PANAME A FRESQUE (DIMEY/GRECO)


PANAME A FRESQUE (DIMEY/GRECO)

LE BESTIAIRE DE PARIS

L’encre de Bernard ou la Fontaine des Innocents

La voix manuelle à deux seins de Juliette

et voici que ressurgit l’âme de Paname

l’odeur de ses pieds de cochon

les eaux sales du dégoût

l’enfant qui voit ses premiers poils fauchés sur un trottoir

Les portes des Grands Boulevards, un crime en embuscade

la cuillère percée de l’absinthe qui attend dans le bistro de vous bouffer le foie

Puis l’Eustache du zonard des fortifs finit par aimanter les bourgeois, il fait mouiller les baronnes qui le supplient d’y accoster dans la java

La beauté fera venir des artistes du monde entier, les émigrés des révolutions internationales ont autre chose dans le ventre qu’un envie de croisade de religion

Paris ville -lumière

pas qu’un peu mon Cousin, j’assure que le modèle aura traversé la terre entière pour émanciper le temps d’une courte mais authentique liberté de penser

Niala-Loisobleu – 27 Septembre 2020

DU TREMBLE A L’HÊTRE


DU TREMBLE A L’HÊTRE

Des rochers qui grossissent à l’abrupt du versant

la ravine hisse l’hêtre à la jetée de faines petits-cailloux

l’animal depuis le terrier observe en humant

cherchant ce tremble où le corps secoué, ses reins sentent qu’on attend d’eux plus qu’une miction confondante

Se ramassant jusqu’aux traces, il hume le terrain marqué des propriétés femelles

et cueille des baies rouges pour les y tremper, histoire de renouer sa langà l’usage de bonne conduite en choisissant du foin la seule herbacée qui vaille, m’aime sans moutarde.

Niala-Loisobleu – 26 Septembre 2020

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LE TEMERAIRE


LE TÉMÉRAIRE

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Il ne reste à ma lèvre enfin que cette injure
L’âge et la sécheresse à parler d’autrefois
Il ne reste à mon cœur qu’à tenir sa gageure

Et laissant l’univers m’envahir de ses voix Être encore une fois sa lumière évidente
Pour dire ce qui fut avec ce que je vois

Te tresserai l’enfer avec le vers du
Dante

Je tresserai la soie ancienne des tercets

Et reprenant son pas et sa marche ascendante

Que brûle ce qui fut avec ce que je sais

Je tresserai ma vie et ma mort paille à paille

Je tresserai le ciel avec le vers français

Je suis ce
Téméraire au soir de la bataille

Qui respire peut-être encore sur le pré

Mais l’air et les oiseaux voient déjà ses entrailles

Pour m’ouïr il n’est plus que soldats éventrés

Déjà mes yeux sont pleins de vermine et de mouches

La nuit emplit déjà mon corps défiguré

Lentement les fourmis ont habité ma bouche
De mon armure noire envahi par le froid
Pourrai-je murmurer mon histoire farouche

À qui les mots derniers où mon souffle décroît

Et de tout ce que j’ai vécu joui souffert

Que vais-je alors choisir que la douleur me broie

Qu’est-ce qui vaut la peine alors qu’on le profère
Du profond de soi-même
Enfin que signifie
Ce râle prolongé qu’à tout chant je préfère

À ma prunelle obscure une image suffit

À ma gorge un sanglot une ombre à ma mémoire

Pour tous mes souvenirs cette photographie

Elle est jaune elle est pâle elle a comme des moires
Ma mère y est assise un enfant à ses pieds
Quelqu’un qu’on ne voit pas est trahi par l’armoire

Le flacon sur la table et le presse-papier
Personne ne sait plus aujourd’hui ce qu’ils furent
Ni qu’était ce roman
Maman que vous coupiez

Vous veniez de changer tout juste de coiffure
Je vous trouvais jolie et d’autres le disaient
On n’en voit rien
Le jour a viré les sulfures

Cette épreuve est mauvaise et l’on vous jalousait
Pour une ombre d’épaule au biseau de la glace
Vous aviez ce regard triste qui me plaisait

Je me souviens
Je n’allais pas encore en classe
Vous vous faisiez de la peinture et sagement
Je restais près de vous à lire mon atlas

Et je vous voyais peindre et le voyais
Maman
Vous n’aviez pas l’esprit à ce bouquet de fleurs
J’aurais voulu le dire et ne savais comment

À présent qui se rappellerait la couleur

De votre robe ce dimanche à
Saint-Germain

Pas même vous à qui j’ai murmuré
Tu pleures

Bah laisse donc
Je n’y penserai plus demain
Les larmes qu’on retient sont lourdes et petites
Elles tombaient l’une après l’autre sur mes mains

Je n’oublierai jamais les mots que vous me dîtes
Plus tard avec un sourire dans le tramway
Ce sont des diamants que personne n’imite

C’était votre manière à vous de m’avouer

Tous les secrets d’un jeu que les enfants ignorent

Et plus tard à mon tour à pleurer j’ai joué

Mais que sont devenus les diamants d’alors
Les gens qu’on connaissait que sont-ils devenus
Tu n’as plus prononcé le nom de
Monsieur
Jorre

Nous l’avons rencontré
J’ai vu que tu l’as vu
Dans le métro
C’était la station
Dauphine
On a laissé partir la rame et jamais plus

J’aurai caché toute ma vie en ma poitrine
Ce diamant des pleurs que l’on n’imite pas
Quand mon sang aura plu sa dernière églantine

Que le cri des corbeaux ouvrira le repas

Les maraudeurs viendront le chercher dans ma chair

J’entends leurs jurons sourds leurs colloques leur pas

Allez ne craignez rien d’autres doigts me touchèrent
Et quand on me fait mal je sais ne pas crier
Arrachez dispersez tout ce qui me fut cher

Disputez entre vous mes yeux dépariés

J’ai des sanglots
En voulez-vous
On se demande

Vous à ma place est-ce que vous les prendriez

Ces bijoux-là cela ne sent pas la lavande

Et vos nuits sans sommeil vos rangements de poings

Vos cris de bête à qui croyez-vous qu’on les vende

Les laver ça donne salement du tintouin
Encore si vos trucs étaient mis en musique
Le client ça ne répond pas à ses besoins

Ça ne peut pas lui tenir lieu d’analgésiques
Gémir c’est démodé comme les loups-garous
Il nous faut de l’abstrait et du métaphysique

Le siècle veut dormir et rêver à sa roue
Donnez-lui le concert atonal de l’oubli
Mettez vos souvenirs à pourrir dans un trou

Je retourne ma face au cri bleu des courlis
Ah laissez-moi goûter la saveur de la terre
Et que mon âme en soit à tout jamais emplie

Je suis le gisant noir que rien ne désaltère
Détrousseurs laissez-moi mes ruisseaux ténébreux
Pour m’abreuver encore une fois et me taire

Pour encore une fois revoir les jours nombreux
Pour encore une fois à des bonheurs infimes
Donner cet écho mort qui reparle pour eux

Suivre le mouvement que les rimes impriment
Et qui ressemble à l’ahan dernier sur la croix
Comme l’aveu ressemble au crime
L’homme à sa proie

Marguerite
Marie et
Madeleine
Il faut bien que les sœurs aillent par trois
Aux vitres j’écris quand il fait bien froid
Avec un doigt leur nom dans mon haleine

Pour le bal de
Saint-Cyr elles ont mis
Trois des plus belles robes de
Peau d’Ane
Celle couleur de la route océane
Celle de vent celle d’astronomie

Comment dormir à moins qu’elles ne viennent
Me faire voir leurs souliers de satin
Qjii vont danser danser jusqu’au matin
Pas des patineurs et valses de
Vienne

Marguerite
Madeleine et
Marie
La première est triste à quoi songe-t-elle
La seconde est belle avec ses dentelles
A tout ce qu’on dit la troisième rit

Je ferme les yeux je les accompagne

Que les
Saint-Cyriens se montrent galants
Ils offriront aux dames du
Champagne

Chacune est un peu pour eux
Cendrillon
Tous ces fils de roi d’elles s’amourachent
Si jeunes qu’ils n’ont barbe ni moustache
Mais tout finira par un cotillon

La vie et le bal ont passé trop vite
La nuit n’a jamais la longueur qu’on a
Et dans le matin défont leurs cheveux
Madeleine
Marie et
Marguerite.

Louis Aragon

S’agissant du portrait laissé

la différence, entre l’auto et celui laissé aux autres, donne un tel roulis que ma colonne s’agite au lieu de se reposer

et donne à réfléchir

Avoir peint en témoignage d’une admiration profonde, en dehors de ne pas l’avoir caché, me bouleverse en constatant qu’en vérité il n’en est rien

le sale type de qui on attend le compliment

en attendant…

Niala-Loisobleu – 26 Septembre 2020

UN MATIN RUE DE LA COLOMBE…


UN MATIN RUE DE LA COLOMBE…

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Un matin

dans une cour de la rue de la
Colombe

ou de la rue des
Ursins

des voix d’enfants

chantèrent quelque chose comme ça :

Au coin d’la rue du
Jour et d’la rue
Paradis j’ai vu passer un homme y a que moi qui l’ai vu j’ai vu passer un homme tout nu en plein midi y a que moi qui l’ai vu pourtant c’est moi
Y plus petit les grands y savent pas voir surtout quand c’est marrant surtout quand c’est joli
Il avait des ch’veux d’ange une barbe de fleuve

une grande queue de sirène

une taille de guêpe

deux pieds de chaise
Louis treize

un tronc de peuplier et puis un doigt de vin et deux mains de papier une toute petite tête d’ail une gTande bouche d’incendie et puis un œil de bœuf et un œil de
perdrix

Au coin d’la rue du
Jour

et d’la rue
Paradis

c’est par là que je l’ai vu

un jour en plein midi

c’est pas le même quartier mais les rues se promènent partout où ça leur plaît.

Jacques Prévert

PORTE AU VENT


PORTE AU VENT

Le sable tamise

un ria

pour la maison qui s’y trempe les pieds

donne à boire à l’oiseau

la colonne vertébrale de l’embarcation

pour franchir la migration nécessaire.

Niala-Loisobleu – 26 Septembre 2020

ECOPAGE


ECOPAGE

Un nouveau venu

humide

remplace le sec

pourtant je le trouve aride comme une place tarie

ce Niagara

et sans le positif de l’alluvion

J’ai perdu à la renverse du vers

le fil de la texture comme un trou dans la chanson.

Niala-Loisobleu – 25 Septembre 2020

OMBRE MATINALE


OMBRE MATINALE

Elle n’a fait qu’une bouchée de la côte pentue

sans doute propulsée par un vent matinal porteur

Sur les planches de ce nouveau théâtre dire bonjour appelle à bouée

l’eau ne s’embarrasse pas de précautions

elle rentre chez vous sans prévenir

Niala-Loisobleu – 25 Septembre 2020

LES LICHENS


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René Char

LES LICHENS

Je marchais parmi les bosses d’une terre écurée, les haleines secrètes, les plantes sans mémoire. La montagne se levait, flacon empli d’ombre qu’étreignait par instant
le geste de la soif. Ma trace, mon existence se perdaient. Ton visage glissait à reculons devant moi. Ce n’était qu’une tache à la recherche de l’abeille qui la ferait fleur et
la dirait vivante. Nous allions nous séparer. Tu demeurerais sur le plateau des arômes et je pénétrerais dans le jardin du vide. Là, sous la sauvegarde des rochers,
dans la plénitude du vent, je demanderais à la nuit véritable de disposer de mon sommeil pour accroître ton bonheur. Et tous les fruits t’appartiendraient.

René Char

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A VERSE


A VERSE

Une vendange à la ramasse

court à la montée du rire

pour blanchir un ciel de corps beaux

Avec des sonneurs de cloches à chaque tube des grandes orgues

Notre-Dame rivée à l’oeil

astro-nomme

Comme à déboule de Bonaparte quand on remontaient sa rue en fanfare en sortant des Beaux-Arts

du Sartre plein la marguerite

et du poil à peindre de ton ventre

Rions le temps qui reste en s’aimant d’un pont – à l’autre bateaux-mouches

le noir illuminé d’un fond de cave sans tabous

J’ai envie

en vie de toi nature et sans eau-courante

juste avec un vasistas-soleil à deux pas de la Seine.

Niala-Loisobleu – 24 Septembre 2020

COMME DANS UN YAOURTIÈRE


COMME DANS UN YAOURTIÈRE

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Comme dans une yaourtière

Note d’existence : Paris / Lyon, je mets de l’ordre dans mes idées. J’essaie de rester poète sans faire d’histoire. Pas facile. Le train porte à la narration.

Dans un TGV. Bien fermé. À température contrôlée. Entre deux vitesses au carré. Je mélange rues, musées, adieux et souvenirs. Longuement sans réfléchir. Comme lorsqu’on brasse un yogourt. Pour ramener les fruits à la surface.

Arrivent les tunnels. Leurs noirceurs et traînées d’égarements. Suivent les rectangles de ciel. Les confettis de lumière. Volent dans les airs les panneaux réclames. Les machines à laver. À découdre le temps.

La ville meurt dans les banlieues. Où l’on parle verlan dans des appartements avec ou sans balcons. Où faire pousser la menthe. Où ranger les vieux principes. Les théières qui ne servent plus. Les bonheurs qui fuient.
Le train me yaourte. Caille mes dires. Un autre rempart. Coupe le son. Plus rien. Qu’un lot d’absurdes détresses. À cause du béton.

Le paysage revient. Plante des siècles. Des clochers. Des dates à retenir. Avant la guerre de Cent Ans. Après Louis XVI. Sous le cycle de Robespierre.

Je me sens devenir poire. Plus encore. Pulpe de matière grise. Moments d’oubli. Que je brasse pour ramener à la mémoire les chronologies si compliquées de la liberté.Extrait de:  Des lieux des villes un chou-fleur,

Écrits des Forges, Québec, Canada

Monique Juteau

Au sujet de Juteau Monique

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Portrait de Juteau Monique

A Propos

Monique Juteau, lauréate du prix Félix-Antoine-Savard 2001(Québec), a publié cinq recueils de poésie et tout autant d’œuvres de fiction. Ses lectures publiques sont particulières; elle manipule des objets qui introduisent ses poèmes et en facilitent l’accès. Elle aime écrire à l’étranger. Romans et récits inspirés de ses séjours en Asie balisent son parcours d’écrivain. Sa plus récente publication, Voyage avec ou sans connexion, éditions d’art Le Sabord 2016, relate un voyage en compagnie d’un iPod touch de cinquième génération. En 2002, elle remportait un des grands prix littéraires Radio-Canada, catégorie Récit de voyage.