La vérité du drame est dans ce pur espace qui règne entre la stance heureuse et l'abîme qu'elle côtoie : cet inapaisement total, ou cette ambiguïté suprême. Saint-john Perse
L’eau allonge son odeur de la mousse des pierres au va-et-vient de l’amarre de la barque qu’elle tire. D’où elle est partie rien ne pouvait en troubler l’effluve. L’abstraction de l’asphalte s’opérait par la longueur du chant à traverser, bleuets et coquelicots jusqu’aux genoux sachant cacher toute bordure en limite
Du pavé à travers le pont, les arches posaient un refuge pour se retrouver
Innocence et coeur tendre
un bateau de papier avait pouvoir de conduire au Havre pour les Amériques
Et cette liberté grandiose de la jeunesse ne sert qu’à surconsommer les obligations d’un confort contraignant
Dormir sur le pavé sans dépendre de tâches de tous ordres, sac à do, voici une musique d’aventures vers des rencontres à qui on ne reprochera pas de nous réduire le tant
Paris , square du Vert-Galant , gare d’embarquement…
« Ô mon amour au goût de mer, que d’autres paissent loin de mer l’églogue au fond des vallons clos – menthes, mélisse et mélilot, tiédeurs d’alysse et d’origan – et l’un y parle d’abeillage et l’autre y traite d’agnelage, et la brebis feutrée baise la terre au bas des murs de pollen noir. Dans le temps où les pêches se nouent, et les liens sont triés pour la vigne, moi j’ai tranché le nœud de chanvre qui tient la coque sur son ber, à son berceau de bois. Et mon amour est sur les mers ! et ma brûlure est sur les mers !…
« Etroits sont les vaisseaux, étroite l’alliance ; et plus étroite ta mesure, ô corps fidèle de l’Amante… Et qu’est ce corps lui-même, qu’image et forme du navire ? nacelle et nave, et nef votive, jusqu’en son ouverture médiane ; instruit en forme de carène, et sur ses courbes façonné, ployant le double arceau d’ivoire au vœu des courbes nées de mer… Les assembleurs de coques, en tout temps, ont eut cette façon de lier la quille au jeu des couples et varangues.
« Vaisseau, mon beau vaisseau, qui cède sur ses couples et porte la charge d’une nuit d’homme, tu m’es vaisseau qui porte roses. Tu romps sur l’eau chaîne d’offrandes. Et nous voici, contre la mort, sur les chemins d’acanthes noires de la mer écarlate… Immense l’aube appelée mer, immense l’étendue des eaux, et sur la terre faite songe à nos confins violets, toute la houle au loin qui lève et se couronne d’hyacinthes comme un peuple d’amants !
« Il n’est d’usurpation plus haute qu’au vaisseau de l’amour. »
la voiture est allée toute seule chercher le journal
Des gens marchaient par groupes le long de la Charente
se rendant plus loin à une table dressée sous les gros prunus de son affluent la Tardoire
Me suis même pas demandé ce qui peut motiver pareille migration, les fourmis suivent des itinéraires qui ne me surprennent plus. Un matin au levé on en trouve qui grouillent à un endroit de la maison, agitées comme pas possible sans comprendre pourquoi. Puis elles partent d’un seul coup
Des familles entières, cannes et sacs à dos, la casquette sous une absence totale de soleil, mais le masque en pleine campagne
Insolite
même plus
banal
J’ai de mauvaises habitudes prises à vivre dans une évolution méthodique
La graine qu’on mettait en terre prenait le temps d’expliquer la forme et la couleur du légume. La saveur n’en parlons plus, reste que la photo sur l’emballage
Puis sous et dans cette absence de compréhension, te voilà
la photo est dans mes mains
c’est battant
pas un pouls pour rien
qu’est-ce que ça balance
ça penche du bon côté
Eteins pas
reste déshabillée du monde qui m’échappe que je retienne pourquoi je vis…
Christie… Christie quand je t’ai vue plonger Mes vergues de roc où ça cogne Des feuilles mortes se peignaient Quelque part dans la Catalogne
Christie… Le rite de mort aperçu Sous un divan de sapin triste Je m’en souviens, j’étais perdu La Camarde est ma camériste
C’était un peu après midi Tu luisais des feux de l’écume On rentrait dans la chantilly Avec les psaumes de la brume
La mer en bas criait ton nom Ce poudrier serti de lames Où Dieu se refait le chignon Quand il se prend pour une femme
Christie…Christie… Christie
Christie, mon encre Waterman Me fait ton mousse d’algues douces La mort est comme un policeman Qui passe sa vie à mes trousses
Christie… Je prendrai le train de marée Avec le rêve de service A dix-neuf heures GMT Vers l’horizon qui pain d’épice
Christie du tort et du malheur Christie perdue des revoyures Nous nous reverrons sous les fleurs Qui là-bas poussent des augures Tous mes chevaux viendront te voir Au fond de moi quand tu voudras Ils te traîneront dans l’espoir Comme tu traînes dans mes bras
Christie… Christie… Christie…
Je fais tes bars américains Et je mets tes squales en laisse La mort aboie dessous mon bien Elle nous laissera son adresse
Christie Je suis triste comme un paquet Sémaphorant à la consigne Quand donnera-t-on le ticket A cet employé de la guigne?
Pour que nous partions dans l’hiver Des brebis mortes au vent qui bêle Mangent du toc sous les feux verts Que la mer allume sous elle Avec des yeux d’habitants louches Qui nagent dur dedans l’espoir Beaux yeux de nuit comme des bouches Qui regardent des baisers noirs
Christie… Christie… Christie
Christie, quand tu viens de la mer Tu m’envoies ton odeur genièvre Ça bêle dur dans ce désert Les moutons broutent sur tes lèvres
Christie Et ta houle les entretient Leur laine tricote du large De quoi vêtir les yeux marins Qui dans tes vieux songes déchargent
Ô lavandière du jusant Les galets mouillés que tu laisses J’y vois comme des culs d’enfants Qui dessalent tant que tu baisses Ils frôlent un peu de l’horizon Ta parallèle à peu près jointe Et c’est un peu de ta maison Ta lumière qui s’est éteinte
Christie… Christie… Christie…
Christie, ça sent le poivre doux Quand ton crépuscule pommade Et que j’enflamme l’amadou Pour mieux brûler ta chair malade
Christie Ô ma frégate du palier Sur l’océan des HLM Ta voilure est dans l’escalier Reviens vite que je t’emblème
Toi dont l’étoile fait de l’œil A ces astronomes qu’escortent Des équations dans leur fauteuil A regarder des flammes mortes La galaxie a pris le deuil Depuis que ton étoile chante Et que dans le fond de tes lèvres Toute l’Espagne se lamente
Christie… Christie… Ho ho ho ho ho ho ho… ho ho! Ho ho ho ho ho ho ho… ho ho! Christie… Ouais! Christie… Ouais!
le rideau frémit quand le chat passe entre les lignes du paysage en accord avec le travail que le trépan fait dans l’imaginaire
ce sont des oiseaux venus de loin qui forment ce qui nous relie de plus près à une partie du monde en cours de chantier
le peintre-bleu vêtu de blanc essuyé des pinceaux est au chant, gonflé à la pâte du couteau qui tranche le méplat de rehaut. Sur la table un petit-pot de pin garde de la gemme la fameuse vapeur des sens
J’ai revu Guignol matraquer les gens d’armes d’un rire d’enfants pendant que les chevaux de bois tournaient un reste de valeurs bien gardé par les épines des marrons d’Inde sous le marronnier où Peynet trouvait ses modèles
Les Champs-Elysées risquent de voir leurs chevaux martyrisés depuis qu’on y célèbre la dernière ânerie qui passe – puis faut penser aux casseurs ourdis par une confrérie dogmatique du dernier genre – l’époque aime détruire, le foutreball est un jeu d’équipe qui rapporte gros
Il faut si peu pour vivre ici. De ce balcon où penche la montagne à l’heure où le soleil est plus jaune, il ne reste plus à choisir qu’à droite la banquette où l’herbe noircit sous les châtaigniers, à gauche la Viadène au loin déjà toute bleue. A mi-pente, la journée respire. De cette galerie ample et couverte où glisse la route de gravier rose au-dessus du Causse gris-perdrix, on voit mûrir très bas les ombres longues dans la lumière couleur de prune. Tout commande de faire halte à ce reposoir encore tempéré où la terre penche, pour respirer l’air luxueux de parc arrosé, la journée qui s’engrange dans les rais du miel et la chaleur de l’ambre, jusqu’à ce que l’œil gorgé revienne à la route rose qui monte sous le soleil avant de tourner dans l’ombre d’un bois de sapins, et que ta main déjà fraîchisse avec le soir — ta main qui laisse filtrer le bruit plus clair du torrent, ta main qui me tend les colchiques de l’automne.
Nous monterons plus haut. Là où plus haut que tous les arbres, la terre nappée de basalte hausse et déplisse dans l’air bleu une paume immensément vide, à l’heure plus froide où tes pieds nus s’enfonceront dans la fourrure respirante, où tes cheveux secoueront dans le vent criblé d’étoiles l’odeur du foin sauvage, pendant que nous marcherons ainsi que sur la mer vers le phare de lave noire par la terre nue comme une jument.
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