La vérité du drame est dans ce pur espace qui règne entre la stance heureuse et l'abîme qu'elle côtoie : cet inapaisement total, ou cette ambiguïté suprême. Saint-john Perse
Déluge de soleil
nous ne voyons rien mais voyons tout
Corps sans poids sol sans épaisseur
montons-nous ou descendons-nous ?
Ton corps est un diamant
où es-tu ?
Tu t’es perdu dans ton corps
Cette heure est un éclair immobile sans griffes
enfin nous sommes tous frères
nous pourrions nous dire bonsoir
même nous les Mexicains nous sommes heureux
et les étrangers aussi
Les automobiles ont la nostalgie de l’herbe
Marchent les tours
…………………le temps s’est arrêté
Deux yeux ne me quittent pas
c’est la mer sur les rochers couleur de colère
c’est la furie de juin et son manteau d’abeilles
Soleil lion du ciel
toi qui la regardes
…………. regarde-moi
Idole qui ne regarde personne
……………………………………regarde-nous
le ciel tourne et change et reste identique
où es-tu ?
Je suis seul face au soleil et aux gens
tu étais corps tu fus lumière tu n’es rien
Un jour je te rencontrerai dans un autre soleil
Tombe le soir
…………………………….grandissent les montagnes
nul ne lit les journaux
dans les bureaux jambes entrouvertes
les jeunes filles prennent le café en bavardant
J’ouvre mon bureau
………………………………..il est plein d’ailes vertes
il est rempli d’élytres jaunes
Les machines marchent toutes seules
tapent sans relâche la même ardente syllabe
La nuit guette derrière les gratte-ciel
c’est l’heure des étreintes cannibales
Nuit aux longs ongles
que de rage dans des regards remémorés !
Avant de s’en aller
le soleil embrase les présences
Octavio Paz, Salamandre [Salamandra], [traduction de l’espagnol par Jean-Claude Masson], dans Œuvres, édition établie, présentée et annotée par Jean-Claude Masson, Bibliothèque de la Pléiade, 2008, p. 235-236.
Le souffle chaud du tigre pose sa griffe sans savoir pourquoi mordre les chairs tendres que l’éléphant blanc n’écrase pas en passant entre les porcelaines d’un jour sans fleurs
Pourquoi l’échiquier glisse-t-il des mains du cornac sans retenir le fou ?
Certains jours ne portent pas bonheur comme il l’avaient dits
La tête disparue des épaules rompt les bras sous le poids de l’absence de franchise et le refus de se regarder
Sous le panama les seins passeront à travers l’indifférence en prenant le tronc du cerisier comme point d’amer
Mère, pensez-vous qu’ils vont larguer la bombe?
Mother, do you think they’ll drop the bomb?
Mère, pensez-vous qu’ils aimeront cette chanson?
Mother, do you think they’ll like this song?
Mère, pensez-vous qu’ils vont essayer de me casser les couilles?
Mother, do you think they’ll try to break my balls?
Ooh, ah
Ooh, ah
Mère, dois-je construire le mur?
Mother, should I build the wall?
Mère, dois-je me présenter comme président?
Mother, should I run for President?
Mère, dois-je faire confiance au gouvernement?
Mother, should I trust the government?
Mère, vont-ils me mettre dans la ligne de tir?
Mother, will they put me in the firing line?
Ooh, ah
Ooh, ah
Est-ce juste une perte de temps?
Is it just a waste of time?
Chut maintenant bébé, bébé, ne pleure pas
Hush now, baby, baby, don’t you cry
Maman va réaliser tous tes cauchemars
Mama’s gonna make all of your nightmares come true
Maman va mettre toutes ses peurs en toi
Mama’s gonna put all of her fears into you
Maman va te garder ici sous son aile
Mama’s gonna keep you right here under her wing
Elle ne te laissera pas voler, mais elle pourrait te laisser chanter
She won’t let you fly, but she might let you sing
Maman va garder bébé au chaud et au chaud
Mama’s gonna keep baby cozy and warm
Bien sûr, maman va aider à construire le mur
Of course mama’s gonna help build the wall
Mère, pensez-vous qu’elle est assez bonne?
Mother, do you think she’s good enough?
Pour moi?
For me?
Mère, tu penses qu’elle est dangereuse
Mother, do you think she’s dangerous
Tome?
To me?
Mère, va-t-elle déchirer votre petit garçon?
Mother, will she tear your little boy apart?
Ooh, ah
Ooh, ah
Mère, va-t-elle me briser le cœur?
Mother, will she break my heart?
Chut maintenant bébé, bébé, ne pleure pas
Hush now, baby, baby, don’t you cry
Maman va vérifier toutes tes copines pour toi
Mama’s gonna check out all your girlfriends for you
Maman ne laisse personne sale passer
Mama won’t let anyone dirty get through
Maman va attendre jusqu’à ce que tu entres
Mama’s gonna wait up until you get in
Maman saura toujours où tu as été
Mama will always find out where you’ve been
Maman va garder bébé en bonne santé et propre
Mama’s gonna keep baby healthy and clean
Par l’oreille gauche j’ose m’aventurer jusqu’à l’entrée de l’aisselle droite pour la vérification matinale des portiques mammaires. Rassuré je redescends par l’autre, à cette heure-ci la scène est vide, je ne compte pas les badauds qui s’haussent sur la pointe des pieds pour liker. Parmi eux il y en a un qui doit avoir une idée de rapport derrière la tête, il m’inventorie comme un inspecteur fiscal. Dans le froid qui règne le soleil fait luire la couleur des plumes, alors autant en faire profiter la journée dominicale. Je n’irai à la mer que par truchement de pensée. Mais j’ai les pieds assez propres pour être plus sincère que d’hypocrites souhaits. Je suis un pair vierge de tous soupçons…
Des oubliettes de sa tête comme un diable de sa boite s’évade un fol acteur drapé de loques écarlates qui joue pour lui tout seul rideaux tirés bureaux fermés le
grand rôle de sa vie la
Destinée d’un déclassé
Et debout sur le trottoir
au promenoir de sa mémoire
il est l’unique spectateur
de son mélodrame cérébral et revendicateur
où la folie des splendeurs
brosse de prestigieux décors
Je n’ai jamais été qu’intermédiaire
mais quel intermédiaire j’étais
J’ai brisé les chaussures de rois très fatigués
pour le compte honoraire des plus grands des
bottiers
J’ai été ventriloque dans beaucoup de banquets pour des orateurs bègues aphones et réputés et j’ai mâché la viande de très vieux financiers et j’ai
cassé du sucre sur de très jolis dos au profit d’un bossu roi du
Trust des chameaux
Mais j’ai conduit toutes ces bêtes dans un si bel abreuvoir
Elles qui n’avaient jamais rien vu tout à coup se sont mises à voir tous les visages de l’eau sur les pierres du lavoir la gaieté d’un vivier et la joie d’un torrent la lune sur
la lagune et les flots sur les docks les digues et les dunes le calme d’un étang la danse d’un ruisseau la pluie dans un tonneau
Et nous sommes remontés à la source en passant par le trou d’une aiguille et en musique s’il vous plaît car c’était il faut le dire une aiguille de phono
Là nous avons trinqué oasis et mirage coupe de rouge et miroir d’eau et tout le monde était saoul
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