MOBILITE PICTURALE


MOBILITE PICTURALE

Arrivé au bout et pas d’accord pour arrêter malgré la déception de l’époque où tout n’est que plus rien du tout au sens des valeurs et qu’à part le grossissement des richesses du riche et l’appauvrissement inquiétant du pauvre, il ne se passe rien chaque jour

Pinceaux, tubes, toiles augmentent, s’en munir n’a aucune compensation financière par la vente qui est sortie de mon marché

ALORS JE REPEINS LES TABLEAUX QUE J’AI SIGNE POUR SATISFAIRE MON BESOIN D’EXPRIMER QUE JE CROIS VOULOIR VIVRE

Je reste ainsi ce mouvement qui me caractérise.

Niala-Loisobleu – 8 Décembre 2022

LE SOUFFLE ET LA SEVE PAR BRUNO ODILE


LE SOUFFLE ET LA SEVE

PAR

BRUNO ODILE

Je suis dans un épanchement à la jointure du passé. Des bouffées de sève reprennent place dans l’égorgement de mes pensées où, excisées, elles s’épuisent sous la lame affûtée de l’écrasement.

Je ne me retournerai plus, c’est inutile et ça fait mal. Alors, j’oublie, doucement. Je taris les souvenirs trop encombrants comme on pipe de vulgaires fumées oisives. Et je bois aux flaques de l’averse printanière qui a laissé son empreinte sur le sol ému par sa nourrice providentielle.

J’efface toutes déceptions au profit de la grâce du jour. C’est douloureux mais l’effroi de mes renoncements n’a rien à envier aux mouvements qui peu à peu mènent l’esprit vers son propre impensé.

Le printemps revient toujours,

chassant l’hiver et balayant l’automne.

Alors je partirai.

Je m’en retournerai dans mon terrier,

dans mon lit enchevêtré de mille sommeils.

J’y gagnerai ma liberté comme l’on gagne sa vie à ne savoir qu’en faire et j’irai me promener dans le désert comme une puce sur le dos d’un chameau.

J’ai appris la douleur en apprenant à respirer. Très tôt, j’ai su que l’abandon et la résignation pouvaient être fatals. J’ai dû frotter la patience sur le long fusil de la réalité avant de pouvoir ressusciter dans la cartouche de trop.

Grave et ribaude,

la vie accompagne le délabrement des mots tendres.

Le temps est de la terre,

il la remplit d’air comme un ballon que l’on gonfle.

Partout, le leurre est persistant. Dessinant des ombres plus lentes sur les bas-côtés, il clame la rouille sous la main rêveuse.

Je ne sais pas écrire joli ni beau, c’est une défaite. Ou pas. J’ai peur de lâcher prise, je sens le vide qui rôde. Nul doute, l’effondrement viendra. Il faudra fuir les lettres stigmatisées qui fanent sur la pointe du crayon.

Il faut échapper à l’écriture qui n’est qu’un précipice.

L’écriture est comme moi,

elle marche vers l’effacement.

Elle se momifie puis cède à la poussière.

Je touche la vie et ressens la mort.

Je touche à la sève maternelle et me replie sous la trame chaude de ma peau. J’aimerais bien pour une fois percevoir le senti de l’extérieur de ma chair. Mais la contrainte de l’arrachement ne parvient pas à me soumettre au premier chiffre du jour.

Dans mon atelier d’écriture,

l’expression se maintient

à l’extérieur du monde qui m’infiltre.

Mon corps se réduit au toucher des mots,

à l’aspect tactile de la pensée.

Ma main et ma langue

puisent aux signes récurrents.

Tous les codes s’entremêlent et s’interfèrent.

Dans ce délabrement, il ne s’agit plus de faire le vide mais de l’être. Le mouvement de l’histoire est fugitif. Il braconne aux douces noces qui exauçaient nos rêves les plus intimes.

La fiction omniprésente chute dans l’illisibilité et dans une mutité forcée. Le mot n’est alors qu’un résidu défait de sa trace originelle, étouffé de son sens premier. La parole avale le bruit des gares traversées, absorbe la substance ferreuse et choit comme une popeline de soie.

Notre corps transite par la matière puis nos peaux se lavent à la fenêtre du ciel et de la mer. Seuls, nos os conservent le secret de la poudre. La poussière s’empale aux muscles de la lumière. L’air nous agite et nos frissons tombent comme des feuilles séchées. La marche du monde s’aguerrie des marches funèbres.

Je voltige à des altitudes où il n’y a plus d’air. L’apesanteur est une fausse sensation. Ce qui est lourd demeure un corset de plomb.

Les yeux, les mains et la bouche restent des enclumes et je ne sais pas dire le poids qui me plaque au sol.

Je respire les scories embourbées sous la passion et mon cœur invente d’autres allégories plus légères.

Mais rien ne se dissipe vraiment. La présence en ce monde demeure une buée que rien ne fait disparaître.

Bruno Odile

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DROIT DE JOUISSANCE


NIALA – Destruction de l’oeuvre « Sur l’arc du Centaure »
NIALA

DROIT DE JOUISSANCE

En vertu de mon droit d’auteur

je détruis ma dernière oeuvre faite

en en limitant pas la liste

Niala

22 Octobre 2022

OCTOBRE


ENIGME SOVIETIQUE

OCTOBRE

Rouge j’en doute, mais sous-marin sans aucun

voilà une autre affiche…

Niala-Loisobleu – 1er Octobre 2022

COMME EN SEMANT


COMME EN SEMANT

Le pied tiré du lit et le café avalé, j’ouvre le jour d’un coup de bleu sans regarder comment c’est dehors comme couleur. La seule qui conte est celle qu’on porte dans son coeur

En ces temps de récession les influences font du porte à porte pour placer leurs nanars

La nuit le tableau de la veille a cheminé dans ma cavalcade onirique, en précisant parfois un point à renforcer. L’amour aime les traits appuyés

Au froid revenu l’appétit se fait plus vif de bon matin dans l’atelier. Faire l’amour au comme en semant ça parle d’airain et j’ai toujours été du matin

Bonjour !

Niala-Loisobleu – 19 Septembre 2022

ESPERER


ESPERER

Dans l’élan, sauter l’amer comme on dément ce qui est imposé pour choisir sa plage

c’est lucide

de petites-maisons-blanches en rues noires tu passes à l’air-libre sans t’arrêter aux vitrines de la mode exécrable

Sans cravate une chemise à fleurs se marie bien avec un papillon uni

Mon chevalet galope à les toiles sans impossible

Bien sûr ça refait pas le monde, mais ça modifie la couleur triste que la vie met pour s’habiller.

Niala-Loisobleu – 14 Septembre 2022

MAINS TENANT ENCORE 5(REPRISE)


MAINS TENANT ENCORE 5 (REPRISE)

Le jour n’avait pas sonné qu’il était encore cette lumière à l’intérieur

déjà..

Dans l’enveloppe du gland, de la faîne, la poche du rein,

la prescience du minéral battant la roche,

la pierre à feu souffrant le bout de l’allumette,

pourquoi pas

le tabernacle

eh oui, si tu veux

le choix est,

le choix sera-t-il ?

Le secret du vote se fout de l’urne, tu le connais dans le coeur

Il n’existe pas ici-bas d’endroit plus haut

Le tremblement bleu-argent, olive dans les branches de ses veines

artères tordues, doigts à l’incision d’où jaillit la sève du vouloir contrer l’impossible

cette puissance qui alimente le néant à perte de vue

partout présente dans nos matins jusqu’au soir

Nous y sommes confrontés

Alors la promesse va devoir défier sans rien d’autre

De partout les bêtes lance-flammes déploient leurs ailes

la ville passe à l’ombre

les rues tombent au fond des souterrains d’un avaloir quotidien

Ne sommes-nous pas sortis de la pire des conditions pour avoir  dit oui à la croisade ?

Le graal c’est l’entité initiatique

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Mains Tenant 5 – 2015 – Niala – Acrylique sur panneau 65×50 – Collection Privée

L’amertume déverse le verre fielleux en pleine pulpe

la coupe de fruits se taille au bazooka au verger d’un incendie de faux rais

le vitrier et le rémouleur sont en plein film d’épouvante

qu’est-ce que ça plombe la chasse au bon heur

Jusqu’aux os

jusqu’au par-dessus la tête

Et dans tout ça vous étiez vous à quel endroit ?

Au fond de la tranchée devant le sifflet de l’officier ordonnant l’assaut

tous les nids de guêpes des mitrailleuses en batterie dans l’axe

Et la mine ?

Anti-perso pour t’arracher les jambes des fois que t’aurais encore des couilles

Et l’à venir ?

Le trou-noir

Ben dis-dont

c’est quoi ce plan ?

L’espoir mon P’tit-Gars

ça qui fait le pigment de mon bleu

qui te propulse à poil pour sortir ta ruche du mauvais oeil

qui porte quand la rafale lâche ses vagues scélérates

qui rend visible

ce pour quoi tu avais décidé d’un nouveau départ

et qui te relève quand t’es au plus bas, attrapé par la ficelle du cerf-volant

Mains tenant…

Niala-Loisobleu.

30 Septembre 2015

UNE IMAGE HEUREUSE DEMEURE


Série « LES ARBRES BLEUS » – Niala 2012 – LES NICHOIRS – Collection Privée

UNE IMAGE HEUREUSE DEMEURE

32 ° dehors en ce moment

dans le jardin estourbi où l’absence d’oiseaux se justifie

J’ai trempé mon oeil dans les vols qu’ils croisaient il n’y a pas si longtemps

Couleurs traçantes de mésanges, rouges-queues, huppes fasciées, merles chanteurs et rouges-gorges dans des chassés-croisés incessants au jardin alors vert

Et piqués dans le bassin de leurs jeux joyeux qui n’attirait pas alors les moustiques tigres qu’il a fallut assécher aujourd’hui

Les arbres de La Chaume bornent un territoire qui leur appartient

émoi je continue d’y habiter, ovale comme un oeuf dans ma pensée.

Niala-Loisobleu – 5 Septembre 2022

UN ASTRE PAR ANTONIO RAMOS ROSA


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Antonio Ramos Rosa

UN ASTRE

PAR

ANTONIO RAMOS ROSA

Entends la mémoire du sang qui s’éteint, la longue

incohérence de la parole. Entends la terre taciturne.

Tout est furtif, les ombres inaccueillantes. Nul jardin

de secrets. Nulle patrie entre les herbes et le sable.

Mais où donc jaillissent l’ombre et la clarté ?

Voici les coteaux de la terre aride et noire. Qui

reconnaît l’équilibre des évidences sereines ?

Ces mots ont une odeur de portes souterraines.

Comment dominer la démesure de l’absence et le vertige ?

Comment rassembler l’obscur dans l’évidence des mots ?

Ecoute, écoute la longue incohérence de la terre

et de la parole. Tout au long de la distance

murmure la monotone perfection d’une mer.

Par oublieuse pudeur un astre se fait velours

d’un bleu profond dans la corolle du silence.

Traduit du portugais par Michel Chandeigne

in, « Anthologie de la poésie portugaise contemporaine,1935 – 2000 »

Editions Gallimard (Poésie), 2003