LE VOICI ACCOMPLI LE RÊVE DU PEINTRE


LE VOICI ACCOMPLI LE RÊVE DU PEINTRE

Enlevée du chevalet et sortie de l’atelier

la voici peinte sur les clous des champs

et vernie cette oeuvre que j’étais physiquement incapable de poursuivre depuis une semaine

Une nouvelle toile est en place sur le chevalet qu’avec la présence de mon soleil, je sortirai du froid dans les jours qui viennent

La vie me remonte comme un estran après la maladie qui se faufile pour remettre du sel au paludier du marais

On vit au point que je me demande plus aujourd’hui si l’idée d’aimer n’est pas plus forte que deux corps plongés l’un dans l’autre seulement quelques secondes dans une passe de trottoir…

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Niala-Loisobleu.

15 Septembre 2024

MARC CHAGALL – LE RÊVE DU PEINTRE


MARC CHAGALL – LE RÊVE DU PEINTRE

A la sortie du lit

le périscope est remonter chercher à la surface

droit devant les triples sauts de la baleine qui appelle

En entrant dans tout l’espace des poumons la poitrine retrouve cet air décidé

qui de l’étreinte rattrapée emmène les doigts chercher à pétrir le peint

charnelle couleur d’un matin qui n’attend pas de connaître le bulletin pour jaillir

Le Petit-Peintre répond de nouveau à l’ultra-son des aisselles que le ventre affamé largue

cette toile vierge qu’un mouvement des reins auréole remplace la frime des anneaux olympiques comme un besoin naturel qui n’a pas besoin besoin d’être fait Chevalier du Mérite pour se refaire une santé sur une éjaculation trop rapide.

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Niala-Loisobleu.

15 Septembre 2024

CE MATIN – MICHEL DEGUY


CE MATIN – MICHEL DEGUY

Silence de nuit complète à cinq heures
Janacek en quatuor à son dernier amour
Debussy pour
Chouchou fabrique un gollywooks
J’ai le tome de
Martin sur les genoux

De quoi hier ce lendemain était-il fait
Dont ils ne savaient rien nous le savons
Eux qui furent égaux dans cette nescience
Nous fiers comme des rieuses de veillée
Qui savons cela
Tout cela de plus
A la fin au moins cela qui n’est rien d’autre

Le gros caillou remonte
Dans la nuit tombe et en tombant retombe
Ils en sont à la fin d’aujourd’hui
Nous bien sûr au début de ce jour
Et eux là-bas hier encore à
L.A là
La faucheuse qui n’existe pas plus qu’un dieu
Les fauche eux et euses

Ce qui échappe avec le mot qui échappe ce n’est pas seulement un autre mot mais ce que les mots de la phrase comme des doigts tressent en laissant fuir

Une houle rostrale d’espace pousse

Le spacieux mascaret du vide

Rien qu’inventive expansion de nébuleuses en proue

Mais où donc est passé le temps ?

Des monades

sur la terre comme au ciel

implosent en trous noirs

Le centre est le sommet

Ce point le plus exposé au soleil

Il y a une écaille de la terre partout

À chaque seconde qui est plus proche

Du soleil que toutes les autres

Il y tombe à pic — pour un œil

À ce moment qui passe au zénith et que

Le reflet d’un éclair aveugle

Comme à l’orchestre tour à tour

Un spectateur s’allume

Au réverbère en diamant de la star

Qui lui tape maintenant dans l’œil

Pénélope c’était donc ça

La tapisserie d’un jour

Dont la nuit aura feint l’amnésie

Mailles de biens, d’échappée, de renonces

Faux filées de lecture et ratio de lumière

Elle lègue aux familles régnantes

La joie de ses derniers moments

De chacun on pourra dire

Il avait essayé plusieurs fois de se tuer

Veille à te regarder

pour te faire disparaître

La flèche touche une chose dans la nuit

Qui en devient sa cible
Un sens nous sommes

avides de signes

J’ai tout à me reprocher

dit le poème mot-dit

Car vous n’êtes pas irraprochables

— par l’anneau d’un comme visible ou non —

amis ennemis phases et phrases.

D n’y a jamais que groupes de ressemblances

faisceaux de semblants pour la pensée

qui s’approche du comme-un des mortels

cette anthropomorphose qui pourrait échouer

UNE CHALEUR VENUE DU FROID


UNE CHALEUR VENUE DU FROID
Rien d’étonnant à ce que le décolleté ait choisi le dos pour se boutonner
L’automne est seul capable de ces ruses
Ma bouche y tête sans renacler
la seule chose qui compte c’est de trouver du bonheur au terme des choses quand il s’annonce
Je suis heureux d’être un petit-peintre qui a toujours choisi le grand-oeuvre humaniste
Ce matin avec cette envie de peindre qui me reprend, je me dis que je fais le bon choix.
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Niala-Loisobleu.
10 Septembre 2024

LE PAYS DE MES RÊVES – MICHEL LEIRIS


LE PAYS DE MES RÊVES – MICHEL LEIRIS

Sur les marches qui conduisent aux perspectives du vide, je me tiens debout, les mains appuyées sur une lame d’acier. Mon corps est traversé par un faisceau de lignes invisibles qui
relient chacun des points d’intersection des arêtes de l’édifice avec le centre du soleil. Je me promène sans blessures parmi tous ces fils qui me transpercent et chaque lieu de
l’espace m’insuffle une âme nouvelle. Car mon esprit n’accompagne pas mon corps dans ses révolutions; machine puisant l’énergie motrice dans le fil tendu le long de son parcours,
ma chair s’anime au contact des lignes de perspective qui, au passage, abreuvent ses plus secrètes cellules de l’air du monument, âme fixe de la structure, reflet de la courbure des
voûtes, de l’ordonnance des vasques et des murs qui se coupent à angle droit.

Si je trace autour de moi un cercle avec la pointe de mon épée, les fils qui me nourrissent seront tranchés et je ne pourrai sortir du cachot circulaire, m’étant à
jamais séparé de ma pâture spatiale et confiné dans une petite colonne d’esprit immuable, plus étroite que les citernes du palais.

La pierre et l’acier sont les deux pôles de ma captivité, les vases communicants de l’esclavage; je ne peux fuir l’un qu’en m’enfermant dans l’autre, — jusqu’au jour où ma
lame abattra les murailles, à grands coups d’étincelles.

II

Le repli d’angle dissipé, d’un coup de ciseaux la décision fut en balance. Je me trouvai sur une terre labourée, avec le soleil à ma droite, et à ma gauche le disque
sombre d’un vol de vautours qui filaient parallèlement aux sillons, le bec rivé à la direction des crevasses par le magnétisme du sol.

Des étoiles se révulsaient dans chaque cellule de l’atmosphère. Les serres des oiseaux coupaient l’air comme une vitre et laissaient derrière elles des sillages
incandescents. Mes paumes devenaient douloureuses, percées par ces lances de feu, et parfois l’un des vautours glissait le long d’un rayon, lumière serrée entre ses griffes. Sa
descente rectiligne le conduisait à ma main droite qu’il déchirait du bec, avant de remonter rejoindre la troupe qui s’approchait vertigineusement de l’horizon.

Je m’aperçus bientôt que j’étais immobile, la terre tournant sous mes pieds et les oiseaux donnant de grands coups d’ailes afin de se maintenir à ma hauteur.
J’enfonçais les horizons comme des miroirs successifs, chacun de mes pieds posé dans un sillon qui me servait de rail et le regard fixé au sillage des vautours.

Mais finalement ceux-ci me dépassèrent. Gonflant toutes les cavités de leur être afin de s’alléger, ils se confondirent avec le soleil. La terre s’arrêta
brusquement, et je tombai dans un puits profond rempli d’ossements, un ancien four à chaux hérissé de stalagmites : dissolution rapide et pétrification des rois.

III

Très bas au-dessous de moi, s’étend une plaine entièrement couverte par un immense troupeau de moutons noirs qui se bousculent entre eux. Des chiens escaladent l’horizon et
pressent les flancs du troupeau, lui faisant prendre la forme d’un rectangle de moins en moins oblong. Je suis maintenant au-dessus d’une forêt de bouleaux dont les cimes pommelées
s’entrechoquent, se flétrissent rapidement, tandis que les troncs, se dépouillant eux-mêmes de leur peau blanche, construisent une grande boîte carrée, seul accident
qui demeure dans la plaine dénudée.

Au centre de la boite, comme une médaille dans un écrin, repose la plus mince tranche du dernier tronc et j’aperçois distinctement le cœur, l’écorce et l’aubier.

Ce disque de bois, où les faisceaux médullaires apparaissent en filigrane, n’est qu’un hublot de verre, l’orifice d’un cône qui découpe dans l’épaisse paroi qui
m’enveloppe l’unique fenêtre de ma durée.

IV

Dans l’hémisphère de la nuit, je ne vois que les jambes blanches et solides de l’idole, mais je sais que plus haut, dans la glace éternelle, son buste est un trou noir comme le
néant de la substance nue et sans attributs.

Parmi la foule amassée autour du piédestal, quelqu’un répète inlassablement : « La reliure du sépulcre solaire blanchit les tombes… La reliure du
sépulcre… etc.. »

Entre le sommeil des voix et le règne des statues, une rose enrichit le sang où se baigne le bleu corporel assimilable par fragments. La saveur des couronnes qui descendent au niveau
des bouches closes suggère un calcul plus rapide que celui des gestes instantanés. Les laminaires ont tracé des cercles pour blesser nos fronts. Je pense au guerrier romain qui
veille sur mes rêves; il élève son bouclier à hauteur de mes yeux et me fait lire deux mots :

atoll et sépulcrons.

Si le pari de Pascal peut se figurer par la croix obtenue en développant un dé à jouer, que pourra m’apprendre la décomposition du bouclier?

Depuis longtemps déjà, j’ai arraché fibre à fibre la face du guerrier : j’ai d’abord obtenu le profil d’une médaille, puis une surface herbeuse et un marécage
presque sans limites d’où émergent des fûts brisés. Aujourd’hui, je suis parvenu à mettre un nom sur chaque parcelle de chair. Le blanc des yeux s’appelle courage, le
rose des joues s’écrit adieu et les volutes du casque épousent si exactement la forme des fumées que je ne puis les nommer que somnifères.

Mais le ventre du bouclier représente une gorgone hideuse, dont les cheveux sont des chiffres 3 et 5 entrelacés. Le 8 de la somme se renverse, et j’arrive à l’Infini, serpent du
sexe qui se mord soi-même. C’est alors que la chiourme des lignes se couche sous le fouet de la matière. Il ne me reste qu’à accomplir le meurtre devant une architecture sans
fin. Je briserai les statues et tracerai des croix sur le sol avec mon couteau. Les soupiraux s’élargiront et des astres sortiront silencieusement des caves, — fruits des
sphères et des statues, grappes de globes lumineux montant comme les bulles transparentes d’un fumeur de savon, à travers les pigments de la mort et le bulbe rouge de la lampe de
charbon.

VI

Au cours de ma vie blanche et noire, la marée du sommeil obéit au mouvement des planètes, comme le cycle des menstrues et les migrations périodiques d’oiseaux. Derrière
les cadres, une rame délicieuse va s’élever encore : au monde aéré du jour se substitue la nuit liquide, les plumes se changent en écailles et le poisson doré
monte des abîmes pour prendre la place de l’oiseau, couché dans son nid de feuilles et de membres d’insectes. Des galets couverts de mots — mots eux-mêmes bousculés,
délavés et polis — s’incrustent dans le sable parmi les rameaux et coquilles d’algues, lorsque toute vie terrestre se rétracte et se cache dans son domicile obscur : les
orifices des minéraux.

Zénith, Porphyre, Péage,

sont les trois vocables que je lis le plus souvent.

Ils ne m’apparurent d’abord que partiellement : le Z en zébrure ou zigzag de conflit, fuite oblique vers les incidences puis persévérance dans une voie parallèle, —l’Y
de l’outre-terre (Ailleurs, qu’Y a-t-il? Y serons-nous sibYlles? Qu’Y pourrai-je faire si je n’ai plus mes Yeux?), — l’A écartant de plus en plus son angle rapace sous-tendu par un
horizon fictif, tandis que P Poussait la Porte des Passions.

Puis les trois mots se formèrent et je pus les faire sauter dans mes mains avec d’autres mots que je possédais déjà, lisant au passage la phrase qu’ils composèrent
:

Payes-tu, ô Zénith, le péage du porphyre?

A quoi je répondis, lançant mes cailloux en ricochets :

Le porphyre du Zénith n’est pas notre péage.

Michel Leiris

« AUTOMNALE TRANSFUSION » – NIALA 8 SEPT. 24 – ACRYLIQUE S/TOILE 116X89


« AUTOMNALE TRANSFUSION »

NIALA 8 SEPT. 24

ACRYLIQUE S/TOILE 116X89

Me voici en plein centre du carrefour

les circonstances peuvent être tellement mal disposées que la clarté n’est plus

il est devenu impossible de jurer sans se tourner en son âme et conscience pour qu’une vérité en éclate

La difficulté que cette oeuvre a renconté montre le côté majeur du passage

les feuilles tombent

la nature s’enflamme

sous l’aspect de mort, une naissance se cache

Du sang neuf veut irriguer les veines de l’Arbre pour quitter la stase d’un chemin n’aboutissant à rien

Je suis malade, mais mieux d’avoir réussi à l’amener au bout ce tableau, comme s’il devait être le dernier, il laisse dire que l’espoir ne m’aura jamais quitté

Automne porte cet enfant à terme

la nuit est devenue moins rêveuse mais sans que la médiocrité mette la Beauté en danger

les hirondelles sont parties, la grue en se posant dans la clairière donne une couleur de brame à la végétation.

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Niala-Loisobleu.

8 Septembre 2024

Pour un autre printemps


Pour un autre printemps

L’automne qui arrive va faire en sorte de sortir de sa pourriture un printemps différent à partir de la méthode de la peau de lapin qu’on déshabille des boyaux inutiles

J’ajoute des nouvelles branches à mes doigts comme un possible dernier défi tentant d’arriver à la signature

Les feuilles qui vont mourir garderont l’arbre différemment vivant pour une autre cavalcade…

Niala-Loisobleu.

6 Septembre 2024

« L’ANÉMONE LOTIE » – NIALA 01/09/24 – ACRYLIQUE S/TOILE 116X89


« L’ANÉMONE LOTIE »

NIALA 01/09/24

ACRYLIQUE S/TOILE 116X89

Autan en proie à dérèglement, tenir la Nouvelle-Aquitaine à l’abri

ça suffit, il est trop tard pour refaire ce qu’une sorcière a défait en obligeant des enfants à se tenir sous le parapluie de sa vision plus que personnelle

Les autres, pris au passage, ont déserté jusqu’à la terre brûlée

de telle manière que pour garder la vie il m’a fallu payer plus cher que le prix, mais vivre n’ayant pas de prix il apparaît que la paix entre dans la catégorie à suivre

Que les routes marchent à leur pas, on ne me défera jamais du droit de père

ce fût plus une illusion que l’erreur commise, ma loyauté n’est pas en cause

Le temps qui me reste à vivre, je refuse de le faner en jouant au petit-soldat, le monde aime ça, pas moi

Alors pour me garer des désordres de culture, j’anémone mon dernier jardin

Merci Papa, de tout ce que je te dois, j’ai le souvenir vivant de ce bouquet que tu ramenais du marché

Jacqueline, sache qu’en attendant la prochaine marée, je tiens la maison belle en y peignant comme le fou qui demeure sans autre envie

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Niala-Loisobleu.

1er Septembre 2024

AU BON JOUR DES FOUILLES


AU BON JOUR DES FOUILLES

La diagonale en s’appuyant sur l’axe de ma pensée lâche tout point fixe
Le cerf-volant auquel elle est accrochée a trouvé le courant ascendant qu’elle cherchait
Une étoile-danseuse ranime le grand luminaire du lâché de ses seins
La fin du mois ramène le sable dans le bac du jardin de base
Je me passe d’attendre un moment favorable
Je le provoque…

Niala-Loisobleu.
31 Août 2024 

FOUILLES


FOUILLES

Dans le tracé des ronds

au-dessus de la palette

le pinceau flaire à l’intérieur de la fissuration

Quittant la communication de la parole

il abandonne le non-dit à son sort

en laissant le chien retrouver la trace originelle

en dehors de l’emprise de toute jetée de sorts

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Niala-Loisobleu.

31 Août 2024