EMEL MATHLOUTHI – KHAYEF (J’ai peur)


EMEL MATHLOUTHI – KHAYEF (J’ai peur)

J’ai peur du temps Et le temps est long J’ai peur que le temps, s’arrête… Et ma journée se rallonge à l’ infini… J’ai peur que le temps et mes amis m’oublient Je passé ma vie à attendre un instant de joie qui ne dure jamais J’en ai assez des gens… Ces gens qui ne sentent pas qui ne comprennent pas… Je crains, Je crains La solitude. Mais, seule, toujours seule, Je suis muré dans le silence. Je ne peux ni parler, ni écrire. La maison… une prison, Et la rue une geôle dont les murs sont les gens ! J’ai peur de perdre tout sentiment, J’ai peur que disparaisse mon art, J’ai peur de périr de mon vivant. Hélas, je suis toujours solitaire, Isolé dans une bulle de verre. Et je marche sur un chemin plan, Un plan qui s’incline, qui s’incline Mais jusqu’où? du temps Et le temps est long J’ai peur que le temps, s’arrête… Et ma journée se rallonge à l’ infini… J’ai peur que le temps et mes amis m’oublient Je passé ma vie à attendre un instant de joie qui ne dure jamais J’en ai assez des gens… Ces gens qui ne sentent pas qui ne comprennent pas… Je crains, Je crains La solitude. Mais, seule, toujours seule, Je suis muré dans le silence. Je ne peux ni parler, ni écrire. La maison… une prison, Et la rue une geôle dont les murs sont les gens ! J’ai peur de perdre tout sentiment, J’ai peur que disparaisse mon art, J’ai peur de périr de mon vivant. Hélas, je suis toujours solitaire, Isolé dans une bulle de verre. Et je marche sur un chemin plan, Un plan qui s’incline, qui s’incline Mais jusqu’où?

VOL A L’ETALAGE


L

VOL A L’ETALAGE

Le corps de ferme se fait muet de ses odeurs

on garde les élèves de crainte de voir la pandémie gagner les faubourgs, mais une torpeur falote cerne les yeux des bergers

Sous leur chapeau à part le masque plus rien d’eux ne résonne

Ils étaient professeurs au départ, les voici vigiles-nounous, le sein sur les genoux, vide de ressort. Personnage falot que l’épuisement dévie de la flûte joyeuse auquel il s’adonne quand la vocation est respectée

On marche sur l’enseignement pour faire consigne d’enfants comme dans une gare entre deux trains au prétexte que l’enfant est rebelle au virus bien qu’en étant porteur

Dites-moi que ce n’est pas par mauvais esprit que les enseignants peuvent l’attraper des élèves. Ubu remplacerait Jean-Michel sans qu’on y voit un changement

Sinistre incompétence d’une légèreté estivale qui tend l’oreille et menace. Je n’ai jamais cru à la vertu du sable pour se tenir la tête hors du seau…

Niala-Loisobleu – 29 Septembre 2020

RROSE SÉLAVY


Robert Desnos

RROSE SÉLAVY

Dans un temple en stuc de pomme le pasteur dis-tillait le suc des psaumes.

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Rrose
Sélavy demande si les
Fleurs du
Mal ont modulé les mœurs du phalle : qu’en pense
Omphale?

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Voyageurs, portez des plumes de paon aux filles de
Pampelune.

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La solution d’un sage est-elle la pollution d’un page?

.
Je vous aime, ô beaux hommes vêtus d’opossum.

Question aux astronomes:

.
Rrose
Sélavy inscrira-t-elle longtemps au cadran des astres le cadastre des ans?


O mon crâne, étoile de nacre qui s’étiole.

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Au pays de
Rrose
Sélavy on aime les fous et les loups sans foi ni loi

.
Suivrez-vous
Rrose
Sélavy au pays des nombres décimaux où il n’y a décombres ni maux?

zo.
Rrose
Sélavy se demande si la mort des saisons fait tomber un sort sur les maisons.

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Fassez-moi mon arc berbère, dit le monarque – barbare.

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Les planètes tonnantes dans le del enrayent les cailles amoureuses des plantes étonnantes aux feuilles d’écaillé cultivées par
Rrose
Sélavy.

.
Rrose
Sélavy connaît bien le marchand du seL

Êpitaphe :

.
Ne tourmentez plus
Rrose
Sélavy, car mon génie est énigme.
Caron ne le déchiflre pas.

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Perdue sur la mer sans fin,
Rrose
Sélavy mangera-t-elie du fer après avoir mangé ses mains?

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Aragon recueille in extremis l’âme d’Aramis sur un lit d’estragon.

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André
Breton ne s’habille pas en mage pour combattre l’image de l’hydre du tonnerre qui brame sur un mode amer.

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Francis
Picabia l’ami des castors
Fut trop franc d’être un jour picador
A
Cassis en ses habits d’or.

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Rrose
Sélavy voudrait bien savoir si l’amour, cetie colle à mouches, rend plus dures les molles couches.

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Pourquoi votre incarnat est-il devenu si terne, petite fille, dans cet internat où votre œil se cerna?

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Au virage de la course au rivage, voici le secours de
Rrose
Sélavy.

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Rrose
Sélavy peut revêtir la bure du bagne, elle a une monture qui franchit les montagnes.

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Rrose
Sélavy décerne la palme sans l’éclat du martyre à
Lakmé bergère en
Beauce figée dans le calme plat du métal appelé beauté.

.
Croyez-vous que
Rrose
Sélavy connaisse ces jeux de fous qui mettent le feu aux joues?

.
Rrose
Sélavy, c’est peut-être aussi ce jeune apache qui de la paume de sa main colle un pain à sa môme.

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Est-ce que la caresse des putains excuse la paresse des culs teints?

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Le temps est un aigle agile dans un temple.

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Qu’arrivera-t-il si
Rrose
Sélavy, un soir de
Noël, s’en va vers le piège de la neige et du pôle?

Ah! meurs, amour!

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Quel hasard me fera découvrir entre mille l’ami plus fugitif que le lézard?

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Un prêtre de
Savoie déclare que le déchet des calices est marqué du cachet des délices : met-il de la malice dans ce match entre le ciel et lui?

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Voici le cratère où le
Missouri prend sa source et la cour de
Sara son mystère.

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Nomades qui partez vers le nord, ne vous arrêtez pas au port pour vendre vos pommades.

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Dans le sommeil de
Rrose
Sélavy il y a tu» nain sorti d’un puits qui vient manger son pain, la nuit.

.
Si le silence est d’or,
Rrose
Sélavy abaisse ses cils et s’endort.

.
Debout sur la carène, le poète cherche une rime et croyez-vous que
Rrose
Sélavy soit la reine du crime?

.
Au temps où les caravelles accostaient
La
Havane, les caravanes traversaient-elles
Laval?

Question d’Orient:

.
A
Sainte
Sophie, sur un siège de liège, s’assied la folie.

.
Rrose
Sélavy propose que la pourriture des passions devienne la nourriture des nations.

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Quelle est donc cette marée sans cause dont l’onde amère inonde l’âme acérée de
Rrose?

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Benjamin
Péret ne prend jamais qu’un bain par an.

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Paul Éluard : le poète élu des draps.

Êpitaphe pour
Apollinaire:

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Pleurez de nénies, géants et génies, au seuil du néant.

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Amoureux voyageur sur la carte du tendre, pourquoi nourrir vos nuits d’une tarte de cendre?

Martyre de saint
Sébastien:

.
Mieux que ses seins ses bas se tiennent.

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Rrose
Sélavy a visité l’archipel où la reine
Irène-sur-les-Flots de sa rame de frêne gouverne ses flots.


From
Everest mountain
I am falling dovm to your feet for ever,
Mrs.
Everling.

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André
Breton serait-il déjà condamné à la tâche de tondre en enfer des chats d’ambre et de jade?


Rrose
Sélavy vous engage à ne pas prendre les verrues des seins pour les vertus des saintes.

.
Rrcse
Sélavy n’est pas persuadée que la culture du moi puisse amener la moiteur du cul.

.
Rrose
Sélavy s’étonne que de la contagion des reliques soit née la religion catholique.

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Possédé d’un amour sans frein, le prêtre savoyard jette aux rocs son froc pour soulager ses reins.

Devise de
Rrose
Sélavy:

.
Plus que poli pour être honnête
Plus que poète pour être honni

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Oubliez les paraboles absurdes pour écouter de
Rrose
Sélavy les sourdes paroles.

Epiphanie :

.
Dans la nuit fade les rêves accostent à la rade pour décharger des fèves.

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Au paradis des diamants les carats sont des amants et la spirale est en cristaL

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Les pommes de
Rome ont pour les pages la saveur de la rage qu’y imprimèrent les dents des
Mores.

.
Lancez les fusées, les races à faces rusées sont usées!

.
Rrose
Sélavy proclame que le miel de sa cervelle est la merveille qui aigrit le fiel du ciel.

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Aux agapes de
Rrose
Sélavy on mange du pâté de pape dans une sauce couleur d’agate.

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Apprenez que la geste célèbre de
Rrose
Sélavy est inscrite dans l’algèbre céleste.

.
Habitants de
Sodome, au feu du ciel préférez le fiel de la queue.

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Tenez bien la rampe, rois et lois qui descendez à la cave sans lampe.

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Morts férus de morale, votre tribu attend-elle toujours un tribunal?

.
Rrose
Sélavy affirme que la couleur des nègres est due au tropique du cancer.

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Beaux corps sur les billards, vous serez peaux sur les corbillards!

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Du palais des morts les malaises s’en vont par toutes les portes.

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Rocambole de son cor provoque le carnage, puis carambole du haut d’un roc et s’échappe à la nage.

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De cirrhose du foie meurt la foi du désir de
Rrose.

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Amants tuberculeux, ayez des avantages phtisiques.


Rrose
Sélavy au seuil des deux porte le deuil des dieux.

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Les orages ont pu passer sur
Rrose
Sélavy, c’est sans rage qu’elle atteint l’âge des oranges.

.
Ce que
Baron aime, c’est le bâillon sur l’arme!

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Les idées de
Morise s’irisent d’un charme démodé.

.
Simone dans le silence provoque le heurt des lances des démones.

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Les yeux des folles sont sans fard.
Elles naviguent dans des yoles, sur le feu, pendant des yards, pendant des yards.

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Le mépris des chansons ouvre la prison des méchants.

.
Le plaisir des morts, c’est de moisir à plat.

.
Aimez, gens,
Janine, la fleur d’hémérocalle est si câline.

.
Sur quel pôle la banquise brise-t-elle le bateau des poètes en mille miettes?

.
Rrose
Sélavy sait bien que le démon du remords ne peut mordre le monde.

.
Rrose
Sélavy nous révèle que le râle du monde est la ruse des rois mâles emportés par la ronde de la muse des mois.

Dictionnaire
La
Rrose :

.
Latinité —
Les cinq nations latines.
La
Trinité —
L’émanation des latrines.

.
Nul ne connaîtrait la magie des boules sans la bougie des mâles.

.
Dans un lac d’eau minérale
Rrose
Sélavy a noyé la câline morale.

.
Rrose
Sélavy glisse le cœur de
Jésus dans le jeu des
Crésus.

Conseil aux catholiques :

.
Attendez sagement le jour de la foi où la mort vous fera jouir de la faux.

.
Au fond d’une mine
Rrose
Sélavy prépare la fin du monde.

.
La jolie sœur disait : «
Mon droit d’aînesse pour ton doigt,
Ernest. »

.
Cravan se hâte sur la rive et sa cravate joue dans le vent.

.
Dans le ton rogue de
Vaché il y avait des paroles qui se brisaient comme les vagues sur les rochers.

.
Faites l’Aumône aux riches, puis sculptez dans la roche le simulacre de
Simone.

Question :

.
Cancer mystique, chanteras-tu longtemps ton cantique au mystère?

Réponse :

.
Ignores-tu que ta misère se pare comme une reine de la traîne de ce mystère?

.
La mort dans les flots est-elle le dernier mot des forts?

.
L’acte des sexes est l’axe des sectes.

.
Le suaire et les ténèbres du globe sont plus suaves que la gloire.

.
Frontières qui serpentez sur les cimes, vous n’entourez pas les cimetières abrités par nos fronts.

.
Les caresses de demain nous révéleront-elles le carmin des déesses ?

.
Le parfum des déesses berce la paresse des défunts.

.
La milice des déesses se préoccupe peu des délices de la messe.

.
A son trapèze
Rrose
Sélavy apaise la détresse des déesses.

.
Les vestales de la
Poésie vous prennent-elles pour des vessies, ô
Pétales !

.
Images de l’amour, poissons, vos baisers sans poison me feront-ils baisser les yeux ?

.
Dans le pays de
Rrose
Sélavy les mâles font la guerre sur la mer.
Les femelles ont la gale.

.
A tout miche, pesez
Ricord.

.
Mots, êtes-vous des mythes et pareils aux myrtes des morts?

.
L’argot de
Rrose
Sélavy, n’est-ce pas l’art de transformer en cigognes les cygnes?

.
Les lois de nos désirs sont des dés sans loisir.

lia
Héritiers impatients, conduisez vos ascendants à la chambre des tonnerres.

m.
Je vis où ta vis, voyou dont k visage est le charme des voyages.

.
Phalange des anges, aux angélus préférez les phallus.

.
Connaissez-vous la jolie faune de la folie? —
Elle est jaune.

.
Votre sang charrie-t-il des grelots au gré de vos sanglots?

.
La piété dans le dogme consiste-t-elle à prendre les dogues en pitié?

.
Le char de la chair ira-t-il loin sur ce chemin si long?

.
Qu’en pensent les cocus?

Recette culinaire : plutôt que
Madeleine l’apotro-phage, femmes! imitez la vierge cornivore.

.
Corbeaux qui déchiquetez le flanc des beaux corps, quand éteindrez-vous les flambeaux?

.
Prométhée moi l’amour!

.
O ris cocher des flots!
Auriç, hochet des flots au ricochet des flots.

.
L’espèce des folles aime les fioles et les pièces fausses.

Définition de la poésie pour :

.
Louis
Aragon :
A la margelle des âmes écoutez les gammes jouer à la marelle.

.
Benjamin
Péret :
Le ventre de chair est un centre de vair.

.
Tristan
Tzara :
Quel plus grand outrage à la terre qu’un ouvrage de ! v^^
I ?
Qu’en dis-tu, ver de terre?

.
Max
Emst :
La boule rouge bouge et roule.

.
Max
Morise :
A figue dolente, digue affolante.

.
Georges
Aurie :
La portée des muses, n’est-ce pas la mort duvetée derrière la porte des musées?

.
Philippe
Soupaidt :
Les oies et les zébus sont les rois de ce rébus.

.
Roger
Vitrac :
Il ne faut pas prendre le halo de la lune à l’eau pour le chant « allô » des poètes comme la lune.

.
Georges
Limbour ;
Pour les
Normands le
Nord ment.

.
Francis
Picabia :
Les chiffres de bronze ne sont-ils que des bonzes de chiffes : j’ai tué l’autre prêtre, êtes-vous prête,
Rrose
Sélavy?

.
Marcel
Ducliamp :
Sur le chemin, il y avait un bœuf bleu près d’un banc blanc.
Expliquez-moi la raison des gants blancs, maintenant?

.
G. de
Chirico :
Vingt fois sur le métier remettez votre outrage.

.
Quand donc appellerez-vous
Prétéritions,
Paul Éluard, les
Répétitions?

*-
O laps des sens, gage des années aux pensées sans langage.

.
Fleuves! portez au
Mont-de-Piété les miettes de pont.


Les joues des fées se brûlent aux feux de joies.

.
Le mystère est l’hystérie des mortes sous les orties.

.
Dans le silence des cimes,
Rrose
Sélavy regarde en riant la science qui lime.

.
Nos peines sont des peignes de givre dans des cheveux ivres.

.
Femmes! faux chevaux sous vos cheveux de feu.

.
Dites les transes de la confusion et non pas les contusions de la
France.

.
De quelle plaine les reines de platine monteront-elles dans nos rétines?

.
La peur, c’est une hanche pure sous un granit ingrat.

.
Les menteurs et les rhéteurs perdent leurs manches dans le vent rêche quand les regarde
Alan
Ray.

.
Si vous avez des peines de cœur, amoureux, n’ayez plus peur de la
Seine.

.
A cœur payant un rien vaut cible.

.
Plus fait violeur que doux sens.

.
Jeux de mots jets mous.

.
Aimable souvent est sable mouvant.

Robert Desnos

A LA BRETELLE


A LA BRETELLE

En faisceau sur l’établi du jour ouvrable quelques fleurs gagnées au couteau

la tierce personne dont on ne connaîtra jamais le nom reste cachée

et la chanson qui commémore sa pensée intime se montre

La place de Furstenberg serre ses bancs pour garder l’amour

les moineaux iront ramasser les miettes

Dans ma tête je dessine un kiosque pour garer l’orgue, laissant l’accordéon sur son tricycle tourner autour

Des volets ouverts tendent leurs jardinières pour mettre de l’odeur dans le vol des pigeons

Elle est allongée sur son tapis, un billet à la main pour n’importe où, le verre est plein de mojito et la radio disperse une vieille histoire sur un air de blues que la trompette bouche à bouche. Il faut laisser les feuilles mortes se faire la pelle, c’est comme ça qu’elles se content Juliette et Miles Davis en toute liberté raciale.

Niala-Loisobleu – 28 Septembre 2020

VERS DEPOLIS


VERS DEPOLIS

Le porte-plume sucé à lever l’encre

j’ai les yeux qui hissent un manque de chaleur

quand il y a quelques jours à peine elle assommait

Te chercher sous les pulls over sans que l’herbe ait eu le temps de repousser est inconvenant

Reviens marguerite pour la comptine

cerise pour l’oreille tendue

nous irons nus shows entièrement de nous m’aime

du centre ombilical à cou souple aux reins arrosés d’une cascade d’aisselles lourdement lestées

Niala-Loisobleu – 28 Septembre 2020

SUITE A LONGER


SUITE A LONGER

Du haut de l’arbre descend une onde brassée d’Elle

Envol

Le chemin s’ouvre au moment où la rivière se montre

et à l’endroit où l’herbe est plus épaisse

Les pies y vont et viennent boire ce goût subtil de femmes au nom de Mille-et-Une-Nuits

Derrière le clos où les pommiers lèchent de leurs branches l’abri des vaches en été, l’automne enfante

musique de chambre

un cheval se tient dans la loge côtoyant la scène

un enfant échappé de la rentrée scolaire assis sur ses genoux

Ils vont en dehors de la direction des villes, longer la mer est leur façon d’en explorer les entrées submergées.

Niala-Loisobleu – 28 Septembre 2020

BERGERIES


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BERGERIES

Suppose

Que je vienne et te verse
Un peu d’eau dans la main

Et que je te demande
De la laisser couler

Goutte à goutte
Dans ma bouche.

Suppose

Que le vol d’un oiseau
Nous invite au voyage

Et que je te demande
De nous blottir en lui

Pour avec lui voler

A travers ta pénombre.

Suppose

Que près de toi mes jours
Aient un cours trop rapide

Et que je te demande
De faire de mon temps

Un temps de végétal
Pas pressé de fleurir.

Suppose

Que le bois de la table
Réclame ses racines

Et que je te demande
De nous y prendre ainsi

Qu’il ait surtout besoin
Du toucher de nos mains.

Suppose

Que la fleur soit si drue
Que c’est trop de défi

Et que je te demande

De m’apprendre à la voir

Sans penser que c’est nous
Que sa mort atteindra.

Suppose

Qu’un couple de mésanges
Cogne à notre fenêtre

Et que je te demande
De les laisser cogner

Jusqu’à ce qu’on nous parle
Un langage entendu.

Suppose

Que le ciel de la plaine
Soit jaloux de nous deux

Et que je te demande
Envers lui ce sourire

Qu’il attend de la terre
Depuis les origines.

Suppose

Que le chêne refuse

Nos corps contre son tronc

Et que je te demande
Que nous lui chantonnions

Le chœur de ses racines Étouffé dans ses feuilles.

Suppose

Que dans l’air chaud le blé
Parle encore de toi

Et que je te demande
D’aller lui rapporter

Que j’en sais davantage
Mais que j’aime écouter.

Suppose

Que tu m’ouvres les bras
Pour fêter le matin

Et que je te demande
De ne pas me garder

Tant que je ne sais pas
Cerner mes cauchemars.

Suppose

Que nous ne soyons pas
Si contents de nous-mêmes

Et que je te demande
De rappeler à nous

Ces moments où j’ai lu
La gloire dans tes yeux.

Suppose

Que le ciel soit trop près
De nos corps extasiés

Et que je te demande
De lui faire accepter

Que nous ne voulons pas
L’avoir comme témoin.

Suppose

Que la feuille du chêne
Te réclame auprès d’elle

Et que je te demande
D’y rester jusqu’au jour

Où ce sera mon tour
D’être appelé par elle.

Suppose

Que la rose ait envie
De devenir bluet

Et que je te demande
Que nous nous appliquions

A l’écœurer du bleu
Des mers azuréennes.

Suppose

Que je voie la pervenche
N’en pouvant plus d’attendre

Et que je te demande
De lui annoncer, toi,

Que ce n’est pas la peine,
Qu’il est déjà venu.

Suppose

Que les herbes grandissent
Plus haut que les terrils

Et que je te demande
Que nous sachions en rire

Comme si c’était nous
Qui prenions la revanche.

Suppose

Que la lune apparaisse
Quand nous ne voulons pas

Et que je te demande
De tout accepter d’elle

Pour qu’elle aille sa route
Et nous laisse à nous-mêmes.

Suppose

Que ce soit le rocher

Qui frappe à notre porte

Et que je te demande
De le laisser entrer

Si c’est pour nous conter
Le temps d’avant le temps.

Suppose

Que tout, sous nos regards,
Soit pris d’un tremblement

Et que je te demande
De garder notre calme,

Tout en faisant semblant
De trembler comme eux tous.

Suppose

Que je coupe la terre
En deux parties égales

Et que je te demande
Laquelle tu choisis,

Celle où je sombrerai,
Celle qui voguera.

Suppose

Que la nuit ait envie
De te prendre pour reine

Et que je te demande
De lui faire accepter

Qu’elle ait à se venger
Sur moi de ton refus.

Suppose

Que le feu te raconte
Sur moi des infamies

Et que je te demande
De croire ce qu’il dit

A moins que tu ne t’offres
A l’épreuve du feu.

Suppose

Que la montagne s’ouvre
En s’avançant sur nous

Et que je te demande
Que nous restions à rire

Du mal que l’on se donne
Rien que pour nous gober.

Suppose

Que nous soyons ensemble
A respecter le soir

Et que je te demande
De le couvrir du sang

De la bête qui vient
Nous humer dans la nuit.

Suppose

Que l’horloge s’arrête
En éclatant de rire

Et que je te demande
De lui dire que rien

N’est changé pour cela
A ce que fait le temps.

Suppose

Qu’un cuivre nettoyé

Se transforme en orchestre

Et que je te demande
De lui faire accepter

Que nous aimons bien mieux
L’accord de son silence.

Suppose

Que nos cailloux se mettent
A hurler tous ensemble

Et que je te demande
De les faire se battre

Et de chanter victoire
Avec le survivant.

Suppose

Que tout à coup le mur
S’effondre devant nous

Et que je te demande
De croire que c’est lui

Qui a voulu répondre
A notre vœu secret.

Suppose

Que sans raison la porte
Se fracasse à nos pieds

Et que je te demande
Si ta peur est plus grande

Depuis que le silence
A lâché sa menace.

Suppose

Que l’espace en courroux
Veuille nous séparer

Et que je te demande
De répéter mon nom,

De le crier toujours
Dans le tohu-bohu.

Suppose

Que la pluie te raconte
Qu’elle envahit la terre

Et que je te demande
De voir à travers moi

Que le soleil la gifle
Et la fait remonter.

Suppose

Que le train nous déverse
Dans quelque terrain vague

Et que je te demande
D’effacer de ce ciel

Ce qui se reproduit

Dans tant de cauchemars.

Suppose

Que je n’aie rien à faire
Que d’attendre la nuit

Et que je te demande
De vouloir qu’elle arrive

Avec tout le retard

Que l’on peut mettre à vivre.

Suppose

Que l’univers entier

Ne soit plus que terreur

Et que je te demande
D’user de tes regards

Pour qu’au moins la prairie
Cède à notre sourire.

Suppose

Que pour moi l’étendue
Soit de l’ordre du cri

Et que je te demande
De ramener son règne

A la plainte habitant
Le creux des coquillages.

Suppose

Que la mer ait envie
De nous voir de plus près

Et que je te demande
D’aller lui répéter

Que nous ne pouvons pas
L’empêcher d’être seule.

Suppose

Que près de nous la mer
Se mette à grommeler

Et que je te demande
De n’avoir d’autre peur

Que celle que nous donne
Son silence étranglé.

Suppose

Qu’il n’y ait que le vent
A rencontrer sur terre

Et que je te demande
De souffler à sa place

Et d’agir avec moi
Comme avec un trois-mâts.

Suppose

Que je me laisse un jour
Marcher sur l’océan

Et que je te demande
De m’appeler pour voir

Si ton cri peut changer
Mes rapports avec l’eau.

Suppose

Que la vague et le sable
Jurent de te dissoudre

Et que je te demande

De m’étreindre à ce point

Qu’on ne puisse te prendre
Et me laisser un corps.

Suppose

Que la nuit me rejette
Quand je suis sans refuge

Et que je te demande
De me garder à toi

Pour affronter le noir
Sans redouter sa haine.

Suppose

Qu’il parle trop ce chêne
Où nous avons appui

Et que je te demande
D’obtenir qu’il se charge

Tout seul de son secret,
Pas plus lourd que le nôtre.

Suppose

Que le soleil couchant
S’en aille satisfait

Et que je te demande
D’aller lui réclamer

Ce qu’il doit nous payer
Pour sa journée de gloire.

Suppose

Que cet arbre et ce mur
M’imposent de les voir

Et que je te demande
De me donner la force

De passer devant eux
En ne voyant que toi.

Suppose

Que le jour et la nuit
Confondent leurs horaires

Et que je te demande
De m’aider à trouver

Comment faire un matin
Quand il n’y en a pas.

Suppose

Que le soleil se mette
A envahir la terre

Et que je te demande
D’être avec moi la glèbe,

La mer et le soleil
Pour la dernière fois.

Suppose

Que s’ouvrent sous nos yeux
Tous les toits de la ville

Et que je te demande
De choisir la maison

Où, le toit refermé,
Tu aimeras la nuit.

Suppose

Que nous soyons devant
La bougie allumée

Et que je te demande
Si tu comprends pourquoi

Nous en avons besoin
Pour nous réinventer.

Suppose

Que le lit nous ramène
A nos trois dimensions

Et que je te demande
D’accepter avec moi

Que nous le reprenions
Comme aire de départ.

Suppose

Que je veuille épouser
La plaine et l’océan

Et que je te demande
Que cela se situe

Dans la complicité
De ton corps exaucé.

Suppose

Que je sois fatigué
D’avoir trop travaillé

Et que je te demande
De te pencher sur moi,

De regarder ailleurs
Et d’ouvrir ton corsage.

Suppose

Qu’un oiseau dans l’hiver
Chante comme on triomphe

Et que je te demande
D’accompagner la plaine,

De façon qu’elle aborde
Au niveau de ce chant.

Suppose

Qu’un ange rencontré
Nous offre un paradis

Et que je te demande
Que nous nous écartions

Et le laissions tout seul
Raconter son velours..

Eugène Guillevic

L’EPOQUE 2020/44: AUTOMNALE I


Après les Époques 2018 et 2019, voici le quarante-quatrième de cette nouvelle Époque 2020 avec BARBARA AUZOU : AUTOMNALE I  . Merci de considérer que le poème est indissociable du tableau et vice-versa…

L’ÉPOQUE 2020/44« Automnale 1 » Niala  Acrylique s/toile 65×54

Arrange-moi avec toi-même

Et puis avec le temps

Pour la tempe de nos hivers

Qui tourne meule attendrie

Pour nos paumes qui font et défont les chemins

Il y a dans ta voix des modulations de forets obstinées

Qui roulent les feuilles d’un absolu féminin

Et le mystère actif de tes seins simples comme la terre

Joueurs comme une portée de jeunes chiens

Et si je ne peux tenir en laisse le velours orange

De tes yeux qui lâchent leur loutre de feu

Permets-moi au moins de te nourrir un peu

De ces fruits métronomes à dévorer vivants

Ils te rendront la monnaie de ta pièce qui craint tant

L‘automnale mélancolie

 

Barbara Auzou.

ENTRE TIEN EMOI 128


ENTRE TIEN EMOI 128

Pour peindre et pas finir le dernier tableau je le mets dans la suite avec la peinture du jour

Juliette pourrait y mettre le nez d’avant

sa sensualité resterait sans que l’araignée lui ait bouffé

sa robe noire dans la loge on prend les parvis de l’église St-Germain-des-Prés pour scène

J’ai le sentiment d’avoir traîné tard en faisant durer

tu sais comme quand le plancher veut pas fermer et qu’il vous colle aux pieds en faisant glisser la chanson

T’as les seins qui veulent encore tourner

En sortant du Tabou, j’ai laissé les années à la garde de Boris.

Niala-Loisobleu – 27 Septembre 2020

ECRITURE INVERSEE


ECRITURE INVERSEE

En te branchant la parole en prise directe, le courrier c’est teint

jeu de couleur

le changement de valeur du bout de ton sein pincé exprime un noeud d’aime bien particulier

syntaxe résolue que le bébé comprend avant de devoir en prendre pour plus de 20 ans en courant le risque de connaître des problèmes d’érection ou de frigidité en sortant de peine de l’Education Nationale

J’ai posé mon tricot, restant saisi, la tête giratoire, tu sortais d’un poème de ton cru

Un puits profond

Sous les fenêtres un troupeau de jeunes bovins en tenue républicaine traversait la fonte des glaces et l’idée sans queue ni-tête que la fin du miroir ne permet plus d’apprécier

Con finé l’être est promu à un changement radical, ça fait peur à la Santé. Vaut mieux lâcher par secteurs pour propager la mort, personne y trouvera à redire. Alors que bloquer en cage comme des lapins y vont reproduire plus vite qu’y mourront. Les bouches à masquer vont mettre la nu propriété du pouvoir en péril

Je rêve en corps pour poursuivre ma nuit, ton cou détordu te donnait la souplesse d’une liane à reprendre le Kama Sutra de A à Z. Lautrec en tire des plans pour une nouvelle affiche de Désossé. La manière dont tu déplaces tes seins, m’éclaire sur le secret des pyramides en matière d’élévation de matériaux, du coup je refuse de sortir du Nil sous n’importe quel prétexte.

Je peins une autre idée du Monde que tu m’as repassé sans masque

Niala-Loisobleu – 27 Septembre 2020