ACTE DES TISSEUSES


ACTE DES TISSEUSES

Alors que les restes de ce jour agité, petit à petit sombraient, ta voix sortant des limbes lâcha les tisseuses à l’ouvrage. Le froid dépliant ses jambes ébroua cette absence due à des circonstances étrangères. La douceur de gorge tenue au lit, dans le palais des seins, belle au bois dormant, en levant l’oeil reconnut l’existence irrépressible de l’âtre non-éteint. Couverte de nappes laiteuses, la Chaume dévoile alors le symbole des mots nocturnes au nu de leur signification. Ce masque ne couvre pas que la bouche et le nez depuis qu’il a mis en place sa retraite imposée

Effondrée comme un vieil immeuble bordelais abandonné, la vie s’est bouchée de la rue et du pouls de son passage continu.

Sans raison profonde autre qu’une blessure fémorale. Le cheval, survivant parmi les débris, allant entre tous les cadavres d’un tant stoppé net.

D’un hennissement extrait à la force d’un restant rénal

l’appel résonna

aux pas étouffés des seins sortis des décombres

Remontant au dernier étage de l’arbre, l’oiseau ouvrit les lucarnes du Toi

redonnant de l’air par la bouche et les bras

chargé de fruits pleins de sang

sortit de tous les pores francs.

Niala-Loisobleu – 23 Juin 2021

LA CHAMBRE ROSE


LA CHAMBRE ROSE

Sous la torture d’un temps sadique

les pivoines flagellées

vomissent d’eau

répandant l’asphyxie des noyés autour d’elles

Toile de Jouy qui décolle la chambrée

d’un jardin remasterisé Titanic

on planche les ruelles en affalant le dais

sans pouvoir désembuer la glace des délices au plafond

Sacré bordel

La chambre rose a mouché sa lanterne

Lupin

sodomisé avec dévotion par l’orage moins que rien-gentleman

L’oiseau en brasse dans l’herbe pleure l’arbre couché à terre.

Niala-Loisobleu – 22 Juin 2021

« CE MATIN BLEU DE ROSE » – NIALA 2021 – ACRYLIQUE S/TOILE 55X46


« CE MATIN BLEU DE ROSE »

NIALA

2021

ACRYLIQUE S/TOILE 55X46

Rose

Aux dégâts de ses pétales dispersées par des pluies d’orages vengeurs

elle se tient les yeux au seul mouvement de vie qui vaille d’espérer

Les bras dans le geste du ballet d’expression-corporelle

Rose la danseuse qui étoile d’amour humble, se penche en diagonale sur l’horizon

seins à la verticale du battement perpétuel

L’horreur n’est pas dissimulable l’homme a fait de la fleur du monde sa décharge sauvage en fuyant toute responsabilité dans tous les domaines

Rose doit-elle se sacrifier comme un quelconque dogme l’amènerait à se fustiger pour pouvoir continuer son massacre sans le moindre scrupule ?

Non l’amour doit demeurer nu et ne doit surtout pas se vêtir de la fourberie des prédicateurs

Rose tient son bouton sur la branche qui n’a pas été cassée par le vent mauvais

Rose est bleue comme un rêve que la lucidité garde pour tenir la vie debout

Rose que ses tâches de rousses heurs alambiquent

un assemblage de fragrances magique.

Niala-Loisobleu – 22 Juin 2021

LE TEMPS MOUVANT


LE TEMPS MOUVANT

Fleur en papier froissé le ciel erre du sourire aux larmes

Arrosant le plomb intérieur par le dehors

Pauvres pâquerettes cherchant dans le naufrage de la pelouse, la marguerite qui leur offrirait la tige où se tenir

Passe l’une après l’autre des tuiles à travers l’air

Dangereux projectiles de grêle contre lesquels les toits ont du mal à tenir et mettent les arbres et les vignes au hachoir d’une soupe pour la grimace

Dans l’orage l’éclair fantasmant se prend pour une hirondelle en atterrissant sur le fil que la cigogne a libéré prudemment

Césure plus que de l’ombre dans la lumière du messager

Folie en ru qui déborde ici et assèche à côté

Pour combien de tant la terre demeure habitable ?

je m’accroche à tes formes, d’une peinture sereine douce herbacée.

Niala-Loisobleu – 22 Juin 2021

Jacques Bertin : Les Biefs


Jacques Bertin : Les Biefs

Le soir
Quand vous basculez dans le ciel
Vers votre aventure nocturne
Je voudrais retenir qui j’aime
Il est trop tard
Les biefs sont fermés
Serai-je aussi seul avec le chant des peupliers
Quand il n’y aura plus personne sur la terre ?

Le soir
Quand vous basculez dans le ciel
– Espoir ourlé de ses chagrins –
Je vous dessine de la main
Les biefs du cœur
Ne sont qu’assoupis
Le chant des arbres, c’est la vie qui nous tient réunis
Je suis partout, veillant sur vous, sur cette terre

Le soir
Quand vous basculez dans le ciel
Le front brûlé au lendemain
Je suis l’air et le vent dormant
Les biefs du cœur
Tremblent jusqu’au matin
Il me suffit que vous me sachiez attentif dans l’ombre
Je ne suis jamais seul. Vous ne m’oubliez pas

LA CROIX DE LA ROSE ROUGE PAR LOYS MASSON (Extraits)


LA CROIX DE LA ROSE ROUGE PAR LOYS MASSON (Extraits)

Poitrine de l’olivier où l’arbre de patience est en son plus doux caressé par le temps d’aventure.
Je m’y suis taillé un pan d’écorce

À votre semblance autrefois quand dans votre front l’été se cherchait encore —je l’ai enflammé ;

Un brasier très pur comme d’un holocauste plein de signes et de chants morts, j’y ai promené l’ombre de mes mains

Longtemps pour qu’elles soient sauves de toute tache et puis j’ai écrit à destination des sereins épan-deurs de joie votre nom tel qu’il était avant le lever du vent
d’angoisse:

Avant moi.

Je n’ai jamais connu dans sa vérité ce qui m’était cher;

je brûlais d’absolu je m’inventais nécessaire

à son devenir.
C’était hier.

Je passais près de la source sans voir le rouge-gorge y boire

en silence, économe de sa chanson pour ses amours du soir ;

je n’écoutais que la rumeur là-bas de l’embouchure mariage en moi de l’onde et du divin de la mer.
Maintenant à ces jours morts qui tombent de mes épaules sans même rider l’eau je possède le dur savoir ;

Le pain des joies ne se fait que du levain de l’aléatoire : pour l’avoir ignoré je meurs de faim.
Temps enfui.

Chacun à l’heure d’aimer regarde le soleil en face tel l’aigle en sa légende

et puis ferme les yeux sur une étoile du tard, l’humble et l’habile

la tamisante qui fait durer l’espoir en son leurre, le tranquille.

J’ai regardé jusqu’au vertige.

Temps enfui, cristal rebondissant en son écho de cristal en cristal, aveugle désormais de ne mirer que le convexe et l’oblique.

De lourds loriots anciens, cendres de leur chant encore convoient le matin vers son nom d’été.

Le révolu vit de proies humbles endormies sous le sommeil des haies ; il n’est là que pour témoigner

d’un homme parti de lui-même depuis plusieurs années.

La cécité des larmes est la plus profonde ces yeux dans les yeux qui en calme tumulte ne fixent que l’amour et la mort.

Christ, nuit d’Orphée, syllabe arrêtée du chant d’adieu, hier y ressuscitait dans le remords
Eurydice ;

où maintenant est-il?
Je tourne et tourne en vain dans de rondes ténèbres.
Où sont sa croix, ailes clouées du
Verbe, et mon reniement

qui l’avait plantée ?
Je ne sais.

Déferlement d’eau longue : la mémoire ne s’oriente plus et s’aveugle.

Qu’ai-je été, qu’ai-je désiré, quelle est cette ombre

un matin venue avec l’aube m’aborder pour me rendre si seul ?

Déferlement, déferlement d’eau longue ; j’y ai perdu jusqu’au toucher, je ne peux même plus en suivre le contour.

Ni ombre peut-être ni personne : seulement un dessin de mon souffle

sur une vitre tachée, ma jeunesse.

Chacun du sel de ses larmes sécrète peu à peu lucidement sa tombe.

Où se dresse la mienne et quelle est-elle

au bout de quel sentier du vent?

Je me souviens à peine, comme au fond d’une autre vie, d’effluves tendres

qui me guidaient vers ma fin, me bâtissaient ma prison à la fois d’immobilité et d’audace

et de lendemain.

Comme au fond des sargasses d’une autre vie.
Comme aux marches d’une éternité que je ne gravirai qu’à reculons

condamné à ne jamais montrer mon visage aux étoiles de rémission.

La ronce dans midi se déchire à son ombre saigne petit christ d’interdit

humilié, loin des passions non permises

à qui ne pouvait accueillir la rosée d’aube

qu’en la blessant.

Mon regard malgré lui se fait lance

avide à raviver la poitrine

du rouge-gorge qui déjà mélancolie

chantait frileux sur notre jeunesse

fil à fil s’en allant.

Au poème tombeau d’Arimafhie

que n’avons-nous mis à dormir le temps d’étreinte

afin qu’il ressuscitât un matin,

de grand matin ?

Loys Masson

AUX CLAIES


AUX CLAIES

L’énigme ouverte

le grain donne du fruit

par l’interstice avancé

Quelques pas se projettent à l’écart du mur

Ces troncs fécondent en corps de quoi cueillir la haute-vague de l’enfilade

et sur la table le miroir te montre à l’image de la toile avenir.

Niala-Loisobleu – 21 Juin 2021

GARE-CENTRALE


GARE-CENTRALE

Du triage l’aiguilleur assemble le départ du voyage

tampons en traverses

boogie-woogie en transes le long des hanches

Pas de marchandises que des wagons-couchettes à couloir de l’amor

Sur le porte-bagage les fesses aux pédales traversent les pas perdus

et frauduleuses consignes

pour redonner aux meuhs le mouvement du passage librement amoureux

pis allées et venues

Sur la locomotive l’oiseau siffle comme un merle perché aux cerises

du wagon-bar on amène le rafraîchissement d’un changement profilé malgré l’abstention marquée

Sur la plage désabusés les lâches du civisme jouent à qui perd gagne la claque méritée sur le pif

Nous debout, le cheval sort le petit corbillard de la condamnation royale

La France ne marchera jamais au pas du con finement en embuscade.

Niala-Loisobleu – 21 Juin 2021

Cancion Para Pablo Neruda – Atahulpa Yupanqui


Cancion Para Pablo Neruda – Atahulpa Yupanqui

Pablo les nôtres qui sont dans ton Chili,
Pablo nuestro que estás en tu Chile,

Vent dans le vent.
Viento en el viento.

Ancienne voix d’escargot cosmique.
Cósmica voz de caracol antiguo.

Nous vous disons,
Nosotros te decimos,

Merci pour la tendresse que vous nous avez apportée.
Gracias por la ternura que nos diste.

Pour les hirondelles qui volent avec tes vers.
Por las golondrinas que vuelan con tus versos.

De bateau en bateau.
De barca a barca.

De branche en branche.
De rama a rama.

De silence en silence.
De silencio a silencio.

L’amour des hommes répète vos poèmes.
El amor de los hombres repite tus poemas.

Dans chaque donjon d’Amérique
En cada calabozo de América

Un garçon se souvient de vos poèmes.
Un muchacho recuerda tus poemas.

Pablo le nôtre que tu es dans ton Chili.
Pablo nuestro que estás en tu Chile.

Le paysage entier garde votre rêve de géant.
Todo el paisaje custodia tu sueño de gigante.

Humidité des plantes et des roches
La humedad de la planta y la roca

Là dans le sud.
Allá en el sur.

Le sable émietté, Vicuña à l’intérieur,
La arena desmenuzada, Vicuña adentro,

Dans le désert.
En el desierto.

Et là-haut, le salpêtre, les mouettes et la mer.
Y allá arriba, el salitre, las gaviotas y el mar.

Pablo le nôtre que tu es dans ton Chili.
Pablo nuestro que estás en tu Chile.

Merci pour la tendresse que vous nous avez apportée.
Gracias, par la ternura que nos diste.

« DEMAINS BLEUS » – NIALA 2021 – ACRYLIQUE S/ TOILE 60X60


« DEMAINS BLEUS »

NIALA

2021

ACRYLIQUE S/ TOILE 60X60

LE RÊVEUR

Le rêveur ne vit pas réellement, il déambule

D’une pensée à l’autre, il erre sur cette terre

Remplie de chaos et de champs fleuris, il erre…

Tel un pauvre hère qui de sa songeuse bulle

Pourfend et poursuit sans trêve rêves et malandrins…

Il ne ressemble à personne, ni roi, ni prince ou mandarin…

Il rêve…

D’un amour inaccessible il fait la quête…

Et d’un pas alerte, il poursuit d’une chimère l’enquête…

Il rêve…

Il a vu tant de mondes, tant d’étoiles, tant de temps…

Galaxies éphémères qui ne durent qu’un battement de cœur…

D’un souffle d ‘été… et pourtant…

Il rêve de son âme sœur qui lui a ravit le cœur…

Couverts de Bleus nuits, bleus sur le cœur, bleus azurés…

Regarde-le, Toi, qui l’envie ; Toi, dont je parle… Sois-en assuré…

Il respire à peine, il halète, il suffoque, il se meurt…

De cette semence d’espoir naît un bourgeon duveteux…

Devine-le, respire-le, caresse-le… il n’est plus comme eux…

Il porte création et demain…

Il te fait signe des deux mains…

Rejoins-le, Lui, qui rêve au fond de Toi…

Lui qui ne demande qu’un Toit…

Lui qui fonde Tout sur un rêve

Inachevé, à construire et à imaginer sous peine qu’il ne crève…

Te sens-tu vivre enfin ?

Mords dans cette vie à pleine bouche à pleines mains…

Il est si difficile de dire «  » Je t’aime «  »…

Il est si difficile de vivre «  » Je t’aime «  »…

Il rêve… Fais-en sorte qu’il Rêve…

If Yves !

Yves Wauthier