POÈME AFFRES, DÉTONATIONS, SILENCE – RENE CHAR


POÈME AFFRES, DÉTONATIONS, SILENCE – RENE CHAR

Le moulin de Cavalon. Deux années durant, une ferme de cigales, un château de martinets. Ici tout parlait torrent, tantôt par le rire, tantôt par les poings de la jeunesse. Aujourd’hui le vieux réfractaire faiblit au milieu de ses pierres , la plupart mortes de gel, de solitude et de chaleur. A leur tour, les présages se sont assoupis dans le silence des fleurs.
Roger bernard : l’horizon des monstres était trop proche de sa terre.
Ne cherchez pas dans la montagne; mais si, à quelques kilomètres de là, dans les gorges d’Oppedette, vous rencontrez la foudre au visage d’écolier, allez à elle, oh, allez à elle et souriez-lui car elle doit avoir faim, faim d’amitié

René Char

T’as l’bon jour d’Henri


T’as l’bon jour d’Henri

Sur la table basse en terrasse le plateau de cuivre agrume ses couleurs

en caressant ta tête

la fenêtre est ouverte

ton jupon lève l’horizon de ta peau bronzée dans un frisson montant de ruelles

les portes cloutées gardent notre lit dans la fraîcheur des fontaines

le bleu venant pousser la mer au sein de ta plage tunisienne

Niala-Loisobleu – 1er Octobre 2020

A PART TOI


A PART TOI

Si je m’habille de protection pluviale le soleil m’éblouit

si j’avais pris mes verres solaires j’eusse été trempé

Dès lors à part toi

qui est fiable

je me demande sur quoi pouvoir encore compter dans ce foutoir

Au coeur de l’arbre l’oiseau te cherche avant tout pour hâler

tu fleuris

sur la rambarde de tous les parapets de nos us et coutumes.

Niala-Loisobleu – 1er Octobre 2020

TU MÉRITES UN AMOUR


TU MÉRITES UN AMOUR

Tu mérites un amour décoiffant, qui te pousse à te lever rapidement le matin, et qui éloigne tous ces démons qui ne te laissent pas dormir.

Tu mérites un amour qui te fasse te sentir en sécurité, capable de décrocher la lune lors qu’il marche à tes côtés, qui pense que tes bras sont parfaits pour sa peau.

Tu mérites un amour qui veuille danser avec toi, qui trouve le paradis chaque fois qu’il regarde dans tes yeux, qui ne s’ennuie jamais de lire tes expressions.

Tu mérites un amour qui t’écoute quand tu chantes, qui te soutiens lorsque tu es ridicule, qui respecte ta liberté, qui t’accompagne dans ton vol, qui n’a pas peur de tomber.

Tu mérites un amour qui balayerait les mensonges et t’apporterait le rêve, le café et la poésie.

Frida Khalo

CONCERTO A QUATRE MAINS


CONCERTO A QUATRE MAINS

Avant les premières neiges l’or des feuilles se déplace du tronc des arbres veufs en tourbillonnant

Les merles pourraient choisir les brindilles qu’ils aiment trancher d’un coup de bec pour construire leurs nids si la saison était au nid. Quoique parler de saison ne corresponde plus à rien

L’oiseau garde le métier à tisser d’une certaine présence

il croise les brins de couleur et se promène dans la trame lâche ou serrée comme dans les lignes de ce qu’il vit

quelques fous de Bassan se proposent en titre pour enseigner la façade du nom de sa spécialité

J’écris le principal ailleurs et mets le petit -carnet à ruban dans l’aumônière, les mots propres à ma pensée sont volés par des rats puants. Il faut tenir compte du véritable viol qu’on tolère.

Niala-Loisobleu – 30 Septembre 2020

BORDERIES


BORDERIES

Zone verte accrochée en frise à la tenture

le vent me dépose entre les trumeaux de tes jambes

on peut voir les instruments aratoires descendre à coeur de pensée

leurs mouvements disent clairement la promesse qui s’est faite entre eux

Puis c’est le balancement du percheron se dirigeant aux fosses du lavoir dans lesquelles la lavandière plonge largement son décolleté

tandis que la brouette à l’arrêt n’a pas effacé ce grincement qui lui est chair, tu t’étales pour prendre le soleil au séchage des draps

un échassier dépasse des iris d’où les grenouilles sautent sur les nénuphars. Ton lotus m’étonne dans l’extase alangui où il se laisse flotter. Plus gros qu’une chanson sans paroles il montre un souffle de ioule qui rameute le rossignol

Tu dénoues le large rayon de soleil de tes cheveux pour l’étaler dans la paille, queue-de-vache en regain nous en gardons l’existence hors de la tonte.

Niala-Loisobleu – 30 Septembre 2020

PEAU DE BALLE


PEAU DE BALLE

La branche de buis jaunit en tête du lit

je pioche une fenêtre à sa place

et lapide le racoleur avec les gravats

sur la plage enfin déserte le virus entre dans la saison de ramassage du sel impropre à la consommation mais mis en promo

Ils me tournent le dos, je leur fais peur, la vérité est dangereuse, depuis que le messie se fait attendre pas une tranche de l’Histoire n’a manqué de candidat à la fonction divine

A tel point que les urnes à part éventuellement pour pisser, n’intéressent plus personne, la politique s’auto-détruit. Si tu demandes à un enfant qui fut Jaurès il te répond à la limite, une station de métro. Quant à la révolution d’Octobre, le communisme en a confié la suite à Poutine. Macron c’est une salade russe à faire ce qu’il jure qu’il ne commencera jamais

Les enfants ne sont pas répréhensibles d’ignorance, je comprends le dégoût qu’ils peuvent avoir de parents irresponsables qui s’acharnent à leur faire gagner des diplômes

Le monument aux morts de mes humanités où Jules Ferry est dans chaque ville et village de France reste fleuri de l’immense évolution que des instituteurs ont apporté en apprenant à lire et à écrire au peuple tout entier

Aujourd’hui le personnel soignant marche pour avoir sa gravure réservée dans la pierre

J’suis vraiment un sale type, mais je t’aime toi qui te reconnaîtras.

Niala-Loisobleu – 30 Septembre 2020

DU ROND


DU ROND

Aspérités environnementales

adoucir

je ponce

j’ébarbe

tout paysage qui se montrerait hostile

J’embarque à bord de ta poitrine battante

en prenant le cheval pour moteur

et le chien pour vigie

Quand le phare pointera debout sur l’arase je chargerai toute sa lumière

Niala-Loisobleu – 30 Septembre 2020