La vérité du drame est dans ce pur espace qui règne entre la stance heureuse et l'abîme qu'elle côtoie : cet inapaisement total, ou cette ambiguïté suprême. Saint-john Perse
La cascade des plantes se déversant sur les murailles C’est l’unique eau libre qui gronde dans le silenc
Puis la terre aussi
tire à elle le ciel et s’en couvre
pour chasser la solitude
Je connais une seule main
capable de dessiner les arbres avec leur bruissement
Mais regardez-les donc
C’est un vent particulier
qui remue chaque arbre
Désignez les planches
Désignez-les en brandissant vos entraves
dans la lumière qui ne trahit pas
Un oiseau traversera devant vous
que les arbres seuls ont prévu
Plantes qui s’étendent et couvrent tout comme l’oubli s’abattant sur la mémoire
Je crois toujours le lierre
n’a d’autre souci que le labyrinthe
Ne t’appuie pas sur l’air
ni sur moi. ô nénuphar
mais sur ce qui fera de toi le feu de l’eau
L’eau n’est-elle pas ton trône ?
Main jouant le vide et la couleur Main jouée par le vide et la couleur suivant le penchant des plantes Main blessant et cicatrisant apportant la preuve du paradis
Sans pluie ni vent et bien évidemment sans soleil, le temps est planté. Des enfants font du vélo, cinq adultes de passage se promènent sur la Chaume. Dans ma tête mes papillons jouent tranquillement, sans que je sois gêner pour peindre. C’est rose d’ailleurs ce que je fais. Une femme nue promène ses seins , c’est pas atteint sauf d’une forme de bonheur. C’est pareil qu’un bouquet qu’on a envie d’offrir sans que ce soit un jour retenu par le commerce.
Du fond de la gorge comme le fleuve se tient le souffle qui veille à rouler matière à
Là c’est Lisbonne ou Porto
Comme j’ai souvenir de la présence des rails des anciens tramways ça pourrait-être aussi bien Paris
Par exemple la traversée du quai au bout du Pont-Royal, au pied du mur des Tuileries, endroit précis où mon père fut renversé par une voiture. La mémoire est ordonnée. Elle range par genre de catégorie. Là ce souvenir il est dans la salle des Pas Perdus de mon cerveau. En sortant, un grand aiguillage charrie ses wagons de marchandises.
Le jeu, le rire, l’aventure, la peur, le courage, les premiers signes du corps qu’une petite gueule de printemps roulait au dessus de son cerceau sous l’oeil d’une érotique dame de Maillol. Puis les signes de l’Art, à monter découvrir une manifestation de la Beauté par le grand escalier du Louvre. On aurait pas pu penser qu’une pyramide viendrait devant les Guichets, l’Egypte est tellement présente à l’intérieur. Un instant je me dis que les forts des Halles auraient pas loupé d’une réplique de titi en voyant ce tas de verre venu
trouer le sol. Mais c’est aussi et d’abord ça l’art. Faut que ça perce…
Un panaché de ciel fait qu’entre deux averses il fait plus clair sans qu’on puisse se lancer à dire que c’est soleil. Une seule manière pour l’avoir, se le foutre dans le caleçon pour l’avoir alimenté par le coeur. Moi c’est mon baladeur que Marthe m’a donné un jour, il y a longtemps. Elle avait été le ramasser dans les tranchées d’une haine juste après la musique du clairon d’armistice.
Ma petite fleur de ce matin j’ai commencé à la peindre, il était très tôt, personne l’aurait vu tellement la nuit tenait le terrain. Je me souviens qu’à son pied la terre palpitait comme le dessous intérieur des cuisses, à la naissance du monde, dans la longue touffe où se sont réfugiées les mille-et-une nuits. Mon pouls d’enfant est pris sur la palette. Le couteau broie et mélange, ça me grimpe au nez, je deviens autre, plus aérien, , ça monte, c’est bleu, rond et souple, plein de fruits, j’y cours…
Emmène-moi Loin de cette ville que je connais par cœur Emmène-moi En plein hiver dans le port de Honfleur Et tu seras Mon refuge où que nous allionsEmmène-moi Voir le Japon, ses cerisiers en fleurs Emmène-moi Écouter les sirènes envoûter les pêcheurs Et tu seras Mon refuge où que nous allionsEmmène-moi Embrasse-moi à l’ombre des pommiers Ce sera dimanche tous les jours de l’année Hey, hey, heyEmmène-moi Dans des forêts sombres où nous nous perdrons Emmène-moi Voir les pyramides, saluer les pharaons Et tu seras Mon refuge où que nous allionsEmmène-moi Embrasse-moi à l’ombre des pommiers Ce sera dimanche tous les jours de l’année Hey, hey, heyEt tu seras Mon refuge où que nous allions Faut dire qu’avant toi (avant toi) Jamais je n’ai eu de maisonOui, et tu seras Mon refuge où que nous allions Allez, emmène-moi Emmène-moi Emmène-moi
A l’aide de sa croix du bûcheron, l’oeil honnête ne triche pas avec la taille de l’arbre. Il en mesure tout jusqu’à la racine
L’intérieur se montre, révélant pièce par pièce, avant de laisser la saveur du fruit, l’élégance des fleurs en boutons, le feuillu couvrant le double-sexe, l’écorce et ses initiales au coeur de couteau, dire dans leur propre-langage la portée de la nidification de l’oiseau
Les humeurs de lointains passages brusques
La tronçonneuse de brigands oiseleurs ravaudeurs de glu
La nuit de noces fusillée contre le tronc dans la guerre froide des culs-tournés
Cette incongrue élaboration de fausse compréhension mettant au monde ses parasites nuisibles qui minent l’écorce protectrice pendant que le papillon soyeux est à terme dans sa chrysalide au rempart de la branche
Viennent aux lèvres du touché en contrition déclarée pour faire place aux poussées neuves de ramure.
Comme il est appelé au soir en un lieu tel que les portes battant sans fin facilitent ou dénouent le tête-à-tête
hors de la crypte forestière il la traîne au grand jour, ou plutôt il lui parle
il la dénude parmi les rafales de vent
ou plutôt il commence à se taire
avec une telle fureur dans les rayons
ae la lumière verticale
une lelle émission de silence comme un jet de sang
qu’elle se montre nue dans sa parole même et c’est un corps de femme qui se fend
Par une allée d’iris et de boue écarlate descendant à la fontaine la tarir…
mais toute l’humidité antérieure
revêtait la roche comme si
nos lèvres s’étaient connues
jadis
sans le feu de la rosée qui monte,
sa dot, l’innombrable et l’évanouie..
transparence têtue elle flambe
elle environne de ses tresses
un pays qui reprend souffle et feu
N’être plus avec toi dès que tu balbuties
la sécheresse nous déborde
le cercle de tes bras ne s’entrouvre que pour mieux
ne rien dire
selon l’heure et le parfum
et quel parfum se déchire
vers le nord, l’issue dérobée…
peut-être ton visage contre le mien,
quand bien même tu me mènerais,
encapuchonné, sur ton poing,
comme aux premières chasses de l’enfer
Au-delà du crissement d’une sandale dans l’allée
soustraite au silence elle a glissé elle aussi à cet oubli de soi qui culmine
et s’inverse en un massif de roses calcinées
aveuglante énumération de ses haltes et de ses périls
réciprocité de dentelles entre son visage et la nuit
j’extrais demain
l’oubli persistant d’une rose
de la muraille éboulée et du cœur sans gisement
Plus lourde d’être nue
ses vocalises meurtrières son rire au fond de mes os
notre buisson quotidien les balafres de la lumière
A se tendre à se détendre sur les traces secourues
omis se dégager femme tout à fait du bestiaire indistinct qui la presse
parmi tant de pieux incantatoires fichés dans le matin roule et grossit le soliloque
de la noue
fade usurpatrice elle dort et me hait j’ai négligé son dénuement elle se tient un peu plus haut
ombre démesurée d’une roue de charrette sur le mur lourdement vivant
Nulle écorce pour fixer le tremblement
de la lumière
dont la nudité nous blesse, nous affame, imminente
et toujours différée, selon la ligne
presque droite d’un labour,
l’humide éclat de la terre ouverte…
étouffant dans ses serres l’angoisse du survol le vieux busard le renégat incrimine la transparence vire
et s’écrase à tes pieds
et la svelte fumée d’un feu de pêcheurs brise un horizon absolu
Sinon l’enveloppe déjà déchirée avec son précieux chargement
le heurt sous un angle stérile de la hanche qui luit
comme si l’étrave en était lisse sous la ligne de flottaison
mais Je mouvement de la barque rendit
plus assurés l’écriture l’amour
tels un signe tracé par les oscillations du mât
au lieu des étoiles qui sombrent entre le rideau bruyant
et l’odeur de ses mains sur la mer
Sous le couvert la nuit venue mon territoire ta pâleur
de grands arbres se mouvant comme-un feu plus noir
et le dernier serpent qui veille en travers du dernier chemin
fraîcheur pourtant de la parole et de l’herbe comme un souille la vie durant
Ce qu’une autre m’écrivait
comme avec une herbe longue et suppliciante
toi, toute, en mon absence, là, dans le pur égarement d’un geste hostile au gerbier du sang, tu t’en délivres
tel un amour qui vire sur son ancre, chargé
de l’ombre nécessaire,
ici, mais plus bas, et criant
d’allégresse comme au premier jour
et toute la douleur de la terre
se contracte et se voûte
et surgit en une chaîne imprévisible
crêtée de foudre
et ruisselante de vigueur
Musique éclatée ciel sifflant dans un verre fraîcheur du soleil sous la brûlure de la peau
le même sifflement mais modulé jusqu’au silence qui sourd de tes plissements de granit, scintillante écriture le même sifflement
lance le tablier du pont sur ses piles de feu
où tombera-t-il noir le fruit méridien si je franchis le bras de mer
une pierre l’étreint et s’efface
le livre ouvert sur tes reins se consume avant d’être lu
Agrafes de l’idylle déjà exténuée pour que ce qui fut immergé respire à sa place, dans l’herbe, à nouveau,
et de la terre, toute, presque anéantie
ou comblée bord à bord
par l’enracinement de la foudre
sauf la respiration de cette pierre nocturne, le théâtre tel que je me vois, l’anticipation d’un brasier
sans son cadavre retourné
un autre traversera la passe
dans la mémoire de grandes étendues de neige
brillent
entre chaque massacre
Sorbes de la nuit d’été
étoiles enfantines
syllabes muettes du futur amour
quand les flammes progressent de poutre en poutre sous nos toits
exiguë
la définition du ciel
Nous dégageant, nous, de l’ancienne terreur
ou de cet enrouement par quoi les racines mêmes
s’expriment,- s’allégeant…
que ce soit le silence ce qui était présent, là, trop exposé depuis l’aube, sur le sol fraîchement retourné, l’ingratitude ou la légèreté des hommes, avec le vent,
je me dresse dans l’étendue, seul, contre cette lumière qui décline, le bâillon rejeté
… que ce soit le silence lentement déployé qui règne déjà nécessaire, déjà opprimant
Par la déclivité du soir le secret mal gardé
je la blesse au défaut de sa lecture le vent répare les accrocs
enclume ou catafalque d’étincelles
avec ce qui naît et meurt au bord
de sa lèvre acide
ciel pourpre et montagne nue
elle se penche et je vois au-delà de la ligne de son épaule
mon enfance troglodyte
dans la paroi violette où le soleil couchant se brise comme un pain.
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