La vérité du drame est dans ce pur espace qui règne entre la stance heureuse et l'abîme qu'elle côtoie : cet inapaisement total, ou cette ambiguïté suprême. Saint-john Perse
Verde
Verde, que te quiero verde,
verde viento, verdes ramas
el barco sobre la mar,
el caballo en la montaña
verde, que yo te quiero verde
Con la sombra en la cintura
ella sueña en su baranda
verde carne, pelo verde
con ojos de fría plata,
verde, que yo te quiero verde
Compadre quiero cambiar
mi caballo por tu casa
mi montura por tu espejo
mi cuchillo por tu manta,
verde, que yo te quiero verde
Compadre vengo sangrando
desde los puertos de Cabra
y si yo fuera, mocito,
este trato lo cerraba,
verde, que yo te quiero verde
Pero yo ya no soy yo,
ni mi casa es ya mi casa
Dejadme subir al menos
hasta las altas barandas
verde, que yo te quiero verde
Compadre quiero morir
decentemente en mi cama
de acero si puede ser
con las sabanas de holanda
verde, que yo te quiero verde
Compadre, donde está dime,
donde está esa niña amarga
cuantas veces la esperé
cuantas veces la esperaba
verde, que yo te quiero verde
Verde, que te quiero verde,
verde viento, verdes ramas
el barco sobre la mar,
el caballo en la montaña
verde, que yo te quiero verde
vert
Vert je te veux vert,
vent vert, branches vertes
Le bateau sur la mer,
le cheval sur la montagne
vert, je te veux vert
Avec l’ombre à la taille
elle rêve sur sa balustrade
viande verte, cheveux verts
aux yeux d’argent froid,
vert, je te veux vert
Copain, je veux changer
mon cheval pour ta maison
ma monture près de ton miroir
mon couteau pour ta couverture,
vert, je te veux vert
Compadre je viens saigner
des ports de Cabra
et si j’étais, mon garçon,
cet accord l’a clôturé,
vert, je te veux vert
Mais je ne suis plus moi
Même ma maison n’est plus ma maison
Laisse-moi monter au moins
jusqu’aux rampes hautes
vert, je te veux vert
Compadre je veux mourir
décemment dans mon lit
l’acier s’il peut être
avec les draps hollandais
vert, je te veux vert
Compadre, où est-ce me dire,
où est cette fille amère
combien de fois ai-je attendu pour elle
combien de fois ai-je attendu pour elle
vert, je te veux vert
Vert je te veux vert,
vent vert, branches vertes
Le bateau sur la mer,
le cheval sur la montagne
vert, je te veux vert
[…] j’avais la sensation qu’une belle fiole en cristal s’était brisée,
que le parfum s’était répandu sur l’étalage poussiéreux.
Tous ceux qui passaient hésitaient vaguement un instant,
ils humaient l’air, se remémoraient un souvenir heureux
puis disparaissaient derrière les poivriers ou dans le fond de la rue.
Ce parfum, par moments, je le sens encore — je veux dire que je m’en souviens;
n’est-ce pas étrange?
— les événements que nous qualifions habituellement de graves s’évanouissent, s’éteignent —
le meurtre d’Agamemnon, l’égorgement de Clytemnestre
(on m’avait envoyé de Mycènes un beau collier de petits masques en or
réunis par leurs oreilles à l’aide d’anneaux
— je ne l’ai jamais porté). On les oublie;
d’autres, au contraire, accessoires, insignifiants, subsistent;
— je me souviens d’avoir vu un jour
un oiseau posé sur le dos d’un cheval;
et ce fait inexplicable me semblait m’expliquer (à moi seule entre tous)
un beau mystère
Je me souviens aussi, enfant, sur les rives de l’Eurotas,
auprès des tièdes lauriers-roses,
du bruit d’un arbre qui se dépouillait tout seul;
ses écorces tombaient mollement dans l’eau,
voguaient comme des trières, s’éloignaient,
et moi j’attendais qu’un papillon noir à rayures orange
vienne à tout prix se poser et s’étonne de se voir bouger
alors qu’il resterait immobile;
cela m’amusait que les papillons, avec toute leur science du ciel,
n’aient aucune notion de voyage au fil de l’eau et de navigation.
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