La vérité du drame est dans ce pur espace qui règne entre la stance heureuse et l'abîme qu'elle côtoie : cet inapaisement total, ou cette ambiguïté suprême. Saint-john Perse
Goût cathare et accent occitan, le père à vélo, le cheval au piano le méplat se prend à monter, derrière ses lunettes Francis nous la joue Cabrel. Sûr que ça coule à « bougies fondues », on pourrait pas chauffer plus le lit avec l’ancien ocre des briques. Drôle d’Epoque. Le paradoxe est permanent genre virus qui profite de l’incohérence et particulièrement de l’incapacité à décider. L’école-garderie emploie des puériculteurs diplômés en plusieurs matières on se demande pourquoi faire. C’est finement con au point de perdre la tête, Samuel en premier et pour rien. Nous voilà chasseurs de d’extrémismes religieux en foutant le feu sans que ça règle quelque chose. Quelle caricature..
J’ai fait un grand pas dans le fond du jardin pour cueillir du légume ancien. De quoi sauver le beau sans passer la soupe. Quand j’ai vu comme t’étale la menthe et la dernière rose, j’ai sauté avant le chien . Puis avec un reste de sel j’ai dit si on fait de la mer on sauvera des enfants du désastre politique. Rien qu’à voir comme Valls se prostitue je me dis qu’en premier faut fermer la frontière, en deuxième remettre les lampions aux bals populaires et en troisième faire l’amour comme on le crée avec le sentiment qu’à part y a rien qui vaille
Sur la toile ton corps que j’ai peint dit sa poésie en ayant complètement relevé l’encre. Au point que du pied de l’obélisque on voit plus loin que l’étoile. On a dépassé Zanzibar, les Célèbes et leurs Claudettes, Alexandrie restera au fond comme un symbole. J’te felouque en gardant ton soleil à rive pour bourlinguer.
Niala-Loisobleu – 28 Octobre 2020
Peuple des fontaines par Francis Cabrel
J’ai confié ma peine au Peuple des fontaines Pour qu’un jour tu reviennes te pendre à mon bras Dimanche et semaine ne sont qu’une chaîne De ces jours gris qui n’en finissent pas
Des rues où je traîne toujours, toujours Toujours me reviennent ces instants trop courts Le Rhône, ou la Seine, Rimbaud ou Verlaine Rien ne m’en consolera
Princеs et souveraines, simplеs comédiennes Comme des dizaines d’amants maladroits Ont gravé les mêmes stupides rengaines Les mêmes soupirs aux mêmes endroits
Des rues où je traîne toujours, toujours Toujours me reviennent ces instants trop courts Les seules qui comprennent qui sachent où ça mène Fontaines, dites-moi
Vous qui avez tant écouté Vous qui ne sauriez pas mentir Est-ce qu’elles savent pardonner Ces belles pour qui l’on respire
Les avez-vous vues s’approcher Penchées sur vos reflets saphir Dire qu’on peut tout recommencer Cherchez bien dans vos souvenirs
J’ai confié ma peine Au Peuple des fontaines
Pour qu’un jour me revienne le bruit de tes pas
Je donnerais tout Göttingen Toutes les Suzanne de Cohen Pour ce jour béni où tu me reviendras
Je donnerais tout Göttingen Toutes les Suzanne de Cohen Pour ce jour béni où tu me reviendras
C’est normal qu’au début ça puisse surprendre On part de tellement loin qu’il faut tout reprendre Ca peut même pas mal bousculer du monde Il n’est même pas certain que l’on nous réponde Tant pis, parlons-nous Parlons-nous, rien qu’un mot, ça va c’est la forme Un sourire à moitié c’est déjà énorme Même si ça ne va pas plus loin qu’un signe de tête Ça dit, tu es là, je t’ai vu, je te respecte Alors, parlons-nous
Ça peut presque avoir l’air de chosеs insipides Allez-y, après vous, d’un gestе timide Un salut d’une main sortie de la poche On va pas pour autant, non, devenir des proches Alors parlons-nous, parlons-nous
Commencez doucement, bientôt les vacances Rentrez-vous vers chez vous, restez-vous en France Pourvu que le beau temps veuille vous sourire Parlons jusqu’à trouver quelque chose à dire Mais surtout parlons-nous
Dire n’importe quoi, des lapissades T’es plutôt TFC, ou t’es plutôt le Stade Il paraît que demain la chaleur remonte J’ai perdu quatre points sans m’en rendre compte Parlons-nous
Allez-y, perdez-vous dans des balivernes Des mots qui sonnent creux comme des cavernes On bégaye, on s’en fout puisqu’on en rigole Voyez comme on s’éloigne, voyez comme on s’isole Alors parlons-nous
Moi aussi par moments je veux voir personne J’ai des sentiments pour mon téléphone Je vis juste à côté de gens qui s’inquiètent Je devrais plus souvent relever la tête Alors parlons-nous
T’as jamais eu mon âge T’as travaillé trop dur pour ça Toutes les heures du jour à l’usine À l’entrée du village Le soir, deux jardins à la fois Et tout ça pour que tes enfants mangent Ça, je le sais bien, j’étais là
Ça en prenait du courage Pour se lever, à ces heures là Bien avant le jour et partir Dans le pas d’éclairage À mains nues sur le guidon froid Et tout ça pour que tes enfants dorment Ça, je le sais bien, j’étais là
J’aurais voulu te ressembler, je le jure Mais voilà, il suffit pas de vouloir, c’était pas dans ma nature T’as vraiment dû t’interroger, je suis sûr Et un jour, j’ai croisé une guitare, j’ai vécu comme on s’amuse T’avais les pieds sur terre Et, j’étais tout le contraire
On s’est pas dit « Je t’aime » On s’est pas serré dans les bras Concernant l’amour, il fallait Tout deviner nous même On nous laissait grandir comme ça Et, tu vois, on a grandi quand même Je le sais bien, j’étais là
D’avoir eu tant de chance Quelques fois, je me sens fautif Je regarde autour Ma maison est immense et mon jardin décoratif Et, je sais depuis ton lointain au-delà T’as gardé un œil sur moi
J’aurais voulu te ressembler, je le jure Mais voilà, il suffit pas de vouloir, c’était pas dans ma nature T’as vraiment dû t’interroger, je suis sûr Et un jour, j’ai croisé une guitare, j’ai vécu comme on s’amuse T’avais les pieds sur terre Et, j’étais tout le contraire
Tout le contraire
T’as jamais eu mon âge T’as travaillé trop dur pour ça T’as jamais eu mon âge T’as travaillé trop dur pour ça
Un pauvre petit diable aussi vaillant qu’un autre, Quatrième et dernier à bord d’un petit cotre… Fier d’être matelot et de manger pour rien, Il remplaçait le coq, le mousse et le chien ; Et comptait, comme ça, quarante ans de service, Sur le rôle toujours inscrit comme – novice ! –
… Un vrai bossu : cou tors et retors, très madré, Dans sa coque il gardait sa petite influence ; Car chacun sait qu’en mer un bossu porte chance… – Rien ne f…iche malheur comme femme ou curé !
Son nom : c’était Bitor – nom de mer et de guerre – Il disait que c’était un tremblement de terre Qui, jeune et fait au tour, l’avait tout démoli : Lui, son navire et des cocotiers… au Chili.
Le soleil est noyé. – C’est le soir – dans le port Le navire bercé sur ses câbles, s’endort Seul ; et le clapotis bas de l’eau morte et lourde, Chuchote un gros baiser sous sa carène sourde. Parmi les yeux du brai flottant qui luit en plaque, Le ciel miroité semble une immense flaque.
Le long des quais déserts où grouillait un chaos S’étend le calme plat… Quelques vagues échos… Quelque novice seul, resté mélancolique, Se chante son pays avec une musique… De loin en loin, répond le jappement hagard, Intermittent, d’un chien de bord qui fait le quart, Oublié sur le pont… Tout le monde est à terre. Les matelots farauds s’en sont allés – mystère ! – Faire, à grands coups de gueule et de botte… l’amour. – Doux repos tant sué dans les labeurs du jour. – Entendez-vous là-bas, dans les culs-de-sac louches, Roucouler leur chanson ces tourtereaux farouches !…
– Chantez ! La vie est courte et drôlement cordée !… Hâle à toi, si tu peux, une bonne bordée À jouer de la fille, à jouer du couteau… Roucoulez mes Amours ! Qui sait : demain !… tantôt…
… Tantôt, tantôt… la ronde en écrémant la ville, Vous soulage en douceur quelque traînard tranquille Pour le coller en vrac, léger échantillon, Bleu saignant et vainqueur, au clou. – Tradition. –
Mais les soirs étaient doux aussi pour le Bitor, Il était libre aussi, maître et gardien à bord… Lové tout de son long sur un rond de cordage, Se sentant somnoler comme un chat… comme un sage, Se repassant l’oreille avec ses doigts poilus, Voluptueux, pensif, et n’en pensant pas plus, Laissant mollir son corps dénoué de paresse, Son petit œil vairon noyé de morbidesse !…
– Un loustic en passant lui caressait les os : Il riait de son mieux et faisait le gros dos.
Tout le monde a pourtant quelque bosse en la tête… Bitor aussi – c’était de se payer la fête !
Et cela lui prenait, comme un commandement De Dieu : vers la Noël, et juste une fois l’an. Ce jour-là, sur la brune, il s’ensauvait à terre Comme un rat dont on a cacheté le derrière… – Tiens : Bitor disparu. – C’est son jour de sabbats Il en a pour deux nuits : réglé comme un compas. – C’est un sorcier pour sûr… – Aucun n’aurait pu dire, Même on n’en riait plus ; c’était fini de rire.
Au deuxième matin, le bordailleur rentrait Sur ses jambes en pieds-de-banc-de-cabaret, Louvoyant bord-sur-bord… Morne, vers la cuisine Il piquait droit, chantant ses vêpres ou matine, Et jetait en pleurant ses savates au feu… – Pourquoi – nul ne savait, et lui s’en doutait peu. … J’y sens je ne sais quoi d’assez mélancolique, Comme un vague fumet d’holocauste à l’antique…
C’était la fin ; plus morne et plus tordu, le hère Se reprenait hâler son bitor de misère…
– C’est un soir, près Noël. – Le cotre est à bon port, L’équipage au diable, et Bitor…… toujours Bitor. C’est le grand jour qu’il s’est donné pour prendre terre : Il fait noir, il est gris. – L’or n’est qu’une chimère ! Il tient, dans un vieux bas de laine, un sac de sous… Son pantalon à mettre et : – La terre est à nous ! –
… Un pantalon jadis cuisse-de-nymphe-émue, Couleur tendre à mourir !… et trop tôt devenue Merdoie… excepté dans les plis rose-d’amour, Gardiens de la couleur, gardiens du pur contour…
Enfin il s’est lavé, gratté – rude toilette ! – Ah ! c’est que ce n’est pas, non plus, tous les jours fête !… Un cache-nez lilas lui cache les genoux, – Encore un coup-de-suif ! et : La terre est à nous ! … La terre : un bouchon, quoi !… – Mais Bitor se sent riche : D’argent, comme un bourgeois : d’amour, comme un caniche… – Pourquoi pas le Cap-Horn !… Le sérail – Pourquoi pas !… – Syrènes du Cap-Horn, vous lui tendez les bras !…
Au fond de la venelle est la lanterne rouge, Phare du matelot, Stella maris du bouge… – Qui va là ? – Ce n’est plus Bitor ! c’est un héros, Un Lauzun qui se frotte aux plus gros numéros !… C’est Triboulet tordu comme un ver par sa haine !… Ou c’est Alain Chartier, sous un baiser de reine !… Lagardère en manteau qui va se redresser !… – Non : C’est un bienheureux honteux – Laissez passer. C’est une chair enfin que ce bout de rognure ! Un partageux qui veut son morceau de nature. C’est une passion qui regarde en dessous L’amour… pour le voler !… – L’amour à trente sous !
– Va donc Paillasse ! Et le trousse-galant t’emporte ! Tiens : c’est là !… C’est un mur – Heurte encor !… C’est la porte : As-tu peur ! – Il écoute… Enfin : un bruit de clefs, Le judas darde un rais : – Hô, quoi que vous voulez ? – J’ai de l’argent. – Combien es-tu ? Voyons ta tête… Bon. Gare à n’entrer qu’un ; la maison est honnête ; Fais voir ton sac un peu ?… Tu feras travailler ?… –
Et la serrure grince, on vient d’entrebâiller ; Bitor pique une tête entre l’huys et l’hôtesse, Comme un chien dépendu qui se rue à la messe. – Eh, là-bas ! l’enragé, quoi que tu veux ici ? Qu’on te f…iche droit, quoi ? pas dégoûté ! Merci !… Quoi qui te faut, bosco ?… des nymphes, des pucelles Hop ! à qui le Mayeux ? Eh là-bas, les donzelles !… –
Bitor lui prit le bras : – Tiens, voici pour toi, gouine : Cache-moi quelque part… tiens : là… – C’est la cuisine. – Bon. Tu m’en conduiras une… et propre ! combien ?… – Tire ton sac. – Voilà. – Parole ! il a du bien !… Pour lors nous en avons du premier brin : cossuses ; Mais on ne t’en a pas fait exprès des bossuses… Bah ! la nuit tous les chats sont gris. Reste là voir, Puisque c’est ton caprice ; as pas peur, c’est tout noir. –
Une porte s’ouvrit. C’est la salle allumée. Silhouettes grouillant à travers la fumée : Les amateurs beuglant, ronflant, trinquant, rendus ; – Des Anglais, jouissant comme de vrais pendus, Se cuvent, pleins de tout et de béatitude ; – Des Yankees longs, et roide-soûls par habitude, Assis en deux, et, tour à tour tirant au mur
Leur jet de jus de chique, au but, et toujours sûr ; – Des Hollandais salés, lardés de couperose ; – De blonds Norvégiens hercules de chlorose ; – Des Espagnols avec leurs figures en os ; – Des baleiniers huileux comme des cachalots ; – D’honnêtes caboteurs bien carrés d’envergures, Calfatés de goudron sur toutes les coutures ; – Des Nègres blancs, avec des mulâtres lippus ; Des Chinois, le chignon roulé sous un gibus, Vêtus d’un frac flambant-neuf et d’un parapluie ; – Des chauffeurs venus là pour essuyer leur suie ; – Des Allemands chantant l’amour en orphéon, Leur patrie et leur chope… avec accordéon ; – Un noble Italien, jouant avec un mousse Qui roule deux gros yeux sous sa tignasse rousse ; – Des Grecs plats ; des Bretons à tête biscornue ; – L’escouade d’un vaisseau russe, en grande tenue ; – Des Gascons adorés pour leur galant bagoût… Et quelques renégats – écume du ragoût. –
Là, plus loin dans le fond sur les banquettes grasses, Des novices légers s’affalent sur les Grâces De corvée… Elles sont d’un gras encourageant ; Ça se paye au tonnage, on en veut pour l’argent… Et, quand on largue tout, il faut que la viande Tombe, comme un hunier qui se déferle en bande !
– On a des petits noms : Chiourme, Jany-Gratis, Bout-dehors, Fond-de-Vase, Anspeck, Garcette-à-ris. – C’est gréé comme il faut : satin rose et dentelle ; Ils ne trouvent jamais la mariée assez belle… – Du velours pour frotter à cru leur cuir tanné ! Et du fard, pour torcher leur baiser boucané !… À leurs ceintures d’or, faut ceinture dorée ! Allons ! – Ciel moutonné, comme femme fardée N’a pas longue durée à ces Pachas d’un jour… – N’en faut du vin ! n’en faut du rouge !… et de l’amour !
Bitor regardait ça – comment on fait la joie – Chauve-souris fixant les albatros en proie… Son rêve fut secoué par une grosse voix : – Eh, dis donc, l’oiseau bleu, c’est-y fini ton choix ? – Oui : (Ses yeux verts vrillaient la nuit de la cuisine) … La grosse dame en rose avec sa crinoline !… – Ça : c’est Mary-Saloppe, elle a son plein et dort. – Lui, dégainant le bas qui tenait son trésor : – Je te dis que je veux la belle dame rose !… – Ç’a t’y du vice !… Ah-ça : t’es porté sur la chose ?…
Pour avec elle, alors, tu feras dix cocus, Dix tout frais de ce soir !… Vas-y pour tes écus Et paye en double : On va t’amateloter. Monte… – Non ici… – Dans le noir ?… allons faut pas de honte ! – Je veux ici ! – Pas mèche, avec les règlements. – Et moi je veux ! – C’est bon… mais t’endors pas dedans…
Ohé là-bas ! debout au quart, Mary-Saloppe ! – Eh, c’est pas moi de quart ! – C’est pour prendre une chope, C’est rien la corvée… accoste : il y a gras ! – De quoi donc ? – Va, c’est un qu’a de l’or plein ses bas, Un bossu dans un sac, qui veut pas qu’on l’évente… – Bon : qu’y prenne son soûl, j’ai le mien ! j’ai ma pente. – Va, c’est dans la cuisine…
– Eh ! voyons-toi, Bichon… T’es tortu, mais j’ai pas peur d’un tire-bouchon ! Viens… Si ça t’est égal : éclairons la chandelle ? – Non. – Je voudrais te voir, j’aime Polichinelle… Ah je te tiens ; on sait jouer Colin-Maillard !… – La matrulle ferma la porte… – Ah tortillard !…
Charivari ! – Pour qui ? – Quelle ronde infernale, Quel paquet crevé roule en hurlant dans la salle ?… – Ah, peau de cervelas ! ah, tu veux du chahut ! À poil ! à poil, on va te caréner tout cru ! Ah, tu grognes, cochon ! Attends, tu veux la goutte : Tiens son ballon !… Allons, avale-moi ça… toute ! Gare au grappin, il croche ! Ah ! le cancre qui mord ! C’est le diable bouilli !… –
C’était l’heureux Bitor.
– Carognes, criait-il, mollissez !… je régale… – Carognes ?… Ah, roussin ! mauvais comme la gale ! Tu régales, Limonadier de la Passion ? On te régalera, va ! double ration ! Pou crochard qui montais nous piquer nos punaises ! Cancre qui viens manger nos peaux !… Pas de foutaises, Vous autres : Toi, la mère, apporte de là-haut, Un grand tapis de lit, en double et comme-y-faut !… Voilà ! – Dix bras tendus halent la couverture – Le tortillou dessus !… On va la danser dure ; Saute, Paillasse ! hop là !… – C’est que le matelot, Bon enfant, est très dur quand il est rigolot. Sa colère : c’est bon. – Sa joie : ah, pas de grâce !… Ces dames rigolaient… – Attrape : pile ou face ? Ah, le malin ! quel vice ! il échoue en côté ! – …Sur sa bosse grêlaient, avec quelle gaîté ! Des bouts de corde en l’air sifflant comme couleuvres ; Les sifflets de gabier, rossignols de manœuvres, Commandaient et rossignolaient à l’unisson… – Tiens bon !… – Pelotonné, le pauvre hérisson Volait, rebondissait, roulait. Enfin la plainte Qu’il rendait comme un cri de poulie est éteinte… – Tiens bon ! il fait exprès… Il est dur, l’entêté !… C’est un lapin ! ça veut le jus plus pimenté : Attends !… – Quelques couteaux pleuvent… Mary-Saloppe D’un beau mouvement, hèle : – À moi sa place ! – Tope ! Amène tout en vrac ! largue !… – Le jouet mort S’aplatit sur la planche et rebondit encor…
Comme après un doux rêve, il rouvrit son œil louche Et trouble… Il essuya dans le coin de sa bouche, Un peu d’écume avec sa chique en sang… – C’est bien ; C’est fini, matelot.. Un coup de sacré-chien ! Ça vous remet le cœur ; bois !… – Il prit avec peine Tout l’argent qui restait dans son bon bas de laine Et regardant Mary-Saloppe : – C’est pour toi, Pour boire… en souvenir. – Vrai ? baise-moi donc, quoi !… Vous autres, laissez-le, grands lâches ! mateluches ! C’est mon amant de cœur… on a ses coqueluches ! … Toi : file à l’embellie, en double, l’asticot : L’échouage est mauvais, mon pauvre saligot !… –
Son œil marécageux, larme de crocodile, La regardait encore… – Allons, mon garçon, file ! –
Plus tard, l’eau soulevait une masse vaseuse Dans le dock. On trouva des plaques de vareuse… Un cadavre bossu, ballonné, démasqué Par les crabes. Et ça fut jeté sur le quai,
Tout comme l’autre soir, sur une couverture. Restant de crabe, encore il servit de pâture Au rire du public, et les gamins d’enfants Jouant au bord de l’eau noire sous le beau temps, Sur sa bosse tapaient comme sur un tambour Crevé… – Le pauvre corps avait connu l’amour !
Marseille. – La Joliette. – Mai.
Tristan Corbière
(Les Matelots)Extrait de: Les Amours jaunes (1873)
Devant le peu qu’il reste de banquise De respirer nos chances se réduisent Notre climat se dérègle et s’affole Je sais pourquoi la Terre se réchauffe C’est quand t’as sur toi de moins en moins d’étoffe Et qu’une bretelle tombe de ton épaule Et là, les glaces glissent et fondent jusqu’aux pôles
Nos déjeuners aux particules finеs Dans les fumées de l’Indе ou de la Chine Sous le ciel noir qui descend jusqu’au sol Partout ça cuit, ça grille et ça déboise Je sais ce qui fait déborder le vase C’est quand doucement tes pudeurs s’envolent Et là, les glaces glissent et fondent jusqu’aux pôles
Tous accusés d’agresser la nature Chacun son train, son avion, sa voiture Jusqu’au Lapon et sa lampe à pétrole S’il est trop tard autant trouver ça drôle Très drôle
Quand y’aura plus de plages en Atlantique Et qu’on surfera par-dessus les boutiques Qu’on n’ira plus nulle part sans nos gondoles S’il reste un moyen d’éviter le pire En bon citoyen je veux bien le dire Mais déjà tu t’approches et tes mains me frôlent Et là, les glaces glissent et fondent jusqu’aux pôles
Tous accusés d’agresser la nature Chacun son train, son avion, sa voiture Jusqu’au Lapon et sa lampe à pétrole Tous promis à une fin suffocante Il n’y a pas d’urgence plus urgente S’il est trop tard autant trouver ça drôle Très drôle
Devant le peu qu’il reste de banquise J’essaye l’humour, je tente l’esquive Je vois bien que tout se dérègle et s’affole Ces quelques mots pour dire pardonnez-moi De vous laisser la Terre dans cet état Dans ce fracas de glaciers qui dégringolent Très drôle
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