La vérité du drame est dans ce pur espace qui règne entre la stance heureuse et l'abîme qu'elle côtoie : cet inapaisement total, ou cette ambiguïté suprême. Saint-john Perse
Pour ce rythme inférieur dont t’informe la Mort Pour ce chagrin du temps en six cent vingt-cinq lignes Pour le bateau tranquille et qui se meurt de Port Pour ce mouchoir à qui tes larmes font des signes
Pour le cheval enfant qui n’ira pas bien loin Pour le mouton gracieux le couteau dans le rouge Pour l’oiseau descendu qui te tient par la main Pour l’homme désarmé devant l’arme qui bouge
Pour tes jeunes années à mourir chaque jour Pour tes vieilles années à compter chaque année Pour les feux de la nuit qui enflamment l’amour Pour l’orgue de ta voix dans ta voix en allée
Pour la perforation qui fait l’ordinateur Et pour l’ordinateur qui ordonne ton âme Pour le percussionniste attentif à ton coeur Pour son inattention au bout du cardiogramme
Pour l’enfant que tu portes au fond de l’autobus Pour la nuit adultère où tu mets à la voile Pour cet amant passeur qui ne passera plus Pour la passion des araignées au fond des toiles
Pour l’aigle que tu couds sur le dos de ton jeans Pour le loup qui se croit sur les yeux de quelqu’un Pour le présent passé à l’imparfait du spleen Pour le lièvre qui passe à la formule Un
Pour le chic d’une courbe où tu crois t’évader Pour le chiffre évadé de la calculatrice Pour le regard du chien qui veut te pardonner Pour la Légion d’Honneur qui sort de ta matrice
Pour le salaire obscène qu’on ne peut pas montrer Pour la haine montant du fond de l’habitude Pour ce siècle imprudent aux trois quarts éventé Pour ces milliards de cons qui font la solitude
Elle ne suffit pas l’éloquence. Mon cœur ce soir se balance Et glisse au fil d’une paupière Lampion de misère Qui n’éclaire pas ma nuit. Homme noir mais non d’onyx, Homme couleur de dépit Titubant par le marais des petites haines, Tu voudrais Comme une alouette son miroir Un soleil où mourir avec ta peine. Tu cherches mais trop inquiet Pour trouver ton Reposoir. Rien ne brille Ni les yeux, ni le fer, ni l’aimant anonyme Qui libèrent de mille clous Tes douleurs Où l’essaim des mouches au vol boiteux Des mouches qui n’ont qu’une aile Allument de piètres étoiles de sang. Jongleur, Jongleur de paroles, Tes mots s’écrasent contre les murs. Ton angoisse – encore un ruban frivole – Couronne Un cerveau qui trop longtemps a joué au « pigeon vole » Les lettres du désespoir Ce soir Sont égales aux lettres des bonheurs d’autrefois. Que dirai-je alors ! Que te dirai-je à toi Frère né de mes pieds Sur un sol où tu ne vis que pour m’épier. Trottoir que j’ai suivi Pour son mensonge de granit. J’ai oublié que là-bas était la mer Et j’ai fui l’eau miroir d’étoiles Pour chanter une main Dans une autre main. Fleuve vert. Enfance douce Pitié pour l’homme qui passe L’homme qui mord sa lèvre Dans ces lèvres Car il a peur d’oublier le goût de bouche. Timonier brun, sous la toile bleue La peau couleur de cheveux, Holà ! beau voyageur, Tu allais vers la mer Maintenant tu marches sur les flots Et moi qui cherche au ciel un trou, un hublot Je suis le noyé des terres. Dis qu’il n’est pas trop tard, O mon orgueil, pour jouer au phare. Et sur le matelas des herbes tendres Tombe en triangles de métal. Mon cœur aura beau hurler son mal, Mon cœur j’en ferai des lanières, Des lanières que je saurai teindre Ou tordre en chiffres Plus définitifs Que les œufs dans leurs coquilles Et les momies dans leur robe d’or. Et toi, mon corps, maudis les sens comme un malade ses béquilles.
« La mer apportera à chaque homme des raisons d’espérer, comme le sommeil apporte son lot de rêves. »Christophe Colomb
Le temps me tue, l’espace me sauve.
Atteindre quelque chose de foncièrement grand, au sein même de l’intime. Quelque chose de lyrique au cœur du quotidien. Puisqu’au sein du pessimisme radical généré par le temps se niche l’infini de l’espace, qui le tempère et me fait admettre ma disparition.
Être de province, c’est être îlien ; peu importe la province et peu importe l’île.
Singularité, irréductibilité, absolu, sentiment de perte, les habitants des rivages sont souvent traversés par un mouvement pendulaire entre envie de départ et nostalgie du retour, comme si l’identité géographique ne prenait son plein sens que dans l’exil. Et cette dialectique permet de voir ce qui déchire : l’appel du large et la quiétude du foyer, le désir d’inconnu et la nostalgie des images familières, la soif d’aventure et la douceur du quotidien. Hestia et Hermès
Porter le deuil de ce que l’on ne connaît pas, rendre compte de ce qui ne se dit pas.
Puisque les arts plastiques ont tout à voir avec la poésie, et fort peu avec la prose. Avec « L’idée de construire un roman comme on fait un puzzle, avec de petites pièces » Georges Perec
Alors, faire avec
le quatre pour baliser l’espace l‘usagé et le clinquant pour le temps le mur en déférence à la peinture l’horizon pour obsession la méditerranée en héritage le mythe et le signe comme véhicules le départ et le retour en bandoulière et l’immensité dans l’intime pour projet.
Mais Hermès m’a quitté et Hestia m’a viré
2020 année maudite de déluge et de feu où tous mes enfants ont disparu
Je ne peux donc plus que présenter un projet commémoratif, virtuel mais férocement monumental
« Allez les petits »
C’est un fait. Même pour tout passant moyennement lucide, l’Art Monumental Urbain est aux squares et aux jardins ce que le point est à la ligne : terminé, passons à autre chose. Seuls les monuments aux morts des carrefours, qu’ils soient discrets ou ostentatoires, possèdent une charge spécifiquement commémorative génériquement liée à un style totalitaire, leur conférant une incongruité frisant l’indécence, sans pour autant que leur présence défrise qui que ce soit.
C’est pourquoi, dans le souci civiquement louable de redonner à la production des œuvres monumentales tout à la fois une signification forte et une esthétique d’actualité, nous proposons une œuvre dont l’inauguration, solennelle et empreinte d’une gravité toute municipale serait ainsi relatée : « Le nouveau jardin public, en travaux depuis de longs mois, est enfin terminé… Avec à son entrée le cénotaphe dédié « AUX ENFANTS MORTS AU JEU »…Vaste monument – comme un cercueil vertical – fait de l’empilement de centaines de petits, parfois entrouverts, dans lesquels leurs images reposent. Puis, la cérémonie d’inauguration : bouteille de grenadine balançant au bout de la flèche de grue pour aller se fracasser sur l’entrouverture sommitale… Claquement sec du couvercle, suivi dans la foulée par tous les autres. « Adieu ! Adieu ! et sans rancune ! » reprend le chœur profond des parents-passants amassés, là où, à présent, le calme est à son comble et l’émotion à l’aise.
C’est ainsi que la Quotidienneté Répétitive du Passant Anodin Certifierait la Dévotion Quiète des Présents pour les Trépassés du Futur dans la Permanence Artistique des Pompes Funéraires.
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