gué. Sais-tu maraud que ta bique va braire si tu lui bailles des «céréales» au lieu de picotin.
Vielleux, vielleux, veux-tu du pain ?
Nanny Madam’ je n’ai point faim.
Mais vous avez qui vaut bien mieux
Ma guiante. guienne. guioly dame.
Vielleux, vielleux, veux-ty du lard ‘.’
Nanny, Madame, il est trop char…
Ayons encore sol en sébile et fiferlins aussi. Et qui mieux est : verjus en cave. De bonne coulée, bénéfique aux cœurs.
« Le drame des mots, me confiait un farfelu de mécanique, c’est de n’être pas bons à tout ; on ne sait jamais où il faut mettre cette vermine. Les chiffres, eux, veulent tojours dire la même chose. Pas de surprise. Tandis qu’avec les mots, il faut s’attendre sans cesse à des miracles. »
Mon petit doigt me l’a dit, ces miracles-là ont l’humeur capricieuse. C’est comme l’esprit qui souffle où il veut. Quand il souffle du côté d’Henri Michaux, ce n’est pas pour gonfler la vessie d’un rassoté. mais pour dire les choses : les vivaces, les tortueuses, les véridiques. L’Ennemi n’a qu’à bien se tenir :
Il l’emparouille et l’endosque contre terre;
Il le rague et le roupète jusqu’à son drâle;
Il le pralèle et le libucque et lui bonifie les ouillais
Il le tocarde et le marmine.
Le manage râpe à ri et reipe à. ra.
Enfin il l’écorcobalise.
L’autre hésite, s’espudrine, se délaisse, se torse et se
ruine.
C’en sera bientôt fini de lui.
Laissons ainsi pour mort cet «emparouillé». Que ne t’assommc-je. Mère Ubu. proférait un grand de la terre. La musique des sphères nous joue d’un autre flageolet. Après riposte et coups fourrés tirés de part et d’autre, où les victimes criaient comme des cabestans, diverses voix se décèlent. Maintes se baignent dans leur auge. Mais ceci n’est le fait que de haut allemand et le langage françois garde toujours sa fleur de modestie et même en la ripaille.
Qui donc se court sur l’haricot dans cette équipée ? Queneau. Michaux. Rabelais. Merlin Coccaie certes. El Bruscambille et Tabarin. Turlupin. Jarry, Coquillan. Vadé. fameux boisseau de puces et n’est d’étoile fixe qui ne se gratterait si on le déversait sur son pelage. Foin, je suis fâché d’en avoir si peu dit. Galimatias fut langue de ces prolifiques, galimatias et charabias. Regardez avec nous ces vocables monocellulaircs qui abordent lentement sur la berge. Espèces de méduses, espèces d’ammonites, espèces de moignons, espèces de rauques interjections, espèce d’aboi, de cri, de geste, espèce de mot. Le mot oui et le mot non, c’est déjà la conscience. Et Mes-sire, aujourd’hui en avez-vous tant que vos belles machines volantes ne servent à vous estourbir la figure? La conscience, ça monte et ça descend comme ludions en bouteille. Silence, l’heure est venue d’être grave ? Dame oui, on sait qu’il y a du malheur dans la famille. Mais qu’entre deux coups du sort il soit permis de rire, n’est-ce pas d’humaine condition l’honneur? Trêve d’encyclique et revenons au débat.
Du crâne qui crugit lorsque le vent souffle, suinte mélancolicoliquement le croupissant cresson qui sort de ses orbites (Queneau). Qui rechigne ? Qui n’aime pah les Zavanthures du lent gage? Toi. Gall…
Gall. amant de la reine, alla, tour magnanime,
Gallamment de l’arène à la tour Magne à Nîmes.
Quel heureux siècle, suggérait Bruscambille. qui avait grand besoin de me rencontrer et moi de le trouver. Or, sus. fonçons. Messieurs, il y en a beaucoup en cette compagnie qui portent une tête sur leurs épaules sans savoir ce qui est dedans. Vous ? Oui-déa. moi ilou. Si vous m’entendez bien, c’est que je parle français et si la lune est rousse, il faut quérir le teinturier
Un enfant a dit
Je sais des poèmes
Un enfant a dit
Chsais des poésies
Un enfant a dit
Mon cœur est plein d’elles…
Propos tout saupoudrés de poudre d’escampette – et le poète a pris la fuite. Pas tant qu’il y paraît. Mais il donne une chandelle à Dieu, une autre au Diable. Pour diablificr à l’enfantine, au fou, à l’espiègle, au mystique, au philosophe qui sont choses proches et consanguines. Ai-je assez loué les comptines :
Quand j’eus fi mon moulin
Si fi si fa si fin
A rec ses quatre-z-ailes
J’alli trover la mer
Pour qu’ell’ m’donnil du vent
Ell’ m’en donna d’si grand qu’il mit l’molin par terre. Avec ses quatre-z-ailes.
Corbleu cette mer qui donne ainsi du vent à qui en veut, ça vous a une allure. O vertes verves !
Argot des champs ou de la Roquette, celui de la Guyane avec son odeur de poivre, fleurs de pouille, orchidées d’eau douce, flûteaux de bergers, racines de Racine. Cela vaut bien le baiser que je vous envoie.
L’amphithéâtre de la plaine offre ses gradins aux caresses du temps
plongées en rivières portées par le courant aux abords estuaires sur un large envol
Des hachures dans le script déposent l’interrompu d’un début d’histoire tombant sans bruits dans la boîte à chaussures
les paysages se disputent la primeur des personnes qu’ils y gardent
flou d’une netteté marquée au frontispice de ceux qui ont détaché leur édifice
Le parfum de femme tient à l’herbe qu’elle déplace en m’aime tant qu’elle, plus jeune rien n’en séparait, elles respectaient avec jalousie le gazon qui les distinguait
Maintenant la trace en courant en pointillé égare la truffe du chien la plus affûtée, d’autant plus que le synthétique de poitrine est comparable à l’élevage de la truite, une forme qui a perdu tout sauvage de pêche à la main
Depuis l’amorce de changement plus marquée par la pandémie, où chaque jour est une suite de mots – disant plus et se rattrapant en moins à peine ont-ils été prononcés – force est de se voir imposer une diète généralisée. Tout ferme au point d’être taxé d’amour qui rentre sans avoir de case où cocher dans une forme dérogatoire
Mon ami Paul qu’ont-ils fait de ta Virginie ?
Le printemps est là, je pousse de partout, et j’ai peur de glisser, le perron est tellement couvert de mousse, à voir la souffrance des petites marguerites
le chien manque d’entrain il boude la précipitation matinale en fuyant l’apporte du jardin.
Par le rayon de soleil hors catégorie qui l’éclaire, ma boîte bat en corps par l’oiseau niché dans sa main. Le temps a coulé. Ma dernière conversation remonte au 7 Décembre 2018. Epoque que les moins ne peuvent pas connaître, tant ce qu’elle portait d’espoir naturel, qui n’avait pas besoin de vaccin pour perdurer. La suite quand on l’avance au Centre fait monter le filet d’air dans l’enfoui, sans qu’un anachronisme tente de boucler la page
Le chat est maître de la bambouseraie
ces longs étirements font ses griffes à la densité végétale qu’un sentiment de fond poursuit dans l’organique taire d’hier et d’aujourd’hui
Le mystique y développe la force d’une composition chimique dans laquelle les effets de l’âme prédominent assez pou laisser les erreurs de l’humeur du quotidien loin derrière.
Le banal s’enfonce dans l’ignorance qu’il choisit d’adopter
s’habillant de tout ce qui dissimule
A confondre le système de fonctionnement de la Nature avec ses petites habitudes, l’Ëtre se plante à côté
L’automne mûrit en se tapissant dans le pourrissement , elle est la parturiente qui refuse le déni
La pointe rose de l’oeil qui crève à la branche n’est pas profane, elle initie le printemps dans son ensemble absolu.
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