DU BOUTON


DU BOUTON

Col ouvert , la poitrine sortie du coin sombre, le bouton relève le nez, il a vu les rares hirondelles qui s’en sont échappées. Elles sont trois à discuter sur le fil du temps où elles venaient en bande à cet endroit. Un chat se glisse sous la haie, sans bruit mais à dessein. Je suis là, tu es juste en face, le linge propre étendu claque au vent. Une meule déchire le silence, sale môme. Mais le bavardage s’écarte, tu viens de défaire un troisième bouton. L’oiseau pique une tête, hum il a soif. Les derniers iris penchent comme une couleur franche d’un passage d’ocre, Vincent a l’oreille entre les barreaux , sa main serre le haut de la robe de l’asile qui le retient au fond des gros ormeaux, fou allié à une espèce de bonheur qui n’a toujours pas trouvé de mots d’explication. On enferme les innocents plus naturellement que les psychopathes collectionneurs de crimes en tous genres. Le marchand de glaces crie aux vies triées. Le dernier bouton me coupe un instant le souffle. Ce que tu éclos n’a pas de nom tellement c’est beau. Comme ça nu tout simple, sans truc d’emballage. Le reste en accordéon me jette à l’eau dans la joie de la nage.

Niala-Loisobleu – 31 Mai 2021

LES MAINS D’OR PAR JULIETTE GRECO (LAVILLIERS)


LES MAINS D’OR PAR JULIETTE GRECO (LAVILLIERS)

Un grand soleil noir tourne sur la vallée
Cheminée muettes – portails verrouillés
Wagons immobiles – tours abandonnées
Plus de flamme orange dans le ciel mouillé

On dirait – la nuit – de vieux châteaux forts
Bouffés par les ronces – le gel et la mort
Un grand vent glacial fait grincer les dents
Monstre de métal qui va dérivant

J’voudrais travailler encore – travailler encore
Forger l’acier rouge avec mes mains d’or
Travailler encore – travailler encore
Acier rouge et mains d’or

J’ai passé ma vie là – dans ce laminoir
Mes poumons – mon sang et mes colères noires
Horizons barrés là – les soleils très rares
Comme une tranchée rouge saignée rouge saignée sur l’espoir

On dirait – le soir – des navires de guerre
Battus par les vagues – rongés par la mer
Tombés sur le flan – giflés des marées
Vaincus par l’argent – les monstres d’acier

J’voudrais travailler encore – travailler encore
Forger l’acier rouge avec mes mains d’or
Travailler encore – travailler encore
Acier rouge et mains d’or

J’peux plus exister là
J’peux plus habiter là
Je sers plus à rien – moi
Y a plus rien à faire
Quand je fais plus rien – moi
Je coûte moins cher – moi
Que quand je travaillais – moi
D’après les experts

J’me tuais à produire
Pour gagner des clous
C’est moi qui délire
Ou qui devient fou
J’peux plus exister là
J’peux plus habiter là
Je sers plus à rien – moi
Y a plus rien à faire

Je voudrais travailler encore – travailler encore
Forger l’acier rouge avec mes mains d’or
Travailler encore – travailler encore
Acier rouge et mains d’or…

L’ARCHE DE NOE


L’ARCHE DE NOE

Beaucoup de bicyclettes plus loin et nombre de chevaux en sus

apparaissent les progénitures parties après leur crachat dans la soupe

La baraque foraine du jeu de massacre bée face au large

qui aurait dit que du bon peut sortir de l’aigre

personne à moins de remonter plusieurs générations

Bah mais l’amer a pas résisté à la lune d’hier

l’innocent ne doit pas se croire coupable

la marée-basse fait du lundi le jour de lessive

Pendant qu’il reste du soleil faut hisser l’arc autour du phare pour lui nettoyer l’oeil chassieux

un chat noir ne fait pas ombrage sur le ventre de la plage

ça apaise le mal de do

L’occasion de tirer les voiles de la baraque d’hivernage du tendre

pour fêter la mer sans réserve reste la réalité où s’appuyer

Marie je passe par l’huis de ton bouton en arcade pour rejoindre le loin et je t’en brasse.

Niala-Loisobleu – 31 Mai 2021

PAS-DE-PORTE – NIALA 2021 – ACRYLIQUE S/TOILE 55X38


« PAS-DE-PORTE »

NIALA

2021 –

ACRYLIQUE S/TOILE 55X38

A l’alignement de la côte les cigognes lâchent

un envol de montgolfières

ô couleurs vagissant pour tirer l’horizon de son ornière

Des eaux de nefs, du pont ou bien durant

l’ombilic ne se coupera jamais de la lumière même en grève de soleil

Que l’ombre se prostitue

soit infâme

qu’importe la tendresse bordel ils seront là pour leur part d’héritage

L’enfant d’ailleurs lui, il est là sans la plus petite faille

à l’angle du paysage

au pas-de-porte pour suivre

prés natales collines à dessein maternel

remparts de maison-mère du coeur-bleu

le solide maillon d’une union qui fait sa chaîne

Niala-Loisobleu.

30 Mai 2021

FEUILLETS D’ HYPNOS


René Char

FEUILLETS D’ HYPNOS

(fragments

L’intelligence avec l’ange, notre primordial souci. (Ange, ce qui, à l’intérieur de l’homme, tient à l’écart du compromis religieux, la parole du plus haut silence, la
signification qui ne s’évalue pas.
Accordeur de poumons qui dore les grappes vitaminées de l’impossible.
Connaît le sang, ignore le céleste.
Ange : la bougie qui se penche au nord du cœur.)

Vous serez une part de la saveur du fruit.

Amis, la neige attend la neige pour un travail simple et pur, à la limite de l’air et de la terre.

L’acte est vierge même répété.

Le poème est ascension furieuse ; la poésie, le jeu des berges arides.

Si l’homme parfois ne fermait pas souverainement les yeux, il finirait par ne plus voir ce qui vaut d’être regardé.

Notre héritage n’est précédé d’aucun testament.

On ne se bat bien que pour les causes qu’on modèle soi-même et avec lesquelles on se brûle en s’identifiant.

Agir en primitif et prévoir en stratège.

Nous sommes des malades sidéraux incurables auxquels la vie sataniquement donne l’illusion de la santé.
Pourquoi •>
Pour dépenser la vie et railler la santé ?

(Je dois combattre mon penchant pour ce genre de pessimisme atonique, héritage intellectuel…).

René Char

Ma pensée particulière pour nos enfants en ce jour de Fête des Mères, que notre santé n’intéresse aucunement mais doivent aujourd’hui se dire on approche de l’héritage…

N-L

CHAT VA BIEN


CHAT VA BIEN

Au coin de douces larmes

l’oiseau se baigne de rosée

Il est encore contre toi avec le chien noir

à étendre du bleu de chaque côté du lit

Jour de fête

la mer se robe d’écume

Pour faire une couronne sur la tête de l’île je vais sortir le cheval, l’atteler, puis nous irons au varech remplir le tombereau de ton iode

Je sens un bon jour s’étendre au chemin doux ânier .

Niala-Loisobleu – 30 Mai 2021

L’ENFANT PRECOCE


L’ENFANT PRECOCE



Une lampe naquit sous la mer
Un oiseau chanta
Alors dans un village reculé
Une petite fille se mit à écrire
Pour elle seule
Le plus beau poème
Elle n’avait pas appris l’orthographe
Elle dessinait dans le sable
Des locomotives
Et des wagons pleins de soleil
Elle affrontait les arbres gauchement
Avec des majuscules enlacées et des cœurs Elle ne disait rien de l’amour
Pour ne pas mentir
Et quand le soir descendait en elle
Par ses joues
Elle appelait son chien doucement
Et disait
« Et maintenant cherche ta vie ».

René Guy Cadou

LONG DE CÔTE


LONG DE CÔTE

Au penché du bruit des vagues

l’oreille au coquillage

l’horizon bombe sa poitrine

tandis que la maison s’arrime l’âme à la folle avoine

Bleu vers le retour du soleil

interrompu par une averse

qui dresse le fané

de son éternel sauvage espoir

les nuages ne sont pas à craindre

Niala-Loisobleu – 29 Mai 2021

MAGIE QUOTIDIENNE


MAGIE QUOTIDIENNE

Entre le jour et la nuit il y a l’épaisseur d’un carreau dans lequel la lumière se dresse comme autant de hautes fougères.

Au ras du sol, les feuilles les plus lisses se préparent à recevoir le soleil qui va passer de l’une à l’autre en allumant les fanaux de la rosée.

Les sources se contractent de tout leur ventre

à mesure que le matin marche sur elles

et les herbes fumantes d’aube se séparent

pour mieux sentir le poids de chaque éclat de clarté.

Soudain les oiseaux font une pause

parce que leur cœur bat plus fort que leur chant,

les trains sortent de la nuit

comme de la plus grande gare du monde.

Et c’est le jour porté de hauteur en hauteur, renversé dans les lits de la verdure.
Le monde est enfin clair comme une goutte où la lumière tombe, frappée de vertige.

La campagne s’abandonne au premier ruisseau venu.
C’est contre ses berges, c’est par-dessus son eau qu’elle arrondit sa pleine poitrine d’herbes, c’est en lui qu’elle se sent la plus nue.

On passerait sa vie à rester immobile

loin des villages caillés, loin des routes trop sûres,

avec la respiration du jour sur le visage,

avec le bleu du ciel dans la bouche entr’ouverte.

On voudrait mourir ici

avec le soleil soudé aux yeux comme une applique, avec la tête prise dans la grande maille de l’espace, avec au cou le collier des moissons.

Mais je reste tout entier dans la pierre que le silence a jetée du haut du monde, retenu seulement par le fil que mon cœur tend à mon poignet.

Lucien Becker

PAR LA LUNE CARNE


PAR LA LUNE CARNE

Cette foi

pleine pour de vrai

la pleine-lune lui fait tout sourire

Sur le bord de la mansarde

dans l’oeil-de-boeuf

du plus beau pâturage

l’oiseau

vît son plus beau rêve

Dans la clarté d’un soleil plein-phares tout y était, la pinède, les dunes, les cabines à rayures, le rire des enfants, la vigne à piquette et les hanches de la côte-sauvage lui tenant le corps à l’écume

Ah cheval de matinale

sacré french-cancan !

Niala-Loisobleu – 29 Mai 2021