DU BAS EN Ô


DU BAS EN Ô

Soie bleue

assise au bord du bassin

Le vent en emportant Narcisse

a laissé le roux au moyeux

Dans ses reins le cheval est de nature à remplir le grenier

l’oiseau le manoeuvre aux brancards…

Niala-Loisobleu – 17 Juin 2021

ANGLES ADOUCIS


ANGLES ADOUCIS

A l’heure dite du sommeil un grand fracas brise la trève

c’est le ciel qui bowling comme chez lui

et ça pète et ça craque que tu te demandes où tu as bien pu ranger ton casque

on dirait les pompiers quand ils arrosent sans limite pour la scène de pluie, puis tu retombes la tête lourdement abrutie d’une branche de laurier gorgée d’eau et tu redors

La fraîcheur du petit matin étonne à se demander si le rangement des pulls a pu être une bonne idée

tout est en ordre c’est déjà ça

Le chien a déjà poussé la barque à l’eau et me tire aux rames

Toi tu fais l’inventaire de tes parties hétérogènes

ça marche

me dis-tu tout y est

Alors j’enfile le maillot à rayures et te coiffe pompon-rouge

c’est bonjour ma r’in…

Niala-Loisobleu – 17 Juin 2021

PEINDRE POUR PERCUTER A VIE


PEINDRE POUR PERCUTER A VIE

Le bleu du lin au chant du réveil

tend sa peau

aux doigts sauvages du refus d’abandon

Le relevé des fesses s’accorde au métronome des seins

ah quel cambré taurin

Si la moelle fait le déni de Carthage

le chien n’abandonnera pas l’os pour du cartilage

Niala-Loisobleu – 16 Juin 2021

Estrella Morente – Soleá



Estrella Morente – Soleá

Por que te llamas Aurora
Que me acuesto a la raya del día
Si te llamaras Custodia
a la iglesia no saldría
Si te llamaras Custodia
a la iglesia no saldría


No hay nadie en este mundo
que te quiera más que yo
debajo tierra me meto
donde no me vea ni Dios

Te compro más camisas
Te compro más camisas
Y porque yo no visto altares
‘pa’ que otro diga misa
Ni te miro ni te hablo
ni te compro más camisas

La noche del barro cayó
la noche del barro cayó

la noche del barro cayó
la noche del barro
y en vez de salí desnuda
salió ‘vestia’ de blanco
y en vez de salí desnuda
salió ‘vestia’ de raso

Candelas del cielo
del cielo caigan candelas
y más candela
le caiga a tu mare encima
por tener malina lengua

Yo no me he muerto de pena
porque no supe sentir
y a mi corto entendimiento
le agradezco al vivir
yo no me he muerto de pena
porque no supe sentir

Il n’y a personne dans ce monde
que je t’aime plus que moi
je descends sous terre
où ni Dieu ne me voit

Pourquoi tu t’appelles Aurora
Que je m’allonge au bord du jour
Si tu t’appelais Garde
je n’irais pas à l’église
Si tu t’appelais Garde
je n’irais pas à l’église

Je t’achète plus de chemises
Je t’achète plus de chemises
Et parce que je n’ai pas vu d’autels
‘pour que quelqu’un d’autre dise la messe
Je ne te regarde ni ne te parle
Je ne t’achète même plus de chemises

La nuit de boue est tombée
la nuit de boue est tombée

la nuit de boue est tombée
la nuit de la boue
et au lieu de partir nu
est sorti ‘vêtu’ de blanc
et au lieu de partir nu
est sorti ‘vêtu’ de satin

Bougies du ciel
les bougies tombent du ciel
et plus de bougie
ça tombe sur ta jument au dessus
pour avoir une mauvaise langue

je ne suis pas mort de chagrin
parce que je ne savais pas comment me sentir
et dans ma courte compréhension
je te remercie de vivre
je ne suis pas mort de chagrin
parce que je ne savais pas comment me sentir

A TON PIED AJOUTE L’AUTRE


A TON PIED AJOUTE L’AUTRE

Pour revenir de l’oiseau au poisson primitif

et nage

en brillant d’écailles

Ouïes-Ouïes

Niala-Loisobleu – 10 Juin 2021

Don’t Slip Away

Kaz Hawkins

Quand tu marches seul sur cette route
When you walk this road alone

Tu dois t’accrocher à toi
You gotta hold on to your own

Et sois toi-même
And be yourself

Trouvez qui vous voulez être
Find who you wanna be

Quand tu te tiens face à face
When you’re standing face to face

Regarder dans le miroir avec son espace mort
Looking in the mirror with it’s dead space

Tenez-vous bien
Just hold on tight

Ce n’est pas qui tu es vraiment
It’s not who you really are

Tu es quelque part, quelque part au fond de toi
You’re somewhere, somewhere deep inside

Et je sais que tu t’accroches à ta vie
And I know, you’re hanging on for your life

Oui je ne sais que trop bien
Yes I know only too well

Ton combat pour t’en sortir
Your fight to get by

Alors ne t’esquive pas
So don’t slip away

Ne t’esquive pas
Don’t slip away

Pourquoi?
Why?

Tu es la raison pour laquelle
You’re the reason whyToute cette obscurité que tu ressens
All this darkness that you feel

Voler la lumière comme un voleur d’éclairs
Stealing light like a lightening thief

Et s’enfuir
And running away

Et partir seul d’ici
And leaving here alone

C’est le moment de se souvenir quand
This is the time to remember when

Vous vous êtes déjà senti comme un humain parmi vos amis
You once felt like a human among your friends

Il y a toujours l’un de nous
There’s always one of us

Pour porter ton fardeau à travers
To carry your burden throughNous croyons que vous êtes quelque part, quelque part au fond de nous
We believe you’re somewhere, somewhere deep inside

Et nous savons que tu te bats pour ta vie
And we know, you’re fighting for your life

Oui nous ne savons que trop bien
Yes we know only too well

Ton combat pour t’en sortir
Your fight to get by

Alors ne t’esquive pas
So don’t slip away

Ne t’esquive pas
Don’t slip away

Pourquoi?
Why?

Tu es la raison pour laquelle
You’re the reason whyNe t’esquive pas
Don’t slip away

Pourquoi?
Why?

Tu es la raison pour laquelle
You’re the reason whyNe t’esquive pas
Don’t slip away

Pourquoi?
Why?

Tu es la raison pour laquelle
You’re the reason why

Source : Musixmatch

A MON FRERE, MARCELLO COMITINI


A MON FRERE, MARCELLO COMITINI

Qu’ô qu’une désolation ne t’éther nu

Marcello

Ainsi je suis d’oulipo

malicieux écureuil à tête d’aiguille

sur la voie d’un céleste qu’on voit pas

mais qui roule sa Poule

tel un Robert malicieux

A la vie refaite en bleu de Pierrot

aldente

pour resucrer la fraise avant de la goûter

hors de sa Comédie

Restons aux claires ostréicoles afin de laver le sel des algues vertes de la vie

Je t’embrasse comme un Frère…

Alain

J’APPELLE ROBERT


J’APPELLE ROBERT

Arrivé à quai, essoufflé à force de chercher à rejoindre la voie hôte

en corps tremblant

je me vois penché à la surface de la rivière

Narcisse dans ses eaux

d’un même cri appelant Robert le Joker de l’animateur

en demandant au cygne de me rendre

ma place au lit

Robert balance entre deux

c’est du lourd déclare l’oiseau

et finit par passer la tête à la bretelle

tout sourire

s’avance aux demains.

Niala-Loisobleu – 10 Juin 2021

CONFIDENCES D’UN CONDAMNÉ PAR JACQUES PRÉVERT


CONFIDENCES D’UN CONDAMNÉ PAR JACQUES PRÉVERT

Pourquoi on m’a coupé la tête?

Je peux bien le dire maintenant, tout s’efface avec le temps.

C’était si simple, vraiment.

J’étais allé passer la soirée chez des amis mais il y avait beaucoup de monde et je m’ennuyais.
A cette époque j’étais un peu triste et j’avais facilement mal à la tête.

Cette atmosphère de fête m’irritait et me fatiguait.
Je pris congé.
La maîtresse de maison me prévint que la minuterie était détraquée et que l’ascenseur était en panne lui aussi.


Je peux vous faire un peu de lumière, attendez.


De la lumière, vous plaisantez, lui dis-je, je suis

comme les chats, moi, je vois clair la nuit.


Vous entendez, dit-elle à ses amis, il est comme les

chats, c’est merveilleux, il voit clair la nuit.
Pourquoi avais-je dit cela, une façon de parler, une

phrase polie et qui se voulait spirituelle, dégagée.
Je commençais à descendre péniblement les premières

marches de l’escalier et les petites barres de cuivre du tapis faisaient un bruit curieux sous mes pas qui glissaient.

J’étais dans une si noire obscurité que j’eus d’abord envie de remonter et d’appeler.

Je fouillais d’abord mes poches, mais vainement, pas d’allumettes.

Je m’assis et réfléchis, à quoi, je ne sais plus, j’attendais peut-être que quelqu’un vînt à mon secours sans, bien entendu, savoir ou deviner que j’avais besoin
d’aide.

Me relevant péniblement et ne trouvant pas la rampe, je me heurtais violemment contre un mur et me mis à saigner du nez.

Cherchant dans mes poches un mouchoir, je mis enfin la main sur une boîte d’allumettes avec, fort malencontreusement, une seule allumette dedans.

Je rallumai avec d’infinies précautions et, cherchant une nouvelle fois la rampe, j’aperçus d’abord dans un miroir, sur le palier de l’étage où je m’étais
arrêté, mon visage couvert de sang.

Et ce fut à nouveau l’obscurité.

Je me trouvais de plus en plus désemparé.

Soudain, étendant au hasard, à tâtons, la main, je touchai un serpent qui se mit à glisser.

Charmante soirée.

Ce serpent, c’était tout simplement la rampe que par bonheur j’avais retrouvée et qui rampait doucement sous ma main qui venait d’essuyer mon visage si stupidement
ensanglanté.

Je me mis alors à rire : j’étais sauvé.

Et comme je descendais allègrement mais prudemment, je fus tout à coup renversé par quelqu’un ou quelque chose qui, à toute vitesse, lui ou elle aussi, descendait en
même temps qu’une petite flamme, sans aucun doute celle d’un briquet.

Me relevant encore une fois, je marchai à nouveau dans le noir, mes deux mains devant moi.

Ces deux mains rencontrèrent le mur et le mur céda…

Ce n’était pas le mur mais une porte entrouverte.

Soudain de la musique et de la lumière venant des étages supérieurs !

Sans aucun doute des invités qui, à leur tour, descendaient et que la maîtresse de maison accompagnait, un flambeau à la main.

Vraiment, je ne savais où me mettre et ce n’était pas une façon de parler; aussi, profitant de cette porte pour me dissimuler, je pénétrai plus avant, quand tout à
coup, dans la lumière qui grandissait, je découvris un corps étendu à mes pieds.

C’était le corps d’Antoinette.

Elle était là, couchée, les yeux ouverts, la gorge aussi.

Antoinette avec qui j’avais vécu si longtemps et qui, le mois dernier, m’avait abandonné.

Antoinette que j’avais suppliée, que j’avais même menacée.

Je ne pus retenir un cri.

De terreur, ce cri et de stupeur aussi.

La maîtresse de maison, les invités se précipitent, des portes s’ouvrent, d’autres lumières bientôt se mêlent à la leur, portées par d’autres locataires
déshabillés, terrorisés et blêmes.

Beaucoup de temps déjà s’était écoulé depuis que j’avais pris congé et j’étais là, muet et couvert de sang, hagard comme dans les pires histoires.

Près du oorps de mon amie perdue et — en quel état — retrouvée, sur le parquet, une lame luisait comme un morceau de lune dans un ciel étoile.

Dans chaque main tremblante une lumière bougeait.

Présence inexplicable ou bien trop expliquée.

Vous voyez d’ici le procès : le pourvoi rejeté, le petit verre, le crucifix à embrasser et encore comme une lune, le couperet d’acier.

Que voulez-vous, mettez-vous à ma place.
Que pouvais-je dire, que pouvais-je raconter?
J’avais passé un trop mauvais quart d’heure dans les mornes ténèbres de ce noir escalier et j’avais eu la folle imprudence d’affirmer : je vois clair la nuit, moi, je suis comme
les chats.

Qui m’aurait cru alors et sans me rire au nez ?

Oui, j’en suis sûr, on m’aurait ri au nez pendant de longues, de trop longues années à mon gré.

J’ai préféré me taire plutôt que d’être ridiculisé.

Jacques Prévert

La cavalière indemne de Gabrielle Althen


La cavalière indemne de Gabrielle Althen


L’ISOLE

Le ciel sans offre jette son mur de maison nue devant ton front. En contrebas s’agitent des nœuds d’oiseaux labiles et la charité des hommes qui glisse sur leurs mains d’échange. Le paysage que tu as tant aimé s’est déversé ailleurs où s’achève le pain et les paroles à saisir au vol sur la sinuosité vive des lèvres.

Et toi, pauvre de toi, qui te sens si souvent fils d’une maison vide, et qui t’es tu, jusqu’à ce que l’absence de messages d’un ciel lavé de ses figures ne délimite plus le temps, tu ne sais si tu pourras longtemps habiter plus haut parce que ton âme, que tu voulais retenir, à demeurer trop silencieuse s’est gonflée de son bruit naturel et de tonnerre, et que nous nous plaignons de supporter très mal ce rapt d’ententes et d’horizons.

Gabrielle Althen