La vérité du drame est dans ce pur espace qui règne entre la stance heureuse et l'abîme qu'elle côtoie : cet inapaisement total, ou cette ambiguïté suprême. Saint-john Perse
Ça commence comme dans un film noir Un jeune couple embarqué dans une sale histoire Petit voleurs fichés et recherchés La vie les a changés en marginaux blessés
En cavale, changeant chaque soir D’hôtel, d’identité, évitant les bars Bêtes traqués, une seule lueur d’espoir Ça sera la fin du blues Dans l’port de Vera Cruz
Rio, Rio Grande Dès la frontière passée Nous serons blanchis, sauvés Rio, Rio Grande Le temps va s’arrêter Pour mieux nous oublier On s’promet une vie, sans blues Tout commence à Vera Cruz
Vrais mensonges, rêveurs éveillés Le Mexique est bien loin du supermarché Les vigiles nous ont vite repérés Ça sera toujours le blues Dans la banlieue d’Mulhouse
Rio, Rio Grande Dès la frontière passée Nous serons blanchis, sauvés Rio, Rio Grande Le temps va s’arrêter Pour mieux nous oublier
Rio, Rio Grande Dès la frontière passée Nous serons blanchis, sauvés Rio, Rio Grande Le temps va s’arrêter Pour mieux nous oublier
Rio, Rio Grande
Eddy et sa femme
Et juste avant
THE END
Eddy tire sa femme du drame
en noir et blanc
Le temps a passé sur le Récamier mon ciné d’quartier
mais on naît toujours là à aimer
dans un Paradiso qu’on reconstruit
Ma
écoute le bruit de la bobine qui ronronne comme chat
qu’à l’entr’acte on se fait la traction animale en grandes pompes..
On est tous issus d’la même tribu Mais on n’a surement pas le même totem On a tous craqués un jour sur Je t’aime Dans l’micro, c’est bien connu
On est tous issus d’la même tribuPUBLICITÉOn a nos manitous, nos grands sachems Pour le grand public, on est l’star système Des héros vus et connus
Toi tu viens des beaux quartiers, Moi d’la rue où je suis né Mais nos sangs sont métissés Pacifiques ou bien guerriers
On n’a pas le même totem Mais on est de la même veine Différents individus Issus de la même tribu
On a quelque chose de Tennessee
De Belle île en mer
Ou de Lucie C’est la vie, oh chérie
On a nos Mistrals gagnants
Aline sur le sable blanc
Mais y’a des embouteillages
Dans nos coeurs à tous les âges Mercenaires sans foi ou ingénus Tous issus de la même tribu
Nous on est né quelque part
Peut être dans une boite de jazz
Putain tous européens
Est-ce un mal ou un bien ? Nous on veut que le bonheur
Peut être en apesanteur
Battez vous vivez d’espoir
Comme un manouche sans guitare
On est tous issus d’la même tribu Mais on n’a surement pas le même totem Pour le grand public, on est l’star système Des héros vus et connus
Moi je suis un homme heureux
J’vous imite tous quand je veux
Différents individus
Oui mais moi j’fais « Crack, Boum, Hu »
Différents individus issus de la même tribu Différents individus issus de la même tribu Différents individus issus de la même tribu Différents individus issus de la même tribu
Le vent tirait au faisan Un œil fermé l’autre en bonds clairs Bulle d’orage hors chemins Dépassait la pluie embourbée Un grand frisson ridait d’acier La poursuite au fil de son sang
La ville folle qui remet tous les jours ses souliers
N’ai-je pas appris à franchir D’un climat à l’autre les mois A la suite les années J’ai mesuré mon impatience Aux femmes que j’imaginais
On ne mesure pas le désordre
Pourtant
C’est par la femme que l’homme dure
La forge son vin sous la glace Au carrefour domptait la nuit Avide fascinée soumise
Comme aux pointes des seins la robe Comme la proie à son amant
Ailleurs au contraire
Une vague noire qui comble le cœur
Dans des souterrains infinis Sensible retour à tâtons Des serpents continuent leur course Vers le lait lisse d’un seul jour Vers la verdure du ciel fixe Qu’un enfant montrera du doigt
Une aile une seule aile rien qu’une aile Inutile pénible
J’avais des rêves que les femmes Éparpillaient de leurs caresses Pour me reprendre dans leur ombre Si j’ai commencé par les femmes Je ne finirai pas par moi.
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Cézanne peint et fait de l’Art la Maison de la VIE
CEZANNE PEINT
Silence les grillons Sur les branches immobiles Les arbres font des rayons Et des ombres subtiles Silence dans la maison Silence sur la colline Ces parfums qu´on devine C´est l´odeur de saison Mais voilà l´homme Sous son chapeau de paille Des taches plein sa blouse Et sa barbe en bataille
Cézanne peint Il laisse s´accomplir la magie de ses mains Cézanne peint Et il éclaire le monde pour nos yeux qui n´voient rien Si le bonheur existe C´est une épreuve d´artiste Cézanne le sait bien
Vibre la lumière Chantez les couleurs Il y met sa vie Le bruit de son cœur Et comme un bateau Porté par sa voile Doucement le pinceau Glisse sur la toile Et voilà l´homme Qui croise avec ses yeux Le temps d´un éclair Le regard des dieux
Cézanne peint Il laisse s´accomplir le prodige de ses mains Cézanne peint Et il éclaire le monde pour nos yeux qui n´voient rien Si le bonheur existe C´est une épreuve d´artiste Cézanne le sait bien Quand Cézanne peint Cézanne
Au cheval broutant la prochaine lame atlantique, le fond de l’arbre déglutit la parure d’une coupe de saison
Prévert est en guérite, assurant la garde, on se passera d’un Rembrandt pour la Ronde de Nuit
L’accordéon ça minaude pas, c’est franco de pores, jupe fendue plus que le nécessaire attendu d’une posture yoga
Juliette tu vas perdre ta crinière, restera l’os, une putain de moelle de dents
Quand pris de quinte j’irai à la Rhumerie ce sera pour répondre à l’appel et venir tremper Quai Malaquais, la fanfare, le Boris et Sartre en succession de Michèle, Castor l’aqueux bien trempé, sans doute à l’Ecluse, Barbara dans la grande équinoxe d’automne
Rue Bonaparte, mon art colle, la mue Mars et y’aise !
e suis le veilleur de la rue de Flandre, Je veille tandis que dort Paris. Vers le nord un incendie lointain rougeoie dans la nuit. J’entends passer des avions au-dessus de la ville.
Je suis le veilleur du Point-du-Jour. La Seine se love dans l’ombre, derrière le viaduc d’Auteuil, Sous vingt-trois ponts à travers Paris. Vers l’ouest j’entends des explosions.
Je suis le veilleur de la Porte Dorée. Autour du donjon le bois de Vincennes épaissit ses ténèbres. J’ai entendu des cris dans la direction de Créteil Et des trains roulent vers l’est avec un sillage de chants de révolte. Je suis le veilleur de la Poterne des Peupliers. Le vent du sud m’apporte une fumée âcre, Des rumeurs incertaines et des râles Qui se dissolvent, quelque part, dans Plaisance ou Vaugirard. Au sud, au nord, à l’est, à l’ouest, Ce ne sont que fracas de guerre convergeant vers Paris.
Je suis le veilleur du Pont-au-Change Veillant au cœur de Paris, dans la rumeur grandissantev Où je reconnais les cauchemars paniques de l’ennemi, Les cris de victoire de nos amis et ceux des Français, Les cris de souffrance de nos frères torturés par les Allemands d’Hitler.
Je suis le veilleur du Pont-au-Change Ne veillant pas seulement cette nuit sur Paris, Cette nuit de tempête sur Paris seulement dans sa fièvre et sa fatigue, Mais sur le monde entier qui nous environne et nous presse. Dans l’air froid tous les fracas de la guerre Cheminent jusqu’à ce lieu où, depuis si longtemps, vivent les hommes.
Des cris, des chants, des râles, des fracas il en vient de partout, Victoire, douleur et mort, ciel couleur de vin blanc et de thé, Des quatre coins de l’horizon à travers les obstacles du globe, Avec des parfums de vanille, de terre mouillée et de sang, D’eau salée, de poudre et de bûchers, De baisers d’une géante inconnue enfonçant à chaque pas dans la terre grasse de chair humaine.
Je suis le veilleur du Pont-au-Change Et je vous salue, au seuil du jour promis Vous tous camarades de la rue de Flandre à la Poterne des Peupliers, Du Point-du-Jour à la Porte Dorée.
Je vous salue vous qui dormez Après le dur travail clandestin, Imprimeurs, porteurs de bombes, déboulonneurs de rails, incendiaires, Distributeurs de tracts, contrebandiers, porteurs de messages, Je vous salue vous tous qui résistez, enfants de vingt ans au sourire de source Vieillards plus chenus que les ponts, hommes robustes, images des saisons, Je vous salue au seuil du nouveau matin.
Je vous salue sur les bords de la Tamise, Camarades de toutes nations présents au rendez-vous, Dans la vieille capitale anglaise, Dans le vieux Londres et la vieille Bretagne, Américains de toutes races et de tous drapeaux, Au-delà des espaces atlantiques, Du Canada au Mexique, du Brésil à Cuba, Camarades de Rio, de Tehuantepec, de New York et San Francisco.
J’ai donné rendez-vous à toute la terre sur le Pont-au-Change, Veillant et luttant comme vous. Tout à l’heure, Prévenu par son pas lourd sur le pavé sonore, Moi aussi j’ai abattu mon ennemi.
Il est mort dans le ruisseau, l’Allemand d’Hitler anonyme et haï, La face souillée de boue, la mémoire déjà pourrissante, Tandis que, déjà, j’écoutais vos voix des quatre saisons, Amis, amis et frères des nations amies. J’écoutais vos voix dans le parfum des orangers africains, Dans les lourds relents de l’océan Pacifique, Blanches escadres de mains tendues dans l’obscurité, Hommes d’Alger, Honolulu, Tchoung-King, Hommes de Fez, de Dakar et d’Ajaccio.
Enivrantes et terribles clameurs, rythmes des poumons et des cœurs, Du front de Russie flambant dans la neige, Du lac Ilmen à Kief, du Dniepr au Pripet, Vous parvenez à moi, nés de millions de poitrines.
Je vous écoute et vous entends. Norvégiens, Danois, Hollandais, Belges, Tchèques, Polonais, Grecs, Luxembourgeois, Albanais et Yougo-Slaves, camarades de lutte. J’entends vos voix et je vous appelle, Je vous appelle dans ma langue connue de tous Une langue qui n’a qu’un mot : Liberté !
Et je vous dis que je veille et que j’ai abattu un homme d’Hitler. Il est mort dans la rue déserte Au cœur de la ville impassible j’ai vengé mes frères assassinés Au Fort de Romainville et au Mont Valérien, Dans les échos fugitifs et renaissants du monde, de la ville et des saisons.
Et d’autres que moi veillent comme moi et tuent, Comme moi ils guettent les pas sonores dans les rues désertes, Comme moi ils écoutent les rumeurs et les fracas de la terre.
À la Porte Dorée, au Point-du-Jour, Rue de Flandre et Poterne des Peupliers, À travers toute la France, dans les villes et les champs, Mes camarades guettent les pas dans la nuit Et bercent leur solitude aux rumeurs et fracas de la terre.
Car la terre est un camp illuminé de milliers de feux. À la veille de la bataille on bivouaque par toute la terre Et peut-être aussi, camarades, écoutez-vous les voix, Les voix qui viennent d’ici quand la nuit tombe, Qui déchirent des lèvres avides de baisers Et qui volent longuement à travers les étendues Comme des oiseaux migrateurs qu’aveugle la lumière des phares Et qui se brisent contre les fenêtres du feu.
Que ma voix vous parvienne donc Chaude et joyeuse et résolue, Sans crainte et sans remords Que ma voix vous parvienne avec celle de mes camarades, Voix de l’embuscade et de l’avant-garde française.
Écoutez-nous à votre tour, marins, pilotes, soldats, Nous vous donnons le bonjour, Nous ne vous parlons pas de nos souffrances mais de notre espoir, Au seuil du prochain matin nous vous donnons le bonjour, À vous qui êtes proches et, aussi, à vous Qui recevrez notre vœu du matin Au moment où le crépuscule en bottes de paille entrera dans vos maisons. Et bonjour quand même et bonjour pour demain ! Bonjour de bon cœur et de tout notre sang ! Bonjour, bonjour, le soleil va se lever sur Paris, Même si les nuages le cachent il sera là, Bonjour, bonjour, de tout cœur bonjour !
Robert Desnos
Extrait de: 1975, Destinée Arbitraire, (Gallimard)
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