QUELS APRES PAR ANDRE BRETON



QUELS APRES PAR ANDRE BRETON



Les armoires bombées de la campagne

Glissent silencieusement sur les rails de lait

C’est l’heure où les filles soulevées par le flot de la nuit

qui roule des carlines
Se raidissent contre la morsure de l’hermine
Dont le cri
Va mouler les pointes de leur gorge

Les événements d’un autre ordre sont

absolument dépourvus d’intérêt

Ne me parlez pas de ce papier mural à

décor de ronces
Qui n’a rien de plus pressé
Que de se lacérer lui-même

Les flammes noires luttent dans la grille avec des

langues d’herbe
Un galop lointain
C’est la charge souterraine sonnée dans le bois de

violette et dans le buis
Toute la chambre se renverse

Le splendide alignement des mesures d’étain s’épuise en une seule qui par surcroît est le vin gris

La cuisse toujours trop tôt dépêchée sur le tableau de craie dans la tourmente de jour

Les gisements d’hommes les lacs de

murmures

La pensée tirant sur son collier de vieilles

niches

Qu’on me laisse une fois pour toutes avec

cela

Les diables-mouches voient dans ces ongles
Les pépins du quartier de pomme de la rosée
Ramené du fond de la vie

Le corps tout en poissons surgit du filet ruisselant
Dans la brousse
De l’air autour du lit

L’argus de la dérive chère les yeux fixes mi-ouverts mi-clos


André Breton
Poitiers, 9 mai 1940.

LES Z’ARTS DE L’AUBE


LES Z’ARTS DE L’AUBE

Dans l’accroche du lierre la bête primitive tombe du masque toute idée stagnante

c’est grouillant en pensées comme en gestes

Dans l’atelier

une toile est déjà prête à opérer

J’irai chercher l’Homme où tout voile sa face

pour le rendre à la nature primordiale de l’Homme et de la FEMME

comme il n’existe pas de paroi

entre les peaux du battement des coeurs

Dressée la bête court au plafond sans perdre l’adhérence

Vois-tu des mains comme à dessein j’ai les yeux de couleurs arc-en-ciel sur tes positions consentantes et la cadence de ce battement de pied qui m’apporte l’inspiration hétérogène

Une nudité pure qui fait fuir les gens d’armes comme les voyeurs au moment où le lézard cédant la place, dévoile mon genre présentant les armes au premier soleil dans un rite intégral.

Niala-Loisobleu – 26 Juin 2021

« LEUR JARDIN » – NIALA 2021 – ACRYLIQUE S/TOILE 60X60


« LEUR JARDIN »

NIALA

2021

ACRYLIQUE S/TOILE 60X60

LES COMPAGNONS DANS LE JARDIN

L’homme n’est qu’une fleur de l’air tenue par la terre, maudite par les astres, respirée par la mort; le souffle et l’ombre de cette coalition, certaines fou, le
surélèvent.

Notre amitié est le nuage blanc préféré du soleil.

Notre amitié est une écorce libre. Elle ne se détache pas des prouesses de notre cœur.

Où l’esprit ne déracine plus mais replante et soigne, je nais. Où commence l’enfance du peuple, j’aime.

xxe siècle : l’homme fut au plus bas. Les femmes s’éclairaient et se déplaçaient vite, sur un surplomb où seuls nos yeux avaient accès.

À une rose je me lie.

Nous sommes ingouvernables. Le seul maître qui nous soit propice, c’est l’Éclair, qui tantôt nous illumine et tantôt nous pourfend.

Éclair et rose, en nous, dans leur fugacité, pour nous accomplir, s’ajoutent.

Je suis d’herbe dans ta main, ma pyramide adolescente. Je t’aime sur tes mille fleurs refermées.

Prête au bourgeon, en lui laissant l’avenir, tout l’éclat de la fleur profonde. Ton dur second regard le peut. De la sorte, le gel ne le détruira pas.

Ne permettons pas qu’on nous enlève la part de la nature que nous renfermons. N’en perdons pas une éta-mine, n’en cédons pas un gravier d’eau.

Après le départ des moissonneurs, sur les plateaux de l’Ile-de-France, ce menu silex taillé qui sort de terre, à peine dans notre main, fait surgir de notre mémoire un
noyau équivalent, noyau d’une aurore dont nous ne verrons pas, croyons-nous, l’altération ni la fin; seulement la rougeur sublime et le visage levé.

Leur crime : un enragé vouloir de nous apprendre à mépriser les dieux que nous avons en nous.

Ce sont les pessimistes que l’avenir élève. Ils voient de leur vivant l’objet de leur appréhension se réaliser. Pourtant la grappe, qui a suivi la moisson, au-dessus de son
cep, boucle; et les enfants des saisons, qui ne sont pas selon l’ordinaire réunis, au plus vite affermissent le sable au bord de la vague. Cela, les pessimistes le perçoivent
aussi.

Ah! le pouvoir de se lever autrement.

Dites, ce que nous sommes nous fera jaillir en bouquet?

Un poète doit laisser des traces de son passage, non des preuves. Seules les traces font rêver.

Vivre, c’est s’obstiner à achever un souvenir? Mourir, c’est devenir, mais nulle part, vivant?

Le réel quelquefois désaltère l’espérance. C’est pourquoi, contre toute attente, l’espérance survit.

Toucher de son ombre un fumier, tant notre flanc renferme de maux et notre cœur de pensées folles, se peut; mais avoir en soi un sacré.

Lorsque je rêve et que j’avance, lorsque je retiens l’ineffable, m’éveillant, je suis à genoux.

L’Histoire n’est que le revers de la tenue des maîtres. Aussi une terre d’effroi où chasse le lycaon et que racle la vipère. La détresse est dans le regard des
sociétés humaines et du Temps, avec des victoires qui montent.

Luire et s’élancer – prompt couteau, lente étoile.

Dans l’éclatement de l’univers que nous éprouvons, prodige! les morceaux qui s’abattent sont vivants.

Ma toute terre, comme un oiseau changé en fruit dans un arbre éternel, je suis à toi.

Ce que vos hivers nous demandent, c’est d’enlever-dans les airs ce qui ne serait sans cela que limaille et souffre-douleur. Ce que vos hivers nous demandent, c’est de préluder pour vous
à la saveur : une saveur égale à celle que chante sous sa rondeur ailée la civilisation du fruit.

Ce qui me console, lorsque je serai mort, c’est que je serai là — disloqué, hideux — pour me voir poème.

Il ne faut pas que ma lyre me devine, que mon vers se trouve ce que j’aurais pu écrire.

Le merveilleux chez cet être : toute source, en lui, donne le jour à un ruisseau. Avec le moindre de ses dons descend une averse de colombes.

Dans nos jardins se préparent des forêts.

Les oiseaux libres ne souffrent pas qu’on les regarde. Demeurons obscurs, renonçons à nous, près d’eux.

O survie encore, toujours meilleure!

René Char

TERRE NOYEE DE SECHERESSE


TERRE NOYEE DE SECHERESSE

Dans l’attrait activé par cette nouvelle médiocrité que sont les influenceurs, l’étouffoir des compétences augmente son poids

Extrémisme d’une bêtise savamment cultivée qui peut conduire de l’anodin stupide et inculte au fascisme brûleur de livres et puis d’hommes

Je vomis pour me laver les tripes afin de garder ce que j’ai appris de la non-influence du savoir

Seul le laid fait étalage

La prétention ayant juste l’ignorance pour diplôme

Flore

beauté sauvage

humilité de la rosée que la pâquerette pointe au matin

les serres industrielles de Hollande et d’ailleurs atterrissent chaque jour sur ton ventre pour livrer leur absence de senteur

Perdre le discernement au profit de l’applaudissement systématique est la pire injure qu’un artiste rencontre, c’est faire affront à l’ART qui dénonce l’obscurantisme..

Niala-Loisobleu – 24 Juin 2021

« FLORE » NIALA 2021 – ACRYLIQUE S/TOILE 65X54


« FLORE »

NIALA

2021

ACRYLIQUE S/TOILE 65X54

A Flore

Statue !
les orties se font douces
à l’ombre de tes mains.

Une sève à tes pieds
monte à pas de glycine
et ne s’ouvre que mûre
à hauteur de tes lèvres.

Le ciseau qui te fit
n’alla pas jusqu’à l’âme
tant le roc était dur.

Rien n’étonne tes yeux :
ni un vol d’anémones
ni mon rêve amoureux.

Philippe Martineau

A Barbara

Native du soleil

montée à bord de l »oiseau trouvant l’altitude

le vase de ton aisselle rassemble les parfums d’essences florales mêlés aux menthes enivrantes

d’un regard qui parle

et

se montre sans dire un maux.

Niala-Loisobleu

23 Juin 2021

« CE MATIN BLEU DE ROSE » – NIALA 2021 – ACRYLIQUE S/TOILE 55X46


« CE MATIN BLEU DE ROSE »

NIALA

2021

ACRYLIQUE S/TOILE 55X46

Rose

Aux dégâts de ses pétales dispersées par des pluies d’orages vengeurs

elle se tient les yeux au seul mouvement de vie qui vaille d’espérer

Les bras dans le geste du ballet d’expression-corporelle

Rose la danseuse qui étoile d’amour humble, se penche en diagonale sur l’horizon

seins à la verticale du battement perpétuel

L’horreur n’est pas dissimulable l’homme a fait de la fleur du monde sa décharge sauvage en fuyant toute responsabilité dans tous les domaines

Rose doit-elle se sacrifier comme un quelconque dogme l’amènerait à se fustiger pour pouvoir continuer son massacre sans le moindre scrupule ?

Non l’amour doit demeurer nu et ne doit surtout pas se vêtir de la fourberie des prédicateurs

Rose tient son bouton sur la branche qui n’a pas été cassée par le vent mauvais

Rose est bleue comme un rêve que la lucidité garde pour tenir la vie debout

Rose que ses tâches de rousses heurs alambiquent

un assemblage de fragrances magique.

Niala-Loisobleu – 22 Juin 2021

LE TEMPS MOUVANT


LE TEMPS MOUVANT

Fleur en papier froissé le ciel erre du sourire aux larmes

Arrosant le plomb intérieur par le dehors

Pauvres pâquerettes cherchant dans le naufrage de la pelouse, la marguerite qui leur offrirait la tige où se tenir

Passe l’une après l’autre des tuiles à travers l’air

Dangereux projectiles de grêle contre lesquels les toits ont du mal à tenir et mettent les arbres et les vignes au hachoir d’une soupe pour la grimace

Dans l’orage l’éclair fantasmant se prend pour une hirondelle en atterrissant sur le fil que la cigogne a libéré prudemment

Césure plus que de l’ombre dans la lumière du messager

Folie en ru qui déborde ici et assèche à côté

Pour combien de tant la terre demeure habitable ?

je m’accroche à tes formes, d’une peinture sereine douce herbacée.

Niala-Loisobleu – 22 Juin 2021

AUX CLAIES


AUX CLAIES

L’énigme ouverte

le grain donne du fruit

par l’interstice avancé

Quelques pas se projettent à l’écart du mur

Ces troncs fécondent en corps de quoi cueillir la haute-vague de l’enfilade

et sur la table le miroir te montre à l’image de la toile avenir.

Niala-Loisobleu – 21 Juin 2021

GARE-CENTRALE


GARE-CENTRALE

Du triage l’aiguilleur assemble le départ du voyage

tampons en traverses

boogie-woogie en transes le long des hanches

Pas de marchandises que des wagons-couchettes à couloir de l’amor

Sur le porte-bagage les fesses aux pédales traversent les pas perdus

et frauduleuses consignes

pour redonner aux meuhs le mouvement du passage librement amoureux

pis allées et venues

Sur la locomotive l’oiseau siffle comme un merle perché aux cerises

du wagon-bar on amène le rafraîchissement d’un changement profilé malgré l’abstention marquée

Sur la plage désabusés les lâches du civisme jouent à qui perd gagne la claque méritée sur le pif

Nous debout, le cheval sort le petit corbillard de la condamnation royale

La France ne marchera jamais au pas du con finement en embuscade.

Niala-Loisobleu – 21 Juin 2021

« DEMAINS BLEUS » – NIALA 2021 – ACRYLIQUE S/ TOILE 60X60


« DEMAINS BLEUS »

NIALA

2021

ACRYLIQUE S/ TOILE 60X60

LE RÊVEUR

Le rêveur ne vit pas réellement, il déambule

D’une pensée à l’autre, il erre sur cette terre

Remplie de chaos et de champs fleuris, il erre…

Tel un pauvre hère qui de sa songeuse bulle

Pourfend et poursuit sans trêve rêves et malandrins…

Il ne ressemble à personne, ni roi, ni prince ou mandarin…

Il rêve…

D’un amour inaccessible il fait la quête…

Et d’un pas alerte, il poursuit d’une chimère l’enquête…

Il rêve…

Il a vu tant de mondes, tant d’étoiles, tant de temps…

Galaxies éphémères qui ne durent qu’un battement de cœur…

D’un souffle d ‘été… et pourtant…

Il rêve de son âme sœur qui lui a ravit le cœur…

Couverts de Bleus nuits, bleus sur le cœur, bleus azurés…

Regarde-le, Toi, qui l’envie ; Toi, dont je parle… Sois-en assuré…

Il respire à peine, il halète, il suffoque, il se meurt…

De cette semence d’espoir naît un bourgeon duveteux…

Devine-le, respire-le, caresse-le… il n’est plus comme eux…

Il porte création et demain…

Il te fait signe des deux mains…

Rejoins-le, Lui, qui rêve au fond de Toi…

Lui qui ne demande qu’un Toit…

Lui qui fonde Tout sur un rêve

Inachevé, à construire et à imaginer sous peine qu’il ne crève…

Te sens-tu vivre enfin ?

Mords dans cette vie à pleine bouche à pleines mains…

Il est si difficile de dire «  » Je t’aime «  »…

Il est si difficile de vivre «  » Je t’aime «  »…

Il rêve… Fais-en sorte qu’il Rêve…

If Yves !

Yves Wauthier