René Guy Cadou – A chaque vie d’être vécue (1951)


René Guy Cadou – A chaque vie d’être vécue (1951)

Devant cet arbre immense et calme
Tellement sûr de son amour
Devant cet homme qui regarde
Ses mains voltiger tout autour
De sa maison et de sa femme

Devant la mer et ses calèches
Devant le ciel épaule nue
Devant le mur devant l’affiche
Devant cette tombe encor fraîche

Devant tous ceux qui se réveillent
Devant tous ceux qui vont mourir
Devant la porte grande ouverte
A la lumière et à la peur

Devant Dieu et devant les hommes
A chaque vie d’être vécue.

LA RUDE ÉCORCE DES PAUMES PAR AMINA SAÏD


LA RUDE ÉCORCE DES PAUMES

PAR AMINA SAÏD

facebook sharing button
twitter sharing button
pinterest sharing button
linkedin sharing button

cherche les limites du monde

derrière le regard hanté de néant des notes pour un poème

variations en demi-teinte

à tout moment quelqu’un fait signe

à tout moment quelqu’un

affronte son vertige

et se découvre dans l’instant

à tout moment quelqu’un surveille la nuit et rêve au bleu des mots

à tout moment quelqu’un marche dans son poème quelqu’un fait signe quelqu’un hésite entre deux lieux

dans toutes les langues frémit un oiseau en partance ou peut-être un navire

dans toutes les langues l’amour

Amina Saïd

L’ESPOIR – BERNARD LAVILLIERS & JEANNE CHERHAL


L’ESPOIR – BERNARD LAVILLIERS & JEANNE CHERHAL

Sur la noirceur du soleil, sur le sable des marrées
Sur le calme du sommeil
Sur mon amour retrouvée
Le soleil se lève aussi
Et plus forte est sa chaleur

Plus la vie croit en la vie, plus s’efface la douleur
Pour ces semaines aux traits noir, pour ces belles assassinées
Pour retrouver la mémoire, pour ne jamais oublier
Il faut te lever aussi, il faut chasser le malheur
Tu sais que parfois la vie a connu d’autres couleurs

Et si l’espoir revenait
Tu me croiras jamais
Dans le secret, dans l’amour fou
De toutes tes forces va jusqu’au bout
Et si l’espoir revenait

Sur mes doutes et ma colère, sur les nations déchainées
Sur ta beauté au réveil, sur mon calme retrouvé
Le soleil se lève aussi, j’attendais cette lumière
Pour me sortir de la nuit, pour oublier cet enfer

Pour voir ce sourire d’enfant, pour voir ces cahiers déchirés
Pour enfin que les amants n’aient plus peur de s’enlacer
Le soleil se lève aussi, Le soleil se lève aussi
Le soleil

Et si l’espoir revenait
Tu me croiras jamais
Dans le secret, dans l’amour fou
De toutes tes forces va jusqu’au bout
Et si l’espoir revenait

Pour la noirceur du soleil sur le sable des marrées
Pour ta beauté au réveil, pour mon calme retrouvé
Et si l’espoir revenait
Tu me croiras jamais
Dans le secret, dans l’amour fou
De toutes tes forces va jusqu’au bout
Et si l’espoir revenait

Bernard Lavilliers

EN TANT D’AIME


EN TANT D’AIME

Les louveteaux en porte-bagage

et l’amer aux Objets-Perdus

il est patent que l’ancre du jour de merde tire la couverture à lui

De la pluie dans le prochain dimanche

ferait tomber Débal’Art à l’eau

En qui croire et se fier à part son espoir insensé aujourd’hui plus qu’hier

Si jamais ça échoue mon peint sec reprendra de ton miel assis dans ton herbe la plus hôte

Niala-Loisobleu – 2 Juin 2021

PRESENCE DE LA GRIVE HUPPEE


PRESENCE DE LA GRIVE HUPPEE

De brun tacheté par petits sauts

L’espèce musicienne promène son long bec d’Europe en Asie

Huppe dressée

A la couvée du chardon

Un jardin à la française taille ses buis en labyrinthe

Garde moi au coeur

Le Minotaure en cornée

L’âne que je suis en raffole

Une manière de faire chanter l’essaim

Pour que l’abeille tète de sa pompe

A violacer la grosse fleur au sommet du piquant.

Niala-Loisobleu – 2 Juin 2021

René Guy Cadou – « La nuit ! la nuit surtout… »


René Guy Cadou

« La nuit ! la nuit surtout… »

La nuit ! La nuit surtout je ne rêve pas je vois 

J’entends je marche au bord du trou

J’entends gronder

Ce sont les pierres qui se détachent des années

La nuit nul ne prend garde

C’est tout un pan de l’avenir qui se lézarde

Et rien ne vivra plus en moi

Comme un moulin qui tourne à vide

L’éternité

De grandes belles filles qui ne sont pas nées

Se donneront pour rien dans les bois

Des hommes que je ne connaîtrai jamais

Battront les cartes sous la lampe un soir de gel

Qu’est-ce que j’aurai gagné à être éternel? 

Les lunes et les siècles passeront

Un million d’années ce n’est rien

Mais ne plus avoir ce tremblement de la main

Qui se dispose à cueillir les oeufs dans la haie

Plus d’envie plus d’orgueil tout l’être satisfait

Et toujours la même heure imbécile à la montre

Plus de départs à jeun pour d’obscures rencontres

Je me dresse comme un ressort tout neuf dans mon lit

Je suis debout dans la nuit noire et je m’agrippe

A des lampions à des fantômes pas solides

Où la lucarne ? Je veux fuir ! Où l’écoutille ? 

Et je m’attache à cette étoile qui scintille 

Comme un silex en pointe dans le flanc

Ivrogne de la vie qui conjugue au présent

Le liseron du jour et le fer de la grille

René Guy Cadou

Le diable et son train

Chez l’auteur, 1949

DE L’ARBRE QUI CONTE COMME ON AIME


DE L’ARBRE QUI CONTE COMME ON AIME

Au centre le patio

Et le chant de la fontaine

A l’origine du monde

Les jarres en savent plus long que le journal du matin

Juste dans l’axe, à la sécante, le cadran solaire

Bras tendu vers le dernier rang de tomettes

Récupère le magistral figuier

Palanquin des envols bien assis

De tous côtés du fruit violacé les larges feuilles crénelées soulagent

La dilatation d’une pulpe au bord de l’éclat

Lourde chair franchissant déjà sans compter la rambarde de la façade-arrière avant que le coq ait bombé la crête d’une suffisance altière le rapprochant des alentours de Tarascon

A deux pas l’âne braie en allongeant ses deux oreilles dans le sens du vent.

Niala-Loisobleu – 1er Juin 2021

LA CARESSE D’AUBE


LA CARESSE D’AUBE

Premier signe de chaleur

l’aube laisse venir l’haleine

aux mains jointes sans prières

autour de la fleur de vie

Les yeux encore endormis bordent le creux du nid

Doucement s’ouvrent les ailes de ce sourire du moi des cerises

le chien et le chat de connivence avec l’arbre à merles.

Niala-Loisobleu – 1er Juin 2021

PAR LE RATELIER DU FENIL


PAR LE RATELIER DU FENIL

Cette odeur d’herbe râtelée

au tiroir plein de Juin tiré à soi

le cheval qui piaffe aux bas-flans d’un été proche

l’armoire du grenier pleine de bras épincés au seoir allume ses feux de position

Le fruit rouge dégoupille

au verger naturiste prêt à exploser à la vague la plus haute

ce mutin papillon en déployant ses lèvres pour voler par-dessus les sables-mouvants

Mélusine jardine

du grand-bassin qui irrigue l’océan par l’estuaire

et la felouque sur le front penche sa mèche en relevant l’épaule

de cet appétit à tomber le sein en même tant que les jarretelles des légumes verts.

Les moutons ont désertés la foule pour s’engager dans la marine.

Niala-Loisobleu – 31 Mai 2021

LA SOLITUDE – RENE GUY CADOU


LA SOLITUDE – RENE GUY CADOU

Avec une feuille tombée
Avec le trop plein d’un seau
Avec cette lampe aux œufs d’or
Sur la desserte de la neige
Quand il a bien fait froid dehors
Avec une route où s’avance
Un cheval qui n’est pas d’ici
Avec l’enfant glacé tout seul
Dans un autocar de rêve
Avec des villes consumées
Dans le désert de ma mémoire
Un ciel d’épines et de craie
Où le soleil ne vient plus boire
Avec l’idiot désemparé
Devant ses mains qui le prolongent
Et dont le cœur comme une oronge
Suscite un désir de forêt
Avec toi qui me dissimules
Sous les tentures de ta chair
Je recommence le monde.

(René-Guy CADOU, Les sept péchés capitaux, 1949)