La vérité du drame est dans ce pur espace qui règne entre la stance heureuse et l'abîme qu'elle côtoie : cet inapaisement total, ou cette ambiguïté suprême. Saint-john Perse
Le vent se lève soudain d’une flaque où par places se heurtent et se traquent les meurtrissures de la nuit et celles plus profondes du soleil.
La terre est froide et grande à son réveil comme une chambre sans feu. Je suis seul au bord de ma bouche lasse, une cigarette respire à ma place.
Je me hâte vers un couloir sans fin où les portes font des taches de tunnel, où les ombres se cognent sans souffrance et où les murs sont sales et éternels.
La lumière semble lourde et voûtée sur un monde sans miracle, ni gaieté.
Dans la nudité du sang qui tourne en moi, je respire le même caillou froid.
D’autres vivront ma vie à leur tour, solitaires entres les hauts murs du cœur. Seule la tête change de regard, du cœur part la même plante de douleur.
II
Au fond du couloir où rien ne luit, la porte s’ouvre sur la nuit, claque contre les murs de chaux. Je me retourne, d’elle encore chaud,
vers la vie qui regagne et cerne sa plus belle clairière où la terre parle aux hommes par la voix facile des femmes
où les fleuves courbent le monde de leurs mains si fraîches et si pleines, où le cœur captif des forêts oscille sur son socle d’ombre
où les chemins rejoignent le ciel à l’horizon marqués du pas de tous les paysans dont la tête dépasse les maisons comme l’épi le plus haut, le plus pesant.
III
Mêlé à tant de soirs, tant de nuits
qui n’avaient même pas de l’air le poids,
je n’existe plus que par quelques pas que je fais toujours dans le même circuit.
Chaque matin, je secoue ma terre
mais il m’en reste assez sous les pieds
pour que croisse la douleur
jusqu’au point où les yeux sont des tiges cassées.
Le vent passe entre mes mains et peine sans pouvoir les délier de mes veines. Bientôt, il ne reste plus qu’un regard mal éclairé par le soir
et l’or qui remonte du cœur comme un feu déjà gris. Et je ressens mieux la coupure que mon corps fait avec le monde.
IV
Veines comme des rides sous la peau, j’élève mes tourments et mes maux à vos étages les plus hauts. Vous faites le tour de ma vie
sans savoir le doute qu’en moi mûrit
et mène votre attelage docile.
Vous plongez dans ma chair et dans mon cœur
vos doigts pleins de sang, pleins de sueur.
Vous ne voyez pas les chemins de la terre où les regards se renversent d’un trait sans s’ouvrir au passage d’un regret. Vous n’aimez pas ma voix qui va se taire
vous êtes si loin dans vos mains qui fuient
dans les grottes où je n’ai pas accès
et haletantes vous dites au cœur
que le monde est plus clair, plus grand que lui.
V
Tu as des yeux qui font le tour de la tête comme si tu sortais du plus beau des bals. Paupières lourdes comme des céréales, ma bouche apaise vos craintes, vos fêtes
et fond avec les racines qui puisent au plus obscur de mon tourment la force de m’entourer de ma nuit. C’était un grand regard pesant
que j’obtins pour mes noces nocturnes
comme une aube battante d’insomnie.
Il est ma défense contre la mort, il est
la détresse quotidienne qui souffle de mon cœur.
Trop de sentiers tournent avec aisance venant de moissons serrées comme la pluie. Trop de bois vivent dans le silence où parfois il n’y a de bruit que celui
fait par une feuille se posant sur le vent,
avant cette mort où toutes mers éteintes,
tous passages fermés, toutes tempes inertes,
nous serons quelques aveux intercalés dans le temps.
VI
Je monte des restes fumants du sang, dans les vitres reculent des regards. Les trains ralentissent à peine dans les gares et ma voix s’étonne d’être sans accents.
Des pas béants marquent la douleur. Des ponts attendent la fin du monde au fond de leurs grands yeux sans chaleur et le cœur inlassable fait sa ronde.
Je ne suis qu’une tache de terre encerclée par la mort et la nuit. Je m’ouvre en regards que l’ennui dans sa fixité désespère.
Ma vie tient en quelques pas égarés qui n’ont trouvé aucun chemin vers les fenêtres d’où l’on revient couvert de soleil et désemparé.
Trop de couchants s’arrêtent à l’aise au haut de murs à jamais tranquilles. Des flaques tranchées par le ciel brillent dans l’herbe comme des blessures fraîches.
VII
Le vent n’a pas voulu mon haleine, l’oreiller s’est vidé de sommeil. Le monde regarde dans les fenêtres, inachevé, sans couleurs, ni fêtes.
Les colchiques se renversent, las, et le matin les broie de son pas mouillé de tant de paupières pleines. Les sources sont grises comme le ciel.
Un vent fumeux, un vent décapité déborde sans cesse des trottoirs s’enfuit avec les milliers de voix que la solitude attendait.
Au-dessus des toits, tout est vide, la lumière ne peut pas remonter retenue dans les lampes livides et dans les bouteilles bues.
VIII
Mon cœur bat dans sa toile de sang oubliant de mon corps le mal le plus récent et s’attarde à la plaie trop tendre et mal fermée que font les tempes.
Que sait-il de moi, de ce regard, de cette tête dont la douleur se détache, dure, cernée comme une vitre, de cette peau qu’il éclaire de tous ses éclats captifs ?
Veilleur de mon sommeil, veilleur de la nuit il ne retient aucun de mes rêves mais se rappelle que des étoiles naissent de lui à la place où les veines font des clairières.
Dans les flaques où je souffre, où j’attends et où je ne suis entouré que de moi-même,
il conduit le regard aveugle du sang
pour mourir un jour comme un oiseau abattu.
IX
Derrière la fenêtre, le jour est superficiel, le miroir est encore profond de toute la nuit et la route est très loin dans le mur. Ma tête dépasse, coupée par le drap.
Une mouche en fait le tour.
Je me rappelle ou je rêve
que ton front est comme ces belles journées
où il n’y a pas un signe de mort
et où la lumière se rassemble sur les sources.
Le pont se lève de l’herbe
et s’ouvre au-dessus de l’eau
comme une blessure où la terre accourt.
Le dormeur est toujours couvert de son front fisse et de ses paupières. Des ombres sortent et laissent longtemps leurs tempes contre les murs.
LE plafond trop bas écoute s’il monte quelqu’un dans l’escalier. La même ombre s’approche avec le même tintement de cœur.
Dans la chambre sans lampe que celle qui vient de la rue,
le feu fond dans ses cendres et ne réchauffe pas la nuit
mes mains atteignent les choses qui m’aiment en silence comme des chiens trop doux. Plus proche de moi que la douleur
la fenêtre m’éclaire de sa blessure. J’ai vu, la nuit, des vitres béantes qui suivent les gens comme des rails et ne les quittent qu’à la mort.
L’obscurité de certains propos passe au c’est rhum de vérité pour condamner le doute , je sais où j’habite
et là où je suis assis je n’ai pas une fesse dans le vide
Les indices de couleur sont clairs, le sombre mat de peau est bien ocre-terre à foncer l’herbe à la racine jusqu’aux genoux quand passé la première vague le niveau monte allègrement au-dessus de la ceinture
Si ce n’était le doux roucoulement les tourterelles se fondraient au paysage là où son vallonnement enfle en rendant le tactile de reconnaissance obligatoire en raison du mimétisme
Le peint frais accroché à la grille
je laisse en corps le jour dormir jusqu’à ce que l’odeur de mie chauffe.
« Au bord des champs » – Niala – 2021 – Acrylique s/toile 65×54
AU BORD DES CHAMPS
Soleil en encorbellement
seins au surplomb du ventre pâturage les pans-en-demeures retiennent les tiges-de-botte de la terre-ocre cuite en jarres et amphores dans le grenier des mers et ô séants
La Pomme d’Amour a gagné le toit-fruitier de la canopée par sucions répétées des racines de l’Arbre de Vie
Sur la voie la pierre construite reproduit la mosaïque à travers l’enfilade des colonnes rituéliques, comblant les repaires reptiles de culbutes d’enfants lançant leurs bateaux de papier à la mémoire de la Source
Les cracheurs dans la soupe sont appelés à se nourrir de leurs propres rejets revêtus de leur orgueil en emblème sans accès possible aux carrés d’artichauts et aux chaires magistrales, leur index dans le fondement
Son compotier pépiant de toutes ses plumes aux bord des champs.
Comme nous sommes bien ensemble How good we are together
Quand nous sommes seuls ensemble When we’re alone together
Pouvez-vous dire pourquoi Can you tell whyPouvez-vous me dire pourquoi vous gardez vos distances comme ça? Can you tell me why you keep your distance like this?
Pouvez-vous me dire pourquoi vous gardez vos distances comme ça? Can you tell me why you keep your distance like this?Je veux sentir ton contact I wanna feel your touch
Je veux te sentir I wanna feel you
Je veux sentir ton contact I wanna feel your touch
Je veux te sentir I wanna feel you
Le ferez-vous jamais? Will you ever?
Le ferez-vous jamais? Will you ever?
Laisse moi entrer, laisse moi entrer Let me in, let me inTu me lis bien You read me well
Meilleurs Better
Que je me lis Than I read myself
j’apprécie I like
Je t’aime mieux I like you best
Quand il n’y a personne d’autre, seulement par nous-mêmes When there is no one else, only on our own
Pouvez-vous dire pourquoi Can you tell whyPouvez-vous me dire pourquoi vous me gardez dans le noir comme ça? Can you tell me why you keep me in the dark like this?
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Le ferez-vous jamais? Will you ever?
Me laisseras-tu jamais entrer? Will you ever let me in?Je veux sentir ton contact I wanna feel your touch
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Je veux sentir ton contact I wanna feel your touch
Je veux te sentir I wanna feel you
Le ferez-vous jamais? Will you ever?
Me laisseras-tu jamais entrer? Will you ever let me in?
Chaque jour, je continue de penser Every day, I keep thinking
À propos de toi et moi About you and I
Comme nous sommes bien ensemble How good we are together
Quand nous sommes seuls ensemble When we’re alone together
Pouvez-vous dire pourquoi Can you tell whyPouvez-vous me dire pourquoi vous gardez vos distances comme ça? Can you tell me why you keep your distance like this?
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Le ferez-vous jamais? Will you ever?
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Laisse moi entrer, laisse moi entrer Let me in, let me inTu me lis bien You read me well
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Que je me lis Than I read myself
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Je t’aime mieux I like you best
Quand il n’y a personne d’autre, seulement par nous-mêmes When there is no one else, only on our own
Pouvez-vous dire pourquoi Can you tell whyPouvez-vous me dire pourquoi vous me gardez dans le noir comme ça? Can you tell me why you keep me in the dark like this?
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Le ferez-vous jamais? Will you ever?
Me laisseras-tu jamais entrer? Will you ever let me in?
St-Trojan-les-Bains, le cheval bride au peint, m’asseoir sur une vague prise de sel avec de quoi dans les fontes, sentant à défaut d’odeur la dynamique du mimosa cerner la plage sans idée de piège. Les horloges dans le journal de bord avec des hanches pleines à la vie pour se tenir. Puis mon cul-nul d’enfant de six-ans demeuré dans les dunes , souviens-toi comme on lance à l’eau le bateau sans qu’il coule. Le vent porte, l’immobilité emporte, Nous hûmes , il faut s’aimer pour en remplir le sac et le mener au moulin. Tourne le sureau au fil de l’eau. Un hérisson brosse la ligne jaune pour unir le contre-sens hors du fossé. Sur les bornes l’ânée défile. La crevette grise au point de rosir l’horizon de mes lunettes quand Côtinière tu me dis que ta grandeur n’a jamais eu d’âge à cause du bénéfice de l’âme . A Chassiron entre noir-et-blanc se découpe l’Atlantique sur fond d’ô séant. Toujours une place pour nager sans bouée ailleurs qu’en baïne.
Niala-Loisoobleu – 27 Février 2021
UNE RESPIRATION PROFONDE
Je change ici de mètre pour dissiper en moi l’amertume Les choses sont comme elles sont le détail n’est pas l’important L’homme apprendra c’est sûr à faire à jamais régner le beau temps
Mais ne suis-je pas le maître de mes mots Qu’est-ce que j’attends Pour en chasser ce qui n’est pas cet immense bonheur posthume
Il fait un soleil si grand que de tous les côtés aujourd’hui Le lavis semble tout déteint dans les vents parlés d’un mah-jong Et la route n’est qu’un bourdon le ciel l’ébranlement d’un gong Il me plaît que mon vers se mette à la taille des chaises longues Et le cheval prenne ce pas où son cavalier le réduit
Il me plaît d’entendre un bras d’homme frapper sur le bois ou la pierre
Qui fabrique des pieux peut-être ou c’est quelque chose qu’il cloue
Il me plaît que le chien dans la colline aboie et que la roue Au fond du chemin bas grince et que les toits soient roux Que les serres sur les coteaux fassent poudroyer la lumière
Il y a des jarres de couleur au pied des hauts bouquets de joncs Des palissades que le jour rend aussi roses que le sol
Des demeures négligemment qui tiennent leur pin parasol Et sur la musique des murs étages do ré mi fa sol Dans le désordre végétal l’envol gris perle des pigeons
La mer la mer au loin dans les vallons où le regard s’enfonce Par les sentes là-bas vers des romans qu’on n’aura jamais lus L’automne a jalonné l’effacement des pas dans les talus Passants légers amants furtifs que rien ne dénoncera plus Une fois l’escalier de la maison recouvert par les ronces
Puis par les brumes des monts bleus que perce un regard d’éper-vier
On voit dans le feu blanc se soulever une épaule de glaces Tout au fond du paysage où la nue et la terre s’enlacent Et d’ici je contemple l’Alpc et sur mes cheveux ma main passe Car c’est la saison qu’à l’envers montre ses feuilles l’olivier
Et les platanes avec qui dans les feuilles jouent-ils aux cartes Est-ce avec vous beaux amoureux sur les bancs assis les premiers Le froid vers cinq heures qui vient fait-il moins que vous vous aimiez
De quoi peuvent bien vous parler dans l’ombre tout bas les palmiers
Et quels chiffres nous dit la vigne avec ses doigts nus qu’elle écarte
J’ai vu ce couple au déclin du jour je ne sais dans quel quartier Nous avions fait un détour au-dessus de Nice avec la voiture La ville mauve en bas allumait peu à peu ses devantures Ces enfants se tenaient par la main comme sur une peinture Histoire de les regarder je me serais arrêté volontiers
Il n’y avait dans ce spectacle rien que de très ordinaire
Ils étaient seuls ils ne se parlaient pas ne bougeaient pas rêvant
Ils écoutaient leur cœur à distance et n’allaient point au-devant
La place était vide autour d’eux il n’y remuait que le vent Et l’auto n’a pas ralenti Les phares sur les murs tournèrent
Tout le pêle-mêle de la Côte et les femmes qui parlent haut Les motos dans la rue étroite et les œillets chez les fleuristes Les postes blancs d’essence au bord des routes remplaçant les Christs
L’agence immobilière avec son triste assortiment lettriste Dans le va-et-vient le tohu-bohu le boucan le chaos
Les fruits confits et les tea-rooms les autocars les antiquaires
Des gens d’ici des gens d’ailleurs qu’escomptent-ils qu’est-ce qu’ils croient
Ces trop beaux garçons des trottoirs ont l’œil rond des oiseaux de proie
Qu’a fui ce gros homme blafard qu’il ait toujours l’air d’avoir froid
Ô modernes Robert Macaire entre Rotterdam et Le Caire
Miramars et Bellavistas ce langage au goût des putains Palais Louis Quinze Immeubles peints Balcons d’azur à colon-nettes
Beau monde où si tout est à vendre à des conditions honnêtes C’est toujours service compris pour cet univers à sonnettes Il suffit de deux enfants rencontrés et tout cela s’éteint
S’éteint s’efface et perd avec la nuit son semblant d’insolence Il ne reste à mes yeux que ce lieu banal que cette avenue Ce banc près des maisons blanches au soir tombant Deux inconnus
Il ne reste à mon cœur que l’entrelacs de ces mains ingénues
Ces deux mains nues II ne reste à ma lèvre enfin que ce silence
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