VERS L’ETÉ PAR MICHEL BUTOR


VERS L’ETÉ PAR MICHEL BUTOR

1

Les nuages se séparent
avec regrets

Les plaques de neige se fendillent
pour laisser perler un torrent

Sur les phylactères des montagnes
les anges calligraphient
des runes indéchiffrables

C’est sur leur partition qu’ils improvisent
mais nous n’entendons pas leur cantilène
seulement la soufflerie des orgues

La nuit se fait plus indulgente
il y a des aubes sans gelée blanche

Les étangs polissent leurs miroirs
la roue des paons s’irise
et se bronze

Les arcs-en-ciel proposent
à la haute couture des prairies
des nuanciers de satins
et de gemmes

Les cols se rouvrent
à la circulation

Une à une
dans les stations de ski
les remontées mécaniques
se taisent

Les cascades par contre
font éclater
leurs fanfares

les arbres
que l’on croyait encore
emmitouflés de flocons
nous surprennent
par leurs bouquets

Après les pruniers les cerisiers
après les poiriers les pommiers
une avers de pétales sur le trottoir

Les pissenlits sont si nombreux
qu’on ne voit plus le vert des prés
sous leur brocart

les petites orchidées
hissent leurs oriflammes
les digitales font la haie

Un faon s’est égaré sur la route

Après les jonquilles les iris
après les rhododendrons les hortensias

Les vaches sortent de leurs étables
les chevaux se roulent dans l’herbe

Le virevoltement d’une pie
d’un frêne à l’autre
le cajolement d’un geai
puisque c’est ainsi qu’il faut dire

Les anémones et les violettes
l’œil des renoncules
les petits œufs de la bruyère
les ancolies et les arums

La nef de la hêtraie
les arpèges de la sapinière

Des museaux humides
au ras du sol

Les brouillards matinaux
persistent dans les ravins

Glycines puis clématites
d’énormes gouttes de rosée
sur les parasols des capucines

Le tilleul répand
ses effluves de calme

Au bout du rameau de l’épicéa
de minuscules projets de cônes
rougissant de leur audace

Le cognassier du Japon
ajoute sa touche orange
au jaune serein des cytises

Une vergue de plus
aux mâts de la caravelle
un échelon de plus
à ses haubans

Un vent chaud se lève
qui ramasse dans les paumes de ses mains
toutes les productions pelucheuses
des graminées pour les disséminer
sur le plus hautes pentes
ou au plus profond des crevasses

On fauche le trèfle et la luzerne
une bouffée de parfum
vous cloue sur place

Des aboiements de chiens
de vallée en vallée

Le sentier a décidé
de nous faire une surprise
non seulement l’échappée
sur des cimes encore neigeuses
mais le faufilement d’une couleuvre

2

Les jeunes filles
entrouvent leurs manteaux
les abandonnent sur les bancs
des jardins publics
puis dans les maisons

Nuages de duvets
accrochés aux peupliers

Par leurs robes
et leurs sourires
elles rivalisent
avec les lilas
puis nous invitent
à venir cueillir avec elles
les premières baies
savourer le fruit
de l’arbre de la science
du bleu et du blanc

Une première rose

L’éclusier fait descendre
une péniche d’eau minérale

Voici déjà les groseilles
les cassis et les menues fraises
les myrtilles dans les sous-bois
on astique les bassines de cuivre
pour y transformer notre récolte en confitures

On trace son chemin
dans une jungle d’herbes

Le grand-père ingénieur
installe un petit moulin à aubes
dans une rigole

Piéride du choux paon du jour
tabac d’Espagne petit citron
vanesse amiral Apollon

Une seconde rose

On prépare le bal du 14-juillet
drapeaux et tribunes
haut-parleurs et tréteaux

Les enfants ne sont pas encore bien sûrs
d’être en vacances

Les têtards quittent leur queue
pour se joindre au chœur des grenouilles

Quelques roses

On bourre les malles
on bourre les coffres des voitures
on oublie toujours
quelque chose d’essentiel

A la recherche du maillot séducteur
des lunettes inouïes
de la serviette la plus moelleuse

Couteaux bulots palourdes
bigorneaux praires moules
huîtres crevettes patelles
oursins crabes et langoustes

Des jetées de roses

Les vacanciers sortent leurs transats
et font tinter des glaçons dans leurs verres

3

Le chant de l’alouette
Au-dessus des blés murs

Derrière chez mon père
vole mon cœur vole
derrière chez mon père
y a un pommier doux

Les abeille s ‘empressent
autour de leurs ruches
les guêpes façonnent
leurs palais de papier

Des arceaux de roses

Trois jeunes personnes
vole mon cœur vole
trois jeunes personnes
sont couchées dessous

Un faisan doré
s’envole lourdement

Deux éperviers tournoient
sur la clairière

Se dit la première
vole mon cœur vole
se dit la première
j’ai un ami doux

Scarabées cétoines bourdons
coccinelles mouches moustiques

Dans le sillage des roses

Se dit la seconde
vole mon cœur vole
se dit la seconde
j’attends mes amours

Des enfants se baignent
dans le grand bassin

Des adolescent se construisent
des cabanes ente les branches
des amoureux dorment paisiblement
sous les saules

Se dit la troisième
vole mon cœur vole
se dit la troisième
j’aimerai toujours

Après avoir dîné dehors
on regarde les étoiles
s’allumer l’une après l’autre
puis par paquets
soudain c’est tout l’ensemble
des constellations de la saison
puis la Lune vient les effacer

Des chauves-souris
planent autour des ormes

Et nous verrons bientôt des étoiles filantes.

Michel Butor

« ANEMONE » – NIALA 2021 – ACRYLIQUE S/TOILE 116X81


« ANEMONE »

NIALA

2021

ACRYLIQUE S/TOILE 116X81

Sirène-Anémone

Qui donc pourrait me voir
Moi la flamme étrangère
L’anémone du soir
Fleurit sous mes fougères

Ô fougères mes mains
Hors l’armure brisée
Sur le bord des chemins
En ordre sont dressées

Et la nuit s’exagère
au brasier de la rouille
Tandis que les fougères
Vont aux écrins de houille

L’anémone des cieux
Fleurit sur mes parterres
Fleurit encore aux yeux
À l’ombre des paupières

Anémone des nuits
qui plonge ses racines
Dans l’eau creuse des puits,
Aux ténèbres des mines

Poseraient-ils leurs pieds
Sur le chemin sonore
où se niche l’acier
Aux ailes de phosphore

Verraient-ils les mineurs
Constellés d’anthracite
Paraître l’astre en fleur
Dans un ciel en faillite

En cet astre qui luit
S’incarne la sirène
L’anémone des nuits
fleurit sur son domaine

Alors que s’ébranlaient avec des cris d’orage
Les puissances Vertige au verger des éclairs
La sirène dardée à la proue d’un sillage
Vers la lune chanta la romance de fer

Sa nage déchirait l’hermine des marées
Et la comète errant rouge sur un ciel noir
Paraissait par mirage aux étoiles ancrées
L’anémone fleurie aux jardins des miroirs

Et parallèlement la double chevelure
Rayait de feu le ciel et d’écume les eaux
Fougères surgissez hors de la déchirure
Par où l’acier saigna sur le fil des roseaux

Nulle armure jamais ne valut votre angoisse
Fougères pourrissant parmi nos souvenirs
Mais vous charbonnerez longtemps sous nos cuirasses
Avant la flamme où se cabrant pour mieux hennir

Le cheval vieux cheval de retour et de rêve
Vers les champs clos emportera nos ossements
Avant l’onde roulant notre cœur sur la grève
Où la sirène dort sous un soleil clément

L’anémone fleurit partout sous les carènes
Déchirées aux récifs dans l’herbe des forêts
Dans le train des miroirs sur les parquets d’ébène
Et surtout dans nos cœurs palpitant sans arrêt

C’est le joyau serti au vif des nébuleuses
L’orgueil des voies lactées et des constellations
La prunelle qui met au regard des plus gueuses
Le diamant de fureur et de consolation

Heureuse de nager loin des hauts promontoires
Parmi les escadrons de requins fraternels
La sirène aux seins durs connaît maintes histoires
Et l’accès des trésors à l’ombre des tunnels

Mais ni l’or reluisant dans les fosses marines
Ni les clefs retrouvées des légendes du port
Ne la charment autant que d’ouvrir les narines
Aux vents salés plus lourds des parfums de la mort

C’était par un soir de printemps d’une des années perdues à l’amour
D’une des années gagnées à l’amour pour jamais
Souviens-toi de ce soir de pluie et de rosée où les étoiles devenues comètes tombaient vers la terre
La plus belle et la plus fatale la comète de destin de larmes et d’éternels égarements
S’éloignait de mon ciel en se reflétant dans la mer
Tu naquis de ce mirage
Mais tu t’éloignas avec la comète et ta chanson s’éteignit parmi les échos
Devait-elle ta chanson pour jamais
Est-elle morte et dois-je la chercher dans le chœur tumultueux des vagues qui se brisent
Ou bien renaîtra-t-elle du fond des échos et des embruns
Quand à jamais la comète sera perdue dans les espaces
Surgiras-tu mirage de chair et d’os hors de ton désert de ténèbres
Souviens-toi de ce paysage de minuit de basalte et de granit
0ù détachée du ciel une chevelure rayonnante s’abattit sur tes épaules
Quelle rayonnante chevelure de sillage et de lumière
Ce n’est pas en vain que tremblent dans la nuit les robes de soie
Elles échouent sur les rivages venant des profondeurs
Vestiges d’amours et de rivages où l’anémone refuse de s’effeuiller
De céder à la volonté des flots et des destins végétaux
À petits pas la solitaire gagne alors un refuge de haut parage
Et dit qu’il est mille regrets à l’horloge
Non ce n’est pas en vain que palpitent ces robes mouillées
Le sel s’y cristallise en fleurs de givre
Vidées des corps des amoureuses
Et des mains qui les enlaçaient
Elles s’enfuient des gouffres tubéreuses
Laissant aux mains malhabiles qui les laçaient
Les cuirasses d’acier et les corsets de satin
N’ont elles pas senti la rayonnante chevelure d’astres
Qui par une nuit de rosée tomba en cataractes sur tes épaules
Je l’ai vue tomber
Tu te transfiguras
Reviendras-tu jamais des ténèbres
Nue et plus triomphante au retour de ton voyage
Que l’enveloppe scellée par cinq plaies de cire sanglante
Ô les mille regrets n’en finiront jamais
D’occuper cette horloge dans la clairière voisine
Tes cheveux de sargasse se perdent
Dans la plaine immense des rendez-vous manqués

Sans bruit au port désert arrivent les rameurs
Qui donc pourrait te voir toi l’amante et la mère
Incliner à minuit sur le front du dormeur
L’anémone du soir fleurie sous tes paupières

Baiser sa bouche close et baiser ses yeux clos
Incliner sur son front l’immense chevelure
Bérénice de l’ombre ah ! retourne à tes flots
Sirène avant que l’aube ouvre ses déchirures

Une steppe naîtra de l’écume atlantique
Du clair de lune et de la neige et du charbon
où nous emportera la licorne magique
Vers l’anémone éclose au sein des tourbillons

Tempête de suie nuage en forme de cheval
Ah malheur ! Sacré nom de Dieu ! La nuit naufrage
La nuit ? Voici sonner les grelots ! Carnaval
Ferme l’œil ! En vérité le bel équipage

Et dans ce ciel suintant des barriques des docks
Soudain brusquement s’interrompent les rafales
Quand la sirène avec l’aurore atteint les rocs
L’anémone du ciel est la fleur triomphale

C’est elle qui dresse au-dessus des volcans
Jette une lueur blafarde à travers la campagne
C’est l’aile du vautour le cri du pélican
C’est le plan d’évasion qui fait sortir du bagne

C’est le reflet qui tremble aux vitres des maisons
Le sang coagulé sur les draps mortuaires
C’est un voile de deuil pourri sur le gazon
C’est la robe de bal découpée dans un suaire

C’est l’anathème et l’insulte et le juron
C’est le tombeau violé les morts à la voirie
La vérole promise à trois générations
Et c’est le vitriol jeté sur les soieries

C’est le bordel du Christ le tonnerre de Brest
C’est le crachat le geste obscène vers la vierge
C’est un peuple nouveau apparaissant à l’est
C’est le poignard le poison ce sont les verges

C’est l’inverti qui se soumet et s’agenouille
Le masochiste qui se livre au martinet
Le scatophage hideux au masque de gargouille
Et la putain furonculeuse aux yeux punais

C’est l’étreinte écœurante avec la femme à barbe
C’est le ciel reflété par un œil de lépreux
C’est le châtré qui se dénude sous les arbres
Et l’amateur d’urine au sourire visqueux

C’est l’empire des sens anémone l’ivresse
Et le sulfure et la saveur d’un sang chéri
La légitimité de toutes les caresses
Et la mort délicieuse entre des bras flétris

Pluie d’étoiles tombez parmi les chevelures
Je veux un ciel tout nu sur un globe désert
où des brouillards mettront une robe de bure
aux mortes adorées pourrissant hors de terre

Adieu déjà parmi les heures de porcelaine
Regardez le jour noircit au feu qui s’allume dans l’âtre
Regardez encore s’éloigner les herbes vivantes
Et les femmes effeuillant 1a marguerite du silence
Adieu dans la boue noire des gares
Dans les empreintes de mains sur les murs
Chaque fois qu’une marche d’escalier s’écroule un timide enfant paraît à la fenêtre mansardée
Ce n’est plus dit-il le temps des parcs feuillus
J’écrase sans cesse des larves sous mes pas
Adieu dans le claquement des voiles
Adieu dans le bruit monotone des moteurs
Adieu ô papillons écrasés dans les portes
Adieu vêtements souillés par les jours à trotte-menu

Perdus à jamais dans les ombres des corridors
Nous t’appelons du fond des échos de la terre,
Sinistre bienfaiteur anémone de lumière et d’or
Et que brisé en mille volutes de mercure
Éclate en braises nouvelles à jamais incandescentes
L’amour miroir qui sept ans fleurit dans ses fêlures
Et cire l’escalier de la sinistre descente
Abîme nous t’appelons du fond des échos de la terre
Maîtresse généreuse de la lumière de l’or et de la chute
Dans l’écume de la mort et celle des Finistères
Balançant le corps souple des amoureuses
Dans les courants marqués d’initiales illisibles
Maîtresse sinistre et bienfaisante de la perte éternelle
Ange d’anthracite et de bitume
Claire profondeur des rades mythologie des tempêtes
eau purulente des fleuves eau lustrale des pluies et des rosées
Créature sanglante et végétale des marées

Du marteau sur l’enclume au couteau de l’assassin
Tout ce que tu brises est étoile et diamant
Ange d’anthracite et de bitume
Éclat du noir orfraie des vitrines
Des fumées lourdes te pavoisent quand tu poses les pieds
Sur les cristaux de neige qui recouvrent les toits

Haletant de mille journaux flambant après une nuit d’encre fraîche
Les grands mannequins écorchés par l’orage
Nous montrent ce chemin par où nul n’est venu

Où donc est l’oreiller pour mon front fatigué
Où donc sont les baisers où donc sont les caresses
Pour consoler un cœur qui s’est trop prodigué
où donc est mon enfant ma fleur et ma détresse

Me pardonnant si des brouillards bandent mes yeux
Si j’ai l’air d’être ailleurs si j’ai l’air un autre
Me pardonnant de croire au noir au merveilleux
D’avoir des souvenirs qui ne soient pas les nôtres

Pardonnant mon passé mon cœur mes cicatrices
D’avoir parcouru seul d’émouvantes contrées
D’avoir été tenté par des voix tentatrices
Et de ne pas l’avoir plus vite rencontrée

Saurait-elle oublier mes rêves d’autrefois
Les fortunes perdues et les larmes versées
L’étoile sans merci brillant au fond des bois
Et les désirs meurtris en des nuits insensées

Et ces phrases tordues comme notre amour même
Et que je murmurais lorsque minuit blafard
Posait ses maigres doigts sur des visages blêmes
Séchant les yeux mouillés et barbouillant les fards

Dans ces temps-là le ciel était lourd de ténèbres
Le sonore minuit conduisait vers mon lit
Des visiteuses sans pitié et plus funèbre
Que la mort l’anémone évoquait la folie

Les fleurs qui s’effeuillaient sur les fruits de l’automne
Laissèrent leurs parfums aux fleurs des compotiers
Et sur le fût tronqué des anciennes colonnes
Le sel des vents marins mit des lueurs de glaciers

Et longtemps ces parfums orgueil des porcelaines
Flotteront dans la paix des salles à manger
Et les cristaux de sel brilleront dans la laine
Des grands manteaux flottants que portent les bergers

Mes baisers rejoindront les larmes qui vont naître
Ils rejoindront la solitude sans pitié
Les vents marins soufflant sur les chaumes sans maîtres
Et les parfums mourants au fond des compotiers

Je suis marqué par mes amours et pour la vie
Comme un cheval sauvage échappé aux gauchos
Qui retrouvant la liberté de la prairie
Montre aux juments ses poils brûlés par le fer chaud

Tandis qu’au large avec de grands gestes virils
La sirène chantant vers un ciel de carbone
au milieu des récifs éventreurs de barils,
au cœur des tourbillons fait surgir l’anémone

Robert DESNOS

Recueil : « Corps et biens »

LA LUMIÈRE N’EST PAS CONÇUE PAR JACQUES DUPIN


LA LUMIÈRE N’EST PAS CONÇUE PAR JACQUES DUPIN

Rien que pour toi, racine, pour toi, cyclone fourvoyé dans cette strate du langage, le poète a favorisé I’épaississement limoneux du sommeil où tu té ramifies. Le
livre dont il est l’otage et le garant, le livre incompulsé, le livre intermittent, tourne sans hâte sur ses gonds dans la terre, et chaque page à ton attouchement prend feu, et
sa substance se confond avec, le surcroît de ta sève, avec le progrès de son sang.

Perfectibilité du vide, racine de l’amour. Cette équation, je l’ai vaincue avec un océan de terre ameublie par mon souffle.

Jacques Dupin

LE CHEMIN FRUGAL PAR JACQUES DUPIN


LE CHEMIN FRUGAL PAR JACQUES DUPIN

C’est le calme, le chemin frugal,
Le malheur qui n’a plus de nom.
C’est ma soif échancrée :
La sorcellerie, l’ingénuité.

Chassez-moi, suivez-moi.

Mais innombrable et ressemblant,

Tel que je serai.

Déjà les étoiles.

Déjà les cailloux, le torrent…

Chaque pas visible
Est un monde perdu,
Un arbre brûlé.
Chaque pas aveugle
Reconstruit la ville.
A travers nos larmes.
Dans l’air déchiré.

Si l’absence des dieux, leur fumée,

Ce fragment de quartz la contient toute,

Tu dois t’évader.

Mais dans le nombre et la ressemblance,

Blanche écriture tendue

Au-dessus d’un abîme approximatif.

Si la balle d’un mot te touche

Au moment voulu,

Toi, tu prends corps,

Surcroît des orages,

A la place où j’ai disparu.

Et l’indicible instrumental
Monte comme un feu fragile
D’un double corps anéanti
Par la nuit légère
Ou cet autre amour.

C’est le calme, le chemin frugal,
Le malheur qui n’a plus de nom.
C’est ma soif échancrée :
La sorcellerie, l’ingénuité.

Jacques Dupin

GARE-CENTRALE


GARE-CENTRALE

Du triage l’aiguilleur assemble le départ du voyage

tampons en traverses

boogie-woogie en transes le long des hanches

Pas de marchandises que des wagons-couchettes à couloir de l’amor

Sur le porte-bagage les fesses aux pédales traversent les pas perdus

et frauduleuses consignes

pour redonner aux meuhs le mouvement du passage librement amoureux

pis allées et venues

Sur la locomotive l’oiseau siffle comme un merle perché aux cerises

du wagon-bar on amène le rafraîchissement d’un changement profilé malgré l’abstention marquée

Sur la plage désabusés les lâches du civisme jouent à qui perd gagne la claque méritée sur le pif

Nous debout, le cheval sort le petit corbillard de la condamnation royale

La France ne marchera jamais au pas du con finement en embuscade.

Niala-Loisobleu – 21 Juin 2021

« DEMAINS BLEUS » – NIALA 2021 – ACRYLIQUE S/ TOILE 60X60


« DEMAINS BLEUS »

NIALA

2021

ACRYLIQUE S/ TOILE 60X60

LE RÊVEUR

Le rêveur ne vit pas réellement, il déambule

D’une pensée à l’autre, il erre sur cette terre

Remplie de chaos et de champs fleuris, il erre…

Tel un pauvre hère qui de sa songeuse bulle

Pourfend et poursuit sans trêve rêves et malandrins…

Il ne ressemble à personne, ni roi, ni prince ou mandarin…

Il rêve…

D’un amour inaccessible il fait la quête…

Et d’un pas alerte, il poursuit d’une chimère l’enquête…

Il rêve…

Il a vu tant de mondes, tant d’étoiles, tant de temps…

Galaxies éphémères qui ne durent qu’un battement de cœur…

D’un souffle d ‘été… et pourtant…

Il rêve de son âme sœur qui lui a ravit le cœur…

Couverts de Bleus nuits, bleus sur le cœur, bleus azurés…

Regarde-le, Toi, qui l’envie ; Toi, dont je parle… Sois-en assuré…

Il respire à peine, il halète, il suffoque, il se meurt…

De cette semence d’espoir naît un bourgeon duveteux…

Devine-le, respire-le, caresse-le… il n’est plus comme eux…

Il porte création et demain…

Il te fait signe des deux mains…

Rejoins-le, Lui, qui rêve au fond de Toi…

Lui qui ne demande qu’un Toit…

Lui qui fonde Tout sur un rêve

Inachevé, à construire et à imaginer sous peine qu’il ne crève…

Te sens-tu vivre enfin ?

Mords dans cette vie à pleine bouche à pleines mains…

Il est si difficile de dire «  » Je t’aime «  »…

Il est si difficile de vivre «  » Je t’aime «  »…

Il rêve… Fais-en sorte qu’il Rêve…

If Yves !

Yves Wauthier

REMONTONS DE LA MER AVEC CLEMENCE


REMONTONS DE LA MER AVEC CLEMENCE

Le râteau des doigts à l’appel du large

et hop le château tend son do à la vague

du j’ai d’ô

Les mots corbeaux sortent de la boîte-aux-lettres, laminés par le plongé poitrinaire et le cylindrage ventral de l’accouplement volatile

amorti par la densité de l’herbage blanc de Clémence

Amour n’a pas à dépérir de sécheresse

les eaux phréatiques sont de niveau à porter le chameau à destination

Caravane et route de la soie à flot sur un libre horizon.

Niala-Loisobleu – 16 Juin 2021

LE JARDIN D’ABEILLES DE LA GARDIENNE


LE JARDIN D’ABEILLES DE LA GARDIENNE

La peinture a voulu présenter le jardin dans la promenade où la journée claire et sereine s’est déroulée

Changement de temps, le soleil grimpe la montagne à la place de la boule de Sisyphe

La gardienne a retrouvé la vieille grange où l’églantier attendait que le cheval revienne avec l’oiseau remis dans le bon arbre de l’absolu

Un peint frais

Sauvage de vérité

Défait de cette mue

Né d’Epoques non révolues mais du chemin vertical qui en est issu

Une deux voies

En confluent

Canal de suées élargissant l’estuaire aux cerfs-volants

Rosée d’hibiscus à l’assaut des barbaries en circulation aux cordes vocales philosophiques.

Cette peinture ouvre une nouvelle série :

LE JARDIN D’ABEILLES DE LA GARDIENNE

Niala-Loisobleu – 10 Mai 2021

AU TIMBRE TA COULEUR


AU TIMBRE TA COULEUR

De ce que j’en connais au relief du sein s’abrite la coulée revenue par la caresse tendue au châssis à clefs

Flamme verte de la fleur bleue du lin

Encrier d’une calanque

Manivelle où le cheval est en déborde du Cadre Noir pour les bords d’orée des guitares

A la peau le pouls cogne de proue au gouvernail

Flottaison d’un trait bien marqué traversant la paume

C’est vrai que laisser dire d’autres en commentaires nous rapproche comme personne ne peut connaître

Le son et l’odeur de la peinture gardant sa parenté de chien au lit des draps

Gémissons, gémissons

De cobalt

Emeraude

Rose

Arc de chrome

Un vermillon se tord en quinachrodine mêlé aux ocres de taire que tes chiffons pompent aux poils pour pré-saler

nos haleines de pore en pore.

Niala-Loisobleu – 18 Avril 2021

D’ÉPOQUES, L’AMOUR TENU APPORTE 2


D’ÉPOQUES, L’AMOUR TENU APPORTE 2

Sûreté de la main

autrement gauche

Dans l’écart des trous du langage, on devine aux frissons de l’herbe, le dessin préparant le peint

la boulange ses souvenirs d’enfance mis sur l’appel

entre ses jambes bleues comme tu dis balancées à la branche vive du jardin de l’enfance

Danse, danse, danse

ton mouvement de corps à l’apporte.

je pétris.

Niala-Loisobleu – 18 Avril 2021