S’ALLUME AU LOIN CE QUI VIENT


S’ALLUME AU LOIN CE QUI VIENT

Jacqueline, il faut que je cause avec toi

Tu sais combien je déteste Noël depuis qu’en me volant mes enfants, leur mère m’a insurgé contre l’usage qui est fait de la vérité. J’ai du mal à supporter ce temps sans toi, ma peine à tenir debout m’afflige, aujourd’hui Michèle en déjeunant avec moi m’a dit ce que représente l’oeuvre que je m’apprête à exposer à Châteaubernard. Cet hommage que je t’ai rendu durant 39 années, pour t’être incarnée en dehors des normes qui nous gouvernent. A l’approche du vernissage, je me sens plongé dans le dérapage du monde, pour avoir fui la gloire et pas transiger sur ce choix

Je ne sais pas où part le monde. Je vois juste qu’il se joue la comédie, jamais de face, toujours selon la loi du nombre. J’ai mis mon art au milieu, jamais en dehors, comme un devoir naturel

Que cela éclaire sans tricher

Et je ne fais qu’en voir qui suivent aveuglément ce parcours délétère en se détruisant après s’être adulés au-delà du bien-fondé

La vie n’est pas un vedettariat à gagner mais un rôle à jouer.

La gloire est détestable.

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Niala-Loisobleu.

22 Décembre 2023

AU LONG DES RUES, LES ARBRES RACINERONT MON ETAT D’ESPRIT SANS L’OMBRE D’UN DOUTE


AU LONG DES RUES, LES ARBRES RACINERONT MON ETAT D’ESPRIT SANS L’OMBRE D’UN DOUTE

S’il était une foi qui fit beaucoup d’enfants et s’en trouva très heureuse

ce fut bien la mienne, dit le Peintre

en tenant son cheval par la bride cet après-midi du 21 Novembre 2023

La photo qu’avait prise son ami Alberto Muro dans l’Atelier du Duodénaire venait de rejoindre les services municipaux de communication, pour la confection de l’affiche destinée aux sucettes et abri-bus de la double exposition Niala en 2024 à Cognac et Châteaubernard

Le temps tenu à pleines-mains vibre éternellement

les feuilles mortes ça n’existe pas sur le persistant

la forêt humaine s’est étendue sans ravages

elle vient là passer le relais

une idée de poursuite, un besoin d’assurer, le développement du tronc

le train têtant aux traverses du rail, mis en gare avec ses voyageurs de plaisir

d’une longue traversée

Le long fleuve qui boit la mer la bouche ouverte prépare à l’étiage régulé, la boîte de peinture et le chevalet sur le pont de la prochaine aube …

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Niala-Loisobleu.

21 Novembre 2023

A PROPOS DES « NIALA »


A PROPOS DES « NIALA »

Nom d’artiste d’Alain DENEFLE, ce pseudonyme relia de façon indélébile Jacqueline Bonnin épouse Denèfle au peintre durant leur épisode primordial charentais qui dura 39 années

En se rencontrant en 1979, ils ne savaient pas combien leurs exixtences allaient se souder autour de celle de Francisco de Goya, génie et énigme, précurseur de la peinture moderne espagnol, tant au plan professionnel que privé

Jacqueline est professeur d’espagnol, elle habite à Jarnouzeau, près de Cognac, avec ses deux toutes petites- filles

lui, Alain a quitté Paris en 70, après une sombre rupture où il laisse trois fils soustraits par son ex femme. De Royan, La Rochelle et St-Jean d’Angely, il finira par s’installer à Jarnouzeau

Commence alors une association amoureuse entre Alain et Jacqueline sur Francisco de Goya

Expositions, conférences, interventions scolaires au Collège où professe Jacqueline, et avec Inaki, peintre-sculpteur de Saragosse, le tout sous l’égide de La Casa de Goya de Bordeaux donneront lieu durant quelques années à renforcer de solides échanges culturels

I982 et sa crue du siècle anéantit maison et oeuvres

Le travail de reconstruction du peintre pour sortir de ce drame est considérable. Jacqueline décide alors d’assumer seule l’entretien matériel du ménage et ouvre le statut professionnel à Alain

Cette preuve d’amour, l’artiste que je suis est seul à pouvoir en connaître l’étendue de gratitude

Ils se marieront en 1984

Jamais durant les 39 années de mariage qui suivront , je ne connus de changement à cette totale fusion artistique

La vie a ses erreurs de jugement sans qu’il n’y ait que de fausses interprétations qu’un manque réel de connaissance de ce qu’est l’amour, entraîne. La sottise pour sa part est le ciment d’effondrements de conduite

Jacqueline, entre nous le fond n’a jamais été changé, les apparences restent des apparences

Ses enfants ont suivi de fausses routes qui les ont mené là où nous n’étions pas. Comme mon ex a fait fourbement

Aujourd’hui mon fils Patrice et sa femme Cécile, oeuvrent pour la création d’une Fondation Niala pour sauvegarder notre oeuvre

Je ne sais si le temps me sera donné pour la voir célébrée, sachez seulement que je leur ai donné mon aval à la seule condition que Jacqueline et mes fils y soient associés

Ainsi soit-il…

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Niala-Loisobleu.

13 Novembre 2023

« INFINIMENT » – NIALA 12/11/23 ‘ ACRYLIQIE S/TOILE 73X60


« INFINIMENT »

NIALA 12/11/23

ACRYLIQIE S/TOILE 73X60T

Tourné vers l’invisible qui suit

l’hôpital me sépare

le grand-hall n’arrête pas de modifier l’inconnue limite

J’ai du mal à m’extraire du chant des oiseaux

un labyrinthe avale le nom des essences

jusqu’à la porte de la chambre

J’entre

sens ma gorge se serrer

l’appareil photographique de mes yeux part en rafales

chercher ce qui transpire d’une vie qui reste encore

Elle a accès en partie à ce que nous ignorions jusqu’à il n’y a pas une heure

l’air me manque, je sens une opposition qui m’est faite par désir de m’évincer, ce calme qui laisse dissimuler sa peur est visible par la douleur du mal, quelle petitesse cette volonté d’amour de dernière minute d’êtres qui ignoraient qu’elle leur avait donné jour, alors que 39 ans de partage n’avaient rien écorné entre nous par les refus, les enguelades, bien trop axés sur l’accord de l’art de faire vivre

Pour la première fois on nous sépare

Voila le temps qui avance

aujourd’hui ce que j’ai peint est moins que jamais pour plaire

j’ai donné corps à la dernière image

ce cri qu’elle a poussé en descendant l’allée du jardin, serrant ma main, pour être mise dans l’ambulance l’emmenant mourir

Elle est mon jardin, fertile, dans ce monde où tout est faux, à commencer par la façon d’aimer des Hommes, mon soleil persistant , vrai sans esbroufe, ma peinture majuscule, qui ne se cache pas pour dire Infiniment…

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Niala-Loisobleu.

12 Novembre 2023

MIGRATION DU JARDIN


MIGRATION DU JARDIN

Les derniers jours partent loin

la migration

du Jardin de Niala

a pris son vol

pour atteindre le nouvel atelier nécessité par les circonstances

pour ne pas être dans l’impossibilité de peindre par la faute des jambes

Plus qu’un jour

et le but sera atteint

il pourra pleuvoir et faire gris

quant à vivre je ne peux suivre la mode de l’artificiel

il me faut créer avec l’intelligence qui a des tripes

pour tenir debout, jambes ou pas

le rêve où tu es Homme

construit au milieu du fracas de l’absurdité humaine

avec un espoir qui sort du vide dans lequel le monde se précipite aveuglément…

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Niala-Loisobleu.

30 Octobre 2023

LA DERNIERE REPRESENTATION


LA DERNIERE REPRESENTATION

Les mains mises au bonheur des derniers jours

NIALA

broie comme au départ

son végétal et son minéral pigment

au pilon de son mortier

pour l’étaler au lin magistral de la Vie Universelle

en créant la

FONDATION NIALA

(Alain et Jacqueline)

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Dans leur loge, les Epoques ne se maquillent pas

elles se préparent telles qu’elles

à entrer en scène en direct de leur provenance

attelées au même cheval

en une dernière représentation

DU 15 JANVIER AU 15 FEVRIER 2024

à CHATEAUBERNARD

et à une autre date à COGNAC

si la Ville en décide dans son Hotel-de-Ville

Autour de l’Atelier, des enfants jouent dans ma tête une longue histoire sans paroles, plus vide qu’un fruit sans noyau, qui refuse de mourir sans qu’on lui ait rendue-justice

Que serait une vie sans ses « hier à aujourd’hui » bien amarrée au remorqueur en son train de péniches qui va débarquer son contenu aux prochains demains ?

Niala-Loisobleu.

28 Octobre 2023

MES LIGNES DE LA MAIN


FEMME NUE ET MOUSQUETAIRE -PABLO PICASSO 1967

MES LIGNES DE LA MAIN

Ce 25 Octobre 23 à 17h15 ne tenant pas debout

je m’assieds face à tout ce que mon moi-intime vît

et me retrouve dans l’image développée du vieux toro

J’entends la trompette qui ouvre l’arène

il pleut, mais le soleil de ma tête est brillant comme un costume de torero

J’ai fait pas mal de choses dans mon existence

mais au bord d’en sortir

de voir le programme qui m’attend

je pourrais halluciner

Carole a vidé la petite véranda ce matin pour tout me faire vivre de plain-pied

quelle présence pour moi m’apporte cette femme généreuse

puis mon peintre Anthony changera la grande véranda en chambre et salle-d’eau

c’est du rêve qu’on touche à pleines mains des êtres comme ça

Marylène elle

elle me réserve les 3 salles de Chateaubernard du 15 Janvier au 15 Février 2024 pour l’expo retraçante qui annoncera la création de la FONDATION NIALA (Jacqueline et Alain Denèfle)

Tu vois plus la mesquinerie apparaître

la sorcière décroche le pendu

on est tout entier dans l’humanité vraie

de penser que tu es seul n’est plus possible

Merci Cécile, merci Patrice

S’y ajoutent les deux autres

plus des petits-enfants

je marche alors avec mes jambes

ça fait si longtemps que j’ai perdu le granit rose que je revois le sentier des Douaniers promener ses têtes dans le grondement des vagues

Pablo ça t’explique pourquoi je me sens Mousquetaire avec la Femme

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Niala-Loisobleu.

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25 Octobre 2023

MON TEST AMANT


MON TEST AMANT

Déchaussé de jambes

je trempe au tronc du sel

un concept uniquement d’amour

les yeux remplis de cette étoile

avant de les fermer

La main à pétrir

cette chair de couleur vive

je termine pour autoriser la signature

de l’oeuvre accomplie

en laissant un jeune assurer la suite

mes enfants retrouvés…

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Niala-Loisobleu.

24 Octobre 2023

ACCROCHE DANS DANS L’ESPACE


ACCROCHE DANS L’ESPACE

Les yeux séparés des jambes vu le manque de connaissances du temps qui reste, oser entreprendre pareil ouvrage, peut paraître considérablement inconscient. Tout ce monde à rassembler autour de LA DERNIERE PAGE pour la rendre en tous points conforme au souhait qui a présidé à l’idée de Fondation pour sauvegarder l’oeuvre est colossale

Entre les murs qui les portent, je regarde mes possibilités au contact de mes tableaux

Raccourcir tous les efforts en allongeant le temps , quelle drôle de métaphore, mais c’est bien la vraie à trouver

Carole dans son rôle ne cesse pas de participer au- delà de sa fonction d’aide-ménagère. Ce matin elle m’a proposé d’intégrer la petite véranda qui sert d’entrée en la débarrassant pour en faire l’atelier du présent

Ce fût mon premier atelier, et à l’idée de regrouper tout le rez-de-chaussée de la maison j’éprouve une jeunesse utile à l’oeuvre lancée

Dans cet espace où il faut intégrer la distance dans la proximité, l’aventure exalte ce qui sans elle deviendrait sinistre

Si cette Fondation se fait comme désiré, non seulement mon oeuvre sera sauvegardé, mais je partirai en ayant vaincu l’injustice en ayant réuni mes enfants après une séparation de 53 ans élaborée de toutes pièces

L’inspiration ne m’a jamais parue aussi constructive !

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Niala-Loisobleu.

18 Octobre 2023

TROUS NOIRS


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TROUS NOIRS

Nommer une blessure
avant qu’elle ne suppure
Partout l’objet du mépris
saigne et pustule
à bon escient
Nommer l’infamie rose sous ses dentelles
avant qu’elle n’implose
Partout l’homme se met à genoux
pleure et transpire
flétri par le deuil solitaire
Partout le malaise fleurit
L’empire du cadavre s’étend
Nommer une fosse une fois recouverte
semer dessus des glands
et passer votre chemin
car la mort est contagieuse
et son nom souillera vos lèvres
vos lèvres votre langue votre bouche
votre blessure

Dans un monde tout gris
Une femme étouffée dans sa graisse
Crie sa solitude
Deux mains crépitent
Dans un miroir d’encre
Une bouche pleine de viande
Blasphème et vocifère
La mayonnaise tourne
Et brouille les vitres
L’or et la tempête
Grondent au-dehors
La femme mange pour se faire connaître
Et meurt la bouche ouverte
Devant le sexe en érection
D’un veilleur de nuit
Dernier soubresaut de la boulimie

La porte est fermée de l’intérieur
Je suis en retard d’une heure
De maigres voiliers se rangent le long des murs
Leurs ancres au repos
Leurs voiles endeuillées
Un gros doigt se prélasse sur un canapé
D’un fusain léger il trace les contours d’un visage féminin
Signes de la virginité autre que l’hymen
Je suis hantée par des lambeaux absurdes
D’une phrase à peine entendue
Primitive épellation dans la nuit du temps perdu

L’angoisse tient le cœur
de sa petite main de fer
Dans le ventre de la géante la boue
s’agite
L’homme a tête de crocodile
mastique les boyaux
de la grappe
humaine
Des vers noirs s’éprennent
Des vers blancs gavés de chair
font des bulles
Où sont les vieillards de mer ?

Qu’il te souvienne
l’heure du soir
où nageaient au loin
les îles riantes
de notre amour
Qu’il te souvienne
le chien blanc
les yeux crayeux
le mufle flamand
assoiffé de puissance
sous le pansement de sa peur
Qu’il te souvienne
les perles du soleil
jetées sur le sable
comme autant de fosses profondes
dans la graisse douloureuse
de la chair coupée
Qu’il te souvienne
hélas mon amour hélas
de l’entour de ces murailles
où murmure la bouche écumeuse
de la belle morte ensevelie
Qu’il te souvienne
l’enchaînement des horreurs
de la nuit

Le monde est un oiseau
Il tape des pieds
Sur une tombe ouverte
Il picore le crâne d’un enfant
Mou sous son bec d’acier
Il bat des ailes
Il chante
Le monde est un oiseau qui chie

Tombés du soleil sur le rivage où
Nulle barque est amarrée
ceux qui pensaient mériter le ciel
virent clairement passer sur sa roue enflammée
un homme à tête de crapaud
La prudence exige de ne jamais laisser séjourner
l’ordure à la surface du sol
Une houle de sang et de fiente
gronde bave et revient
s’abattre sur la terre poudreuse de mort
Les voyageurs furent battus et ils perdirent leurs visages
Piétinés par un bousier géant roi de la peur gelée
L’homme à tête de crapaud roula sa roue grinçante
comme une vieille verrue
dans le trou noir spiralé de sa tombe
Un grand fracas de sabots brise la marmite
Un centaure déchiquetée comme une ombre
au coin du jour
aspire la sanie des cadavres pour nourrir sa progéniture
Le nœud du mariage serre le cou du cavalier
« A mort » hurlent les moines
écartant les jambes du cheval éventré
accolant leurs lèvres à ses plaies
ils pompent le sang du cheval et du cavalier
pour couler eux-mêmes liquides
vers quelle gloire obscure ?
Un batelier fou tente de gagner le large
sur sa barque abritée de suaires en pavois
mais déjà les êtres anxieux des profondeurs
lèvent la tête
leurs yeux sans paupières comme pondus
sur un amas de lamproies
blanches scories de la nuit gélatine
demandant leur dû de toutes leurs bouches suceuses
et le batelier quittant son banc
tombe dans la vase déferlante
du bateau de la vie il préféra la lame
Au loin errent des créatures fanées
mollement déformées dans leur étau placentaire
victimes de l’immense mâchoire qui galope sur la plage
gluante de ganglions entassés
« L’hygiène est satisfaite » brame-t-elle
arrachant les capons flasques de leur cachot
« Connaître c’est aimer » répond le crapaud sur sa roue translucide
tournant sur l’espace courbe d’une marine échancrée
attendant l’aube du matin qui ne poindra
plus jamais

La foule attendait sur la place
Le vent broutait l’herbe brin à brin
Une obscurité hostile étouffait les bêtes sauvages
Les grands arbres bégayaient de toutes leurs langues feuillues
La foule attendait sans sourciller
L’arrivée de l’insectes géant accourant enfin aux vivres
Jouant des pattes
Poussant du dos
Minaudant dans sa mince gaine cylindrique
Prêt à engloutir de ses grandes lèvres difformes
La nourriture faisandée
Des hommes
La foule attendait
Amas confus de membres disjoints
Le bousier géant et sa besogne ordurière
La foule attendait
Le vent bruissait dans les haillons de la forêt
Et le cauchemar voluptueux
Recourbait fortement
Les abdomens
Humides
Piteuse clôture dites-vous ?
Tel est le destin de la foule

Ecoute
le cri des courlis dans les roseaux
près de la mer
L’ombre passe sur la campagne
comme une main sur un visage lisse
Qui fermera les yeux de celle qui se meurt
dans l’écume des coteaux bleus
Les ramiers roucoulants de l’agonie
entourent le haut rocher de la solitude
Elle lutte contre l’asphyxie. La terreur
comme l’insecte tapi sous l’écorce d’un arbre en feu
Ecoute le cri des courlis dans les roseaux
c’est peut-être la mort qui passe

Ne faut-il pas être fou
A tout âge
De porter sa frayeur
Comme un masque de craie
Sur son visage
La bouche ouverte sur un cri
Les yeux blancs eux aussi
Ne faut-il pas être fou
Sous l’orage
De porter un fruit dans l’ornière
De son ventre
Plus apre qu’un abcès
Plus avide que l’absence
Un fruit plus nocif
Que la nuit
Plus pulpeux que la mort
Prêt à éclater prêt à exploser
Un fruit sans pépins
Fort de sa boulimie
Fruit maudit de la peur
Lubrique
Banquise

Un rideau d’anxiété s’enroule autour de ses jambes
L’angoisse loge dans son nombril
Ce tiroir matelassé à demi ouvert
L’homme cabré au-dessus d’une femme
Ainsi que le bâton à tête de cheval des anciens mimes
Flotte au-dessus d’une mare
L’homme essaie de conjurer les petits objets aux contours irréguliers
Qui envahissent sa gorge
Et l’empêche d’avaler
Du sang tombe de ses yeux
Comme les premières gouttes lentes
D’une lourde pluie d’été
Il jouit
Une trace sinueuse s’élance sur le parquet
Il gît
Un grand poids pèse sur son visage
La femme se démène pour cueillir son dernier souffle
Dans un sac de soie sauvage
Les cymbales et les tambours se sont tus
Qui va se marier ?

Faut-il respirer la mort pour guérir son esprit
L’érable sculpte le vent
Sans couteau
J’attends le tournant de la route
Bouche sèche d’insomnie
Ravie de peur
On abat des arbres dans mon cœur
Un pesant fœtus
Surgit des rafales de la nuit
L’humilité glissante du têtard
M’écoeure
Belle et sinistre promiscuité
Le vent bouge dans le miroir
J’ai le corps pourri dans la terre
Il est presque trop tard
Pour se réveiller

On ne vit pas avec les morts
Ils glissent sur le tapis roulant de l’oubli
Vers quels noirs pâturages
Ils flottent et tremblent dans le vent du soir
Leurs yeux se vident comme une baignoire
Leurs sexes atrophiés pendent
Entre leurs jambes enlisées
Dans la boue du souvenir
On ne vit pas avec les morts
Leurs bouches pleines d’ouate
Rient de nos vains efforts
Leurs soupirs affamés déchirent l’air
Nous nous sommes aimés
Mais ils ne se souviennent guère
Tout occupés comme ils sont
A jouir de leur deuil
Caracolant sur l’abîme
Comme chevaux de frise
Heureux dans l’horreur
Les morts passent leur chemin
Débonnaires et la tête vide.

 

Joyce Mansour

 

Marthe me reproche de vouloir partager la bonté que la nature m’a donné

tous ceux que j’aime

mes enfants et ceux qu’ils ont faits

jamais contents

n’en ont jamais assez

quand je mourrai le temps passera avant que je sois découvert

la poussière qui tombera sur ce qui sera à ramasser

sera seule à les incommoder

mon air sur terre ne peut plus être pompé

j’étouffe…

 

Niala-Loisobleu – 12 Août 2020