RAISON DU MATIN


RAISON DU MATIN

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(Oh manque initial, et retrait dans l’élan comme d’une pelletée de cendres.
Mais il y a lieu de se brosser les dents en fredonnant un air, et e nouer adroitement la cravate qui préserve de la solitude et de la mort.)

Jour, me voici comme un jardin ratissé qui s’élève
Tiré par les oiseaux.
Fais que je prenne l’autobus
Avec calme ; que j’allonge un pas sobre sur les trottoirs ;
Que j’ourle dans mon coin ma juste part de couverture
Et réponde modestement aux questions qu’on me pose,

afin
De n’effrayer personne. (Et cet accent de la province
Extérieure, on peut en rire aussi, comme du paysan
Qui rôde à l’écart des maisons sous sa grosse casquette,
Berger du pâturage sombre : agneaux ni brebis
Ne viennent boire à la fontaine expectative ; il paît
La bête invisible du bois et le soleil lui-même
Au front bas dans sa cage de coudriers.)

Mais jour
D’ici tonnant comme un boulevard circulaire
Contre les volets aveuglés qui tremblent, permets-moi

De suivre en paix ta courbe jusqu’au soir, quand s’ouvre

l’embrasure
Et qu’à travers le ciel fendu selon la mince oblique de son

ombre
Le passant anonyme et qui donne l’échelle voit
Paraître l’autre ciel, chanter les colosses de roses
Et le chœur de la profondeur horizontale qui s’accroît
Devant les palais émergés, sous les ruisselants arbres.

Jacques Réda

DIFFICILE A CROIRE : Francis Cabrel


DIFFICILE A CROIRE : Francis Cabrel

Je vois une librairie en ville
Je cours m’acheter un bon bouquin
Le gars me dit “Vous tombez pile
Justement, il nous en reste un”
Comme je rentrais chez moi tranquille
Là, j’ai croisé ton chemin

D’ordinaire je lis trente pages
Après je dors jusqu’au matin
Ouh et là et là ?
On attendait au même passage
Le hasard fait les choses bien
Ouh et là et là ?
Un souffle gonflait ton corsage
L’ouvrage m’est tombé des mains

C’était pas un livre d’images
C’était pas la Comtesse de Ségur
On a déchiré l’emballage
On a un peu froissé la couverture
Ouh et là et là ?
J’avais tamisé l’éclairage
Nos ombres dansaient sur le mur

Ouh et là? Là c’est difficile à croire
Je suis, je sais, je sais, c’est difficile à croire
Je sais…
Ouh et là? Là c’est difficile à croire

D’habitude de bouche à oreille
Je parle des livres auxquels je crois
Je noie mes amis de conseils
Et de conseils mes amis me noient
Ouh et là et là ?
Cette fois-ci c’est plus pareil
Je garde le conseil pour moi

Quand je raconte cette histoire
On lève les yeux, on sourit
“Tu lis trop de romans de gare

Tu t’égares tu nous prends pour qui ?”
Ouh et là et là ?
C’est vrai, c’est difficile à croire
En ville, y’a plus de librairies

Ouh et là? Là c’est difficile à croire
Je sais, je sais, je sais, c’est difficile à croire
Ouh et là? Là c’est difficile à croire
C’est vrai, c’est tout dans la périphérie…
Je sais, je sais…
Là c’est difficile à croire

LA TÊTE EN L’ERRE


LA TÊTE EN L’ERRE

Un arbre vide

des montagnes plates et le fleuve étranglé serrent les poings pour ongler le sang de la chair

sortir la viande morte d’un troupeau en formation de bataille

Déjà l’éclat de l’oeil

puis l’un après l’autre chacun de tes 37° remontés à la surface

tu lèves le bras pour animer le sein

de derrière le genou la poplité a souri

Tu penches le buste l’oiseau saute et se branche

tu n’étais pas encore assise que la porte principale s’est mis la bienvenue à la poignée et les grandes colonnes en porche sans le porte-parapluie des mesures diverses gardées entre les lèvres

C’est ta main qui m’a montré la plage restée pour vivre, nous avons pris l’ibère pour saison et pédaler de concert.

Niala-Loisobleu – 4 Novembre 2020

LE PEINTRE, LA CECITE ET ET L’EFFROI par Jérôme Delépine


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Jérôme Delépine                               » L’effroi  »                                     50X50               2009   

LE PEINTRE, LA CECITE ET L’EFFROI par Jérôme Delépine

On se questionne souvent sur ce qui motive notre vocation pour tel ou tel art.
Ce qui est le dénominateur commun est souvent une blessure, et la résilience devient alors le moteur de notre vie.
La peur de la cécité, je la vie chaque jour. C’est une notion que j’ai intégré.
La perte d’un oeil, 2/10è à l’autre, le glaucome, les opérations multiples, voici le creuset du questionnement des gens qui me rencontrent.
Ce questionnement, je le partage à ma manière, cherchant des exemples dans l’histoire plus ou moins proche de la peinture: je suis loin d’être le seul peintre malvoyant.
Je ne m’étonne personnellement pas plus de cela que du fait qu’un compositeur puisse être sourd.
L’important est la vision, et non l’acuité.
J’ai toute fois penser que ce sujet pourrait intéresser quelques personnes.

La peur de la cécité, et ce que véhicule l’oeil pour l’imaginaire (la fenêtre de l’âme?),
à toujours inspiré les peintres.
Bruegel, Le Caravage…Plus récemment Corneliu Baba, avec  le thème du roi fou.

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Corneliu BABA  un merveilleux peintre Roumain, incontournable.
Je trouve particulièrement émouvante cette vision d’une humanité aveugle.
Nous cherchons tous une lumière.

Certains ont voulus voir dans la vision de quelques peintres le signe d’une possible déficience visuelle,
chez Turner par exemple, dont les dernières toiles semblent être le signe d’une altération de la cornée.
Je ne sais quel crédit apporter à cela, mais en tout cas, j’aimerai avoir les mêmes altérations de ma cornée…
Il semble qu’il y ai là plus une volonté visionnaire, que dans un monde qu’il comprend de moins en moins, le peintre cherche à abstraire l’humanité, insignifiante devant la grandeur de la nature,
l’incandescence d’un ciel, le signe d’un changement climatique…
« Les yeux des peintres », ouvrage de Philippe Lanthony, fait état de la malvision chez les peintres.
Daumier est devenu pratiquement aveugle à partir de 65 ans. Il réalisa dès lors une série de sculptures, ce que fit également Degas.
L’exemple le plus connu reste Monet.
Avant sa première opération de la cataracte, il ne lui restait qu’1/10è.
Monet explorera sa malvision au travers de sa peinture, peignant de grands formats -il lui était devenu impossible de voir le détail sur de petites surfaces-.
Il travaille sur l’impression que lui procure cette malvision, augmentant les contrastes, saturant les couleurs…
Rodolphe Bresdin, grand graveur s’il en est, était malvoyant (surprenant pour qui connait la richesse de son travail, moins quand on sait ce qu’est capable de voir un myope de près).
Le fait est qu’il avait des corps flottant dans le vitré, ce qui pourrait être à l’origine de son monde grouillant de bestioles tapies dans l’ombre, images d’une obsession. (pour moi, cette maladie, c’est l’acouphène de l’oeil, pas étonnant qu’elle entraine des obsessions.)

Munch, souffrant de la même affection (ce qui n’était pas pour arrangé son état dépressif), mis au point un protocole précis pour décrire en image sa maladie.
L’image d’un oiseau au large corps foncé, devant laquelle il se représente, se cachant un oeil, est tout à fait l’image d’un décollement du corps vitré.



L’expressionnisme de ces toiles, avec sa lumière sourde, est propre à restituer cette peur de la cécité,
que partagait deux siècles avant Rembrandt.
Parce qu’enfin le plus intéressant est bien ce qu’ont fait ces peintres avec leur peur ou leur malvoyance.
Rembrandt nous montre l’intensité de la vie, cette lumière qui vibre dans les ténèbres,
Monet expérimente les états de sa vision, et par là même nous donne une des plus grande leçon de peinture,
les surréalistes, avec Victor Bruner, sont fascinés par ce que représente l’oeil,
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Autoportrait de Victor Brauner énucléé, fait quelques années avant (!) d’avoir réellement perdu un oeil à la suite d’une bagarre entre peintres.

A lire: Merleau-Ponty interroge la vision et la peinture à travers « l’oeil et l’esprit »,

Il me semble que la peinture est le rapport entre l’oeil, le geste et l’esprit.

L’oeil est la source du travail du peintre (malvoyant) Sanfourche.
Image
Sanfourche (a voir le documentaire « moi, Sanfourche », trouvable sur internet.
L’optimisme du regard de Sanfourche, s’étonnant peut-être de voir encore, et nous montrant que
malgré l’épreuve, la vie peut être belle.
C’est une histoire de vision.

Que l’on soit voyant ou non, la perception de la couleur est une notion propre à chacun.
Je n’ai sans doute pas le même ressenti face à la vibration d’un jaune que vous.
Certains aveugles ont des mondes intérieurs d’une richesse infinie en sensations
colorées.
Je me rappel de cette anecdote d’une petite fille qui, recouvrant (en partie) la vue suite à une
intervention chirurgicale, était presque déçue de la « pauvreté » de ce que son oeil voyait:
« Si vous saviez comme ce que je voyais avant était plus beau… »

Comment mettre un concept sur une couleur? L’expliquer à un aveugle? Peut-on entendre les couleurs?

« A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,

Golfes d’ombre ; E, candeur des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d’ombelles ;
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;

U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d’animaux, paix des rides
Que l’alchimie imprime aux grands fronts studieux ;

O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,
Silence traversés des Mondes et des Anges :
– O l’Oméga, rayon violet de Ses Yeux ! -« 

A. Rimbaud

PAR LA TAILLE DU CERISIER


PAR LA TAILLE DU CERISIER

Proche de 16 heures et ses quelques

dans le bruit des véhicules autorisés

me disais voilà trop longtemps sans nouvelles du coq, l’odeur de la friterie doit être de toutes celles éteintes, à quoi peut-on se repérer ?

Arrive le cerisier, sa tête toujours de taille apte à tenir les brouillards à distance et les reins en état de poursuivre les naissances, donc me dis-je tout ce qui serait de nature à virer la vie au précipice doit être renvoyé aux banques du sperme étatiques

on est parés

Enfin, tant qu’on y est, je regarde l’intérieur de mes mains, trop propre pour un malhonnête – oui mais trop propre – pas assez de traces acryliques pour un peintre qui n’aurait pas été pris dans le tourbillon de l’idiotie stérile, faut les remettre en peau

A sa façon de hocher la tête la réponse arrive

Folle d’espérance….

Niala-Loisobleu – 3 Novembre 2020

Les beaux moments sont trop courts : Francis Cabrel


Les beaux moments sont trop courts : Francis Cabrel

Est-ce que c’est Lilas ou Jonquille
Mais son parfum me joue des tours
Sous des gouttières qui scintillent
Elle serre dans son cœur de fill
Le monde avec tout ce qui tourne autour
Hey, hey, hey-ouh, autour, hey, hey

Dehors une averse crépite
Sur les pavés gris de la cour
Mais nos rêves sont sans limites
La jolie dame qui s’abrite
Porte à ses pendants d’oreille, du soleil
Hey, hey, hey-ouh, du soleil, hey, hey

Dans un mouvement de bottines
Et le frôlement du velours
Elle part, comme tu l’imagines
Et l’eau de la flaque assassine
Elle l’évite d’un délicieux détour
Hey, hey, hey-ouh

C’était une pluie de passage
Le vent tiède est venu, dommage
Sécher les pavés de la cour, hey-ouh
La dame est partie un peu vite, hey-ouh
Mes rêveries de terre cuite
Toutes éparpillées sur le parcours
Hey, hey, hey-ouh, le parcours, hey, hey

L’averse a terminé sa route
Quelque part dans les alentours
Accrochés aux dernières gouttes
Ces mots que personne n’écoute
Disent que les beaux moments sont trop courts
Hey, hey, hey-ouh, trop courts, hey, hey
Les beaux moments sont trop courts
Hey, hey, hey-ouh, Hey, hey, hey-ouh

QUELQUE CHOSE DE BOSCH


QUELQUE CHOSE DE BOSCH

A l’ombre qui court prendre la place de l’utérus animal je dis un refus global à la prothèse

Ce jardin artificiel est un faux-cul intrinsèque

bredouillant ses prescriptions d’un son en partie mangé de masque et une fausse-entrée libre débouchant sur la fausse-couche

les bébés-truqués qui causent pour dire « je suis pas un robot » c’est un peu la rosière qui fait du télé-racolage en période de confinement

on a pleuré les bars et pourtant dans les banlieues genre 93 elles sont toujours là pour la vente-libre des acides

je crains que ça craigne faute de voir là où il faut regarder

aussi les délices oui, mais les normaux, pas les macronisés

Niala-Loisobleu – 3 Novembre 2020

DEPLACEMENT ORGANIQUE


DEPLACEMENT ORGANIQUE

Le tain lui-même absent, pas facile de se voir les yeux, trop de mots éloignent le doigt de la ligne

Parvenir à laisser quatre mains au clavier et deux coeurs à la hanche de clarinette sans faiblesse de bananes larguées en peaux de chemins

Rien de ce ce qui oxygène ne doit partir

La pression vérifiée le cheval est bien gonflé et le wifi guide la bonne route

c’est un oiseau qui détient le code

Niala-Loisobleu – 3 Novembre 2020

OPAQUE TRANSPARENCE


OPAQUE TRANSPARENCE

Le rivage râpe son écriture en se mâchant le sable, était un château où les hirondelles tenaient en lignes un printemps famélique

Quai du pauvre ayant toujours son anémone pour la circonstance

Comme une couleur-bidon sortie du nuancier l’opaque propose désormais sa lèpre pendant que dans la chambre mansardée l’étendue de l’étreinte se replie sur elle-même en cochant sa case.

A croire que l’instrument ancien qui tient le galop sauvage depuis le premier jour balbutie

Les rues se sont vidées du souffle des vitrines par application de buvard sur les lèvres prêtes à s’exprimer

Ma langue s’est mordue pour saigner

Rebattre le pouls du battement de jambes où ventre à ventre s’avance l’étincelle.

Niala-Loisobleu – 2 Novembre 2020