LA CINQUIEME SAISON- RENE GUY CADOU


LA CINQUIEME SAISON – RENE GUY CADOU

‘il faut nommer le ciel je commence par toi 

Je reconnais tes mains à la forme du toit 

L’été je dors dans la grange de tes épaules 

Les hirondelles de ta poitrine me frôlent 

Dressées contre ma joue les tiges de ton sang 

Le rideau de ta chevelure qui descend 

Je te cache pour moi dans la ruche des flammes

Reine du feu parmi les frelons noirs des âmes 

Par l’automne épargné tes yeux sont toujours verts 

Les fleuves continuent de passer au travers

Ton souffle achève au loin le clapotis des plaines 

On ne sait plus si c’est le soir ou ton haleine 

En hiver tu secoues la neige de ton front 

Tu es la tache lumineuse du plafond 

Et je ferme au-delà des mers le paysage 

Avec les hautes falaises de ton visage 

L’étrave du printemps glisse entre tes genoux 

Lentement le soleil s’est approché de nous. 

Tu traverses la nuit plus douce que la lampe

Tes doigts frêles battant les vitres de ma tempe

Je partage avec toi la cinquième saison 

La fleur la branche et l’aile au bord de la maison 

Les grands espaces bleus qui cernent ma jeunesse

Sur le mur le dernier reflet d’une caresse. 

VENUES DE LA CHANSON DE CADOU


VENUES DE LA CHANSON DE CADOU

A l’angle gardant l’endroit bien clos, l’abondante Barbara, ma clématite saute gaillarde et touffarde de son bleu qui a du croiser un jour de poésie, en traversant un pré de lavande

J’avais du rouge de Cadou à la boutonnière

le soleil qui se faisait rare en a eu quelque jalousie

au point de s’asseoir au premier rang pour se faire voir

Alors j’ai ri comme une Pâques de gamin courant l’herbe pour trouver l’oeuf, avec l’idée de nettoyer les pieds de la terrasse

Karcher, jeu d’ô joue Vivaldi

Pile ou face ?

Les fesses resteront debout le temps de descendre jusqu’à la grille après être passé entre tous les pots

Quand il est descendu le store, il en revenait pas

Confiné depuis des couvre-feu et autorisation à produire depuis un temps si long qu’il en avait perdu la vision du jardin

Chacun sa fête

La mienne fut telle qu’il en reste à vouloir la raconter

Un rapport physique associé au plaisir de mon âme, voilà j’appelle ça, dans mon vocabulaire, faire l’amour et en jouir de tout ce qui s’appelle vivre bien

Niala-Loisobleu – 28 Mai 2021

LA FLEUR ROUGE – RENE GUY CADOU


LA FLEUR ROUGE RENE GUY CADOU

LA FLEUR ROUGE

À la place du ciel
Je mettrai son visage
Les oiseaux ne seront
Même pas étonnés

Et le jour se levant
Très haut dans ses prunelles
On dira « Le printemps
Est plus tôt cette année »

Extrait de « Hélène ou le Règne Végétal »

René Guy CADOU

HAUTE-COUR


HAUTE-COUR

Une colline, quelques poules et mon peint saut

j’ai fermé les yeux

Des fleurs partout

ah l’odeur de peau qui refuse de céder à la fatigue

Dans l’arbre mes reins relèvent la crête

pour emmener le fond du jardin plus loin à vol d’oiseau

Ailleurs où le foisonnant d’herbe

parle le chien sans que l’écume du jour s’en étonne.

Niala-Loisobleu – 27 Mai 2021

LETTRE A MARIE – JACQUES REDA


   
  
  

LETTRE A MARIE – JACQUES REDA

Vous m’écrivez qu’on vient de supprimer le petit train d’intérêt local qui, les jours de marché, passait couvert de poudre et les roues fleuries de luzerne.
Devant le portail des casernes et des couvents.
Nous n’avions jamais vu la mer.
Mais de simples champs d’herbe
Couraient à hauteur de nos yeux ouverts dans les
jonquilles.
Et nos effrois c’étaient les têtes de cire du musée,
Le parc profond, les clairons des soldats,
Ou bien ce cheval mort pareil à un buisson de roses.
Des processions de folle avoine nous guidaient
Vers les petites gares aux vitres maintenant crevées,
Abandonnées sans rails à l’indécision de l’espace
Et à la justice du temps qui relègue et oublie
Tant de bonheurs désaffectés sous la ronce et la rouille.
Depuis, nous avons vu la mer surgir à la fenêtre des
rapides
Et d’autres voix nous ont nommés, perdus en des jardins.
Mais votre verger a gardé dans l’eau de sa fontaine
Le passé transparent d’où vous nous souriez toujours


Les bras chargés d’enfants et de cerises.

Je pense aux jours d’été où vous n’osez ouvrir un livre

À cause de ce désarroi de cloches sur les toits.

N’oubliez pas.

Dites comme nos mains furent fragiles dans la vôtre —

Et qu’ont-ils fait de la vieille locomotive ?

Jacques Réda

DESSEIN INCONNU A LA FENÊTRE


DESSEIN INCONNU A LA FENÊTRE

Par le bruit d’eau dans les canalisations, la présence s’approche de la fenêtre

Pieds nus elle va de la table de toilette où sur le marbre le broc de porcelaine rempli la cuvette

Dans l’intervalle, le tapis intercale d’une étape le sol de tomettes, un espace de chaleur lui remonte le long des cuisses jusqu’au ventre.

Deux pigeons roucoulent entre les jardinières

L’aube rosit au travers du lierre des géraniums.

Du laitier qui a laissé son passage à côté des nouvelles du jour.

Rien qui vaille

Je choisis le bruit de pattes des oiseaux qui conversent au-dessus de ma tête sur le zinc de la toiture

Ce grain de beauté m’interpelle par l’endroit où la nature l’a logé

De quoi remonter entre l’insignifiant d’une toilette à la mode au départ de la genèse

Du goût que j’ai pour le fond des choses, j’aime mieux quand tes seins tombent du soutien-gorge que cette arrogance que leur donne l’armature

Sans compter que la grâce généreuse que la chute leur confère donne à l’oreille des désirs d’écouter le coeur s’exprimer

T’es mon village

Mon tertre

Mon père aurait motif d’y planter son chevalet

Regarde voici la Cité, l’Île-St-Louis

Laisse-moi tremper dans ton reflet.

Niala-Loisobleu – 27 Mai 2021

JE M’EVADE… RENE-GUY CADOU


JE M’EVADE… RENE-GUY CADOU

Je m’évade


Sous les coquilles rompues du soir
Avec mon sac d’étoiles dans ma poche,
Ma fronde à tuer les heures
Et mon sifflet de merisier,
En échange de quelques larmes
De quelques morsures sous le sein
– Que je comptai à ma jeunesse –
Une nuit vierge de sang.
Tout est là dans cette tendresse de feuilles

AUJOURD’HUI ET DES MAINS EN CORPS


AUJOURD’HUI

ET

DES MAINS EN CORPS

Le bord de la falaise est onglé de bruyères

Roses rochers qui côtoient granit et sable en faisant des visages au bruit des vagues

A l’approche du gouffre l’aria exporte un appel ras d’eau au duo

Comme ça bat en éclabousse l’embrun qu’à l’immersion des seins les oiseaux se posent entre deux plongeons

Sabbat plus en corps

A l’approche de l’estuaire

Grand-crique me croque

Bernique on s’en va pas

Restons-là

A la pointe du phare

Pêcher à la ligne de vie de la naissance au bout d’empan

Noblesse des mots peints que la main dans la tienne

Des cris par chemin de ta peau

Niala-Loisobleu – 26 Mai 2021