DE CE BORD-CI


DE CE BORD-CI

L’oiseau

prend l’arbre par une feuille pour la remplir à la plume

l’écorce se taille jusqu’ la mine

Le bleu-amour se prête en horizon deux-places

que la pensée garde fenêtre-ouverte

Ô fait lit

saule sincé

le mot heur ne s’est pas noyé

Niala-Loisobleu – 26 Avril 2021

LE DÉSIR DE PEINDRE


Charles Baudelaire

LE DESIR DE PEINDRE

Malheureux peut-être l’homme, mais heureux l’artiste que le désir déchire !

Je brûle de peindre celle qui m’est apparue si rarement et qui a fui si vite, comme une belle chose regrettable derrière le voyageur emporté dans la nuit. Comme il y a longtemps
déjà qu’elle a disparu !

Elle est belle, et plus que belle ; elle est surprenante. En elle le noir abonde ; et tout ce qu’elle inspire est nocturne et profond. Ses yeux sont deux antres où scintille vaguement le
mystère, et son regard illumine comme l’éclair : c’est une explosion dans les ténèbres.

Je la comparerais à un soleil noir, si l’on pouvait concevoir un astre noir versant la lumière et le bonheur. Mais elle fait plus volontiers penser à la lune, qui sans doute l’a
marquée de sa redoutable influence; non pas la lune blanche des idylles, qui ressemble à une froide mariée, mais la lune sinistre et enivrante, suspendue au fond d’une nuit
orageuse et bousculée par les nuées qui courent; non pas la lune paisible et discrète visitant le sommeil des hommes purs, mais la lune arrachée du ciel, vaincue et
révoltée, que les Sorcières thessa-liennes contraignent durement à danser sur l’herbe terrifiée !

Dans son petit front habitent la volonté tenace et l’amour de la proie. Cependant, au bas de ce visage inquiétant, où des narines mobiles aspirent l’inconnu et l’impossible,
éclate, avec une grâce inexprimable, le rire d’une grande bouche, rouge et blanche, et délicieuse, qui fait rêver au miracle d’une superbe fleur éclose dans un terrain
volcanique.

Il y a des femmes qui inspirent l’envie de les vaincre et de jouir d’elles ; mais celle-ci donne le désir de mourir lentement sous son regard.

Charles Baudelaire

HÂLTE LA !


HÂLTE LA !

Contradictoires transits des Gemeaux qui me pourrissent la vie

chacun a son contraire dans le ciel le plus clair

Seulement inutile de relayer des dissonances en usant d’actes totalement inventés

Je n’ai aucun goût pour la violence quelque soit la forme adoptée, mentir en est une à mes yeux et je dis stop aux dérives atteignant un degré discriminatoire.

Je ne peux imposer un point de vue

qu’on ne m’impose pas celui qu’on peut avoir sans fondement en m’en accusant à tort

J’ai trop de tristesse de voir à quel point l’homme va au devant de problèmes qui ne sont que de son fait, le vrai malheur peut inconsciemment générer des troubles psychiques. Il faut dans l’espoir prétendu que la tolérance soit réelle.

Je veux peindre loin des tourments du coeur

Ma peinture n’a rien de commun avec la rancoeur. Un Dimanche de Paix c’est tout ce que je vous souhaite.

Niala-Loisobleu – 25 Avril 2021

José González – Visions


José González – Visions

Visions

Des visions
Visions

Essayer de donner un sens au maintenant
Trying to make sense of the now

Essayer de donner un sens au passé
Trying to make sense of the past

Pour nous montrer comment
To show us howDes visions
Visions

Imaginer les mondes qui pourraient être
Imagining the worlds that could be

Façonner une mosaïque de destins
Shaping a mosaic of fates

Pour tous les êtres sensibles
For all sentient beingsDes visions
Visions

Cycles de croissance et de décomposition
Cycles of growth and decay

Chaînes d’événements en cascade
Cascading chains of events

Sans personne à louer ou à blâmer
With no one to praise or blameDes visions
Visions

Souffrance et douleur évitables
Avoidable suffering and pain

Nous avançons patiemment notre chemin
We are patiently inching our way

Vers des utopies inaccessibles
Toward unreachable utopiasDes visions
Visions

Asservi par les forces de la nature
Enslaved by the forces of nature

Élevé par des réplicateurs stupides
Elevated by mindless replicators

Mis au défi de diriger notre destin collectif
Challenged to steer our collective destinyDes visions
Visions

Regardez la magie de la réalité
Look at the magic of reality

En acceptant en toute honnêteté
While accepting with all honesty

Que nous ne pouvons pas savoir avec certitude ce qui va suivre
That we can’t know for sure what’s nextNon, nous ne pouvons pas savoir avec certitude ce qui va suivre
No, we can’t know for sure what’s next

Mais que nous sommes dans le même bateau
But that we’re in this together

Nous sommes ici ensemble
We are here togetherNous sommes ici ensemble
We are here together

Nous sommes ici ensemble
We are here together

Oh, nous sommes ici ensemble
Oh, we are here together

Nous sommes ici ensemble
We are here together

A TRAME DE LIN


A TRAME DE LIN

La première je m’en souviens des tendretés que ses maladresses nouaient

sous le regard et dans la voie de Louis-Michel elle ouvrait le silence dans le tremblement des bombardements de Noisy-le-Sec

Rugueuse comme un sac à patates et prête à contenir les germes ‘abondances comme de disettes

Je m’en souviens comme plus souvent un tirage des reins du cheval resté sauvage pour dépasser le labour en récolte

Des maisons il en est passé à pleins villages et assauts en gratte-ciel à bord de l’imaginaire révolutionnaire prompt à déplacer l’inerte

Au féminin majuscule le genre noble toujours

Les quatre coins du monde n’ont jamais pu casser mon double-anneau à Paname et Moëze-Oléron

arrivé là au jour d’huis c’est la boîte de couleur qui parle sans crécelle, une voix de papillon pour indiquer la direction à suivre debout, un saut périlleux dans la franchise de l’aveu, des couronnes aux Je Nous à l’arrivée, une niaque paradoxale qui renvoie les coups devant le tribunal de leur glace, une chanson en appendice au bas-du-ventre pour déglacer l’ô tel du Nord afin que l’amour ne passe pas du mauvais côté de l’atmosphère

Ah lin de nèfle…

Niala-Loisobleu – 24 Avril 2021

« PRINTEMPS »- NIALA 2021 – ACRYLIQUE S/TOILE 46X38


« PRINTEMPS »

NIALA

2021

ACRYLIQUE S/TOILE 46X38

Le sable aspergé de mimosa pointe à l’arête des tuiles en joyeux zigs-zags

des pensées fleuries sur la palette

Les arbres font cortège en jetant le rire à la poignée des branches

tête coiffée de capelines vertes

la porte a repris derrière elle les poussières des mauvais moments, les plus froids laissés en quarantaine

pour laisser à cette enfance la jouissance de son pouvoir magicien

Mont-St-Michel en relâche le temps de sa métamorphose

L’oiseau n’a pas a chercher

l’oeuf le suit où qu’il se rende

avant que l’été ramène ses moissons, la fenaison aura rebâti ses meules en bordure de chants

pour que les bateaux de papier se remettent à flots

Dans mon grenier reste de tout ce que j’ai pu semer

dans la remise l’araire est pourvu

quant au cheval il graisse la chaîne pour un autre tour de vélo…

Niala-Loisobleu – 24 Avril 2021

VISAGE DÉTENDU


VIAGE DETENDU

Le clou rouillé du chemin se rabat sous les coups du pouls joyeux

Rien ne tendra de corde au prétexte de rage, chien ne craint pas l’arbre déroute de vacances et cours à suivre un jeu avec le printemps

Tes couleurs ne sauraient pas plus mentir que ton cœur qui les choisit.

Niala-Loisobleu – 24 Avril 2021

« EN JAUGE » – NIALA 2021 – ACRYLIQUE S/TOILE 46X38


« EN JAUGE » – NIALA 2021 –

ACRYLIQUE S/TOILE 46X38

DEDANS

Porté par les fonds

Les anneaux se desserrent

La jauge bascule

Les morsures se gomment

Les étendards du quotidien ont pâli

Ma rétine s’inverse
Je dérive et je glane :

irruptions fabuleuses poumons d’images floraison de graines refusées paysages sans filiation inventaire jamais dévidé grange jamais tarie

Continents figures tribus qui me peuplent fermentent et cristallisent

Porté par les fonds
Je deviens multitudes

J’ai l’œil plus vaste que regards
Je marche plus loin que mes pas

le toucher des choses

2

Il arrive qu’à paupières closes

Je surplombe ce corps sans volume s’élevant dans l’air fertile

glissant à ras du sol dans le toucher des choses

au monde parallèle de la mort

3

D’autres fois

Toute image consommée
Toute pensée dissoute

Je cède à corps perdu

au monde parallèle de la mort

le sang stagne

4

Dans les cordages du sommeil
Je me bats en champs clos

J’esquive de tous côtés

Le gant des terreurs

me frappe au creux du ventre

Calamités et chagrin me saisissent

Le sol se fissure

Les dangers talonnent

Je lutte je tremble
Je cherche l’issue

La terre capte mes chevilles
Des nasses entravent mes genoux

Dans ma chair immobile le sang stagne

5

Parfois une lucarne injectée d’aube crible le carcan des ombres

Alors je me sais en sommeil

Je nomme « cauchemar » ce cauchemar

Adossé au pilier de la mémoire
Me retenant aux racines de l’être
J’attends l’hémisphère des jours

Je me fie au matin proche
Je patiente.

Andrée Chedid

Enfoncée plus loin que la démesure alors que je chantais sur les morceaux d’une bataille pour vivre

j’ai refusé de perdre la tête au fond du seau de l’infâme

pour lui garder sa vraie place au bord de la marque d’élan pur

Déchirant l’éau sale d’une claque sur la croupe à monter l’écume.

Niala-Loisobleu – 22 Avril 2021

GLOSE – PROSE


Norge

GLOSE – PROSE

Mon chien s’appelle Sophie et répond au nom de Bisouie. C’est plus gentil ? Et le baiser est moins solennel que la sagesse. Vous me la baille/, belle avec vos querelles de langage. Les
peintres sont voués à la couleur : les poètes se défendraient-ils d’être voués aux mots? Mais sémantique, rhétorique, vous croyez à cela. vous.
Mos-sicu ? P’têt’ ben qu’oui. Calembredaine ? Jardinier, encore un mot de germé. Bonne chance et fouette cocher ! D’accord : ça ne nourrit pas son homme… Qui mange le vent de
sa cornemuse n’a que musique en sa panse. Déjà, ce n’est pas si peu.

La vérité ne se mange pas ? La musique non plus. Mais je dis. moi. que la poésie se mange. Ici. des mots seuls on vous jacte et ce n’est pas encore poèmes : mais enfin, des
poèmes, qui sait où ça commence…

Les mots, disait Monsieur Paulhan. sont des signes, et Mallarmé, lui. que ce sont des cygnes. Ah. beaux outils, les mots sont des outils, rabot, évidoir. herminette. gouge, ciseau.
Ainsi, les formes naissent, portant la marque de l’outil et je retrouve à la statue ce joli coup de burin. Et je retrouve à la pensée ce délicat sillon du verbe. Tudieu.
quelle patine ! Quel héritage, quelle usure, quelles reliques de famille ! Quelle Jouvence et quel arroi. Des taches de sang, des coulées de verjus. Des traces de larmes : et les
sourires n’en laisseraient-ils pas ? En veux-tu de l’humain. en voilà. Ce n’est pas de petite bière (de bière, fi) mais de cuvée haute en cru. Venus de toutes parts au
monde, agiles comme des pollens. Ici. les monts de Thracc et là les rudesses picardes : et là le miel attique et l’Orient avec ses sucs. Des graillons, des flexions, des marées,
puis un petit vent coulis, un soudain carillon de voyelles. Boissy d’An-glas. Quant au tudesque. zoui pour le bouffre mol : lansquenet (toujours hérissés ces tudesques) qui fait la
pige au mot azur. Mais en français, d’expression, pas trop n’en faut. Subtil ! Holà, germain, hors je te boute en ta grimace. D’expression, oui-dà. mais de race. Et de
décence. En tapinois quand il sied, mais en grande clarté si c’est l’heure. J’y reviens, mon frère qui respires, as-tu déjà pensé au spacieux mot : azur?

Ainsi les mots naissent, les mots durent, les mots se fanent et reverdissent. Des moissons, des vendanges, des forêts, des familles, des nids de mésanges et des couvées de
minéraux. Fluide, flot, flamme, fleur, flou, flèche, flûte, flexible, flatteur… vous entendez ces allusions, vous reconnaissez cette lignée. Mais le génie
français est réservé : il caresse l’harmonie imitative. Mais il décrit un chien sans marcher à quatre pattes.

Et tu voudrais que ça ne bouge pas. les mots, alors que tout bouge, on le sait (par un cuisant savoir). Chausse un peu tes besicles, professeur, et dis-moi ? Il répond que le mot est
le serviteur de l’idée. Bon. mais voyez-vous ce maire du palais qui guette le pouvoir?

O français, mon amour, terreau de notre terre, il fait bon le respirer et voir monter tes jeunes pousses. Le sécateur du bon jardinier menace les branches folles et rien pourtant
n’est mystérieux comme un jardin à la française.

Ah. ce jourd’hui si nous quittions la noble allée pour vaguer au bois-joli ? Plonge un peu ton gourdin dans une fourmilière. Quel cafouillis. quelle panique ! Tant pis. l’ordre
viendra plus tard et si nous repassons dans une miette de temps, nous verrons l’insecte acide qui refait des sentiers nouveaux et porte sur l’épaule ces gros sacs de farine. Dis, quel
navire est arrivé ?

De toute cette fièvre, tirons le mot «bélître». Moi. je vois un gros méchant mou du genre soudard, du genre bouffre de bouffre, aurait dit mon Jarry. et
coitlë d’un casque de zinc, une espèce de quintuple pinte renversée. Le beau chapeau bulbeux. Bé… car on convient qu’il est bête (comme Bécassine) et qu’il baye.
A quoi bayerait-on sinon aux corneilles ?

Bien vétilleux ceci. Il faut l’être si l’on veut faire mouche. Truisme. Truisme, entrée de Monsieur de la Palisse. Mort. Monsieur de la Palisse? Bernique. Pantois? Point
davantage. Il est éternel. Et si tu tentes de trucider Monsieur de la Palisse, c’est toi qui restes niquedouille. Bonne Vierge, le printemps, c’est la Palisse lui-même. Et vlan, v’ia
l’printemps ! Allons-nous lui chercher noise ? 11 cache l’été sous ses guimpes. Puis, c’est toujours le grand Temps moissonneur qui passe avec sa justicière. tranchant du baroque
à lame riante comme d’autres feraient ici où les mots sont éclos sous des couvées joyeuses. Ecoutez ces rondes enfantines : le langage s’y fait «petit jeune» comme
les chiots de ma chienne :

Peiit’ Poulotte a v’nu glissou Ses peiiis pieds parmi les mious S os petits pieds se sont mêlous Elle a pris les miens pour les sious. Allons, belle, remettez-vous. Reconnaisse: vos petits
g’noux.

Ou encore :

A dibedi.

Ma crochiribidi

A siripchou

Califtcatchou

A dibedi.

Vous êtes un fou.

Vous plaît-il mieux de puiser à de savantes cornues? Celles de Monsieur Léon-Paul Fargue ont de douces chansons pour les chats :

Il est une bebête,

Ti li petit nenfant

Tir élan

C’est une byronnette

La teste à sa maman

Tire/an

Le petit Tinan faon C’est un ti banc-blanc Un petit potasson ? C’est mon goret C’est mon pourçon Mon petit potasson

Il saut ‘ sur la fenêtre Et groume du museau Pasqu’il voit sur la crête S’amuser les oiseaux

Les savantasses expliqueront pourquoi. Mais le langage enfançon vient de loin. Connaissez-vous le capitaine Las-phrise ? Non ? Messire Marc de Papillon, cadet de Vaubc-rault
«combattant, composant au milieu des alarmes» ? Non ? Un paladin du XVIe siècle et qui. sous Henri III. bouta le Huguenot à travers Touraine. Angoumois. Sain-tonge, Poitou.
Normandie. Dauphiné. Gascogne, grand bonhomme de guerre et grand caresseur de fillettes. Or. le voici, son langage enfançon :

Hé mé, mé, mine-moi, mine-moi, ma pouponne

Cependant que papa s’en est allé aux champs ;

Il ne le soza pas. il a mené ses gens.

Mine-moi donc. Minou. puisqu’il n’y a personne.

Ayant flayé l’œillet de ta lève bessonne. Je me veux regadé en tes beaux yeux luysans. Car ce sont les misoirs des Amouseux en/ans ; Après, je modesay ta gorge, ma
menonne.

Si tu n ‘accode à moi lefolâte gacon.

Guésissant mon bobo, agadé tu es sotte ;

Car l’amour se fait mieux en langage enfançon.

Oui. certes. Les mots-colifichets, et les mots de haute lice, les mots-jabots, mais les mots-éventails, les mots-diamants, les mois-sang, les mots-sève, les mots porteurs de
vérités françaises.

Péguy les connaissait, ces mots bien équarris. ces brebis de pierre blanche et tondus comme il faut de quoi l’on fait de bonne ogive et de robuste contrefort, pourvu que le berger
soit juste :

Et ce n’est pas des bras pleins de dictionnaires

Qui rameront pour nous sur nos derniers trois-mâts.

Et ce n ‘est pas des jeux pleins de fonctionnaires

Qui nous réchaufferont dans ces derniers frimas.

Qu’ai-je encore d’écrit sur mon pense-bete ? « Les mots vont plus loin que la pensée», disait Fargue. Quand le sentiment les suit à pas de loup. Les mots seraient peu
s’ils ne faisaient l’amour. Que l’aède ici besogne. En cite-rai-je ? Mais vous les connaissez, ces mots qui sont de grands amoureux, ces mots séducteurs de mots et qui font de
ravissantes conquêtes. Les souvenirs sont cors de chasse. La fille de Minos et de Parsiphaé. Poissons de la mélancolie. Sur le Noël, morte saison que les loups se vivent de
vent. Le prince d’Aquitaine à la tour abolie.

Et toi. le dur de comprenure. tu sais bien que ma recherche est l’homme. Le voici, traque de mots, charmé de phrases, lourd et séduit de son fardeau de mots, cor.imt ceux-là qui
revenaient de la Terre Promise portant à bâton d’épaules une grappe géante. Le poids de la soif et celui de la beauté. J’en dis trop et j’en dis trop peu. Car tous ces
faiseurs de mots étaient des faiseurs de beautés. Ils faisaient d’abord l’outil. L’outil passe de main en main, se polit, s’arrondit, se patine, s’humanise, se charge de magies.
Sésame, ouvre-toi. De l’or bouillant ! Où sont les poltrons qui n’osent pas plonger leurs bras dans cette cuvée ? De joie. On pensait que j’allais donner un petit cours sur les
insectes, sur la botanique. Non. mon herbier, c’est pour la joie. Et mieux encore, les libellules en plein vent, bien zézayantes, bien dévoreuses.

Mettez un peu d’ordre dans vos idées, insiste un aimable magister. Je veux bien, mais sur quelles mesures ? Et pour habiller qui. ce vêtement d’idées? Des idées, les mots
n’en ont pas tant. Les mots qui ont des idées sont des mots de cuistres. Ou plutôt, les idées, ça leur vient comme au pommier la pomme, comme à la fille le bes-son. Les
aventures du langage. Honneur de l’homme, honneur de l’homme et mille grâces.

Qui les fait ? Oh. pas les escogriffes à la mislenflute qui les mettent à coucher dans des lexiques. Sinon, c’est aussi les herbiers qui feraient la rose ou l’ancolie. la sauge, le
fenouil et la feuille de platane, sève et parfum compris.

Ils sont comme les enfants, les mots : ils ont besoin de jouer quand ils sont jeunes. Villon, beau charmeur de vocables verveux, leur laissait la bride sur le cou. Leur plaisait-il de
jargonner. de parler coquillard ?

Joncheurs, jonchons en joncherie

Rebignez bien où joncherez.

Qu ‘Ostac n ’embroue votre arrerie

Où accolés sont vos aisnez.

Poussez de la quille el brouez

Car si tosl seriez roupieux.

Ferons-nous pas confiance au loyal écolier tout cousu de cicatrices et qui avait le goût des évidences : Je congnois bien mouches en lait, je congnois au pommier la pomme, je
congnois tout fors que moi-même. Sagesse toute veloutée de moelle, fontaine de miel où ferait bien de se pencher la soif de nos squelettes à stylos. Mais de tels vignerons
la race serait éteinte ? Voire. Queneau Raymond est bien de la famille :

les eaux bruns, les eaux noirs, les eaux de merveille les eaux de mer, d’océan, les eaux d’étincelles nui lent le jour, jurent la nuit chants de dimanche à samedi

les yeux vertes, les yeux bleues, les yeux de succelle les yeux de passante au cours de la vie les yeux noires, yeux d’estanchelle silencent les mots, ouatent le bruit

eau de ces yeux penché sur tout miroir

gouttes secrets au bord des veilles

tout miroir, toute veille en ces ziaux bleues ou vertes

les ziaux bruns, les ziaux noirs, les ziaux de merveille.

Pensez-vous que c’est avaler des couleuvres? Pitié, alors : c’est que Polymnie ne vous a point souri.

Mais retournons à nos moutons. Connaissez-vous le répertoire des livres de Saint-Victor dont Pantagruel découvrit la librayrie en Paris dès sa venue :

Le Maschefain des advocats.

Le Clacquedent des maroufles.

La Cahourne des briffaulx.

La Barboltine des niarmiteux.

La Martingalle des fianteurs.

Le Limasson des ri masseurs.

Le Ramoneur d’astrologie.

Et ceci est d’importance, puisque l’inscription sur la grand’Porte de Thélème :

Cy n ‘entrez pas. vous rassotez mastins

Soirs ni matins vieulx chagrins et ialotix…

Cy n ‘entrez pas. hypocrites, higotz.

Vieulx matagotz. marmiteux boursouflez…

Cy n’entrez pas avalleurs defrimars…

Puis, prenant en croupe ceux que le curé de Meudon délecte, ricochons vers Monsieur Epiphane Sidredoulx. Président de l’Académie de Sotteville-lès-Rouen. Correspondant
de toutes les Sociétés savantes et autres, et dont l’honneur fut de dépoussiérer, en l’an 1878. cette précieuse « Friquassée Crotestyllonnée des antiques
modernes chansons, et menu Fretel des petits enfants de Rouen remis en beau désordre par une herchclce des plus mémoriaux et ingénieux cerveaux de nostre année 1552.»
O, ouez :

Mon coutel s’en vient pleurant

Il a seruy ung gros truand

A liau. à liau. à liau

Pinche me lingue

De toc et de lepingue

Ri ri bouillette

Au port morin laisse may dormir

Il est temps de laver nos escuelles.

A la bouille bouille caudière. Dans la danse desfoureux. Il n ‘est d’âme que nous deux.

Piaille, moineau, tu es englué. Et raison, dit Janotus. nous n’en usons point céans (Rabelais). Ah ! toute une géniture de bon sang français et Molière est de
connivence… j’aime mieux ma mie. o gué. Sais-tu maraud que ta bique va braire si tu lui bailles des «céréales» au lieu de picotin.

Vielleux, vielleux, veux-tu du pain ?

Nanny Madam’ je n’ai point faim.

Mais vous avez qui vaut bien mieux

Ma guiante. guienne. guioly dame.

Vielleux, vielleux, veux-ty du lard ‘.’

Nanny, Madame, il est trop char…

Ayons encore sol en sébile et fiferlins aussi. Et qui mieux est : verjus en cave. De bonne coulée, bénéfique aux cœurs.

« Le drame des mots, me confiait un farfelu de mécanique, c’est de n’être pas bons à tout ; on ne sait jamais où il faut mettre cette vermine. Les chiffres, eux,
veulent tojours dire la même chose. Pas de surprise. Tandis qu’avec les mots, il faut s’attendre sans cesse à des miracles. »

Mon petit doigt me l’a dit, ces miracles-là ont l’humeur capricieuse. C’est comme l’esprit qui souffle où il veut. Quand il souffle du côté d’Henri Michaux, ce n’est pas
pour gonfler la vessie d’un rassoté. mais pour dire les choses : les vivaces, les tortueuses, les véridiques. L’Ennemi n’a qu’à bien se tenir :

Il l’emparouille et l’endosque contre terre;

Il le rague et le roupète jusqu’à son drâle;

Il le pralèle et le libucque et lui bonifie les ouillais

Il le tocarde et le marmine.

Le manage râpe à ri et reipe à. ra.

Enfin il l’écorcobalise.

L’autre hésite, s’espudrine, se délaisse, se torse et se

ruine.

C’en sera bientôt fini de lui.

Laissons ainsi pour mort cet «emparouillé». Que ne t’assommc-je. Mère Ubu. proférait un grand de la terre. La musique des sphères nous joue d’un autre flageolet.
Après riposte et coups fourrés tirés de part et d’autre, où les victimes criaient comme des cabestans, diverses voix se décèlent. Maintes se baignent dans leur
auge. Mais ceci n’est le fait que de haut allemand et le langage françois garde toujours sa fleur de modestie et même en la ripaille.

Qui donc se court sur l’haricot dans cette équipée ? Queneau. Michaux. Rabelais. Merlin Coccaie certes. El Bruscambille et Tabarin. Turlupin. Jarry, Coquillan. Vadé. fameux
boisseau de puces et n’est d’étoile fixe qui ne se gratterait si on le déversait sur son pelage. Foin, je suis fâché d’en avoir si peu dit. Galimatias fut langue de ces
prolifiques, galimatias et charabias. Regardez avec nous ces vocables monocellulaircs qui abordent lentement sur la berge. Espèces de méduses, espèces d’ammonites, espèces
de moignons, espèces de rauques interjections, espèce d’aboi, de cri, de geste, espèce de mot. Le mot oui et le mot non, c’est déjà la conscience. Et Mes-sire,
aujourd’hui en avez-vous tant que vos belles machines volantes ne servent à vous estourbir la figure? La conscience, ça monte et ça descend comme ludions en bouteille. Silence,
l’heure est venue d’être grave ? Dame oui, on sait qu’il y a du malheur dans la famille. Mais qu’entre deux coups du sort il soit permis de rire, n’est-ce pas d’humaine condition
l’honneur? Trêve d’encyclique et revenons au débat.

Du crâne qui crugit lorsque le vent souffle, suinte mélancolicoliquement le croupissant cresson qui sort de ses orbites (Queneau). Qui rechigne ? Qui n’aime pah les Zavanthures du
lent gage? Toi. Gall…

Gall. amant de la reine, alla, tour magnanime,

Gallamment de l’arène à la tour Magne à Nîmes.

Quel heureux siècle, suggérait Bruscambille. qui avait grand besoin de me rencontrer et moi de le trouver. Or, sus. fonçons. Messieurs, il y en a beaucoup en cette compagnie qui
portent une tête sur leurs épaules sans savoir ce qui est dedans. Vous ? Oui-déa. moi ilou. Si vous m’entendez bien, c’est que je parle français et si la lune est rousse, il
faut quérir le teinturier

Un enfant a dit

Je sais des poèmes

Un enfant a dit

Chsais des poésies

Un enfant a dit

Mon cœur est plein d’elles…

Propos tout saupoudrés de poudre d’escampette – et le poète a pris la fuite. Pas tant qu’il y paraît. Mais il donne une chandelle à Dieu, une autre au Diable. Pour
diablificr à l’enfantine, au fou, à l’espiègle, au mystique, au philosophe qui sont choses proches et consanguines. Ai-je assez loué les comptines :

Quand j’eus fi mon moulin

Si fi si fa si fin

A rec ses quatre-z-ailes

J’alli trover la mer

Pour qu’ell’ m’donnil du vent

Ell’ m’en donna d’si grand qu’il mit l’molin par terre. Avec ses quatre-z-ailes.

Corbleu cette mer qui donne ainsi du vent à qui en veut, ça vous a une allure. O vertes verves !

Argot des champs ou de la Roquette, celui de la Guyane avec son odeur de poivre, fleurs de pouille, orchidées d’eau douce, flûteaux de bergers, racines de Racine. Cela vaut bien le
baiser que je vous envoie.

Géo Norge

LONG BER


LONG BER

au vent flottent des fanions de casiers en attente sur le quai

les mouettes se foutent du temps qu’il fait

que t’ai l’haleine de cow-boy ou les faux-galons d’un marin d’eau douce, elles tournent comme qui sait que la vie est un manège

au moins elles se font pas l’amer à boire pour la comédie

au Bar de la Marine c’est pas la même histoire

moi j’ai désuspendus des jardins

un sacré Babylone qu’est foutu son camp

pourquoi quand mon Capitaine passe comme une diarrhée sur les Anglos-Normandes je sais qu’on vient de clouer un ex-voto de plus

sers-m’en un autre, j’ai froid dans l’do et faut que la musique chauffe…

Niala-Loisobleu – 20 Avril 2021