POUR AILLEURS – NIALA 2021 – ACRYLIQUE S/TOILE 46X38


« POUR AILLEURS »

NIALA

2021

ACRYLIQUE S/TOILE 46X38

Au-dessus de la ligne de clôture

dans le rail migratoire où les oiseaux balaient la voie

De treilles en carrés de légumes, ce vaste jardin poitrinaire aux fruits pleins

s’accompagne de l’escorte des dauphins

pour alimenter le compotier

depuis les claies où paisiblement paissent plus de 40èmes ruminants

Epaulées aux venelles le long des flancs à la hanche des maisons blanches

portes, fenêtres percent l’humeur murée du mâle blanc pour la domestiquer à la tolérance

Des fleurs cueillies

à la fourche

aux rais

et aisselles

l’alambic tire la renarde et le loup à crever la nuit d’en vie

Il est cet autre monde

l’Ailleurs

écartelé comme il dense

un visage où l’enfance ne s’efface pas au nubile

mais demeure

passée la première ride.

Niala-Loisobleu.

26 Mai 2021

EN TRAIN


EN TRAIN

Les pas du sommeil accompagné se chaussent au quai du départ de la journée

C’est rose sans autre espoir que ton sourire en marge

Le bruit sur les rails traverse les années, j’ai toujours eu la voix ferrée de proximité

Des heures prises dans les encombrements faisons cet arrêt au quai de notre gare

L’enfant pousse sur les manivelles de son cheval à bascule la montée de sève de sa racine amoureuse

On peut apercevoir la voile hissée sur son mât, passer la jetée du port par le hublot de la locomotive.

Niala-Loisobleu – 25 Mai 2021

SANS EMPHASE LUNAIRE


SANS EMPHASE LUNAIRE

La chatière bat encore derrière le passage animal

Ronde comme une chaîne d’enfants autour de l’arbre, la lune gonfle sous l’effet solaire au retour sur l’aire de rendez-vous

A part ce grand-duc que rien n’effraie à c’t’heur, les oiseaux dorment en rêvant sans doute aux fruits qui poussent

Son hululement montre que sa garde à vue n’est pas à confondre avec un méfait

Mais à bien considérer est comme un naturel manifeste amoureux resté au foyer

Sans sortie ubuesque en un quelconque trou à rat touristique de Mai arrangé avec éclipse de chaleur

Ici à mi-journée ce qui reste du seoir poursuit son chemin sans s’empoisonner à renifler un parechoc nicotineux.

Niala-Loisobleu – 24 Mai 2021

L’AVENTURE MARINE – RENE-GUY CADOU (Gilles Servat)


Daria Petrilli http://www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com

L’AVENTURE MARINE – RENE-GUY CADOU

(Gilles Servat)

L’aventure marine

Sur la plage où naissent les mondes

Et l’hirondelle au vol marin

Il revenait chaque matin

Les yeux brûlés de sciure blonde

Son cœur épanoui dans ses mains

Il parlait seul. Son beau visage

Ruisselait d’algues. L’horizon

Le roulait dans ses frondaisons

D’étoiles et d’œillets sauvages

Amour trop fort pour sa raison

« Soleil, disait-il, que l’écume

Soit mon abeille au pesant d’or

Je prends la mer et je m’endors

Dans la corbeille de ses plumes

Loin des amis restés au port

Ah que m’importent ces auberges

Et leurs gouttières de sang noir

Les rendez-vous du désespoir

Dans les hôtels meublés des berges

Où les filles font peine à voir

J’ai préféré aux équipages

Le blanc cheval de la marée

Et les cadavres constellés

Qui s’acheminent vers le large

À tous ces sourires navrés

La mort s’en va le long des routes

Parfume l’herbe sur les champs

Il fait meilleur dans le couchant

Parmi les anges qui écoutent

Les coraux se joindre en tremblant »

Il disait encor maintes choses

Où de grands cris d’oiseaux passaient

Et des feux rouges s’allumaient

Sur sa gorge comme les roses

Dans les premiers matins de mai

On vit s’ouvrir les portes claires

Les sémaphores s’envoler

Et des ruisseaux de lait couler

Vers les étables de la terre

D’où l’homme s’en était allé

Ébloui par tant de lumière

Il allait regardant parfois

La fumée courte sur le toit

L’épaule ronde des chaumières

Sans regretter son autrefois

Car il portait sur sa poitrine

Les tatouages de son destin

Qui disent « Soleil et bon grain »

À tous les hommes qui devinent

L’éternité dans l’air marin.

René-Guy CADOU.

Recueilli dans Les poètes de la vie :

œuvres inédites d’auteurs contemporains,

choix de Louis Vaunois et Jacques Bour, 1945.

EVASION D’AILES EN ÎLES


Daria Petrilli http://www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com

EVASION D’AILES EN ÎLES

Cet harmonica qui, baluchon sur l’épaule, prend la mer en bon Capitaine

Alors que des huîtres qui baillent interpellent le hasard pour le sens à donner à sa traversée

A bord

Autour

Franchissant l’horizon caudal

Un vrai bleu déploie du peint saut, une sorte de courant conducteur sous la quille

En tournant les existentielles questions de manière à faire mieux qu’un raté de soufflé

Passe un vol de migrants plumés en grand pavois sur le cimetière marin, le reverdit, d’un largage de fientes en riant comme un gosse de ses niches

Et souffle dans l’instrument chromatique

Etirant la Pentecôte jusqu’au soleil

L’accroche en haut du mât

Pour mariner la moule au bouchot dans un coin d’herbe face au large inaccessible aux touristes.

Niala-Loisobleu – 23 Mai 2021

QUELLE VERITE ENSOLEILLANTE !


QUELLE VERITE ENSOLEILLANTE !

De la pénombre qui arrivait au moment où les oiseaux étaient rentrés dans leur chambre à ce Dimanche qui se frotte les yeux, il me semble que rien autour n’est plus tout à fait pareil

Oui c’est différent d’atmosphère, il pleut toujours, seulement je n’ouvre pas de parapluie pour sortir

Je suis imperméable aux pannes de secteur

De l’atelier m’arrive un autre bord de mer que celui que les affolés de la route se sont inventés pour répondre à la rumeur de Pentecôte

Le visage qui m’a dit bonjour quand j’ai croisé le chevalet, pas de doute, c’est celui du « POUR AILLEURS »

Comme tes mots l’ont commenté:

-Oooh…

Le regard vers la seule fenêtre qui n’est pas de ce monde…

Voilà le bien-être qui vous ouvre la journée

Quelle vérité ensoleillante !

Niala-Loisobleu – 23 Mai 2021

VOCALISES


VOCALISES

Soleil du soir aux thermes des averses du jour

dans les caprices d’une saison en dérive

mon bain trempe en toi

à hôte voie…

Niala-Loisobleu – 22 Mai 2021

Les cris d’écoliers dans les cours (Lucien Massion / Philippe Bizais)- Jacques Bertin


Photo de Robert Doisneau

Les cris d’écoliers dans les cours (Lucien Massion / Philippe Bizais)- Jacques Bertin

Les cris d’écoliers dans les cours
La pierre blanche au carrefour
Ce signe tracé dans le sable
L’étoile posée sur la table

Ce regard dans la foule hostile
Ce jardin doux des trèfles tendres
Ce printemps du mois de novembre
Cet été dans l’hiver civil

Femme inconnue aux cent visages
Mystérieux livre d’image
Le vol au loin des grands oiseaux
Le chant glissant sur les roseaux

La nuit toute mouillée de roses
La soie des matins vénéneux
Ces îles blanches dans mes yeux
Et ce printemps des ecchymoses

Le soleil dans les rues barrées
Et la rhapsodie des marées
Ma part de pain ma part de rêve
Ce point d’aube au bord de ma lèvre

Femme inconnue aux cent visages
Mystérieux livre d’image
Le vol au loin des grands oiseaux
Le chant glissant sur les roseaux

Septembre 2016
Prologue à Dans la vitre de l’aube, recueil de Lucien Massion
C’est beau, ce qu’il fait, Lucien…

On s’était croisés à Nantes, en 1977. Mais on s’est vraiment connus « à la Sainte-Baume », quelques années plus tard. Fondées par Pierre-Georges Farrugia, ces Rencontres de La Sainte-Baume furent pendant une dizaine d’années un extraordinaire consistoire, congrès, colloque, pot de confiture de l’amitié. Dans cet ancien monastère dominicain du Var, chaque été, 120 enthousiastes passaient dix jours à écouter, apprendre, travailler la chanson. La Chanson. Nous en fûmes tous deux ; lui, comme stagiaire ; moi, comme animateur.

C’était un Nantais. Fervent, discret, intègre. Il fut chanteur – avec Philippe Bizais, un Nantais comme lui, qui mettait ses textes en musique et l’accompagnait au piano. Il publia un disque (L’ombilic, 1987), enregistré dans un des meilleurs studios de la capitale et orchestré par Michel Devy, briscard talentueux de la profession. Il eut pour parrains quelques-uns des grands de la Chanson Française.

Puis et mais, on regretta qu’il arrêtât…

Aujourd’hui, il se décide à publier. Pas trop tôt ! C’est beau, ce qu’il fait, Lucien. Il est loin des modes de la poésie française « contemporaine » (l’officielle, que personne ne lit) ; tant mieux. Lui, c’est le vers qui chante, l’urgence des sentiments à dire, le désir de fraternité.

Voyez comme ces textes sont utilitaires : dédiés à celui-ci, à celui-là, des proches, des amis, des silhouettes dans le grand beau paysage de l’amitié… Juste de la poésie utile. De celle qu’on aime.
 
Jacques Bertin
Ce livre est disponible à la Librairie Mollat
Janvier 2012 Philippe Bizais 
Notre ami Philippe Bizais est décédé le 23 décembre 2011, à Nantes, à l’âge de 57 ans.Pianiste et compositeur (notamment de chansons avec Lucien Massion, pour le disque l’Ombilic, en 1987), il avait été l’accompagnateur de Gilles Servat, ainsi que du duo Hélène et Jean-François ; il avait participé activement jadis aux rencontres de la Sainte-Baume ; il accompagnait l’atelier d’interprétation de Jacques Bertin depuis le début, en 2005.Notre affection lui fait une bonne place dans notre mémoire
.Jacques Bertin