LA BARRIERE DE ROSS – JULIEN GRACQ


LA BARRIERE DE ROSS – JULIEN GRACQ

Il faut se lever matin pour voir le jour monter à l’horizon de la banquise, à l’heure où le soleil des latitudes australes étale au loin des chemins sur la mer. Miss Jane portait son ombrelle, et moi un élégant fusil à deux coups. A chaque défilé de glacier, nous nous embrassions dans les crevasses de menthe, et retardions à plaisir le moment de voir le soleil à boulets rouges s’ouvrir un chemin dans un chantilly de glace pailletée. Nous longions de préférence le bord de la mer là où, la falaise respirant régulièrement avec la marée, son doux roulis de pachyderme nous prédisposait à l’amour. Les vagues battaient sur les murs de glace des neiges bleues et vertes, et jetaient à nos pieds dans les anses des fleurs géantes de cristaux, mais l’approche du jour était surtout sensible à ce léger ourlet de phosphore qui courait sur les festons de leur crête, comme quand les capitales nocturnes se prennent à voguer sur l’étalé de leur haute mer. Au Cap de la Dévastation, dans les fissures de la glace poussaient des edelweiss couleur de nuit bleue, et nous étions toujours sûrs de voir se renouveler de jour en jour une provision fraîche de ces œufs d’oiseaux de mer dont Jane pensait qu’ils ont la vertu d’éclaircir le teint. Sur la bouche de Jane, c’était un rite pour moi que de renouveler chaque jour pour l’y cueillir de mes lèvres cet adage puéril. Parfois les nuages nous dérobant le pied de la falaise annonçaient un ciel couvert pour l’après-midi, et Jane s’informait d’une voix menue si j’avais soigneusement enveloppé les sandwiches au chester. Enfin la falaise devenait plus haute et toute crayeuse de soleil, c’était la Pointe de la Désolation, et sur un signe de Jane j’étendais la couverture sur la neige fraîche. Nous demeurions là longtemps couchés, à écouter battre du poitrail les chevaux sauvages de la mer dans les cavernes de glace. L’horizon du large était un demi-cercle d’un bleu diamanté que sous-tendait le mur de glace, où parfois un flocon de vapeur naissait, décollé de la mer comme une voile blanche — et Jane me citait les vers de Lermontov. J’aurais passé là des après-midi entières, la main dans les siennes, à suivre le croassement des oiseaux de mer, et à lancer des morceaux de glace que nous écoutions tomber dans le gouffre, pendant que Jane comptait les secondes, la langue un peu tirée d’application comme une écolière. Alors nous nous étreignions si longtemps et de si près que dans la neige fondue se creusait une seule rigole plus étroite qu’un berceau d’enfant, et, quand nous nous relevions, la couverture entre les mamelons blancs faisait songer à ces mulets d’Asie qui descendent des montagnes bâtés de neige.Puis le bleu de la mer s’approfondissait et la falaise devenait violette; c’était l’heure où le froid brusque du soir détache de la banquise ces burgs de cristal qui croulent dans une poussière de glace avec le bruit de l’éclatement d’un monde, et retournent sous la volute cyclopéenne d’une vague bleue un ventre de paquebot gercé d’algues sombres, ou Pébroue-ment lourd d’un bain de plésiosaures. Pour nous seuls s’allumait de proche en proche, jusqu’au bord de l’horizon, cette canonnade de fin de monde comme un Waterloo des solitudes, — et longtemps encore la nuit tombée, très froide, était trouée dans le grand silence du jaillissement lointain de fantômes des hauts geysers de plumes blanches — mais j’avais déjà serré dans les miennes la main glacée de Jane, et nous revenions à la lumière des pures étoiles antarctiques.
Julien Gracq

PÊCHE CERISIERE


PÊCHE CERISIERE

Rouges et échappées aux gelées menaçantes d’avant-printemps les cerises sortent leurs fesses rebondies au soleil

Le sucre qu’elles ont déjà au ventre annonce des jours à retrouver la signification de l’arbre

Aujourd’hui le jardin porte au retour de l’enfant prodigue, je vais pouvoir me faire couper les cheveux inutiles

Niala-Loisobleu -14 Mai 2022

« MEDITERRANEENNES FRAGRANCES » (Le Peintre 3)- NIALA 2022 – ACRYLIQUE S/TOILE 61X50


« MEDITERRANEENNES FRAGRANCES »

(Le Peintre 3)

NIALA 2022

ACRYLIQUE S/TOILE 61X50

La rencontre hédonique des deux luminaires, jugée impossible se balance réalisée dans la toile encore tremblante de sa victoire sur les préjugés

Du fil d’eau du grand fleuve que garde le Sphinx, la chaleur d’un amour du beau fait l’image tremblante de transparence chaleureuse au refus des mauvaises langues à l’haleine trompeuse

Le Peintre tient la nuit pour sauvegarde de la vérité naturelle dont l’odeur pure émane des maisons blanches et des fleurs à dos de chameaux

Tapis priés d’emmener hors des croisades pour ne rien déformer de la foi simple d’une nature intacte de conquête

Les épices du rêve portent les palmes à l’oued en caravanes à ce matin de la Source Bleue, tenue pour seul but autour de l’olivier, serein incapable de méchanceté infantile

Niala-Loisobleu – 13 Mai 2022

« L’ETAPE DANS LES MAINS » (Le Peintre 2) – NIALA 2022 – ACRYLYQUE ENCADRE S/VERRE 40X50


NIALA

« L’ETAPE DANS LES MAINS »

(Le Peintre 2)

NIALA 2022

ACRYLYQUE S/ CONTRECOLLE

ENCADRE S/VERRE 40X50

Sur le blanc qui coiffe tu as ramené la verdeur du sentiment au nom qu’en ce qui le concerne l’âge s’en moque et s’en remet à l’éternel pour seule conviction

Le rodage des véhicules effacé aujourd’hui, s’étant ici montré plus qu’utile à l’instruction de fond qui mène au-delà de la sortie de chez le concessionnaire, nous a sorti du paradoxe

Il apparaît qu’on ne va au corail en franchissant la coquille qu’en respectant les étapes dans les mains que jusqu’à faire sortir la poule pour qu’elle ponde

Alors Le Peintre en faisant tomber les bretelles peut trouver la peau et le pouls sous la robe des saisons, le vert maritime outre-mer sous la flottaison.

Niala-Loisobleu – 11 Mai 2022

L’Empoigné des mains


Odilon Redon

L’Empoigné des mains

Dans l’abrupt du costume mis sur l’image la balade se tortille pour savoir ce qui se cache derrière la cravate qui mobilise toute la place

Les hypothèses allant comme des caisses d’alevinage déversé, mélange au point de remplacer la race par un bâtardage de diversion

Odilon t’asseyant sur le jaune du noyau porte le vrai à tes mains pour leur faire sentir le signe de reconnaissance

Alors passé le décor de carton pâte apparaîtront les remparts solides de la pierre sur le chant lyrique de l’aria que le flux mène au rivage

Le Peintre peint saut en membres.

Niala-Loisobleu – 11 Mai 2022

L’ETAPE DANS LES MAINS


L’ETAPE DANS LES MAINS

Sortie de la coquille

comme les mains se tendent vert le bleu de l’herbacée

les voici au lit de la prochaine peinture

sans doute actionnés par l’arc-en-ciel

d’un besoin de pluie

l’oiseau en palette d’un concerto aqueux

par la fenêtre plein-sud.

Niala-Loisobleu – 10 Mai 2022

La Vie d’Artiste – Léo Ferré


Léo Ferré

La vie d’artiste – Léo Ferré

É

Je t’ai rencontrée par hasard
Ici, ailleurs ou autre part
Il se peut que tu t’en souviennes.
Sans se connaître on s’est aimés
Et même si ce n’est pas vrai
Il faut croire à l’histoire ancienne.

Je t’ai donné ce que j’avais
De quoi chanter, de quoi rêver.
Et tu croyais en ma bohème
Mais si tu pensais à vingt ans
Qu’on peut vivre de l’air du temps
Ton point de vue n’est plus le même.
Cette fameuse fin du mois
Qui depuis qu’on est toi et moi
Nous revient sept fois par semaine
Et nos soirées sans cinéma
Et mon succès qui ne vient pas
Et notre pitance incertaine.
Tu vois je n’ai rien oublié
Dans ce bilan triste à pleurer
Qui constate notre faillite.
 » Il te reste encore de beaux jours
Profites-en mon pauvre amour
Les belles années passent vite. »
Et maintenant tu vas partir
Tous les deux nous allons vieillir
Chacun pour soi, comme c’est triste.
Tu peux remporter le phono
Moi je conserve le piano
Je continue ma vie d’artiste.
Plus tard sans trop savoir pourquoi
Un étranger, un maladroit
Lisant mon nom sur une affiche
Te parlera de mes succès
Mais un peu triste toi qui sais
 » Tu lui diras que je m’en fiche…
que je m’en fiche… »

« L’ART DE FAIRE » (Nouvelle Série: LE PEINTRE 1) – NIALA 2022 – ACRYLIQUE S/ CONTRECOLLE 40X50


NIALA 2022

« L’ART DE FAIRE »

(Nouvelle Série: LE PEINTRE 1)

NIALA 2022

ACRYLIQUE S/CONTRECOLLE 40X50

Tout ce que j’ai fait en m’ayant mené là où se tient ce soleil qui a réuni toute la recherche de la traversée, regarde l’autre rive du serein de l’abouti d’un absolu réalisé dans la seule forme possible

Mon concept d’amour en refusant la manière de faire le monde sans humanisme, refuse l’irrespect de la connaissance, croissance de toute forme destructive, matérialisme, extrémisme, abandon du sacré laïque, intolérance, bafouement de la beauté

Pérennisant le temporel ainsi voulu au-delà des nuits , comme un humble rêve..

Aujourd’hui montre que j’ai raison de croire.

Niala-Loisobleu

9 Mai 2022

UNE INFINIE TENDRESSE – CATHERINE RIBEIRO


UNE INFINIE TENDRESSE – CATHERINE RIBEIRO

Brisée mais non vaincue
J’observe mes entrailles
Et mon coeur et mon corps
Partout couvert de traces
Par nous ensanglatés
Par nous mes hommes, mes femmes
Par vous mes tant aimées
Par vous mes libertés

Oh, donnez-moi, donnez-moi
Dix hommes desespérés
Oh, donnez-moi, donnez-moi
Dix hommes desespérés
Oh, donnez-moi, donnez-moi
Dix hommes desespérés…

Je suis dans l’ombre le reflet
De vos vies sacrifiée
Ma liberté dépend
De vous entièrement
Vos mots vos désespoirs
Sont forces vives en moi
Mes craintes, mes angoisses
Vos raisons d’espérer

Oh, donnez-moi donnez-moi
Cinq hommes désespérés…

Je connais nos faiblesses
Déclins crépusculaires
Formidables courages
Que nos vies en survie
Brûlons les abattoirs
Levons nos poings serrés
Craquelons nos carcans
Déchaînons nos enfants

Oh, donnez-moi, donnez-moi
Deux hommes desespérés
Oh, donnez-moi, donnez-moi
Deux hommes desespérés
Oh, donnez-moi, donnez-moi
Deux hommes desespérés…

Donnez-moi, donnez-moi
Des hommes desespérés
J’en ferai des montagnes
Des soleils, des brasiers
Des puissances d’amour
Des infinies tendresses
Des sexes gigantesques
J’en ferai des grands fours

Des aliénés d’amour
Des armures de combat
Des fous de poésies
De grandes symphonies
Nous serons là vivants
Témoignages vivants
D’un amour infini
D’une infinie tendresse

BIENVENUE AU JARDIN 1


BIENVENUE AU JARDIN 1

Toujours au bord du chemin de retour à l’écurie, le cheval passera par le lavoir se rafraîchir la mémoire

Bientôt 22h30 la peur de se manquer plus forte à cet endroit du ventre où les liaisons nerveuses se rencontrent empressées

un creux d’omoplates prêt à déshabiller la montée de toutes les fragrances de chaque mouvement osseux de la moelle

Le mollet est dans la course derrière le papillon sorti des sacoches en diagonale. La tête qui s’enfonce change de visage au fur et à mesure que la position varie de genre. Et de l’herbe où la menthe approche verdissent de nouvelles contrées.

Niala-Loisobleu – 8 Mai 2022