ROUES A AUBE


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ROUES A AUBE

La fatigue installe la vanne motrice du courant

elle psalmodie le ton rabattu de la voie morne

et ouvre l’écluse du large en étranglant le psaume à la manivelle

Dans les corps appesantis les battements de pieds du fil déplacent l’inerte marigot

le lion mordu par la lionne

éléphante in la défense non passive felouque

L’arc retend la corde de sa mémoire refusant la rancune suicidaire, lâche sa flèche trop longtemps retenue

du passé meurtri par le piétinement sur-place qui foule et jaunit, l’herbe hisse la tête en alpage montant le son des clochettes en feuillets serrés.

Niala-Loisobleu – 8 Mars 2021

ALLUME


L’œil noir danse en crépitant au centre de sa rotation au virage du réallumge des feux

L’artifice n’aura pas à se mortifier d’avoir laisser le pigment venir coucher avec le pilon. Rien dans la couleur n’a la moindre imitation

Ce bleu dressé sur son frisson monte en chair bien dans la toile

Manuelle expression aux rives des fourches en frondaisons.

Niala-Loisobleu – 8 Mars 2021

TROU D’ORGUES


TROU D’ORGUES

Dans la compagnie des petits-animaux emmenés en sortie du coffre-à-jouets

et derrière les palmiers d’un échappement-libre qui traverse le vil

l’enfant paraît

Le temps d’un frisson tombe à la couronne des je nous

Un turban de ris

rouge et qui m’ose

j’attrape le Mickey par l’aqueux

sang manège aux Tuileries

Bête aux veines , rut de poésie, sourd aux non-dits.

Niala-Loisobleu – 6 Février 2021

L’HOMME QUOTIDIEN


L’HOMME QUOTIDIEN

A
Jea
Paulban

I

Le vent se lève soudain d’une flaque où par places se heurtent et se traquent les meurtrissures de la nuit et celles plus profondes du soleil.

La terre est froide et grande à son réveil comme une chambre sans feu.
Je suis seul au bord de ma bouche lasse, une cigarette respire à ma place.

Je me hâte vers un couloir sans fin où les portes font des taches de tunnel, où les ombres se cognent sans souffrance et où les murs sont sales et éternels.

La lumière semble lourde et voûtée sur un monde sans miracle, ni gaieté.

Dans la nudité du sang qui tourne en moi, je respire le même caillou froid.

D’autres vivront ma vie à leur tour, solitaires entres les hauts murs du cœur.
Seule la tête change de regard, du cœur part la même plante de douleur.

II

Au fond du couloir où rien ne luit, la porte s’ouvre sur la nuit, claque contre les murs de chaux.
Je me retourne, d’elle encore chaud,

vers la vie qui regagne et cerne sa plus belle clairière où la terre parle aux hommes par la voix facile des femmes

où les fleuves courbent le monde de leurs mains si fraîches et si pleines, où le cœur captif des forêts oscille sur son socle d’ombre

où les chemins rejoignent le ciel à l’horizon marqués du pas de tous les paysans dont la tête dépasse les maisons comme l’épi le plus haut, le plus pesant.

III

Mêlé à tant de soirs, tant de nuits

qui n’avaient même pas de l’air le poids,

je n’existe plus que par quelques pas que je fais toujours dans le même circuit.

Chaque matin, je secoue ma terre

mais il m’en reste assez sous les pieds

pour que croisse la douleur

jusqu’au point où les yeux sont des tiges cassées.

Le vent passe entre mes mains et peine sans pouvoir les délier de mes veines.
Bientôt, il ne reste plus qu’un regard mal éclairé par le soir

et l’or qui remonte du cœur comme un feu déjà gris.
Et je ressens mieux la coupure que mon corps fait avec le monde.

IV

Veines comme des rides sous la peau, j’élève mes tourments et mes maux à vos étages les plus hauts.
Vous faites le tour de ma vie

sans savoir le doute qu’en moi mûrit

et mène votre attelage docile.

Vous plongez dans ma chair et dans mon cœur

vos doigts pleins de sang, pleins de sueur.

Vous ne voyez pas les chemins de la terre où les regards se renversent d’un trait sans s’ouvrir au passage d’un regret.
Vous n’aimez pas ma voix qui va se taire

vous êtes si loin dans vos mains qui fuient

dans les grottes où je n’ai pas accès

et haletantes vous dites au cœur

que le monde est plus clair, plus grand que lui.

V

Tu as des yeux qui font le tour de la tête comme si tu sortais du plus beau des bals.
Paupières lourdes comme des céréales, ma bouche apaise vos craintes, vos fêtes

et fond avec les racines qui puisent au plus obscur de mon tourment la force de m’entourer de ma nuit.
C’était un grand regard pesant

que j’obtins pour mes noces nocturnes

comme une aube battante d’insomnie.

Il est ma défense contre la mort, il est

la détresse quotidienne qui souffle de mon cœur.

Trop de sentiers tournent avec aisance venant de moissons serrées comme la pluie.
Trop de bois vivent dans le silence où parfois il n’y a de bruit que celui

fait par une feuille se posant sur le vent,

avant cette mort où toutes mers éteintes,

tous passages fermés, toutes tempes inertes,

nous serons quelques aveux intercalés dans le temps.

VI

Je monte des restes fumants du sang, dans les vitres reculent des regards.
Les trains ralentissent à peine dans les gares et ma voix s’étonne d’être sans accents.

Des pas béants marquent la douleur.
Des ponts attendent la fin du monde au fond de leurs grands yeux sans chaleur et le cœur inlassable fait sa ronde.

Je ne suis qu’une tache de terre encerclée par la mort et la nuit.
Je m’ouvre en regards que l’ennui dans sa fixité désespère.

Ma vie tient en quelques pas égarés qui n’ont trouvé aucun chemin vers les fenêtres d’où l’on revient couvert de soleil et désemparé.

Trop de couchants s’arrêtent à l’aise au haut de murs à jamais tranquilles.
Des flaques tranchées par le ciel brillent dans l’herbe comme des blessures fraîches.

VII

Le vent n’a pas voulu mon haleine, l’oreiller s’est vidé de sommeil.
Le monde regarde dans les fenêtres, inachevé, sans couleurs, ni fêtes.

Les colchiques se renversent, las, et le matin les broie de son pas mouillé de tant de paupières pleines.
Les sources sont grises comme le ciel.

Un vent fumeux, un vent décapité déborde sans cesse des trottoirs s’enfuit avec les milliers de voix que la solitude attendait.

Au-dessus des toits, tout est vide, la lumière ne peut pas remonter retenue dans les lampes livides et dans les bouteilles bues.

VIII

Mon cœur bat dans sa toile de sang oubliant de mon corps le mal le plus récent et s’attarde à la plaie trop tendre et mal fermée que font les tempes.

Que sait-il de moi, de ce regard, de cette tête dont la douleur se détache, dure, cernée comme une vitre, de cette peau qu’il éclaire de tous ses éclats captifs ?

Veilleur de mon sommeil, veilleur de la nuit il ne retient aucun de mes rêves mais se rappelle que des étoiles naissent de lui à la place où les veines font des
clairières.

Dans les flaques où je souffre, où j’attends et où je ne suis entouré que de moi-même,

il conduit le regard aveugle du sang

pour mourir un jour comme un oiseau abattu.

IX

Derrière la fenêtre, le jour est superficiel, le miroir est encore profond de toute la nuit et la route est très loin dans le mur.
Ma tête dépasse, coupée par le drap.

Une mouche en fait le tour.

Je me rappelle ou je rêve

que ton front est comme ces belles journées

où il n’y a pas un signe de mort

et où la lumière se rassemble sur les sources.

Le pont se lève de l’herbe

et s’ouvre au-dessus de l’eau

comme une blessure où la terre accourt.

Le dormeur est toujours couvert de son front fisse et de ses paupières.
Des ombres sortent et laissent longtemps leurs tempes contre les murs.

LE plafond trop bas écoute s’il monte quelqu’un dans l’escalier.
La même ombre s’approche avec le même tintement de cœur.

Dans la chambre sans lampe que celle qui vient de la rue,

le feu fond dans ses cendres et ne réchauffe pas la nuit

mes mains atteignent les choses qui m’aiment en silence comme des chiens trop doux.
Plus proche de moi que la douleur

la fenêtre m’éclaire de sa blessure.
J’ai vu, la nuit, des vitres béantes qui suivent les gens comme des rails et ne les quittent qu’à la mort.

Lucien Becker

DERNIER DOMICILE CONNU


DERNIER DOMICILE CONNU

L’obscurité de certains propos passe au c’est rhum de vérité pour condamner le doute , je sais où j’habite

et là où je suis assis je n’ai pas une fesse dans le vide

Les indices de couleur sont clairs, le sombre mat de peau est bien ocre-terre à foncer l’herbe à la racine jusqu’aux genoux quand passé la première vague le niveau monte allègrement au-dessus de la ceinture

Si ce n’était le doux roucoulement les tourterelles se fondraient au paysage là où son vallonnement enfle en rendant le tactile de reconnaissance obligatoire en raison du mimétisme

Le peint frais accroché à la grille

je laisse en corps le jour dormir jusqu’à ce que l’odeur de mie chauffe.

Niala-Loisobleu – 5 Mars 2021

BONJOUR DE MARS


BONJOUR DE MARS

Romulus et Rémus peuvent faire du skateboard sur les collines de Rome, la pandémie relâche sa poitrine pour un bol d’air de plein-feu

Du soleil c’est déjà un vaccin pour renflouer la crise

L’archer de joyeuse humeur hausse en mie dans la cible hors couvre-feu

Au ruban du rêve accroché aux cheveux de la comète la lune a accroché sa barrette

Sur l’hortensia de la boîte-à-lettres la tête des épingles verdit le bois aux mors de l’équin, galopent les bonnes-nouvelles

La reine lève le pousse

Ave ses arts sortis de la toge le char blanc en attelage soulève un nuage de bleu outre-mère

Joyeuses notes au lutrin tournées par les chérubins.

Niala-Loisobleu – 3 Mars 2021

AU BORD DES CHAMPS


« Au bord des champs » – Niala – 2021 – Acrylique s/toile 65×54

AU BORD DES CHAMPS

Soleil en encorbellement

seins au surplomb du ventre pâturage les pans-en-demeures retiennent les tiges-de-botte de la terre-ocre cuite en jarres et amphores dans le grenier des mers et ô séants

La Pomme d’Amour a gagné le toit-fruitier de la canopée par sucions répétées des racines de l’Arbre de Vie

Sur la voie la pierre construite reproduit la mosaïque à travers l’enfilade des colonnes rituéliques, comblant les repaires reptiles de culbutes d’enfants lançant leurs bateaux de papier à la mémoire de la Source

Les cracheurs dans la soupe sont appelés à se nourrir de leurs propres rejets revêtus de leur orgueil en emblème sans accès possible aux carrés d’artichauts et aux chaires magistrales, leur index dans le fondement

Son compotier pépiant de toutes ses plumes aux bord des champs.

Niala-Loisobleu – 2 Mars 2021

Ghostly Kisses – TOUCH


Ghostly Kisses – TOUCH

À propos de toi et moi
About you and I

Comme nous sommes bien ensemble
How good we are together

Quand nous sommes seuls ensemble
When we’re alone together

Pouvez-vous dire pourquoi
Can you tell whyPouvez-vous me dire pourquoi vous gardez vos distances comme ça?
Can you tell me why you keep your distance like this?

Pouvez-vous me dire pourquoi vous gardez vos distances comme ça?
Can you tell me why you keep your distance like this?Je veux sentir ton contact
I wanna feel your touch

Je veux te sentir
I wanna feel you

Je veux sentir ton contact
I wanna feel your touch

Je veux te sentir
I wanna feel you

Le ferez-vous jamais?
Will you ever?

Le ferez-vous jamais?
Will you ever?

Laisse moi entrer, laisse moi entrer
Let me in, let me inTu me lis bien
You read me well

Meilleurs
Better

Que je me lis
Than I read myself

j’apprécie
I like

Je t’aime mieux
I like you best

Quand il n’y a personne d’autre, seulement par nous-mêmes
When there is no one else, only on our own

Pouvez-vous dire pourquoi
Can you tell whyPouvez-vous me dire pourquoi vous me gardez dans le noir comme ça?
Can you tell me why you keep me in the dark like this?

Pouvez-vous me dire pourquoi vous me gardez dans le noir comme ça?
Can you tell me why you keep me in the dark like this?Je veux sentir ton contact
I wanna feel your touch

Je veux te sentir
I wanna feel you

Je veux sentir ton contact
I wanna feel your touch

Je veux te sentir
I wanna feel you

Le ferez-vous jamais?
Will you ever?

Me laisseras-tu jamais entrer?
Will you ever let me in?Je veux sentir ton contact
I wanna feel your touch

Je veux te sentir
I wanna feel you

Je veux sentir ton contact
I wanna feel your touch

Je veux te sentir
I wanna feel you

Le ferez-vous jamais?
Will you ever?

Me laisseras-tu jamais entrer?
Will you ever let me in?

Chaque jour, je continue de penser
Every day, I keep thinking

À propos de toi et moi
About you and I

Comme nous sommes bien ensemble
How good we are together

Quand nous sommes seuls ensemble
When we’re alone together

Pouvez-vous dire pourquoi
Can you tell whyPouvez-vous me dire pourquoi vous gardez vos distances comme ça?
Can you tell me why you keep your distance like this?

Pouvez-vous me dire pourquoi vous gardez vos distances comme ça?
Can you tell me why you keep your distance like this?Je veux sentir ton contact
I wanna feel your touch

Je veux te sentir
I wanna feel you

Je veux sentir ton contact
I wanna feel your touch

Je veux te sentir
I wanna feel you

Le ferez-vous jamais?
Will you ever?

Le ferez-vous jamais?
Will you ever?

Laisse moi entrer, laisse moi entrer
Let me in, let me inTu me lis bien
You read me well

Meilleurs
Better

Que je me lis
Than I read myself

j’apprécie
I like

Je t’aime mieux
I like you best

Quand il n’y a personne d’autre, seulement par nous-mêmes
When there is no one else, only on our own

Pouvez-vous dire pourquoi
Can you tell whyPouvez-vous me dire pourquoi vous me gardez dans le noir comme ça?
Can you tell me why you keep me in the dark like this?

Pouvez-vous me dire pourquoi vous me gardez dans le noir comme ça?
Can you tell me why you keep me in the dark like this?Je veux sentir ton contact
I wanna feel your touch

Je veux te sentir
I wanna feel you

Je veux sentir ton contact
I wanna feel your touch

Je veux te sentir
I wanna feel you

Le ferez-vous jamais?
Will you ever?

Me laisseras-tu jamais entrer?
Will you ever let me in?Je veux sentir ton contact
I wanna feel your touch

Je veux te sentir
I wanna feel you

Je veux sentir ton contact
I wanna feel your touch

Je veux te sentir
I wanna feel you

Le ferez-vous jamais?
Will you ever?

Me laisseras-tu jamais entrer?
Will you ever let me in?

OU LA FEMME


OU LA FEMME

L’indifférence violemment exclue

Tout se jouait

Autour du ventre sans raison et des paroles sans suite

D’une femme faite pour elle-même

Et plus nue que réelle

Elle avait un charme de plus
Que celle dont elle était née
Qui promettait

Recueillait tant de merveilles
Tous les mystères
Dans la lumière écarquillée
Sous son énorme chevelure
Sous ses paupières basses

A voix sourde mêlée de rires

Elle et ses lèvres racontaient

La vie

D’autres lèvres semblables aux siennes

Cherchant leur bien entre elles

Comme des graines dans le vent

La vie aussi

D’hommes qui n’y tenaient guère
De femmes aux chagrins bizarres
Qui se fardent pour s’effacer

Et nul ne comprenait sur quel fond de délices et de certitudes

La mémoire future la mémoire inconnue

Jouerait mieux que l’espoir

A jamais joué dans le commun dans l’habituel.

Paul Eluard

DANS LE MARRONNIER DU PONT


DANS LE MARRONNIER DU PONT

St-Trojan-les-Bains, le cheval bride au peint, m’asseoir sur une vague prise de sel avec de quoi dans les fontes, sentant à défaut d’odeur la dynamique du mimosa cerner la plage sans idée de piège. Les horloges dans le journal de bord avec des hanches pleines à la vie pour se tenir. Puis mon cul-nul d’enfant de six-ans demeuré dans les dunes , souviens-toi comme on lance à l’eau le bateau sans qu’il coule. Le vent porte, l’immobilité emporte, Nous hûmes , il faut s’aimer pour en remplir le sac et le mener au moulin. Tourne le sureau au fil de l’eau. Un hérisson brosse la ligne jaune pour unir le contre-sens hors du fossé. Sur les bornes l’ânée défile. La crevette grise au point de rosir l’horizon de mes lunettes quand Côtinière tu me dis que ta grandeur n’a jamais eu d’âge à cause du bénéfice de l’âme . A Chassiron entre noir-et-blanc se découpe l’Atlantique sur fond d’ô séant. Toujours une place pour nager sans bouée ailleurs qu’en baïne.

Niala-Loisoobleu – 27 Février 2021

UNE RESPIRATION PROFONDE

Je change ici de mètre pour dissiper en moi l’amertume
Les choses sont comme elles sont le détail n’est pas l’important
L’homme apprendra c’est sûr à faire à jamais régner le beau temps

Mais ne suis-je pas le maître de mes mots
Qu’est-ce que j’attends
Pour en chasser ce qui n’est pas cet immense bonheur posthume

Il fait un soleil si grand que de tous les côtés aujourd’hui
Le lavis semble tout déteint dans les vents parlés d’un mah-jong
Et la route n’est qu’un bourdon le ciel l’ébranlement d’un gong
Il me plaît que mon vers se mette à la taille des chaises longues
Et le cheval prenne ce pas où son cavalier le réduit

Il me plaît d’entendre un bras d’homme frapper sur le bois ou la pierre

Qui fabrique des pieux peut-être ou c’est quelque chose qu’il cloue

Il me plaît que le chien dans la colline aboie et que la roue
Au fond du chemin bas grince et que les toits soient roux
Que les serres sur les coteaux fassent poudroyer la lumière

Il y a des jarres de couleur au pied des hauts bouquets de joncs
Des palissades que le jour rend aussi roses que le sol

Des demeures négligemment qui tiennent leur pin parasol
Et sur la musique des murs étages do ré mi fa sol
Dans le désordre végétal l’envol gris perle des pigeons

La mer la mer au loin dans les vallons où le regard s’enfonce
Par les sentes là-bas vers des romans qu’on n’aura jamais lus
L’automne a jalonné l’effacement des pas dans les talus
Passants légers amants furtifs que rien ne dénoncera plus
Une fois l’escalier de la maison recouvert par les ronces

Puis par les brumes des monts bleus que perce un regard d’éper-vier

On voit dans le feu blanc se soulever une épaule de glaces
Tout au fond du paysage où la nue et la terre s’enlacent
Et d’ici je contemple l’Alpc et sur mes cheveux ma main passe
Car c’est la saison qu’à l’envers montre ses feuilles l’olivier

Et les platanes avec qui dans les feuilles jouent-ils aux cartes
Est-ce avec vous beaux amoureux sur les bancs assis les premiers
Le froid vers cinq heures qui vient fait-il moins que vous vous aimiez

De quoi peuvent bien vous parler dans l’ombre tout bas les palmiers

Et quels chiffres nous dit la vigne avec ses doigts nus qu’elle écarte

J’ai vu ce couple au déclin du jour je ne sais dans quel quartier
Nous avions fait un détour au-dessus de
Nice avec la voiture
La ville mauve en bas allumait peu à peu ses devantures
Ces enfants se tenaient par la main comme sur une peinture
Histoire de les regarder je me serais arrêté volontiers

Il n’y avait dans ce spectacle rien que de très ordinaire

Ils étaient seuls ils ne se parlaient pas ne bougeaient pas rêvant

Ils écoutaient leur cœur à distance et n’allaient point au-devant

La place était vide autour d’eux il n’y remuait que le vent
Et l’auto n’a pas ralenti
Les phares sur les murs tournèrent

Tout le pêle-mêle de la
Côte et les femmes qui parlent haut
Les motos dans la rue étroite et les œillets chez les fleuristes
Les postes blancs d’essence au bord des routes remplaçant les
Christs

L’agence immobilière avec son triste assortiment lettriste
Dans le va-et-vient le tohu-bohu le boucan le chaos

Les fruits confits et les tea-rooms les autocars les antiquaires

Des gens d’ici des gens d’ailleurs qu’escomptent-ils qu’est-ce qu’ils croient

Ces trop beaux garçons des trottoirs ont l’œil rond des oiseaux de proie

Qu’a fui ce gros homme blafard qu’il ait toujours l’air d’avoir froid

Ô modernes
Robert
Macaire entre
Rotterdam et
Le
Caire

Miramars et
Bellavistas ce langage au goût des putains
Palais
Louis
Quinze
Immeubles peints
Balcons d’azur à colon-nettes

Beau monde où si tout est à vendre à des conditions honnêtes
C’est toujours service compris pour cet univers à sonnettes
Il suffit de deux enfants rencontrés et tout cela s’éteint

S’éteint s’efface et perd avec la nuit son semblant d’insolence
Il ne reste à mes yeux que ce lieu banal que cette avenue
Ce banc près des maisons blanches au soir tombant
Deux inconnus

Il ne reste à mon cœur que l’entrelacs de ces mains ingénues

Ces deux mains nues
II ne reste à ma lèvre enfin que ce silence

Comme une promesse tenue.

Louis Aragon