Catégorie : Barbara Auzou
BUFFET-GARE

BUFFET-GARE
Sur la traverse des pierres nos voies roulent en débords du quai de la mangrove sans qu’un Vendredi attende « Aux Arrivées ». Retenu par des affaires matrimoniales , le Chef-de-Gare compose avec les aiguillages un menu sur le pouce, on accepte les tickets-repas.
Les journaux du coeur seront télévisés en histoire de famille comme le veut l’évolution des moeurs. Chacun pourra avoir ses Princes à domicile (la Reine-Mère en sus pour un euro de plus). Le gros progrès irait aux pleins pouvoirs vers la sécurité pour tous en y ajoutant la chaudière gratuite moyennant un aveuglement sans limite. Au point que les chrétiens risquent d’y perdre la tête en attendant le Messie sur une ligne désaffectée. Vînt à passer un homme-sandwich, il fut nettoyé en moins de temps qu’une promesse peut-être écrite.
Toi qui te reconnaîtras à ta blouse de nurse, il faut pas que tu oublies de venir une heure avant l’ouverture pour désinfecter les bûchettes et vérifier l’état sanitaire des locaux vétustes.
Enfin, plus rien ne justifiant qu’on poursuive le développement culturel, je t’emmènerai à l’atelier pour que tu nous décolles en tapis. On ira en Cappadoce au-dessus des cheminées de fée. Là, l’art s’est fait rupestre pour immortaliser sa foi. Quoi, qu’il se passe avec la connerie humaine, on peut pas couper ça sans néantiser le monde. C’est vrai qu’on peut s’abriter autrement en allant dans son amour goûter à la profondeur de chaque chose. Et aller à semer.
Niala-Loisobleu – 30 Octobre 2020
ACTES

ACTES
monte écouter par le chemin du sang après d’interminables préparatifs de repas de mariages de passions de toilettes de maison de rangement d’opinions ils se tassent les uns
à côté des autres
redresse enfin monte écouter le chef d’exode qui d’un geste les décapite ouvre l’ouïe à l’absence puis greffant une parole à leur corps les ravive
Moïse confié aux phasmes
Invente pour eux leur homologue
La ville le peuple l’histoire
Voyons l’esprit nomade allons l’accueillir
Avec honneur avec préparatifs
Sortons au-devant de lui est-ce lui
Sur le chemin tout le jour qui monte à
Damas
Sa voix reconnue comme la voix d’un autre
Alors entra ce qui était là
Les murs firent un pas en avant
Les meubles se présentèrent dans l’horloge ininterrompue
Le silence fut chez lui
Ce que ça coûte d’écrire, comme vous dites, vous ne le soupçonnez pas, le taedium, l’endurance du jeûne.
Tristesse, te voici.
Je te reconnais à la lisière de l’orage avec tes habits de
Sologne.
Oui, l’humeur vague où vous baignez je la crispe en paroles; mes yeux sur vos épaules pour vous aviser :
une certaine attention que vous n’apprîtes pas, et c’est pourquoi la sourde déception vous entoure souvent.
Ce qui au vol vous échappe, je suis là pour vous le dire — trop tard.
Il vous a échappé ceci, qui s’est posé pour moi comme une semence de platane; ceci qui fait que je peux saluer la tristesse : il y avait je ne sais quelle résignation de la
très petite fille pendant que la mer cernait cette dune avancée ; le large évacué soudain comme le mail sous l’orage, et tandis que la bouche d’un oncle retombait, un de vos
fils rejetait sa mèche en silence; il y avait l’angle de son cou et l’automne amené de force par l’océan comme un tri de taureaux camarguais; tout ce que vous ne savez pas
joindre et qui vous tourmente maintenant comme un profond parasite; ces relations rapides dont vous êtes victime; je veille, vous me trouvez silencieux.
J’appelle la circonstance porche de septembre.
Vous me trouvez taciturne, j’attends comme un serviteur d’accueillir ces lignes que vous négligez; la douleur même de mon épaule et l’oisiveté d’un enfant qui transforme, le
temps d’un dactyle, la chaux en mur lamentable; l’entrée de la mouette de dos dans le taillis de l’averse; l’éternel retour, fugitif, inattendu, des motifs dans notre cirque de
courbes, il me faut veiller sur la lampe à huile pour l’attendre tard et qu’il me trouve prêt malgré tout à remarquer le signe rapide dont il honore; vous êtes sombres
parce que vous n’avez pas su — vous en êtes innocents, et pourtant malheureux — que c’était à saisir, ce bas aparté contemporain d’un if qui se rejette, et, j’y
reviens, les deux bras silencieux de la très petite fille acceptant soudain sa mère et son père, mais la fenêtre battait, le gardien des vaches siffle, une main retombe au
premier plan, et ce geste pour chasser l’insecte, qu’on prend pour une larme, et voici la tristesse entre ses deux parois qui nous invite à traverser.
C’est à quoi je m’emploie.
La tapisserie défaite et retissée, l’étrange filet tendu pour vous mais vous ne le relevez pas, de silhouettes de contes, de rameaux en couleurs, d’alertes chez les oiseaux,
d’entrailles de jusant, de pages écorchées, d’assonances fanées qui revivent, car tout est rencontre beaucoup plus surprenante que celle d’un tesson et d’une fleur dans le
même réseau, et l’art de nos époques rejoint ce qu’il y a, la concroissance instantanée de regards et de branches, ces alignements d’amers : votre manche, le bouton noir de
la fenêtre, un cri de gibier; cette carte marine changeante : quelles hauteurs de tons différents dans le faisceau qui se défait aussitôt de nos phrases, on dit «
conversation », le vent ouvre un livre, et c’est
Pindare que la couverture recache, un avion s’enivre, la voile rouge de
Thésée double le cap de
Branec, la chanson à la mode croise la rue, les sœurs échangent des propos méchants, tristesse te voici.
Art poétique
Le corps et sa charade
Quand le vent s’enroule dans les veines
Un vivant crucifié
Le haut lui passe, un tuteur aux épaules
Ii marche pendu
Contre la pesanteur
Le nom et la chose
Disant à son fils le nom d’une fleur
(S’il n’oublie pas son premier vers le poème décline)
Liseron mais pourquoi, fragte er,
Cette fleur ne s’appelle pas blanche?
Albe liseron grimpacée
Le nom qui convient mimerait quelle genèse
Le voyage
Au pays où les hommes sont pieux
Et la lune croissante
Les morts les corbeaux les cyprès fortifient ensemble
Un argument contre l’idéalisme (j’ouvris un livre sur la déportation : celle à qui fut donné de vivre dans son tombeau ses jambes se séparaient)
L’œuvre et le nom
L’Aurige au visage d’Aurige
Doucement staring at
(toutes levées vers lui les consultantes
cerclant sa figure orbitante)
Enseignait que l’œuvre ne déçoit pas son nom
I^e poème et son espérance
Entre l’or et le ciel un grand vent
Il rendrait la justice sur la litière du bateau
Les oiseaux sans compte auguraient
Ce qu’un poète a fait
Un autre ne peut le défaire
Le mot chargé d’horreur, d’aimant
Prête son nom à ce qu’il intitule
Nef chargé de sel, de distance
Prête son nom au bateau confondu avec lui
Tandis qu’il passe en secret alliance
Avec bleu — lui déguisé en échantillon —
Ils tolèrent le commerce fructueux
De leurs homonymes pseudonymes
(Topposerais-tu, lecteur (ici tutoyé comme naguère), lecteur que les statistiques disent soupçonneux envers les vers, t’opposerais-tu à ce que nous feignions, non sans
jovialité, de distinguer entre types de poèmes?)
Poème pour (re)poser questions qu’on ne pose plus en dehors du poème, même pas la « phénoménologie », qui doit choisir ses phénomènes,..
Les chiens vont sur la terre comme nous sur le tapis
de la mosquée
Pour courir « comme eux » il faut le long métier
d’athlète «
D’un bond » l’un, s’il est distancé, un chien
Rejoint silencieusement l’autre
II n’est pas lourd
Mais simplement comme un bateau ou plutôt
La terre est une étrave et leur course la houle discrète
Que veut dire ergo la lourdeur des hommes?
Il y a aussi des histoires de famille :
Souvent quand elle ferme la porte
Ma fille rentre plus précoce
Elle porte son image devant
Comme le feu dans la férule
Visages apparentés font comprendre les masques
Un souffle de verrier creusant le plasme les promut
Vide enceint d’os la face comme la terre
Que tu t’excentres en vain pour voir
Le masque des «
Deguy » des «
Balubas »
Devant « soi » crocheté à la cimaise de l’axis
De toi tu parles à la première personne
L’eau me coulait sur la bouche
Et c’est peu supportable
Des notes prises au cours de vivisection quotidienne :
Les greniers du ciel se remplissent
La mort dans la main gisante se réveille
Les jours un fardeau de bûches
Qui disparaît par le col des épaules
Les yeux se rejettent
Avant l’os qui va suivre
Le stère du temps s’écroule
Comme un visage du
Greco
Des fables :
Traité de l’équilibre des liqueurs
Entre les paumes le vase d’air, entre les côtes
Le vase de bronches, entre les ailes ce vase,
Entre les hanches ce vase d’arachide, entre
Les ailettes ce vase d’os fin, entre les myocardes
Ce vase de sang, entre les amis ce vase de cendre
Entre les lèvres ce vase courtois, entre les oreilles ce
Vase de lignes, sur la tète cette urne bleu ciel
De sorte que si tu renverses un verre les femmes s’affolent
Des moments de nostalgie :
Fin dans les villes sur le dos
Du fleuve d’où la ville se découvre
Ovide
Lucrèce
Gœthe
Suarez
La
Renaissance la
Rhétorique
Hardes qui vêtent sur les ponts
Le cynisme qui change d’échelle
Sous l’urne bleue des restes du ciel
Des autoportraits :
C’est fait de la même manière un endroit
Rio quand vous y êtes ou
Neuville ou
Lima
Le linge de
Cusco d’églises sur la pente
Les naïades
Varig dans les agences transparentes
Le grain des bords le temps de tourner la rue
Je ne peux congédier le grand souk du transept
Il n’est fidélité dont je ne sois capable
Ici des hommes qui s’appellent
Rivière
(Quand deux poètes se font face
Il vaudrait mieux que ce fût
Deux lutteurs turcs à culotte graissée
Oiseaux du même sexe étonné
Eux s’évitent comme deux métamorphosé»)
Des moments de rêverie, portée au refrain, au blason, au souvenir :
Où la
Loire abrite
Comme un nuage
Où la carte ressemble
A la carte du tendre
Le
Loir et
Montrésor
« ô tours ô chambres ô femmes ô cavaliers ô jardins et palais »
Cette aflluence que
Tenfant doit voir
Du féminin et de son masculin
Cet échange que l’enfant doit savoir
Du masculin et de son féminin
Car la rivière est
Loir
Et le fleuve est la
Loire
Tandis que dort leur homonyme
Dans l’autre règne et dans l’autre saison
« ô tours ô chambres ô femmes ô cavaliers ô jardins et palais »
Jeanne est un synonyme
Une femme une rivière
Où s’agenouille le lavoir
Au creux de notre histoire
En cette langue patriotique où riment
Loire gloire et croire et
Loir et soir
« ô tours ô chambres ô femmes ô cavaliers ô jardins et palais
Non des fleurs ou des songes
Mais cherchant le langage de langue
Car si j’écris victoire
Ce n’est pour que vous voyiez rouge
Mais pour que vous entendiez
Loire
« ô tours ô chambres ô femmes ô cavaliers ô jardins et palais »
Et, pourquoi pas, donc, des jeux d’anagramme :
As-tu remarqué comme les bêtes tiennent leur distance?
A peine entrons-nous, elles se dérobent, reculant jusqu’aux bords : corbeaux, cervidés, chats même, ces ailes entrevues qui décroissent; de sorte que pour les voir il fallut
les lier à la maison, poissons qui détalent, bêtes évanouissantes tant que les enfants ne savent pas leurs noms et qu’ainsi, vivant sur la terre, elles demeurent
inconnues.
Le loup alors, le loup que des lunettes même ne suffisent à rapprocher, et qui se métamorphose en berger dès que nous l’encageons, le loup posé sur la lisière de
la nuit entre chien et crépuscule, le loup serait un des noms de la bête incapturable ; plutôt, il nomme l’imminence de ce qui nous frôle, la noirceur, tout près de
nous, de toute quasi présence à contre-jour; car la lampe dissipe l’ombre, mais il suffit d’un couloir, d’un resserrement, de quelque coude qui cache la vue pour que les’ enfants
pressentent son embuscade.
Et pour chacun quand il s’agit de paraître dans une identité défiant toute connaissance, à la faveur de la fête on se masque avec sa peau.
Le loup dévore son antonyme la poule blanche, ronde, étourdie ; son blason contrasté offre cette étrange figure de l’intérieur qui échappe à toute
révulsion : sa peau retournée ne le livre pas; la mort ne le menace pas.
Aujourd’hui que l’homme-loup de
Frazer ou de
Gordon pend dépecé dans les musées de l’Homme, l’enfant et le loup, l’enfant-loup en un comme le
Mino-taure, que la chronique inquiète tire parfois d’une forêt-monstre du
Dekkan, l’enfant qui surveille les bonnes versions de la fable, l’enfant-joue, l’enfant qui se change en cache et que fascine la simple irruption, pareil aux insectes qui se médusent par
leurs ocelles, l’enfant dont le cri de jeu n’est qu’une longue assonance au loup, l’enfant hou-ou, pour lui le noir est métaphore du loup, tout lieu reculé son anagramme…
Le loup de profil, figure de ce qui va surgir de tout angle, le loup en oreilles, jaloux triangulaire omni-absent comme la face cachée des choses, doublure ombreuse au verso de ces
retournements même qui cherchent à débusquer tout le non-vu et s’imaginent que l’inouï va bientôt être tiré au clair, c’est de son pas que s’approche, la
langue l’atteste, à la faveur de l’obscur tout l’envers innommable dont le secret ne peut pas être levé.
(Que le poème enveloppe une valeur de grammaire première, refondation de tropes, naissance de l’usage ou pouvoir de la langue dans ses possibilités.)
Maintenant
Elle peut venir à tout instant
«
Maintenant nous voyons en figure »
Il n’y a qu’une seule figure
La genèse est de mise :
Nous sommes dépossédés —
De la distance du génitif
Comparution
Comparaison
Maintenant elle peut paraître à tout instant
«
Cette chose formidable
Disait l’Homme-qui-rit
Une femme en son nu »
Métaphore est anagramme
D’Aphrodite anadyomène
O promise ô saisissante
Le n’-approche-pas de ton lever
Met en état le poète dessaisi
De soutenir l’apparition
«
Comme en un jour de fête »
Le poème commence fête rythmique par son ouverture ouvragée qui fait le silence, et nous aurons des mots pleins d’odeur légère…
Car un poème est une sorte d’anagramme phonique de ce « mot de lui-même » qu’il ne livre pas autrement, ce mot crypté en lui comme l’acrostiche sonore qui se cache,
cette arcature qu’il cherche en avançant comme le sourcier de sa propre source, une sorte de variation paronomastique sur son propre ton-clé qu’il fraye aveuglément à
soi-même; le poème se fait sonner pour ausculter son cristal.
Michel Deguy
I mio rifugio – Riccardo Cocciante
VERSANT FACE A LA MER 1
NOTRE JARDIN BLEU 7
Ce que tu sais
Du monde
Et de l’abominable
Que tu me tais
Le grand coq de la lucidité
Me l’a chanté affable
Au seuil d’un matin comme une ronde
Improvisée sur l’obscur sillon
De la nuit des grands poissons
Morts en l’absence de soleil.
Alors, viens , dansons
Fais-moi bleue pareille
Et investie d’un pas convalescent
A épuiser la route de vœux brûlants.
Donne- moi des oiseaux à renaître
Qui coupent court à la rumeur des fenêtres
Trop ouvertes sur un monde si aigri
Et contre l’indécence
Qui suinte à la cuisse blanche de la jalousie
Vois encore comme on danse
Et comme encore on a surpris
Le grand pavot qui somnolait dans la poisse des fleurs.
Comme on défroisse les peurs
Dansons.
Comme on demeure debout sur des terres d’angoisse
Dansons.
Rien ne devance la couleur.
Barbara Auzou

Notre jardin bleu 7 – 2018 – Niala – Acrylique s/toile 61×50
L’Horizon sur Jean-Michel Maulpois,j’ai les yeux amarrés au temps qui nage…N-L

L’Horizon sur Jean-Michel Maulpois,j’ai les yeux amarrés au temps qui nage…N-L
« La mer attend son large, cherche ses eaux, désire le bleu, crache et crie, s’accroche et défaille, quand son écorce et sa coquille se brisent, et la fragile ardoise de ses clochers, et tous les verres qu’elle a vidés puis jetés derrière les taillis.
La mer chuinte au soir et peluche, avant de s’endormir, la tête entre les bras, comme une enfant peureuse, quêtant dans la nuit calme des idées d’aurores et d’émoi, encore un peu de vin, de vent et de clarté, un peu d’oubli.
Son gros cœur de machine s’effondre dans son bleu; sa servitude quémande son salaire de sel: quelques gouttes, un bout de pain, un butin si maigre, pas même de quoi gagner le large après tant de vagues remuées tout ce temps!
Elle brûle de se défaire du ciel qui la manie, la flatte ou la conspue: ô ces ailes qui lui manquent, cet horizon partout à bout portant! Verra-t-elle jamais se lever son jour, dans la pénombre d’un prénom de femme?
Elle n’a ni corps ni chair à elle: elle revient de nulle part et parle de travers, elle rêve à autre chose; elle parle et rêve de choses et d’autres : pourquoi donc ne pas dire que le temps à midi s’arrête au fond d’un lac?
On prétend que le bleu perle sous sa paupière: on la croit folle, elle se désole, rêvant pour rien de de branches et de racines, assise sur une espèce de valise en cuir au bout de la plage où personne ne viendra la chercher.
Quelle nuit, quel jour fait-il dans sa tête engourdie de femme assise? Elle ouvre en grand les bras aux enfants accourus du large. Il lui plaît d’exciter leurs rires et leurs éclaboussures, de baigner les pieds nus, de lécher la peau claire.
Mais vivre n’est pas son affaire: elle ne raconte pas son désir, fiévreux d’images et de rivages; elle n’ira guère plus loin que ce chagrin-ci, d’un impossible bleu-lavande, celui d’anciennes lettres d’amour et de mouchoirs trempés.
La voici d’un gris de sépulcre, avec tout ce vide autour d’elle, cueillant la mort d’un baiser brusque, suçant le noyau et crachant le fruit, titubant comme le souvenir, priant parfois très bas, brisant après le rêve la cruche qu’il a vidée.
Son coeur est un abîme qui recommence jour après nuit la même journée obscure, qui chante de la même voix brouillée le désordre et le bruit, qui va, lavant sa plaie, toujours poussant pour rien son eau pauvre en amour. »
Jean-Michel Maulpoix
CEREMONIE

CEREMONIE
Les chiffons qui attendent sur la commode tiennent le secret du contact qu’ils ont eu
le tiroir a eu son époque grinçante avant de se croire en chantier -naval pour le lancement
tiens c’est pareil avec ton aile gauche qui déborde avec tant de naturel que j’en suis à me demander si ce ne sont pas les fleurs de la nuisette qui ont des parfums halluginogènes
J’aime l’ocarina de ta poitrine
en tombant c’est le Matchu-Pitchu qui m’essoufle pas d’avoir monté pareille altitude…
Niala-Loisobleu – 29 Octobre 2020
MATIERE A

MATIERE A
il faisait nuit
j’y voyais
à pleines mains
Pas arrivés au bout pour autant
Une étoile au-dessus de sa porte
effaçait le sentiment d’avoir oublié quelque chose en partant.
Niala-Loisobleu – 29 Octobre 2020
Comme ça, en passant…

Comme ça, en passant…
Vincent
(La) nuit étoilée, étoilée.Peint ta palette bleue et grise,Regarde dehors par un jour d’étéAvec des yeux qui connaissent la noirceur de mon âme.Les ombres sur les collines,Esquissent les arbres et les jonquilles,Attrapent la brise et les froideurs de l’hiver,En couleurs sur la terre enneigée de lin. Maintenant, je comprendsCe que tu essayais de me dire.Comment tu souffrais pour ta raison,Comment tu as essayé de les libérer.Ils ne voulaient pas écouter, ils ne savaient comment.Peut-être maintenant écouteront-ils. Nuit étoilée, étoilée.Fleurs rougeoyantes qui flamboient de mille feux,Nuages tourbillonnant en une brume violette,Reflétant les yeux bleu de Chine, de Vincent,Couleur changeant de nuance,Champs matinaux aux grains ambrés,Visages burinés alignés dans la douleur,Apaisés par les mains aimantes de l’artiste. Maintenant, je comprendsCe que tu essayais de me dire.Comment tu souffrais pour ta raison,Comment tu as essayé de les libérer.Ils ne voulaient pas écouter, ils ne savaient comment.Peut-être maintenant écouteront-ils. Car ils ne pouvaient pas t’aimerMais ton amour était véritable.Et quand aucun espoir visible ne restaitDans cette nuit étoilée, étoilée,Tu t’ôta la vie, comme les amoureux le font souvent.Mais Vincent j’aurais pu te dire :Ce monde n’a jamais (rien)signifié pour un êtreaussi beau que toi. Nuit étoilée, étoiléeDes portrait pendus dans des couloirs vides,Têtes sans cadres sur des murs sans nomAvec des yeux qui regardent le monde et ne peuvent oublier,Comme les étrangers que tu as rencontrés :Des hommes en lambeaux dans des vêtements en loques, (1)Une épine argentée dans une rose sanglante,Qui gît écrasée et brisée dans la neige vierge. Maintenant, je comprendsCe que tu essayais de me dire.Comment tu souffrais pour ta raison,Comment tu avais essayé de les libérer.Ils ne voulaient pas écouter, ils n’écoutent toujours pas.Peut-être ne le feront-ils jamais.
RAOUTAS

RAOUTAS
Deux personnes dans le monde te connaissent
Raoutas deux seulement
mais toi tu connais beaucoup de choses tu as le vrai savoir-vivre
ce qu’il faut faire tu le fais quand il faut le faire tu le fais
tu n’en fais pas un plat tu le fais et puis tu t’en vas tu entres dans la chambre quand les êtres souffrent
la nuit tu les caresses avec ton énorme patte et puis tu t’en vas avec ton copain le nain
83 centimètres il porte une grande pèlerine et il a de grands projets le nain
très souvent vous partez tous les deux en canoë autour des îles dans le golfe du
Morbihan et quelquefois vous emmenez
Crocodile qui est tellement élégant
avec ses chansons en peau de crocodile
et ses gants
le nain est debout dans le canoë
mais ceux qui le voient de loin
croient qu’il est assis
parce qu’il est petit…
…il parle en désignant les îles de sa petite main
et toi
Raoutas tu écoutes ce qu’il dit
tu es de son avis
et
Crocodile aussi…
… un jour dit le nain
un jour tous les nains seront là comme chez eux
et personne ne viendra plus jamais dire aux nains
les injures qu’ils ont dit toujours aux nains
les injures
nains… nabots… bas de cul
haut comme trois pommes… mal finis… lilliputiens
personne
et il a un grand rire de nain
mais il est trop petit pour un si grand rire
ça le fatigue et il s’endort…
le nain endormi au fond du canoë
tu continues à pagayer
Raoutas
à pagayer autour des îles
avec
Crocodile
et de très loin
de ville en ville
on vous entend rigoler
Crocodile a un petit rire discret
mais toi quand le fou rire te prend
ça fait un drôle de boucan
et il n’en faut pas beaucoup pour te faire rire
un monsieur avec une barbe il salue un enterrement et tout de suite le fou rire te prend et ça fait un drôle de boucan l’archevêque de
Paris dans sa chambre chez lui il se promène tout nu
toi tu le vois par la fenêtre et ton fou rire continue un général-un juge… le roi d’Espagne… une bouse de vache…
Saint
Joseph…
Dieu le père…
un salsifis… pas grand-chose… n’importe quoi de risible et tout de suite tu te marres tout de suite tu te fends la pipe tout de suite tu éclates de rire et tout ce qu’il y a de vivant
dans le monde éclate de rire en même temps que toi… et puis
quand tu as assez ri tu t’endors et tu rêves que tu ris encore tu te réveilles tu recommences à rire les jours se suivent
et tu sais bien qu’ils ne se ressemblent pas… les fameuses journées pour toi elles sont très courtes puisque tu n’as pas le temps de les trouver longues tu as autre chose à
faire
Raoutas autre chose tu ne sais peut-être pas exactement ce que tu as à
faire mais tu le fais ça t’occupe…
que les jours soient quotidiens
l’année annuelle
les mois hebdomadaires
tu t’en fous
tu n’es pas comptable
tu es vivant
deux personnes te connaissent dans le monde
Raoutas
deux seulement.
Jacques Prévert
Vous devez être connecté pour poster un commentaire.