La vérité du drame est dans ce pur espace qui règne entre la stance heureuse et l'abîme qu'elle côtoie : cet inapaisement total, ou cette ambiguïté suprême. Saint-john Perse
pour l’étaler au lin magistral de la Vie Universelle
en créant la
FONDATION NIALA
(Alain et Jacqueline)
.
Dans leur loge, les Epoques ne se maquillent pas
elles se préparent telles qu’elles
à entrer en scène en direct de leur provenance
attelées au même cheval
en une dernière représentation
DU 15 JANVIER AU 15 FEVRIER 2024
à CHATEAUBERNARD
et à une autre date à COGNAC
si la Ville en décide dans son Hotel-de-Ville
Autour de l’Atelier, des enfants jouent dans ma tête une longue histoire sans paroles, plus vide qu’un fruit sans noyau, qui refuse de mourir sans qu’on lui ait rendue-justice
Que serait une vie sans ses « hier à aujourd’hui » bien amarrée au remorqueur en son train de péniches qui va débarquer son contenu aux prochains demains ?
je m’assieds face à tout ce que mon moi-intime vît
et me retrouve dans l’image développée du vieux toro
J’entends la trompette qui ouvre l’arène
il pleut, mais le soleil de ma tête est brillant comme un costume de torero
J’ai fait pas mal de choses dans mon existence
mais au bord d’en sortir
de voir le programme qui m’attend
je pourrais halluciner
Carole a vidé la petite véranda ce matin pour tout me faire vivre de plain-pied
quelle présence pour moi m’apporte cette femme généreuse
puis mon peintre Anthony changera la grande véranda en chambre et salle-d’eau
c’est du rêve qu’on touche à pleines mains des êtres comme ça
Marylène elle
elle me réserve les 3 salles de Chateaubernard du 15 Janvier au 15 Février 2024 pour l’expo retraçante qui annoncera la création de la FONDATION NIALA (Jacqueline et Alain Denèfle)
Tu vois plus la mesquinerie apparaître
la sorcière décroche le pendu
on est tout entier dans l’humanité vraie
de penser que tu es seul n’est plus possible
Merci Cécile, merci Patrice
S’y ajoutent les deux autres
plus des petits-enfants
je marche alors avec mes jambes
ça fait si longtemps que j’ai perdu le granit rose que je revois le sentier des Douaniers promener ses têtes dans le grondement des vagues
Pablo ça t’explique pourquoi je me sens Mousquetaire avec la Femme
je choisis la contrebande à cette nouvelle-frontière
pour passer ce que mes rêves n’ont dérobé à personne
En jarres pleines de son derme à ELLE sans perdre un pétale et rester fort dans le deuil en escale d’une montée à dos d’éléphant vers la Ville Bleue
un marché flottant
un arbre où dort l’enfant mort-né
un temple qui s’étale au soleil-couchant
des chats qui sautent sur le pont de l’île aux bonzes pour aboutir
à la fondation Niala où les enfants viendront NOUS dire en espagnol :
L’Enfant Stanton
de
federico garcia lorca
Niala-Loisobleu.
23 Septembre 2023
– Do you like me ? – Yes, and you ? – Yes, yes.
Quand je suis seul il me reste encore tes dix ans, les trois chevaux aveugles, tes quinze visages avec le visage du coup de caillou et les petites fièvres glacées sur les feuilles du maïs. Stanton, mon fils, Stanton. À minuit le cancer sortait dans les couloirs et parlait aux escargots vides des documents, le très vif cancer plein de nuées et de thermomètres avec son chaste désir de pomme pour que le piquent les rossignols.
Dans la maison où il n’y a pas de cancer les murs blancs se brisent dans le délire de l’astronomie et dans les étables les plus petites et sur les croix des forêts brille de longues années la lueur de la brûlure. Ma douleur saignait le long des après-midi quand tes yeux étaient deux murs, quand tes mains étaient deux pays et mon corps rumeur de l’herbe. Mon agonie cherchait son vêtement, poussiéreuse, mordue par les chiens, et tu l’accompagnas sans trembler jusqu’à la porte de l’eau sombre. O mon Stanton, idiot et beau parmi les animaux tout petits, avec ta mère fracturée par les forgerons du village, avec un frère sous les arcades, un autre mangé par les fourmilières, et le cancer sans barbelés, qui palpite dans les chambres ! Il y a des nourrices qui donnent aux enfants des rivières de mousse et une amertume debout, et quelques négresses montent aux étages pour distribuer un filtre de rat. Car il est vrai que les gens veulent jeter les colombes aux égouts et je sais ce qu’espèrent ceux qui dans la rue nous pressent soudain le bout des doigts.
Ton ignorance est une montagne de lions, Stanton. Le jour où le cancer t’a fouetté, t’a craché au dortoir où les hôtes moururent d’épidémie, a ouvert sa rose brisée de vitres sèches et de mains molles pour éclabousser de boue les pupilles de ceux qui naviguent, tu as cherché dans l’herbe mon agonie, mon agonie aux fleurs de terreur, tandis que l’aigre cancer muet qui veut coucher avec toi pulvérisait des paysages rouges sur les draps d’amertume, et mettait sur les cercueils des arbrisseaux d’acide borique. Stanton, va-t’en à la forêt avec ses harpes juives, va-t’en apprendre des paroles célestes qui dorment aux troncs des arbres, dans les nuages, les tortues, les iris sans sommeil et les eaux sans reflet, afin d’apprendre, mon fils, ce que ton peuple oublie. Quand commencera le tumulte de la guerre je laisserai au bureau un morceau de fromage pour ton chien. Tes dix seront les feuilles sur l’épaule de mon petit jour. Et moi, Stanton, moi seul, oublié, tes visages fanés sur ma bouche, je pénétrerai à grands cris les vertes statues de la Malaria.
Quand le bout fait sonner les alarmes et que coupe un réverbère
le quai loin d’entrer dans le noir s’amarre en pleine lumière à l’anneau principal
Les quartiers corporatifs traversés passent par le Boulevard du Crime , la Foire au Pain d’Epices sans lâcher le Zoo Humain, faisant varier la Voûte Etoilée
mais le soc que le cheval tire ne renie pas le sillon qu’il a choisi
il laboure sa Muse
Ainsi les semailles sont autant de fleurs pour la table du corps que de fruits et du sel à marais pour la traversée maritime
On s’habite aux quartiers chauds des Epoques
d’un bout du Monde à l’autre, sous les toits, dans le coeur des meules, en cressonnière, dans les arbres , sur le bout d’une tige, à la crête de l’embrun, sur la pente avec sa pierre à monter
Ce mois qui est en train de partir, t’a emporté après des hésitations et des espoirs personnels dénoncés sans le dire
Tout ça pour raconter qu’on était contraires l’un à l’autre
Comme je dis la vérité par mots-peints, ce matin j’ai poussé la porte qui retient les mensonges pour les évacuer
« Reste ton jardin… »
sans qu’il y manque ce après quoi on court quand on aime la vie et même quand on la quitte
Toute figure est figure de pensée… Une figure est celle du dieu de poésie Qui se glisse dans la forme de cette figure En ressemblant à s’y méprendre à cet hôte qui l’accueille Pour y féconder Alcmène la poésie
L’esprit de poésie : un défieur de dieux qui invoque : « qu’est-ce que vous attendez ? ! » Cette durée ne peut pas durer ! Il faut que l’interminable soit ponctué ; qu’il y ait de l’interruption, du contour, de l’apparition, de la finition ! Venez. J’expose la peau ocellée d’Argus, une cotte de synonymes : Protée, montre-toi que je te reconnaisse multiple, que je t’épèle à grande vitesse !
L’esprit de poésie compare l’ogre égarant ses enfants à la «forêt obscure» où Dante commençait par se perdre; il perd les «significations admises», tout ce qui s’énonçait vite, ne demandait qu’à être identifié (et sans doute vaudrait-il mieux être égaré par une puissance que prendre les devants par jeu, mais enfin il faut bien que quelqu’un commence) ; l’affaire ordinaire, le patent, l’envoyé loyal, le message escompté, il s’en impatiente ! Le trompeur authentique, le déguisé, le fourbe de comédie, celui que le public a démasqué d’entrée de jeu ne lui suffit pas. Mais où est le dieu ? Dans les tragédies, le dieu ? Celui qui est autre qu’on croit, non par férocité mais parce qu’on ne pourrait l’accueillir, l’excessif, qui éclipserait. Ou alors il y aurait deux dissimulations, et la première, sympathique et remédiable, pour nous préparer à l’autre, « tragique » ? Celui qui est et n’est pas — ce qu’il est.
Et les dieux ont appris aux hommes par les arts à recevoir, à pouvoir recevoir, toute chose comme un dieu, pour ce qu’elle est en étant autre (en excès, en à-côté), autre que ce que c’est qui la comporte, dans quoi elle vient; en étant comme cela qui s’annonce, c’est-à-dire irréductible à cela qu’elle paraît : masqué par son apparaître, par son être-vrai même. L’artiste apprend à ménager, d’un rapport indirect, le « dieu inconnu » en tout. Le dieu est ce qui remplit la forme humaine, parfois trop humble comme Déméter, en retrait dans le visible, pour suggérer l’inégalité de la visibilité à l’être, la « différence de l’être et de l’étant » ?
Ainsi est-ce l’épreuve par tout : reconnaître le dieu. Il s’agit de ce qui excéderait la vie dans la vie, le dieu amour, « promis à tous », en tout cas à toi, à toi, à toi… C’est ton tour. Et si tu ne l’accueilles pas en quelque mode, tant pis pour toi, « tu auras vécu en vain ».
Même la comédie murmure «c’est votre affaire», de le reconnaître dans ce valet, ce double, cette erreur, cette coquette. Il n’est pas réservé aux Princes de la tragédie ; il ne s’agit pas que de mourir.
je tiens la seule couleur qui garde ma raison de vivre
et du bout des miens j’en soupèse chacune de tes formes
dans le carnet
Tu vieillis
quel bonheur de te voir écrire de ce sang qui me fait peindre
Emoi aussi !
.
Niala-Loisobleu.
1er Avril 2023
« Carnet »
Il y a beaucoup de morts dans le journal d’hier Et beaucoup de misère mais partout Beaucoup de gens qui restent indifférents Le lendemain tout semble déjà moins grave
Je ne voudrais pas que tu vieillisses trop vite Avant que nous ayons eu le temps de nous arrêter Et de nous dire : nous sommes heureux Que nous nous regardions encore une fois Dans le miroir amoureux des sourires Que je te trouve belle encore une fois Je veux encore du temps pour offrir Ton corps aux regards de passage Gens de passage prenez cette femme Possédez-la un jour elle ne sera plus rien Montre-toi nue danse pour eux Possédez-la qu’elle demeure Et demeure l’empreinte de ses doigts dans le sol
Je sens maintenant que tout va un peu plus vite Pourtant nous avons juste trente ans Je m’arrête et je te regarde Ai-je assez profité de toi? J’arrête le monde et je regarde Car il est plus que temps aujourd’hui de vivre Je cherche à écrire de plus en plus simplement Je me préoccupe moins des rimes et des rythmes Car il est plus que temps aujourd’hui de vivre De repousser la porte que quelqu’un ferme sur nous inéluctablement
Dans le journal d’hier beaucoup de morts Et puis partout beaucoup de gens indifférents Nous sommes peu nombreux à veiller Nous tenons la lampe allumée Nous repoussons de toutes nos forces le sommeil Et la lampe nous fait les yeux brillants
Nous tenons la lampe allumée Nous ne vieillissons pas
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