EVOCATION


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EVOCATION

Mâché des deux mains avant qu’il plonge

patte à papier

une fraise au mortier

l’erre enfin penchée  se fixe au Centre

comme le fruit étire son poids

au fil de la longue couture des jours

le sein tambourin approfondit la résonance échappée

d’un oiseau

l’air pesant se déleste des maux

sans se laisser reluquer

la virginité renaît hennit toute concupiscence

Niala-Loisobleu – 20 Juillet 2020

VERDE – ANA BELEN Y MANZANITA


Verde
Verde, que te quiero verde,
verde viento, verdes ramas
el barco sobre la mar,
el caballo en la montaña
verde, que yo te quiero verde

Con la sombra en la cintura
ella sueña en su baranda
verde carne, pelo verde
con ojos de fría plata,
verde, que yo te quiero verde

Compadre quiero cambiar
mi caballo por tu casa
mi montura por tu espejo
mi cuchillo por tu manta,
verde, que yo te quiero verde

Compadre vengo sangrando
desde los puertos de Cabra
y si yo fuera, mocito,
este trato lo cerraba,
verde, que yo te quiero verde

Pero yo ya no soy yo,
ni mi casa es ya mi casa
Dejadme subir al menos
hasta las altas barandas
verde, que yo te quiero verde

Compadre quiero morir
decentemente en mi cama
de acero si puede ser
con las sabanas de holanda
verde, que yo te quiero verde

Compadre, donde está dime,
donde está esa niña amarga
cuantas veces la esperé
cuantas veces la esperaba
verde, que yo te quiero verde

Verde, que te quiero verde,
verde viento, verdes ramas
el barco sobre la mar,
el caballo en la montaña
verde, que yo te quiero verde

 

vert
Vert je te veux vert,
vent vert, branches vertes
Le bateau sur la mer,
le cheval sur la montagne
vert, je te veux vert

Avec l’ombre à la taille
elle rêve sur sa balustrade
viande verte, cheveux verts
aux yeux d’argent froid,
vert, je te veux vert

Copain, je veux changer
mon cheval pour ta maison
ma monture près de ton miroir
mon couteau pour ta couverture,
vert, je te veux vert

Compadre je viens saigner
des ports de Cabra
et si j’étais, mon garçon,
cet accord l’a clôturé,
vert, je te veux vert

Mais je ne suis plus moi
Même ma maison n’est plus ma maison
Laisse-moi monter au moins
jusqu’aux rampes hautes
vert, je te veux vert

Compadre je veux mourir
décemment dans mon lit
l’acier s’il peut être
avec les draps hollandais
vert, je te veux vert

Compadre, où est-ce me dire,
où est cette fille amère
combien de fois ai-je attendu pour elle
combien de fois ai-je attendu pour elle
vert, je te veux vert

Vert je te veux vert,
vent vert, branches vertes
Le bateau sur la mer,
le cheval sur la montagne
vert, je te veux vert

 

FAIT DE MAINS


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FAIT DE MAINS

 

Bruit de machine

insulte

Là où la fourmi travaille en silence des millions de sans emploi passent et repassent dans un vacarme lucratif

J’ai croisé mes mains comme tu aimes

et t’ai mis mon silence en entonnoir.

 

Niala-Loisobleu – 20 Juillet 2020

FLEUR DE CONQUE


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FLEUR DE CONQUE

 

 

En disant cette chaleur de parking, j’avais les fleurs d’un jardin bien ouvertes dans la tête

Quelque chose de fantastique

de l’Odilon Redon

Arum

comme un fameuse fontaine

 

Niala-Loisobleu – 20 Juillet 2020

BOULEVARD DU DOS


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BOULEVARD DU DOS

Des fenêtres qui se cachent

derrière

des linges, jardinières  ou jalousies

vas savoir

la rue se croit tout permis

je garde les yeux  entre les joints du pavé

d’où sort la musique  de tes pas

les vitrines racolent

je m’isole

assis sur le bord du bassin

colibri au gîte de la voile

fleur à l’oreille

perché sur tes épaules

pour ne dire qu’au coin du cou

sous la nuque

ta colonne de la main gauche

la droite à l’italique de l’hanche.

Niala-Loisobleu – 19 Juillet 2020

LE PAPILLON VINT


 

Yannis Ritsos

 

LE PAPILLON VINT

 

[…] j’avais la sensation qu’une belle fiole en cristal s’était brisée,
que le parfum s’était répandu sur l’étalage poussiéreux.
Tous ceux qui passaient hésitaient vaguement un instant,
ils humaient l’air, se remémoraient un souvenir heureux
puis disparaissaient derrière les poivriers ou dans le fond de la rue.

Ce parfum, par moments, je le sens encore — je veux dire que je m’en souviens;
n’est-ce pas étrange?
— les événements que nous qualifions habituellement de graves s’évanouissent, s’éteignent —
le meurtre d’Agamemnon, l’égorgement de Clytemnestre
(on m’avait envoyé de Mycènes un beau collier de petits masques en or
réunis par leurs oreilles à l’aide d’anneaux
— je ne l’ai jamais porté). On les oublie;
d’autres, au contraire, accessoires, insignifiants, subsistent;

— je me souviens d’avoir vu un jour
un oiseau posé sur le dos d’un cheval;
et ce fait inexplicable me semblait m’expliquer (à moi seule entre tous)
un beau mystère

Je me souviens aussi, enfant, sur les rives de l’Eurotas,
auprès des tièdes lauriers-roses,
du bruit d’un arbre qui se dépouillait tout seul;
ses écorces tombaient mollement dans l’eau,
voguaient comme des trières, s’éloignaient,
et moi j’attendais qu’un papillon noir à rayures orange
vienne à tout prix se poser et s’étonne de se voir bouger
alors qu’il resterait immobile;
cela m’amusait que les papillons, avec toute leur science du ciel,
n’aient aucune notion de voyage au fil de l’eau et de navigation.

Le papillon vint.

Yannis Ritsos

 

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