PAUVRES PÊCHEURS


Francis Ponge
Francis Ponge

PAUVRES PÊCHEURS

A court de haleurs deux chaînes sans cesse tirant l’impasse à eux sur le grau du roi, la marmaille au milieu criait près des paniers :

« Pauvres pêcheurs! »

Voici l’extrait déclaré aux lanternes :

« Demie de poissons éteints par sursauts dans le sable, et trois quarts de retour des crabes vers la mer. »

Francis Ponge

A SAMUEL PATY – REQUIEM – LEO FERRE


Marc Chagall

A SAMUEL PATY – REQUIEM – LEO FERRE

Pour ce rythme inférieur dont t’informe la Mort
Pour ce chagrin du temps en six cent vingt-cinq lignes
Pour le bateau tranquille et qui se meurt de Port
Pour ce mouchoir à qui tes larmes font des signes

Pour le cheval enfant qui n’ira pas bien loin
Pour le mouton gracieux le couteau dans le rouge
Pour l’oiseau descendu qui te tient par la main
Pour l’homme désarmé devant l’arme qui bouge

Pour tes jeunes années à mourir chaque jour
Pour tes vieilles années à compter chaque année
Pour les feux de la nuit qui enflamment l’amour
Pour l’orgue de ta voix dans ta voix en allée

Pour la perforation qui fait l’ordinateur
Et pour l’ordinateur qui ordonne ton âme
Pour le percussionniste attentif à ton coeur
Pour son inattention au bout du cardiogramme

Pour l’enfant que tu portes au fond de l’autobus
Pour la nuit adultère où tu mets à la voile
Pour cet amant passeur qui ne passera plus
Pour la passion des araignées au fond des toiles

Pour l’aigle que tu couds sur le dos de ton jeans
Pour le loup qui se croit sur les yeux de quelqu’un
Pour le présent passé à l’imparfait du spleen
Pour le lièvre qui passe à la formule Un

Pour le chic d’une courbe où tu crois t’évader
Pour le chiffre évadé de la calculatrice
Pour le regard du chien qui veut te pardonner
Pour la Légion d’Honneur qui sort de ta matrice

Pour le salaire obscène qu’on ne peut pas montrer
Pour la haine montant du fond de l’habitude
Pour ce siècle imprudent aux trois quarts éventé
Pour ces milliards de cons qui font la solitude

Pour tout ça le silence

Album : Au Théâtre des Champs-Élysées

ELLE NE SUFFIT PAS L’ELOQUENCE


ELLE NE SUFFIT PAS L’ELOQUENCE

Elle ne suffit pas l’éloquence.
Mon cœur ce soir se balance
Et glisse au fil d’une paupière
Lampion de misère
Qui n’éclaire pas ma nuit.
Homme noir mais non d’onyx,
Homme couleur de dépit
Titubant par le marais des petites haines,
Tu voudrais
Comme une alouette son miroir
Un soleil où mourir avec ta peine.
Tu cherches mais trop inquiet
Pour trouver ton Reposoir.
Rien ne brille
Ni les yeux, ni le fer, ni l’aimant anonyme
Qui libèrent de mille clous
Tes douleurs
Où l’essaim des mouches au vol boiteux
Des mouches qui n’ont qu’une aile
Allument de piètres étoiles de sang.
Jongleur,
Jongleur de paroles,
Tes mots s’écrasent contre les murs.
Ton angoisse – encore un ruban frivole –
Couronne
Un cerveau qui trop longtemps a joué au « pigeon vole »
Les lettres du désespoir
Ce soir
Sont égales aux lettres des bonheurs d’autrefois.
Que dirai-je alors !
Que te dirai-je à toi
Frère né de mes pieds
Sur un sol où tu ne vis que pour m’épier.
Trottoir que j’ai suivi
Pour son mensonge de granit.
J’ai oublié que là-bas était la mer
Et j’ai fui l’eau miroir d’étoiles
Pour chanter une main
Dans une autre main.
Fleuve vert.
Enfance douce
Pitié pour l’homme qui passe
L’homme qui mord sa lèvre
Dans ces lèvres
Car il a peur d’oublier le goût de bouche.
Timonier brun, sous la toile bleue
La peau couleur de cheveux,
Holà ! beau voyageur,
Tu allais vers la mer
Maintenant tu marches sur les flots
Et moi qui cherche au ciel un trou, un hublot
Je suis le noyé des terres.
Dis qu’il n’est pas trop tard,
O mon orgueil, pour jouer au phare.
Et sur le matelas des herbes tendres
Tombe en triangles de métal.
Mon cœur aura beau hurler son mal,
Mon cœur j’en ferai des lanières,
Des lanières que je saurai teindre
Ou tordre en chiffres
Plus définitifs
Que les œufs dans leurs coquilles
Et les momies dans leur robe d’or.
Et toi, mon corps, maudis les sens comme un malade
ses béquilles.

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RENE CREVEL

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CE QUI M’AGITE – ALEX SALICETI


CE QUI M’AGITE – ALEX SALICETI

« La mer apportera à chaque homme des raisons d’espérer, comme le sommeil apporte son lot de rêves. »Christophe Colomb

           Le temps me tue, l’espace me sauve.

Atteindre quelque chose de foncièrement grand, au sein même de l’intime. Quelque chose de lyrique au cœur du quotidien. Puisqu’au sein du pessimisme radical généré par le temps se niche l’infini de l’espace, qui le tempère et me fait admettre ma disparition.

Être de province, c’est être îlien ; peu importe la province et peu importe l’île.

Singularité, irréductibilité, absolu, sentiment de perte, les habitants des rivages sont souvent traversés par un mouvement pendulaire entre envie de départ et nostalgie du retour, comme si l’identité géographique ne prenait son plein sens que dans l’exil.
Et cette dialectique permet de voir ce qui déchire : l’appel du large et la quiétude du foyer,
le désir d’inconnu et la nostalgie des images familières, la soif d’aventure et la douceur du quotidien.
                                Hestia et Hermès

Porter le deuil de ce que l’on ne connaît pas, rendre compte de ce qui ne se dit pas.

Puisque les arts plastiques ont tout à voir avec la poésie, et fort peu avec la prose.
Avec « L’idée de construire un roman comme on fait un puzzle, avec de petites pièces »
             Georges Perec

Alors, faire avec

le quatre pour baliser l’espace
l‘usagé et le clinquant pour le temps
le mur en déférence à la peinture
l’horizon pour obsession
la méditerranée en héritage
le mythe et le signe comme véhicules
le départ et le retour en bandoulière
et l’immensité dans l’intime pour projet.

Mais Hermès m’a quitté et Hestia m’a viré

2020 année maudite de déluge et de feu
où tous mes enfants ont disparu

Je ne peux donc plus que présenter un projet commémoratif, virtuel mais férocement
monumental

« Allez les petits »

C’est un fait. Même pour tout passant moyennement lucide, l’Art Monumental Urbain est aux squares et aux jardins ce que le point est à la ligne : terminé, passons à autre chose. Seuls les monuments aux morts des carrefours, qu’ils soient discrets ou ostentatoires, possèdent une charge spécifiquement commémorative génériquement liée à un style totalitaire, leur conférant une incongruité frisant l’indécence, sans pour autant que leur présence défrise qui que ce soit.

C’est pourquoi, dans le souci civiquement louable de redonner à la production des œuvres monumentales tout à la fois une signification forte et une esthétique d’actualité, nous proposons une œuvre dont l’inauguration, solennelle et empreinte d’une gravité toute municipale serait ainsi relatée : « Le nouveau jardin public, en travaux depuis de longs mois, est enfin terminé… Avec à son entrée le cénotaphe dédié « AUX ENFANTS MORTS AU JEU »…Vaste monument – comme un cercueil vertical – fait de l’empilement de centaines de petits, parfois entrouverts, dans lesquels leurs images reposent. Puis, la cérémonie d’inauguration : bouteille de grenadine balançant au bout de la flèche de grue pour aller se fracasser sur l’entrouverture sommitale… Claquement sec du couvercle, suivi dans la foulée par tous les autres. « Adieu ! Adieu ! et sans rancune ! » reprend le chœur profond des parents-passants amassés, là où, à présent, le calme est à son comble et l’émotion à l’aise. 

C’est ainsi que la Quotidienneté Répétitive du Passant Anodin Certifierait la Dévotion Quiète des Présents pour les Trépassés du Futur dans la Permanence Artistique des Pompes Funéraires.

L’EPOQUE 2020/46: AUTOMNALE 3


Après les Époques 2018 et 2019, voici le quarante-sixième de cette nouvelle Époque 2020 avec BARBARA AUZOU : AUTOMNALE 3  . Merci de considérer que le poème est indissociable du tableau et vice-versa…

L’EPOQUE 2020/46″Atomnale 3″
Niala
Acrylique s/toile 20×20

 

Un enfant erre dans son sourire

Comme on ordonne un univers

Insensé et c’est l’appel d’un fauve qui voudrait

Mordre à pleines dents l’orange frisson

Laissé par un sillage de lumière

C’est l’espoir retrouvé qui s’élance dans ses ors

Pour bercer l’automne de ce qui demeure inconsolable

Les mots prennent un goût de feux de grange

 La couleur recommencée encore dans un ciel instable

Se souvient que c’est elle qui brûle les éclisses du cœur

Et tangente l’enclos

 

Barbara Auzou.

L’HUTTE FINALE


L’HUTTE FINALE

A la fourche de nos branchages persistants

l’automne a mis en évidence l’individualité de notre habitation

loin des tours des soues avec leur lisier particulier

Posée à m’aime la vague

(sans maillot)

étendue d’albatros

elle lève le point

phare allumé.

Niala-Loisobleu – 20 Octobre 2020

PROJECTION EQUINE


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PROJECTION EQUINE

Effacements en tous genres

qu’est-ce qu’un arbre ?

L’oiseau s’en remet au cheval

monte la pierre

le charlatan pas

Que du vent vite dépassé par le galop d’une existence qui s’est reprise.

Niala-Loisobleu – 20 Octobre 2020

TENDRE AMOUR


Essam Marouf Tutt’Art@

TENDRE AMOUR

La lumière sort des yeux rassemblés

se pose alentour

bat au rivage

vagues successives des seins

fi de l’obscur dessein voici venu

le Tendre Amour

Niala-Loisobleu – 20 Octobre 2020

A MON A VIE


A MON A VIE

En tirant le fil mauvais du gris je sors l’haleine vierge

dans l’écru radiographique t’apparais bien nette, pas besoin de faire croire à un bobo pour n’en tirer que du fric

L’oiseau chante bien qu’il fasse noir

la musique est bleue

comme peindre ça peut pas rester mièvre

D’une couleur qui promet rien

j’apporte à deux mains ce feu nécessaire

dehors les mous tons

Attendre toujours des autres c’est se faire leur complice

A mon à vie ton sourire est le seul indice disant ce qu’il faut suivre !!!

Niala-Loisobleu – 20 Octobre 2020

IL N’AURAIT FALLU – LOUIS ARAGON


IL N’AURAIT FALLU – LOUIS ARAGON

qu’un moment de plus pour que l’amour vienne

Mais une main nue alors est venue qui a pris la mienne

Qui donc a rendu leurs couleurs perdues aux jours aux semaines sa réalité à l’immensité des choses humaines

Moi qui frémissais toujours je ne sais de quelle colère deux bras ont suffi pour faire à ma vie un grand collier d’air

Rien qu’un mouvement ce geste en dormant léger qui me frôle un souffle posé moins une rosée contre mon épaule

Un front qui s’appuie à moi dans la nuit deux grands yeux ouverts et tout m’a semblé comme un champ de blé dans cet univers.

Un tendre jardin dans l’herbe où soudain la verveine pousse et mon cœur défunt renaît au parfum qui fait l’ombre douce.

LOUIS ARAGON – LE ROMAN INACHEVÉ