L’EPOQUE 2020/15 : LE COQ À CHEVAL


L’EPOQUE 2020/15 : LE COQ À CHEVAL

 

Après les Époques 2018 et 2019, voici le quinzième de cette nouvelle Époque 2020 avec BARBARA AUZOU : LE COQ À CHEVAL . Merci de considérer que le poème est indissociable du tableau et vice-versa…

L’EPOQUE 2020/15″Le Coq à Cheval »NialaAcrylique s/toile 55×46

 

 

La lumière d’un corps

Est un vivant paysage où l’oiseau

Aime écrire

Et la raison ce matin

Darde un buste libre de corset

Elle n’a plus depuis longtemps

Tu le sais ce désir brut

De remplir une forme

Elle est venue étreindre un peu d’éternité

Sous les mains immenses d’un soleil majeur

Vois le coq bander l’arc de ses oracles

Lancer son chant de cuivre en l’honneur

De ta grâce qui bouge

Dans la pensée blonde du  blé

Mon cheval rentre au pré

Suivi d’une triple torsade de parfums

De fleurs de miel et de rut

 

 

Barbara Auzou.

LES ARCEAUX EN COQUE


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ARCEAUX EN COQUE

Eau aux genoux

bout désamarré du corps-mort

et à pleine-bouche me détache des bords de vase

marécage à cochons

Nous serons à soute fond du ventre au zénith

plantes subaquatiques humides

d’un soleil à la nage

Les grands échassiers à la verticale des crinières blanches

et cerne d’avance la vague de nos yeux en secousse océanique

quand l’anémone remue sa langue au moulin à marées.

Niala-Loisobleu – 10 Mai 2020

MAGRITTE


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MAGRITTE

Marches de l’œil

A travers les barreaux des formes

Un escalier perpétuel

Le repos qui n’existe pas

Une des marches est cachée par un nuage

Une autre par un grand couteau

Une autre par un arbre qui se déroule

Comme un tapis

Sans gestes

Toutes les marches sont cachées

On a semé les feuilles vertes
Champs immenses forêts déduites
Au coucher des rampes de plomb
Au niveau des clairières
Dans le lait léger du matin

Le sable abreuve de rayons
Les silhouettes des miroirs

Leurs épaules pâles et froides
Leurs sourires décoratifs

L’arbre est teinté de fruits invulnérables.

Paul Eluard

AD LITEM


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AD LITEM

Mal renseignés comme nous le sommes par leurs expressions sur le coefficient de joie ou de malheur qui affecte la vie des créatures du monde animé, qui, malgré sa
volonté de parler d’elles, n’éprouverait au moment de le faire un serrement du cœur et de la gorge se traduisant par une lenteur et une prudence extrêmes de la démarche
intellectuelle, ne mériterait aucunement qu’on le suive, ni, par suite, qu’on accepte sa leçon.

Alors qu’à peu près tous les êtres à rangs profonds qui nous entourent sont condamnés au silence, ce n’est pas comme il s’agit d’eux un flot de paroles qui convient;
une allure ivre ou ravie non plus, quand la moitié au moins enchaînée au sol par des racines est privée même des gestes, et ne peut attirer l’attention que par des
poses, lentement, avec peine, et une fois pour toutes contractées.

Il semble d’ailleurs, a priori, qu’un ton funèbre ou mélancolique ne doive pas mieux convenir, ou du moins ne faudrait-il pas qu’il soit l’effet d’une prévention
systématique. Le scrupule ici doit venir du désir d’être juste envers un créateur possible, ou des raisons immanentes, dont on nous a dès l’enfance soigneusement
avertis, et dont la religion, forte dans l’esprit de beaucoup de générations de penseurs respectables, est née du besoin de justifier l’apparent désordre de l’univers par
l’affirmation d’un ordre ou la confiance en des desseins supérieurs, que le petit esprit de chacun serait incapable de discerner. Or, la faiblesse de notre esprit… il faut bien avouer
que la chose est possible : nous en avons assez de signes manifestes au cours de notre lutte même avec nos moyens d’expression.

Et pourtant, bien que nous devions nous défier peut-être d’un penchant à dramatiser les choses, et à nous représenter la nature comme un enfer, certaines constatations
dès l’abord peuvent bien justifier chez le spectateur une appréhension funeste.

Il semble qu’à considérer les êtres du point de vue où leur période d’existence peut être saisie tout entière d’un seul coup d’œil intellectuel, les
événements les plus importants de cette existence, c’est-à-dire les circonstances de leur naissance et de leur mort, prouvent une propension fâcheuse de la Nature à
assurer la subsistance de ses créatures aux dépens les unes des autres, — qui ne saurait avoir pour conséquence chez chacune d’entre elles que la douleur et les
passions.

Je veux bien que du point de vue de chaque être sa naissance et sa mort soient des événements presque négligeables, du moins dont la considération est pratiquement
négligée. J’accepte encore que pour toute mère enfanter dans la douleur soit une piètre punition, très rapidement oubliée.

Aussi n’est-ce pas de telles douleurs, ni celles qui sont dues à tels accidents ou maladies, qu’il serait juste de reprocher à la Nature, mais des douleurs autrement plus graves :
celles que provoque chez toute créature le sentiment de sa non-justification, celles par exemple chez l’homme qui le conduisent au suicide, celles chez les végétaux qui les
conduisent à leurs formes…

… Une apparence de calme, de sérénité, d’équilibre dans l’ensemble de la création, une perfection dans l’organisation de chaque créature qui peut laisser
supposer comme conséquence sa béatitude; mais un désordre inouï dans la distribution sur la surface du globe des espèces et des essences, d’incessants sacrifices, une
mutilation du possible, qui laissent aussi bien supposer ressentis les malheurs de la guerre et de l’anarchie : tout au premier abord dans la nature contribue à plonger l’observateur dans
une grave perplexité.

Il faut être juste. Rien n’explique, sinon une mégalomanie de création, la profusion d’individus accomplis de même type dans chaque espèce. Rien n’explique chez chaque
individu l’arrêt de la croissance : un équilibre? Mais alors pourquoi peu à peu se défait-il?

Et puis donc, aussi bien, qu’il est de nature de l’homme d’élever la voix au milieu de la foule des choses silencieuses, qu’il le fasse du moins parfois à leur propos…

Francis Ponge

COU DE SOLEIL


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COU DE SOLEIL

La trachée en soufflet clavicule ses épaules au rythme de la toupie de sa poitrine joueuse. Le petit chat est à la ficelle. Son Sacré-Coeur  culmine sur le tertre de la place que la pandémie nettoie des peintres pour autocaristes aux yeux bridés. Je funicule comme une salsa du démon. Tout propre de longs passages en bateau au lavoir, j’ébroue être. Un jardinier fantastique accompagné de son cheval à bascule et de son coq bleu. Ah c’est rose, Toulouse-Lautrec engrosse la Goulue, naîtra Nougaro le désossé. Les danseuses ont fendu leurs culottes pour un grand-écart en Edition Spéciale. C’est show au Moulin de la Galette. Les chapeaux volent et Mimi réclame des pinçons plein sa cage. Michou pédale dans l’ô de là. Ton cou sent le rayonnement des pores, je suis sur la crête de la fleur indienne avec laquelle tu flûtes pour ouvrir le panier de linge sale afin de redonner au jardin une fréquentation sans venin.

Niala-Loisobleu – 6 Mai 2020

L’URNE


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L’URNE

Sans fin regarder poindre une seconde nuit

A travers cet inerte bûcher lucide

Que ne tempère aucune production de cendres.

Mais la bouche à la fin, la bouche pleine de terre

Et de fureur,

Se souvient que c’est elle qui brûle

Et guide les berceaux sur le fleuve.

Jacques Dupin

SIGNES DE RECONNAISSANCE


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SIGNES DE RECONNAISSANCE

 

L’absence de costume nous saute aux yeux avant qu’on cherche les papiers

le trou des dentelles gardant son énigme

je lui en ai mis plusieurs pour creuser la piste

la difficulté pouvant provenir de la poitrine , pas facile à escamoter, je cache le nom du sein du jour derrière la date du calendrier

Ah l’intime …

 

Niala-Loisobleu – 5 Mai 2020

CHEMIN FAISANT


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CHEMIN FAISANT

Les chiens devant ils sont arrivés, puis ont monté la grande toile dans l’espace autour de l’ancienne caserne de la Marine. Pourquoi Rochefort me traverse avec son cadastre carré aligné au cordeau ? La Corderie sans doute plus que Colbert, à moins que Les Demoiselles y soient pour quelque chose, vas savoir. Il m’est pas resté insensible ce tableau de Kirschner. Faut dire que le pistil au centre de l’écart, ça pointe genre compas. Oui, on peut dire que c’est évocateur de la grand-route par laquelle on passe tous. Et au centre du confiné ça expulse un brin de bon sens. Il y a de la bonne-aventure là-d’dans, ma ligne de vie comme la votre. A la tienne alors on dirait du Cendrars dans les transes ibériennes. Et M. Loyal fait entrer le cheval et la petite écuyère à cas fait. Normal. Dans la ménagerie ouvrant l’après-midi les bonnes d’enfants assurent la garde. Dans l’Education Nationale débute la leçon du Petit-Chose. Apprendre à manger avec un masque c’est plus dur que se taper la Gaule. La note du tout-en-un de Monsieur Blanquer est curieusement obscure, disons-le tout net. Faut dire que chui-là il gagnerait à se masquer. La parade mobilise plus que les musiciens., les éleveurs de canards ont été réquisitionnés par une ola générale. Magret tout d’aucuns espèrent que le monde se refera à neuf…

 

Niala-Loisobleu – 5 Mai 2020

LE FRONT AU SUD


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LE FRONT AU SUD

Mouvements aquatiques dont s’emparent les sternes au départ des coques alignées

Quand des façades blanches accordent le trait de leur flottaison à l’ondoiement des premières chaleurs

Allant vers le bout de la jetée une femme tire sa remorque à la cale en se plaisant à penser au retour de pêche

L’Hôtel de la Plage refait le lit des rivières

Les bras pendus aux fenêtres

En collant le front aux persiennes j’ai aspiré l’odeur du grand fauve

Quelle bénédiction de rencontrer Henri

Il sue autrement qu’Eugène

Dans la fraîcheur de tes mots de Lettre j’ai Traversées

La senteur de tes cuisses colore le parchemin mieux qu’une lettre ornée

Puis on entendit gratter à l’entrée

Sans judas il fût visible de voir l’oiseau tout nu en prêt-à-peindre un rôt à la plancha

C’est fou les possibilités qu’offre le simple appareil

Niala-Loisobleu – 5 Mai 2020