COMME UNE MARC D’AMOUR


Cette vague en continu

chantonne à voie basse à l’instant où l’écume éclate dans son roulement

L’encre est posée à la limite de profondeur de flottaison

au loin sur la ligne de côte les rayures alignent les cabines en traits bleus sur fond blanc

les palmiers ont été troqués contre une grande pinède sauvage et des gros rochers granitiques

où les oiseaux-marins se reconnaissent

Le trou du nid fait par étreintes à m’aime le sable héberge le périmètre de nos corps

tu peux allumer les aiguilles

voici les paumes de peint

une fenêtre odalisque de Matisse avec des agrumes et tes seins en doubles-rideaux

la tapisserie fleurit

arbre-à-soie, voici l’arôme ouvert à la mariée

Le noir est à pique loin au fond d’un tableau d’outre-noir

Chagall est bisexué

Niala-Loisobleu – 7 Septembre 2020

AU BAL DES FLEURS


AU BAL DES FLEURS

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Au bal des fleurs, des fleurs masquées

le sabot de
Vénus et la barbe de bouc

dansaient le zapateo

au son d’une sveglia-vaïna,

instrument charivarique à souhait.

Le bal dégénéra en orgie

à cause de certaines fleurs

qui faisaient la mijaurée.

Partout les fausses idées

venaient de leurs fausses pudeurs.

Ainsi la fausse giroflée reprochait au bégonia

d’être une affiche publicitaire pour les insectes,

la fausse épervière

reprochait à la cuscute d’être trop popote,

et la fausse vipérine en voulait au dahlia de faire du

[théâtre de s’être produit, à
Syracuse, dans la
Médée

[d’Euripide, et d’avoir joué ce rôle comme une fleur

Paul Neuhys

RASSERENEMENT


RASSERENEMENT

L’orbe montre la sphère

l’eau chante

debout l’herbe se fraie verte et montre du mamelon

le cheval galopant dans les vagues

jusqu’au point d’ars

Niala-Loisobleu – 7 Septembre 2020

VERT-GALANT


L’eau allonge son odeur de la mousse des pierres au va-et-vient de l’amarre de la barque qu’elle tire. D’où elle est partie rien ne pouvait en troubler l’effluve. L’abstraction de l’asphalte s’opérait par la longueur du chant à traverser, bleuets et coquelicots jusqu’aux genoux sachant cacher toute bordure en limite

Du pavé à travers le pont, les arches posaient un refuge pour se retrouver

Innocence et coeur tendre

un bateau de papier avait pouvoir de conduire au Havre pour les Amériques

Et cette liberté grandiose de la jeunesse ne sert qu’à surconsommer les obligations d’un confort contraignant

Dormir sur le pavé sans dépendre de tâches de tous ordres, sac à do, voici une musique d’aventures vers des rencontres à qui on ne reprochera pas de nous réduire le tant

Paris , square du Vert-Galant , gare d’embarquement…

Niala-Loisobleu – 6 Septembre 2020

Extraits d’Amers de St-John- Perse


Amers de Saint-John Perse (Extraits)

« Ô mon amour au goût de mer, que d’autres paissent loin de mer l’églogue au fond des vallons clos – menthes, mélisse et mélilot, tiédeurs d’alysse et d’origan – et l’un y parle d’abeillage et l’autre y traite d’agnelage, et la brebis feutrée baise la terre au bas des murs de pollen noir. Dans le temps où les pêches se nouent, et les liens sont triés pour la vigne, moi j’ai tranché le nœud de chanvre qui tient la coque sur son ber, à son berceau de bois. Et mon amour est sur les mers ! et ma brûlure est sur les mers !…

« Etroits sont les vaisseaux, étroite l’alliance ; et plus étroite ta mesure, ô corps fidèle de l’Amante… Et qu’est ce corps lui-même, qu’image et forme du navire ? nacelle et nave, et nef votive, jusqu’en son ouverture médiane ; instruit en forme de carène, et sur ses courbes façonné, ployant le double arceau d’ivoire au vœu des courbes nées de mer… Les assembleurs de coques, en tout temps, ont eut cette façon de lier la quille au jeu des couples et varangues.

« Vaisseau, mon beau vaisseau, qui cède sur ses couples et porte la charge d’une nuit d’homme, tu m’es vaisseau qui porte roses. Tu romps sur l’eau chaîne d’offrandes. Et nous voici, contre la mort, sur les chemins d’acanthes noires de la mer écarlate… Immense l’aube appelée mer, immense l’étendue des eaux, et sur la terre faite songe à nos confins violets, toute la houle au loin qui lève et se couronne d’hyacinthes comme un peuple d’amants !

« Il n’est d’usurpation plus haute qu’au vaisseau de l’amour. »

A TOUCHER L’ARBRE


La montée se renfrogne sous quelques mauvaises herbes

tout est à peau nue dans mes mains quand je viens, un printemps dans l’esprit, goûter au charme du cerisier

splendeur végétale qui me verticale la colonne vertébrale

Pur

c’était vert le moi de mes

que nos

J’ai vu la mésange faire chanter les tendres fleurs du fruit

Au bas de ses jambes la culotte des pâquerettes laissait toute aisance au ventre de l’arbre pour tenir sa promesse

Passé son ravage incendiaire l’été se retire, le râteau d’automne est à la ramasse de la calvitie de ses feuilles

les noisettes chantent le temps des cerises sans mendier

Accroche ta balançoire à ma branche que la saison d’amour puisse se dispenser de répondre à un rendez-vous fixe

fête la vie tous jours al dente…

Niala-Loisobleu – 5 Septembre 2020

AH L’EMBALLAGE…


Le soleil semble resté dans la nuit

moi pas dans le matin

la voiture est allée toute seule chercher le journal

Des gens marchaient par groupes le long de la Charente

se rendant plus loin à une table dressée sous les gros prunus de son affluent la Tardoire

Me suis même pas demandé ce qui peut motiver pareille migration, les fourmis suivent des itinéraires qui ne me surprennent plus. Un matin au levé on en trouve qui grouillent à un endroit de la maison, agitées comme pas possible sans comprendre pourquoi. Puis elles partent d’un seul coup

Des familles entières, cannes et sacs à dos, la casquette sous une absence totale de soleil, mais le masque en pleine campagne

Insolite

même plus

banal

J’ai de mauvaises habitudes prises à vivre dans une évolution méthodique

La graine qu’on mettait en terre prenait le temps d’expliquer la forme et la couleur du légume. La saveur n’en parlons plus, reste que la photo sur l’emballage

Puis sous et dans cette absence de compréhension, te voilà

la photo est dans mes mains

c’est battant

pas un pouls pour rien

qu’est-ce que ça balance

ça penche du bon côté

Eteins pas

reste déshabillée du monde qui m’échappe que je retienne pourquoi je vis…

Niala-Loisobleu – 5 Septembre 2020

LEO FERRE – CHRISTIE


LEO FERRE – CHRISTIE

 

Christie…
Christie quand je t’ai vue plonger
Mes vergues de roc où ça cogne
Des feuilles mortes se peignaient
Quelque part dans la Catalogne

Christie…
Le rite de mort aperçu
Sous un divan de sapin triste
Je m’en souviens, j’étais perdu
La Camarde est ma camériste

C’était un peu après midi
Tu luisais des feux de l’écume
On rentrait dans la chantilly
Avec les psaumes de la brume

La mer en bas criait ton nom
Ce poudrier serti de lames
Où Dieu se refait le chignon
Quand il se prend pour une femme

Christie…Christie… Christie

Christie, mon encre Waterman
Me fait ton mousse d’algues douces
La mort est comme un policeman
Qui passe sa vie à mes trousses

Christie…
Je prendrai le train de marée
Avec le rêve de service
A dix-neuf heures GMT
Vers l’horizon qui pain d’épice

Christie du tort et du malheur
Christie perdue des revoyures
Nous nous reverrons sous les fleurs
Qui là-bas poussent des augures
Tous mes chevaux viendront te voir
Au fond de moi quand tu voudras
Ils te traîneront dans l’espoir
Comme tu traînes dans mes bras

Christie… Christie… Christie…

Je fais tes bars américains
Et je mets tes squales en laisse
La mort aboie dessous mon bien
Elle nous laissera son adresse

Christie
Je suis triste comme un paquet
Sémaphorant à la consigne
Quand donnera-t-on le ticket
A cet employé de la guigne?

Pour que nous partions dans l’hiver
Des brebis mortes au vent qui bêle
Mangent du toc sous les feux verts
Que la mer allume sous elle
Avec des yeux d’habitants louches
Qui nagent dur dedans l’espoir
Beaux yeux de nuit comme des bouches
Qui regardent des baisers noirs

Christie… Christie… Christie

Christie, quand tu viens de la mer
Tu m’envoies ton odeur genièvre
Ça bêle dur dans ce désert
Les moutons broutent sur tes lèvres

Christie
Et ta houle les entretient
Leur laine tricote du large
De quoi vêtir les yeux marins
Qui dans tes vieux songes déchargent

Ô lavandière du jusant
Les galets mouillés que tu laisses
J’y vois comme des culs d’enfants
Qui dessalent tant que tu baisses
Ils frôlent un peu de l’horizon
Ta parallèle à peu près jointe
Et c’est un peu de ta maison
Ta lumière qui s’est éteinte

Christie… Christie… Christie…

Christie, ça sent le poivre doux
Quand ton crépuscule pommade
Et que j’enflamme l’amadou
Pour mieux brûler ta chair malade

Christie
Ô ma frégate du palier
Sur l’océan des HLM
Ta voilure est dans l’escalier
Reviens vite que je t’emblème

Toi dont l’étoile fait de l’œil
A ces astronomes qu’escortent
Des équations dans leur fauteuil
A regarder des flammes mortes
La galaxie a pris le deuil
Depuis que ton étoile chante
Et que dans le fond de tes lèvres
Toute l’Espagne se lamente

Christie… Christie…
Ho ho ho ho ho ho ho… ho ho!
Ho ho ho ho ho ho ho… ho ho!
Christie…
Ouais!
Christie…
Ouais!

Pincée de Sel


PINCEE DE SEL

Un souffle pousse l’amer

du bout des seins qui trempent

je pense aux fraises remontantes

le rideau frémit quand le chat passe entre les lignes du paysage en accord avec le travail que le trépan fait dans l’imaginaire

ce sont des oiseaux venus de loin qui forment ce qui nous relie de plus près à une partie du monde en cours de chantier

le peintre-bleu vêtu de blanc essuyé des pinceaux est au chant, gonflé à la pâte du couteau qui tranche le méplat de rehaut. Sur la table un petit-pot de pin garde de la gemme la fameuse vapeur des sens

J’ai revu Guignol matraquer les gens d’armes d’un rire d’enfants pendant que les chevaux de bois tournaient un reste de valeurs bien gardé par les épines des marrons d’Inde sous le marronnier où Peynet trouvait ses modèles

Les Champs-Elysées risquent de voir leurs chevaux martyrisés depuis qu’on y célèbre la dernière ânerie qui passe – puis faut penser aux casseurs ourdis par une confrérie dogmatique du dernier genre – l’époque aime détruire, le foutreball est un jeu d’équipe qui rapporte gros

Reste appuyé devant le large

Fais figure de proue

A la recherche du temps perdu..

Niala-Loisobleu – 4 Septembre 2020

AUBRAC


AUBRAC

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Il faut si peu pour vivre ici. De ce balcon où penche la montagne à l’heure où le soleil est plus jaune, il ne reste plus à choisir qu’à droite la banquette où
l’herbe noircit sous les châtaigniers, à gauche la Viadène au loin déjà toute bleue. A mi-pente, la journée respire. De cette galerie ample et couverte où
glisse la route de gravier rose au-dessus du Causse gris-perdrix, on voit mûrir très bas les ombres longues dans la lumière couleur de prune. Tout commande de faire halte à
ce reposoir encore tempéré où la terre penche, pour respirer l’air luxueux de parc arrosé, la journée qui s’engrange dans les rais du miel et la chaleur de l’ambre,
jusqu’à ce que l’œil gorgé revienne à la route rose qui monte sous le soleil avant de tourner dans l’ombre d’un bois de sapins, et que ta main déjà fraîchisse
avec le soir — ta main qui laisse filtrer le bruit plus clair du torrent, ta main qui me tend les colchiques de l’automne.

Nous monterons plus haut. Là où plus haut que tous les arbres, la terre nappée de basalte hausse et déplisse dans l’air bleu une paume immensément vide, à l’heure
plus froide où tes pieds nus s’enfonceront dans la fourrure respirante, où tes cheveux secoueront dans le vent criblé d’étoiles l’odeur du foin sauvage, pendant que nous
marcherons ainsi que sur la mer vers le phare de lave noire par la terre nue comme une jument.

Julien Gracq