S’AIME A FORT


S’AIME A FORT

Milliards de grains agités

la vague au batteur des marées

monte en blanc les cônes des carreaux pris au marais

L’oiseau remonte à la source

un sein après l’autre, genou enfoncé dans l’ondulation des dunes qu’un mélèze domine à bras ouverts dans un chant de nos ailes

Sous le masque se joue mot à mot ce conte que l’intime veille à garder au fronton de l’édifice amoureux

Niala-Loisobleu – 25 Décembre 2020

ATTRIBUTS DE LA PROCHAINE EPOQUE


ATTRIBUTS DE LA PROCHAINE EPOQUE

Mes doigts de main gauche

hennissement dans l’ongulaire et d’un bout à l’autre des galops

la barbe moustachue

dans les étriers

J’éperonne Noël

pour le peint sur ce que Barbara va ensoleiller

Niala-Loisobleu – 25 Décembre 2020

L’AMOUR QUI N’EST PAS UN MOT


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Louis Aragon

L’AMOUR QUI N’EST PAS UN MOT

Mon
Dieu jusqu’au dernier moment
Avec ce cœur débile et blême
Quand on est l’ombre de soi-même
Comment se pourrait-il comment
Comment se pourrait-il qu’on aime
Ou comment nommer ce tourment

Suffit-il donc que tu paraisses
De l’air que te fait rattachant
Tes cheveux ce geste touchant
Que je renaisse et reconnaisse
Un monde habité par le chant
Eisa mon amour ma jeunesse

O forte et douce comme un vin
Pareille au soleil des fenêtres
Tu me rends la caresse d’être
Tu me rends la soif et la faim
De vivre encore et de connaître
Notre histoire jusqu’à la fin

C’est miracle que d’être ensemble
Que la lumière sur ta joue
Qu’autour de toi le vent se joue
Toujours si je te vois je tremble
Comme à son premier rendez-vous
Un jeune homme qui me ressemble

M’habituer m’habituer

Si je ne le puis qu’on m’en blâme

Peut-on s’habituer aux flammes

Elles vous ont avant tué

Ah crevez-moi les yeux de l’âme

S’ils s’habituaient aux nuées

Pour la première fois ta bouche
Pour la première fois ta voix
D’une aile à la cime des bois
L’arbre frémit jusqu’à la souche
C’est toujours la première fois
Quand ta robe en passant me touche

Prends ce fruit lourd et palpitant
Jette-z-en la moitié véreuse
Tu peux mordre la part heureuse
Trente ans perdus et puis trente ans
Au moins que ta morsure creuse
C’est ma vie et je te la tends

Ma vie en vérité commence
Le jour que je t’ai rencontrée
Toi dont les bras ont su barrer
Sa route atroce à ma démence

Et qui m’as montré la contrée
Que la bonté seule ensemence

Tu vins au cœur du désarroi
Pour chasser les mauvaises fièvres
Et j’ai flambé comme un genièvre À la
Noël entre tes doigts
Je suis né vraiment de ta lèvre
Ma vie est à partir de toi.

Louis Aragon

TOUR DE BRANCHE


TOUR DE BRANCHE

Plus élevée vient la senteur d’herbe au recul de l’ombre. Les feuilles se remplissent sans que cette pluie envahissante n’entraîne l’odeur de l’encre sanguine extraite du fruit à grains qui s’est écrasé quand j’ai serré le creux de ton coude. Ton genou a sursauté comme si la corde avait été dénouée. Odilon Redon a toujours de la vie dans le désespoir par nature. S’il octroie la parole au végétal c’est pour donner de quoi frémir à la tige qui tient raide contre le néant. Il se peut que l’on se demande où tout ceci mène. C’est vrai qu’en restant dans l’étroit de sa croix en signature on ne peut prendre un départ métaphysique. Poésie en mouvement, la mine trace le langage naturel de l’enfant. Alors de l’autre côté de la fenêtre j’ai lâché l’embrasse pour que le rideau quitte la pièce. Le motif commercial qui s’attache à chaque seconde de Noël a disparu quand je me suis souvenu de ma joie d’enfant en trouvant des oranges en me levant ce matin-là. Alors j’ai poussé ta présence au coeur des choses, La première feuille a tapé des pieds dans le ventre de sa branche-mère

, Des oiseaux ont fleuri le dai du lit .

Niala-Loisobleu – 24 Décembre 2020

UN BOUT DU TWOO


UN BOUT DU TWOO

Vent de bout dans le vague nimbé de grande lumière

ils disent voici Noël

je ne vois que l’arbre où nous sommes et cette branche sur laquelle nous nous sèvons

sans ôter les sabots au cheval

pour ne rien dételer de l’attelage

L »étoile tient ce jour accroché au pinceau vers du trait n’ô.

Niala-Loisobleu – 24 Décembre 2020

POÉSIE


POÉSIE

Poésie, jeu de cache-cache

mythe solaire

pressentiment de l’essentiel

«Lust zu fabulieren»

démon de l’imposture

Le poète sait que son être est une malédiction

Le plus grand de tous est
Paul de
Tarse

pour qui le corps est la maladie de l’esprit.

Et la peinture de
Van
Gogh, bible des pauvres,

est un équivalent plastique

aux fulgurantes épîtres.

Paul Neuhys

ANTONIO RAMOS ROSA – LE CYCLE DU CHEVAL


ANTONIO RAMOS ROSA – LE CYCLE DU CHEVAL

Cheval prêt à s’élancer, à gravir,

mais toujours la terre et le silence

soulèvent la maison et le chemin,

le tronc et la croupe, des noms forts.

Cheval de parole et de terre,

vaste par son nom et par son être,

il court le temps d’un regard sur la plaine,

ou se cabre embrasé sur les maisons.

Cheval à la fureur contenue,

écume d’un hénissement sur le mur

le plus haut de la terre, oreille

de la nuit en forme de cheval

sur l’horizon.

*

Il n’en finit pas le cheval d’être cheval

par son nom et par son corps,

par l’argile rouge et le taillis vert,

le commencement de la forme de son être.

Je me glisse à plat ventre pour le voir

dans la gloire de son champ d’herbe rase :

il respire l’air de son air

et la glaise du souffle immobile.

Le jour aussi gris qu’un pain de terre,

l’impatience de ces aines renforce

le marteau dont je bats le sommeil des champs.

*

T’écrire c’est me préparer à un nouveau jour,

un conflit d’étreintes et de fleurs dans la mer.

T’écrire c’est tomber amoureux de ton premier nom, la terre,

la maison, le sol ; les relier muscle après muscle

Jusqu’au goût chaud de ton haleine animale.

La blessure, la fureur blessée, emportée

par ton corps débridé dans le silence

d’un champ d’herbes hautes ; le silence

des noms du champ concentré

sur un mur blanc,

le chant et l’enchantement des choses nommées,

haute pierre, pluie froide, yeux enflammés,

herbes et fleurs,

la géométrie de ton pas sonne l’éveil

et de la dureté de la terre elle fait revenir le lieu

à son lieu initial, à ton nom de terre.

*

Où la bouche tombe tombe le soleil du cheval.

Ô bouche exaspérée dans les racines, dans les pierres,

bouche empoisonnée par le vert de la ténèbre.

Où est le soleil du cheval ? Rivière souterraine.

Flambeaux immergés, visions, noirs coutelas,

traverser le cheval, dominer l’espérance,

la patience est neuve, mais les lumières ne blessent plus

les yeux sans paupières, et le hasard commence

à perturber l’ordre qui mûrit les fruits,

à troubler la vue des champs et de la paix.

Là où la bouche tombe tombe le cheval et je tombe.

*

Les anges que je connais sont herbes et silences

dans un jardin l’après-midi. Quels sont les plus ardents ?

Faits de mer et de soleil, ils s’élèvent entre les vagues,

au milieu de femmes aux hanches de taureaux.

Mon deuil est fait de tables et de drapeaux guerriers.

C’est être sans l’espoir d’un corps, la bouche inconsolée,

le feu enflamme la poitrine, le front se détache du crâne,

le vide tourbillonne, c’est l’enfer céleste.

Je descends encore une marche avec l’ange infernal,

un remous d’herbes, un tourbillon de sang.

Qui me viendra en aide si j’ai perdu mon cheval ?

Antonio Ramos Rosa

Le cycle du cheval, Traduction du portugais par Michel Chandeigne, Poésie/Gallimard, pp. 21, 22, 27, 32 et 46.

ET TOUJOURS A PROPOS DU RISQUE EQUESTRE


ET TOUJOURS A PROPOS DU RISQUE EQUESTRE

Démonté et mis au sol je regarde le cheval sans penser lui en vouloir. L’injustice s’adresse toujours aux innocents, s’en étonner serait d’un manque de lucidité total. Il y des forces zodiacales contre lesquelles aucune résistance n’est possible. Les conjugaisons contraires vont s’entendre pour vous tendre la plus belle embuscade qui soit. Pour qui ne cesse de brandir l’espoir et l’amour comme les seules vertus à reconnaître dans un monde de brutes qui piétine et enlaidit le beau sans aucun scrupules, c’est plus honorable que tout. Ne pas succomber à la colère et s’égarer avec les oeillères qui viennent fausser l’entendement

MARCHE FORCÉE

Sur son pied droit brille une très ancienne boucle et sur l’autre, en l’air, la menace. N’approche pas de son domaine où dort tout le passé désagréable. Qui es-tu? Sans
prévoir ce qui devait être, un grand changement s’est produit!

Pour tout le reste, la morale d’autrefois serait un crime, et ne pas y penser une injustice. Jamais désirable, cette âme t’a conduit où tu es mieux, où tu es, mal, ce que tu
seras toujours avec les mêmes fatigues de toi-même, en arrière. C’est ton avance, ce qui te pousse et garde-toi de t’arrêter jamais.

Cependant, chaque jour qui te désespère te soutient. Mais va, le mouvement, le mouvement et pour le repos ta fatigue.

Pierre Reverdy

Remonte en selle et saute la haie, derrière les épines tu n’as pas changé, tu te montres depuis toujours tel que tu es. Aime et vas sans t’arrêter, tu es honnête et sans tromper. La colonne vertébrale est saine de moelle et d’esprit comme le corps.

Niala-Loisobleu – 23 Décembre 2020

LES DANGERS DE BALADE EQUESTRE


LES DANGERS DE BALADE EQUESTRE

Dans le creux des mains j’écope ma langue natale

la bêtise tire le vocabulaire comme on gâche l’eau en laissant les caniveaux ouverts

Je risque gros si je dis le nom de celui qui écrit pour le compte d’un autre

tout comme si je déclare qu’untel est d’un pays méditerranéen sans faire attention à ne pas devenir raciste

et puis là j’allais sur ma bille de bois descendant mon fleuve en état de joie, me déplaçant à la gaule quand on me dit non, pas d’atteinte à la pudeur

alors je suis descendu de bidet avant qu’on me dise de laisser la porte de la salle de bain femée quand je me baigne

C’est triste d’en arriver là dans un monde qui se roule dans la fange et se fait juge….

Niala-Loisobleu – 22 Décembre 2020

BERGERIES


BERGERIES

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Suppose

Que je vienne et te verse
Un peu d’eau dans la main

Et que je te demande
De la laisser couler

Goutte à goutte
Dans ma bouche.

Suppose

Que le vol d’un oiseau
Nous invite au voyage

Et que je te demande
De nous blottir en lui

Pour avec lui voler

A travers ta pénombre.

Suppose

Que près de toi mes jours
Aient un cours trop rapide

Et que je te demande
De faire de mon temps

Un temps de végétal
Pas pressé de fleurir.

Suppose

Que le bois de la table
Réclame ses racines

Et que je te demande
De nous y prendre ainsi

Qu’il ait surtout besoin
Du toucher de nos mains.

Suppose

Que la fleur soit si drue
Que c’est trop de défi

Et que je te demande

De m’apprendre à la voir

Sans penser que c’est nous
Que sa mort atteindra.

Suppose

Qu’un couple de mésanges
Cogne à notre fenêtre

Et que je te demande
De les laisser cogner

Jusqu’à ce qu’on nous parle
Un langage entendu.

Suppose

Que le ciel de la plaine
Soit jaloux de nous deux

Et que je te demande
Envers lui ce sourire

Qu’il attend de la terre
Depuis les origines.

Suppose

Que le chêne refuse

Nos corps contre son tronc

Et que je te demande
Que nous lui chantonnions

Le chœur de ses racines Étouffé dans ses feuilles.

Suppose

Que dans l’air chaud le blé
Parle encore de toi

Et que je te demande
D’aller lui rapporter

Que j’en sais davantage
Mais que j’aime écouter.

Suppose

Que tu m’ouvres les bras
Pour fêter le matin

Et que je te demande
De ne pas me garder

Tant que je ne sais pas
Cerner mes cauchemars.

Suppose

Que nous ne soyons pas
Si contents de nous-mêmes

Et que je te demande
De rappeler à nous

Ces moments où j’ai lu
La gloire dans tes yeux.

Suppose

Que le ciel soit trop près
De nos corps extasiés

Et que je te demande
De lui faire accepter

Que nous ne voulons pas
L’avoir comme témoin.

Suppose

Que la feuille du chêne
Te réclame auprès d’elle

Et que je te demande
D’y rester jusqu’au jour

Où ce sera mon tour
D’être appelé par elle.

Suppose

Que la rose ait envie
De devenir bluet

Et que je te demande
Que nous nous appliquions

A l’écœurer du bleu
Des mers azuréennes.

Suppose

Que je voie la pervenche
N’en pouvant plus d’attendre

Et que je te demande
De lui annoncer, toi,

Que ce n’est pas la peine,
Qu’il est déjà venu.

Suppose

Que les herbes grandissent
Plus haut que les terrils

Et que je te demande
Que nous sachions en rire

Comme si c’était nous
Qui prenions la revanche.

Suppose

Que la lune apparaisse
Quand nous ne voulons pas

Et que je te demande
De tout accepter d’elle

Pour qu’elle aille sa route
Et nous laisse à nous-mêmes.

Suppose

Que ce soit le rocher

Qui frappe à notre porte

Et que je te demande
De le laisser entrer

Si c’est pour nous conter
Le temps d’avant le temps.

Suppose

Que tout, sous nos regards,
Soit pris d’un tremblement

Et que je te demande
De garder notre calme,

Tout en faisant semblant
De trembler comme eux tous.

Suppose

Que je coupe la terre
En deux parties égales

Et que je te demande
Laquelle tu choisis,

Celle où je sombrerai,
Celle qui voguera.

Suppose

Que la nuit ait envie
De te prendre pour reine

Et que je te demande
De lui faire accepter

Qu’elle ait à se venger
Sur moi de ton refus.

Suppose

Que le feu te raconte
Sur moi des infamies

Et que je te demande
De croire ce qu’il dit

A moins que tu ne t’offres
A l’épreuve du feu.

Suppose

Que la montagne s’ouvre
En s’avançant sur nous

Et que je te demande
Que nous restions à rire

Du mal que l’on se donne
Rien que pour nous gober.

Suppose

Que nous soyons ensemble
A respecter le soir

Et que je te demande
De le couvrir du sang

De la bête qui vient
Nous humer dans la nuit.

Suppose

Que l’horloge s’arrête
En éclatant de rire

Et que je te demande
De lui dire que rien

N’est changé pour cela
A ce que fait le temps.

Suppose

Qu’un cuivre nettoyé

Se transforme en orchestre

Et que je te demande
De lui faire accepter

Que nous aimons bien mieux
L’accord de son silence.

Suppose

Que nos cailloux se mettent
A hurler tous ensemble

Et que je te demande
De les faire se battre

Et de chanter victoire
Avec le survivant.

Suppose

Que tout à coup le mur
S’effondre devant nous

Et que je te demande
De croire que c’est lui

Qui a voulu répondre
A notre vœu secret.

Suppose

Que sans raison la porte
Se fracasse à nos pieds

Et que je te demande
Si ta peur est plus grande

Depuis que le silence
A lâché sa menace.

Suppose

Que l’espace en courroux
Veuille nous séparer

Et que je te demande
De répéter mon nom,

De le crier toujours
Dans le tohu-bohu.

Suppose

Que la pluie te raconte
Qu’elle envahit la terre

Et que je te demande
De voir à travers moi

Que le soleil la gifle
Et la fait remonter.

Suppose

Que le train nous déverse
Dans quelque terrain vague

Et que je te demande
D’effacer de ce ciel

Ce qui se reproduit

Dans tant de cauchemars.

Suppose

Que je n’aie rien à faire
Que d’attendre la nuit

Et que je te demande
De vouloir qu’elle arrive

Avec tout le retard

Que l’on peut mettre à vivre.

Suppose

Que l’univers entier

Ne soit plus que terreur

Et que je te demande
D’user de tes regards

Pour qu’au moins la prairie
Cède à notre sourire.

Suppose

Que pour moi l’étendue
Soit de l’ordre du cri

Et que je te demande
De ramener son règne

A la plainte habitant
Le creux des coquillages.

Suppose

Que la mer ait envie
De nous voir de plus près

Et que je te demande
D’aller lui répéter

Que nous ne pouvons pas
L’empêcher d’être seule.

Suppose

Que près de nous la mer
Se mette à grommeler

Et que je te demande
De n’avoir d’autre peur

Que celle que nous donne
Son silence étranglé.

Suppose

Qu’il n’y ait que le vent
A rencontrer sur terre

Et que je te demande
De souffler à sa place

Et d’agir avec moi
Comme avec un trois-mâts.

Suppose

Que je me laisse un jour
Marcher sur l’océan

Et que je te demande
De m’appeler pour voir

Si ton cri peut changer
Mes rapports avec l’eau.

Suppose

Que la vague et le sable
Jurent de te dissoudre

Et que je te demande

De m’étreindre à ce point

Qu’on ne puisse te prendre
Et me laisser un corps.

Suppose

Que la nuit me rejette
Quand je suis sans refuge

Et que je te demande
De me garder à toi

Pour affronter le noir
Sans redouter sa haine.

Suppose

Qu’il parle trop ce chêne
Où nous avons appui

Et que je te demande
D’obtenir qu’il se charge

Tout seul de son secret,
Pas plus lourd que le nôtre.

Suppose

Que le soleil couchant
S’en aille satisfait

Et que je te demande
D’aller lui réclamer

Ce qu’il doit nous payer
Pour sa journée de gloire.

Suppose

Que cet arbre et ce mur
M’imposent de les voir

Et que je te demande
De me donner la force

De passer devant eux
En ne voyant que toi.

Suppose

Que le jour et la nuit
Confondent leurs horaires

Et que je te demande
De m’aider à trouver

Comment faire un matin
Quand il n’y en a pas.

Suppose

Que le soleil se mette
A envahir la terre

Et que je te demande
D’être avec moi la glèbe,

La mer et le soleil
Pour la dernière fois.

Suppose

Que s’ouvrent sous nos yeux
Tous les toits de la ville

Et que je te demande
De choisir la maison

Où, le toit refermé,
Tu aimeras la nuit.

Suppose

Que nous soyons devant
La bougie allumée

Et que je te demande
Si tu comprends pourquoi

Nous en avons besoin
Pour nous réinventer.

Suppose

Que le lit nous ramène
A nos trois dimensions

Et que je te demande
D’accepter avec moi

Que nous le reprenions
Comme aire de départ.

Suppose

Que je veuille épouser
La plaine et l’océan

Et que je te demande
Que cela se situe

Dans la complicité
De ton corps exaucé.

Suppose

Que je sois fatigué
D’avoir trop travaillé

Et que je te demande
De te pencher sur moi,

De regarder ailleurs
Et d’ouvrir ton corsage.

Suppose

Qu’un oiseau dans l’hiver
Chante comme on triomphe

Et que je te demande
D’accompagner la plaine,

De façon qu’elle aborde
Au niveau de ce chant.

Suppose

Qu’un ange rencontré
Nous offre un paradis

Et que je te demande
Que nous nous écartions

Et le laissions tout seul
Raconter son velours.

Eugène Guillevic