PLENITUDE


Magnolia: Paintings of Safwan Dahool

 

PLENITUDE

 

L’orgasme est mercure

déversé il épouse entièrement les formes dans lesquelles il finit de tressauter

s’extrapole de la cavité

tient à l’envers, courbé, encore dressé, défiant les lois de l’architecture

le corps s’est abstrait

ton âme toute entière est apparue

plus visible

que tes formes

quand tu as profondément joui des yeux dans ma vue

 

Niala-Loisobleu – 29 Mars 2020

MISE EN EAUX


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MISE EN EAUX

Accrochées

ses eaux retenues

séparent le noyé de l’écluse

 

 

En dehors d’un certain soleil

je ne vois rien de susceptible à pouvoir la dilater ainsi

 

A moins de ma semence voulue ?

L’enfant-laboureur et le cheval ont signé un pacte solennel

Niala-Loisobleu – 28 Mars 2020

A CHANT PERSEE


Femme de pêcheur tricotant Henri Guinier (1867-1927)

A CHANT PERSEE

On entend plus la mer derrière la fenêtre du port

L’aiguille court à l’estran d’hier

Pique et pique et colle et graal

Mélusine est fermée

Dit le serin au perroquet

Charge ton feu étire à vue que je lui réponds

Mythe au logis ne perce que le moral rendu aux chaussettes

De fait elle me garda sa fleur

Pour me la coudre à bouton-pression…

Niala-Loisobleu – 28 Mars 2020

À cet instant même (Ara mateix)


 

À cet instant même (Ara mateix)

 

À cet instant même, j’enfile cette aiguille
avec le fil d’un propos que je tais et je me mets à ravauder.
Aucun des miracles qu’annonçaient les très éminents prophètes
n’est advenu et les années défilent vite.
Du néant à si peu, toujours face au vent, quel long chemin d’angoisse et de silences.

Et nous en sommes là: mieux vaut le savoir et le dire,
les pieds bien sur terre et nous proclamer les héritiers d’un temps de doutes
et de renoncements où les bruits étouffent les paroles
et la vie en miroirs déformés.
Plaintes et complaintes ne servent à rien,
pas plus que cette touche d’indifférente mélancolie,
qui nous servent de gilet ou de cravate pour sortir.
Nous avons si peu et nous n’avons rien d’autre :
un espace concret d’histoire qui nous est octroyé,
et un minuscule territoire pour la vivre.

Redressons-nous encore une fois et faisons tous entendre
notre voix, solennelle et claire.
Crions qui nous sommes et tous l’entendrons.
Après tout que chacun s’habille comme bon lui semble, et en avant !
Car tout reste à faire et tout est possible.

Que cette sérénité soit claire en nous
qui fait résonner tant d’échos jusqu’alors impossibles.
Saisissons-la clairement et volontairement afin que nous emplisse
tout l’espace réel de cet instant même,
l’espace où le hasard ne doit pas être
où tout est vieux, et triste et nécessaire
Nous avons tourné la page depuis si longtemps,
et pourtant certains s’obstinent encore
à relire toujours le même passage.

Le secret c’est peut-être qu’il n’y a pas de secret
et que nous avons parcouru ce chemin tant de fois
qu’il ne saurait plus surprendre personne;
peut-être faudrait-il casser l’habitude en faisant un geste fou,
quelque action extraordinaire qui
renverserait le cours de l’histoire.
Peut-être aussi que nous ne savons pas su profiter
du peu que nous avons ici-bas: qui sait?

Qui donc à part nous – et chacun à notre tour –
pourrait créer à partir des limites d’aujourd’hui
ce domaine de lumière où tout vent s’exalte,
l’espace de vent où toute voix résonne?
Notre vie nous engage donc publiquement;
publiquement et avec toutes les indices.

Nous serons ce que nous voudrons être.
En vain fuyons-nous le feu même puisquei le feu nous justifie.

Très lentement la noria pivote sans fin,
et passent les années et passent les siècles, l’eau monte
jusqu’au plus haut sommet et, glorieusement, diffuse la clarté partout.
Très lentement alors et sans fin descendent les godets pour recueillir davantage d’eau.

L’histoire ainsi s’écrit. De le savoir
ne peut étonner ou décevoir personne.

Trop souvent nous regardons en arrière
et ce geste trahit notre angoisse et nos défaillances.
La nostalgie, vorace, trouble notre regard et glace au plus profond nos sentiments.
Entre toutes les solitudes, voilà bien la plus noire, la plus féroce, persistante et amère.

Il convient de le savoir comme il convient aussi
de penser à un avenir lumineux et possible.

Pas de levant éblouissant, pas de couchant solennel.
Mieux vaut savoir qu’il n’y a pas de grand mystère,
pas plus que d’oiseau aux ailes immenses pour nous sauver;
rien de tout ce que si souvent ont prophétisé
d’une voix insensible tant de noirs devins.

Posons une main sur l’autre, les années renforceront chacun de nos gestes.

Nous partagerons noblement, les mystères et les désirs secrètement enfouis en nous
dans l’espace de temps où l’on nous permettra de vivre.
Nous partagerons les projets et les soucis, les heurs et les malheurs,
et l’eau et la soif, avec grande dignité, et l’amour et le désamour.

C’est tout cela, et plus encore, que doit nous donner
la certitude secrète, la clarté désirée.

Ni lieu, ni noms, ni d’espace suffisant pour replanter la futaie,
pas plus que de fleuve qui remonte son cours et redresse notre corps au-delà de l’oubli.
Nous savons tous bien qu’il n’y a de champ libre
pour aucun retour ni sillon dans la mer à l’heure du danger.

Posons des jalons de pierre tout le long des chemins,
jalons concrets, de profond accomplissement.

Avec la clef du temps et une grande souffrance,
voilà comme nous pourrions gagner le combat
que nous livrons depuis si longtemps, intrépides.
Avec la clef du temps et peut-être seuls,
accumulant en chacun la force de tous et la projetant au-dehors.

Sillon après sillon sur la mer sans cesse recommencée,
pas après pas avec une volonté d’aurore.
Nous préservons du vent et de l’oubli.
l’intégrité de ces quelques espaces, ces
ambitions où nous nous sommes vus croître et lutter.
Et maintenant, quel sombre refus, quelle lâcheté
éteint l’ardeur d’une énergie renouvelée
qui nous faisait presque désirer la lutte?

Du fond des ans nous hèle, turbulente,
la lumière d’un temps d’espoir et de vigueur.

Nous changerons tous les silences en or et tous les mots en feu.
Dans la peau de ce retour s’accumule la pluie, et les efforts
effacent certains privilèges.
Lentement nous émergeons du grand puits sur les lierres,
et à l’abri d’un désastre.
Nous changeons la vieille douleur en amour
et, solennels, nous le léguons à l’histoire.

 

Miquel Marti i Pol

Le domaine de tous les domaines, adaptation libre à partir du texte révisé pour Lluis Llach, Ara mateix.

DIAGRAMME DE PIED DE LIT EN TÊTE


Barbara Kroll

DIAGRAMME DE PIED DE LIT EN TÊTE

 

Je me lève, encore un peu endormi

les parties de la nuit se rassemblent en un seul morceau

Voilà qui est rassurant

cette connexion-ci est totale

La petite bête qui monte arrive au rideau

j’ai pas peur de te perdre, tu es restée plus qu’en tiers dans le froid que la lune sème

Au premier regard je sens que la température tient malgré l’astreinte peu accommodante

Prisonnier du confinement je m’évade à ta vallée toute entière

Niala-Loisobleu – 28 Mars 2020

L’HOMME QUI FABRIQUAIT DES DIEUX (Paul Gauguin)


"L'HOMME QUI FABRIQUAIT DES DIEUX"! PAUL GAUGUIN ET LE PRIMITIVISME(suite

L’HOMME QUI FABRIQUAIT DES DIEUX (Paul Gauguin)

 

 

Pris dans la racine première

on parle de feu mais on cherche le silex

l’idée de casser du minéral, de le mâcher longtemps en y ajoutant un filet d’urine, en attendant de savoir le résultat au moins ça soulage

puis roulant la grande feuille de banane en tire du jus

attrape un pan de ciel de grand format

grimpe sur la pierre haute

et commence à peindre un oiseau

miracle

l’eau sourd

subjuguée, elle l’embrasse

un enfant au minimum va naître…

Niala-Loisobleu – 27 Mars 2020

SE NAÎTRE


Mel McCuddin, Man in a Hole oil on canvas

SE NAÎTRE

 

Sortir de sa fosse

de vrai

et se faire un jour devenu musique

Laisser les glaces au palais pour se reconnaître

chaque masque envoyé au vide grrr nié

Cette Colombine de Bollywood désamarrée du moulin à prière

Katmandou oublie-ça

le pont des rivières couacs-aïe siffle pareil que ce serpent en planque sous la pierre tombale. On t’a coupé le cordon pour que tu grandisses et apprennes à tisser tout seul, les avants-bras au bord du trou

Grimpes bordel

la vie est un golfe à plus de scie-trou, faut nager autrement que Manche-petit-baigneur, en plus étant du genre à avoir toucher un safran au départ, si tu gîtes à quoi sert c’te foutue quille sous ta coque

Le confinement c’est label occase à revoir sa programmation de fondement

Niala-Loisobleu – 27 Mars 2020

Je parle pour celui qui a manqué le train
Et qui reste tout seul sur le quai. Il s’en moque
Toulouse-Éternité : soixante années de train
Qu’est-ce que c’est que ce ticket qu’on m’a mis dans la main ?

Je parle pour celui qui a manqué le train
Il s’en voudrait de s’embarquer dans ce voyage
Et de vivre il s’en fout. Sa vie de lui s’éloigne
Dans le wagon de joie de vivre des premières et il s’en fout

Ce train sent la sueur, les femmes qui rigolent
Les cris d’enfants, la gueule rasée des officiers
Le regard suffisant des femmes engrossées
Les causes et les drapeaux, le bon marché, la révolte

C’est un matin très gris, très beau d’une province
Tu vas dans le silence des étals et des balcons
Tu marches dans la rue, tu t’en fous, tu te moques
De toi, de tout, de rien, de ta vie qui s’en va

Ce serait chouette de partir tout seul pour un voyage
La vie rêvée, la mort qui tremble de parfums
Et dans le paradis sans bruit, comme une enfance
Où s’en vont les linges de femmes, parait-il

Jacques Bertin

 

 

 

 

 

J’INVERSE LE SENS


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J’INVERSE LE SENS

 

Tournant l’armoire portes contre le mur, j’ouvre les tiroirs de la pharmacie. Un sceau vîent à moi, je peux y coller ma bague et tenir ta bouche sans qu’on vienne finir la fraise que nous apprécions seuls. J’ai profité de cette particularité pour me rendre invisible et entrer dans tes affaires au moment des parents d’élèves. Le chat s’étirait de tout son long sur les copies , posant sa langue dans la marge. Madame De, une inquiète, te demandait où commençaient les Amériques en ayant confondu la poésie avec la mondialisation dans le problème du chômage partiel. L’odeur des fraises apparue sur le ficus du salon m’a attiré à ta racine. Là le chat s’est dressé le do d’un bond. Il m’a semblé voir une lumière malicieuse dans l’oeil du chien, quand il est rentré du jardin il a délaissé le placard de la cuisine, as-tu remarqué quelque chose ? Ce jour Matisse insiste pour que j’étudie la lune dans mon cadre astral. Plusieurs symboles devraient mettre l’accent sur son langage. Tu sais quelle confiance j’ai en lui, aussi tu ne seras pas surprise de me voir plonger au coeur du sujet. En promenant mon vélo, j’ai aperçu le cheval haras l’explosion. J’ai interdit qu’on le prive d’avoine sous prétexte qu’il faut rester confiné, faut pas interpréter les précautions allant vers. C’est jour du poisson, pour moi c’est  torrent, la truite sauvage à la main rose à l’arête.

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Niala-Loisobleu – 27 Mars 2020