La vérité du drame est dans ce pur espace qui règne entre la stance heureuse et l'abîme qu'elle côtoie : cet inapaisement total, ou cette ambiguïté suprême. Saint-john Perse
Alors que les restes de ce jour agité, petit à petit sombraient, ta voix sortant des limbes lâcha les tisseuses à l’ouvrage. Le froid dépliant ses jambes ébroua cette absence due à des circonstances étrangères. La douceur de gorge tenue au lit, dans le palais des seins, belle au bois dormant, en levant l’oeil reconnut l’existence irrépressible de l’âtre non-éteint. Couverte de nappes laiteuses, la Chaume dévoile alors le symbole des mots nocturnes au nu de leur signification. Ce masque ne couvre pas que la bouche et le nez depuis qu’il a mis en place sa retraite imposée
Effondrée comme un vieil immeuble bordelais abandonné, la vie s’est bouchée de la rue et du pouls de son passage continu.
Sans raison profonde autre qu’une blessure fémorale. Le cheval, survivant parmi les débris, allant entre tous les cadavres d’un tant stoppé net.
D’un hennissement extrait à la force d’un restant rénal
l’appel résonna
aux pas étouffés des seins sortis des décombres
Remontant au dernier étage de l’arbre, l’oiseau ouvrit les lucarnes du Toi
Le soir Quand vous basculez dans le ciel Vers votre aventure nocturne Je voudrais retenir qui j’aime Il est trop tard Les biefs sont fermés Serai-je aussi seul avec le chant des peupliers Quand il n’y aura plus personne sur la terre ?
Le soir Quand vous basculez dans le ciel – Espoir ourlé de ses chagrins – Je vous dessine de la main Les biefs du cœur Ne sont qu’assoupis Le chant des arbres, c’est la vie qui nous tient réunis Je suis partout, veillant sur vous, sur cette terre
Le soir Quand vous basculez dans le ciel Le front brûlé au lendemain Je suis l’air et le vent dormant Les biefs du cœur Tremblent jusqu’au matin Il me suffit que vous me sachiez attentif dans l’ombre Je ne suis jamais seul. Vous ne m’oubliez pas
LA CROIX DE LA ROSE ROUGE PAR LOYS MASSON (Extraits)
Poitrine de l’olivier où l’arbre de patience est en son plus doux caressé par le temps d’aventure. Je m’y suis taillé un pan d’écorce
À votre semblance autrefois quand dans votre front l’été se cherchait encore —je l’ai enflammé ;
Un brasier très pur comme d’un holocauste plein de signes et de chants morts, j’y ai promené l’ombre de mes mains
Longtemps pour qu’elles soient sauves de toute tache et puis j’ai écrit à destination des sereins épan-deurs de joie votre nom tel qu’il était avant le lever du vent d’angoisse:
Avant moi.
Je n’ai jamais connu dans sa vérité ce qui m’était cher;
je brûlais d’absolu je m’inventais nécessaire
à son devenir. C’était hier.
Je passais près de la source sans voir le rouge-gorge y boire
en silence, économe de sa chanson pour ses amours du soir ;
je n’écoutais que la rumeur là-bas de l’embouchure mariage en moi de l’onde et du divin de la mer. Maintenant à ces jours morts qui tombent de mes épaules sans même rider l’eau je possède le dur savoir ;
Le pain des joies ne se fait que du levain de l’aléatoire : pour l’avoir ignoré je meurs de faim. Temps enfui.
Chacun à l’heure d’aimer regarde le soleil en face tel l’aigle en sa légende
et puis ferme les yeux sur une étoile du tard, l’humble et l’habile
la tamisante qui fait durer l’espoir en son leurre, le tranquille.
J’ai regardé jusqu’au vertige.
Temps enfui, cristal rebondissant en son écho de cristal en cristal, aveugle désormais de ne mirer que le convexe et l’oblique.
De lourds loriots anciens, cendres de leur chant encore convoient le matin vers son nom d’été.
Le révolu vit de proies humbles endormies sous le sommeil des haies ; il n’est là que pour témoigner
d’un homme parti de lui-même depuis plusieurs années.
La cécité des larmes est la plus profonde ces yeux dans les yeux qui en calme tumulte ne fixent que l’amour et la mort.
Christ, nuit d’Orphée, syllabe arrêtée du chant d’adieu, hier y ressuscitait dans le remords Eurydice ;
où maintenant est-il? Je tourne et tourne en vain dans de rondes ténèbres. Où sont sa croix, ailes clouées du Verbe, et mon reniement
qui l’avait plantée ? Je ne sais.
Déferlement d’eau longue : la mémoire ne s’oriente plus et s’aveugle.
Qu’ai-je été, qu’ai-je désiré, quelle est cette ombre
un matin venue avec l’aube m’aborder pour me rendre si seul ?
Déferlement, déferlement d’eau longue ; j’y ai perdu jusqu’au toucher, je ne peux même plus en suivre le contour.
Ni ombre peut-être ni personne : seulement un dessin de mon souffle
sur une vitre tachée, ma jeunesse.
Chacun du sel de ses larmes sécrète peu à peu lucidement sa tombe.
Où se dresse la mienne et quelle est-elle
au bout de quel sentier du vent?
Je me souviens à peine, comme au fond d’une autre vie, d’effluves tendres
qui me guidaient vers ma fin, me bâtissaient ma prison à la fois d’immobilité et d’audace
et de lendemain.
Comme au fond des sargasses d’une autre vie. Comme aux marches d’une éternité que je ne gravirai qu’à reculons
condamné à ne jamais montrer mon visage aux étoiles de rémission.
La ronce dans midi se déchire à son ombre saigne petit christ d’interdit
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