La vérité du drame est dans ce pur espace qui règne entre la stance heureuse et l'abîme qu'elle côtoie : cet inapaisement total, ou cette ambiguïté suprême. Saint-john Perse
Les plaines se déroulent à l’image de ce qu’on veut en faire
ni trop, ni trop peu
En sortant du lit de la mer un jour
Jacqueline
m’a dit jt’e monterai blanc pour le reste de mes jours
quoi qu’on en dira
parce que je comprends ton accent ce qui n’est pas toujours leur cas
ibère de la péninsule aux amériques inca oui c’est tout à fait ça
on aura fait de sacrées cavalcades du collège jusqu’autour du globe
à ma connaissance le seul cheval à monter en avion et en bateau comme un poisson-volant
pour sauter les indécisions et toutes vicissitudes de l’ordinaire d’un cheval au bout d’un autre comme dans cette écurie de terre-cuite de l’armée de Xi’an
Jusqu’au bout d’ici emportée dans le feu par mon Pégase…
derrière les bottes et les javelles dorment des chants qui ont besoin de s’envoler
ces mouvements que l’ombre a retenu ne rêvent que d’entendre leur tic-tac tourner leurs aiguilles au solaire de leurs murs
porte ouverte aux récoltes
marées débordantes
vendanges courant aux tonneaux
entrées de roucoulements au pigeonnier
sillon béant au grain
poulain sanguinolent se dressant sur ses jambes à la sortie du ventre équin
tournesols dans la noria des heures
des pas sur la route
des amoureux sur les bans d’un état civil
Jacqueline
tu ouvres en corps les livres
en quête de pages pleines d’avenir
pour les herminettes du chantier-naval ayant des fourmis dans les voiles
Toute une vie embrassant sa vieillesse sans appel aux survivants
un phare sans peur de la nuit balaie la traversée
Là autour de la présence en laquelle on ne croyait plus, laissant affectueusement ta marque prodigieuse, cette gratuité que seul l’amour peut donner, sans vengeance, mais qui mise à jour la vérité qui se range en ordre dans les placards pour fonder un fluide d’énergie plus vibrant qu’une pierre qui prétend marquer un lieu d’orientation hasardeuse
où la barque couchée sur le flanc attend la montée prochaine
Les oiseaux-marins gardent de ce coin l’île au bout du pont
qu’au début on rejoignait par traversée de bac
Pointe Espagnole, murs blanchis à la chaux, tuiles rondes, mimosas, marchés-couverts, restos de pêcheurs, richesse romane, genêts, corps naturistes de la Côte Sauvage laissés libres aux criées saines des dunes et de leurs bois de pins, j’ai ton iode pour finir de me brunir au soleil de ta peau, une roseur de lauriers sur tes seins…
je choisis la contrebande à cette nouvelle-frontière
pour passer ce que mes rêves n’ont dérobé à personne
En jarres pleines de son derme à ELLE sans perdre un pétale et rester fort dans le deuil en escale d’une montée à dos d’éléphant vers la Ville Bleue
un marché flottant
un arbre où dort l’enfant mort-né
un temple qui s’étale au soleil-couchant
des chats qui sautent sur le pont de l’île aux bonzes pour aboutir
à la fondation Niala où les enfants viendront NOUS dire en espagnol :
L’Enfant Stanton
de
federico garcia lorca
Niala-Loisobleu.
23 Septembre 2023
– Do you like me ? – Yes, and you ? – Yes, yes.
Quand je suis seul il me reste encore tes dix ans, les trois chevaux aveugles, tes quinze visages avec le visage du coup de caillou et les petites fièvres glacées sur les feuilles du maïs. Stanton, mon fils, Stanton. À minuit le cancer sortait dans les couloirs et parlait aux escargots vides des documents, le très vif cancer plein de nuées et de thermomètres avec son chaste désir de pomme pour que le piquent les rossignols.
Dans la maison où il n’y a pas de cancer les murs blancs se brisent dans le délire de l’astronomie et dans les étables les plus petites et sur les croix des forêts brille de longues années la lueur de la brûlure. Ma douleur saignait le long des après-midi quand tes yeux étaient deux murs, quand tes mains étaient deux pays et mon corps rumeur de l’herbe. Mon agonie cherchait son vêtement, poussiéreuse, mordue par les chiens, et tu l’accompagnas sans trembler jusqu’à la porte de l’eau sombre. O mon Stanton, idiot et beau parmi les animaux tout petits, avec ta mère fracturée par les forgerons du village, avec un frère sous les arcades, un autre mangé par les fourmilières, et le cancer sans barbelés, qui palpite dans les chambres ! Il y a des nourrices qui donnent aux enfants des rivières de mousse et une amertume debout, et quelques négresses montent aux étages pour distribuer un filtre de rat. Car il est vrai que les gens veulent jeter les colombes aux égouts et je sais ce qu’espèrent ceux qui dans la rue nous pressent soudain le bout des doigts.
Ton ignorance est une montagne de lions, Stanton. Le jour où le cancer t’a fouetté, t’a craché au dortoir où les hôtes moururent d’épidémie, a ouvert sa rose brisée de vitres sèches et de mains molles pour éclabousser de boue les pupilles de ceux qui naviguent, tu as cherché dans l’herbe mon agonie, mon agonie aux fleurs de terreur, tandis que l’aigre cancer muet qui veut coucher avec toi pulvérisait des paysages rouges sur les draps d’amertume, et mettait sur les cercueils des arbrisseaux d’acide borique. Stanton, va-t’en à la forêt avec ses harpes juives, va-t’en apprendre des paroles célestes qui dorment aux troncs des arbres, dans les nuages, les tortues, les iris sans sommeil et les eaux sans reflet, afin d’apprendre, mon fils, ce que ton peuple oublie. Quand commencera le tumulte de la guerre je laisserai au bureau un morceau de fromage pour ton chien. Tes dix seront les feuilles sur l’épaule de mon petit jour. Et moi, Stanton, moi seul, oublié, tes visages fanés sur ma bouche, je pénétrerai à grands cris les vertes statues de la Malaria.
La longueur, profondeur et largeur des choses qui m’aurait dit comme ça change entre l’absence et la présence qui s’impose que j’aurais jamais su ce ressenti sans que rien ne s’y oppose
En fait la vie et la mort c’est qu’une suite avec une gomme à effacer possédant un crayon qui réécrit
Et ça réhabilite ce que la mémoire jugeait ne plus avoir besoin
Ce que l’homme a de plus con en lui se manifeste de son vivant , j’en ai conscience depuis ton départ Jacqueline
Ce que je te dois que personne ne m’avait donné avant toi c’est de m’avoir fait être le peintre, l’artiste à part-entière que je suis
Passé 40 ans après, sentir comme tu m’inspires même si fort en ne tenant plus debout fait trembler l’émotion autrement que je savais, que l’Atelier me garde vivant dans un milieu littéralement modifié
Je le dis pas pour apprendre aux autres, ils s’en foutent, non je le dis qu’à toi toute seule, afin que tu saches que ce que tu as décidé seule continue son oeuvre
C’est pas évident de tenir un artiste en état d’exister
La preuve quand on se penche sur ce qui se raconte
la vérité de ce monde n’existe qu’entre des êtres qui se partagent qu’en le taisant aux autres. Alors personne ne peut rien en déformer, surtout pas parmi les plus proches qui appraissent à la fin après avoir été pas là pendant…
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