BEATRICE PAILLER – EXTRAITS DE L’AUTRE VERSANT


CANDIDO PORTINARI

BEATRICE PAILLER

EXTRAITS DE L’AUTRE VERSANT

Extraits de L’autre versant éditions Le Silence qui roule 2022

Fenêtres de Février (extraits)

L’ailleurs sans témoin s’invente d’un mot. Autre, il est autre, unique sous la paupière de l’heure. Aux portes de longue attente, premier pas du rêve, le poème pour viatique. Traversée sans nom, loin des fontaines, loin du pain, aveugle. La promesse est devant.

Un nom de terre, bois et buissons en semailles, un nom intouché, l’origine de chacun. Dans l’œil tatoué du lieu s’inscrit l’intime. Témoin de l’ailleurs, le marcheur va cherchant le lieu. Dans un retour à hier, images sauves du réel, il rejoint sa promise.

Des regards qui sont à lire, comme on sait écouter. Silence du souvenir. A-t-on manqué ? Pain blanc, pain noir, chaleur du ventre. A-t-on manqué ? Drap blanc, drap noir, pâleurs des voix. Peu de paroles, peu de gestes, toujours la main absente revient en mémoire.

Le sommet inaccessible. L’autre versant quel est- il ? L’oiseau s’y posera suivi du regard qui l’accompagne. Devançant l’espace, le neutralisant, l’œil gravit l’obstacle. L’ailleurs qu’il façonne le libère du réel. Un rêve à la mesure de l’infini.

Béatrice Pailler

DEVANT LA PALEUR DES JOUES


DEVANT LA PALEUR DES JOUES

Entre la promesse et la tante, Burgos leur semble le bout du monde

En hiver les vergers sont sur le point de fleurir entre deux chutes de neige

les champs attirent moins les tracteurs que les accès d’autoroutes

pendant que des enfants sèchent les cours pour se faire guetteurs d’écoulement de trafic de drogue

dans les fermes les agricultrices suppriment un repas sur deux pour régler leur pas sur le régime d’amaigrissement

La RN 10 mise en jachère, le long reptile des camions vers le Portugal ce cloud à la colère paysanne en regardant Paris avec des idées de siège

Les mannequins lambdas coupent les ficelles pour tendre le bras à la transfusion qui les sortirait de la mer morte

en entrant les engins agricoles au garage du Service d’Urgence…

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Niala-Loisobleu.

29 Janvier 2024

ORACLE


AUTEUR NON IDENTIFIE

ORACLE

Engagé dans l’enchevêtrement du tunnel le piège resserre son étau

Oracle à quitte ou double ?

Impossible de savoir, il est trop tôt pour croire à la victoire

il faut tenir et soutenir les barrages en dehors des discours par la foi des actes

à part la force étatique nul ne gagne par la promesse de gain de temps

Nous voici entrés dans le marécage

la vase fleurit aux pieds des homes de paille implantés par l’élu par défaut

pendant que l’Univers demande aux terriens de régler les dommages qui lui ont été faits

Notre patrimoine a toujours mêlé la flore à ses légumes

selon la règle des chefs-d’oeuvres abbatiaux

gardons-là

sans nous en désintéresser au profit d’une immigration endémique qui glorifie le trafic humain…

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Niala-Loisobleu.

28 Janvier 2024

DU FOND DU NOMBRIL


DU FOND DU NOMBRIL

L’aquoibonisme des éléments ramène au-delà du scandale

revenir au point de départ indique l’orée au niveau des larmes à la hauteur de la ceinture

le boyau se déplie de ce camion d’incendie

Et comme l’oeil unique de sa turne procède au dénouement de sa réserve

ne pouvant plus tout accepter du pouvoir qui n’agit qu’avec les mots de sa rhétorique

Ouste à la pauvreté de l’élevage

la stérilisation des campagnes

le droit de cuissage de la centrale de distribution

le maillage de la pêche des petits-bateaux

l’importation des primeurs qui fait le mensonge de l’achetons-français

l’Histoire en se recadrant sur la révolte paysanne s’exode genre Front Populaire pour déboulonner la passerelle du pont de singe d’une hiérarchie incompétente

Moi, Robin des Bois de 90 ans je bande mon arc en écartant la pillule bleue !!!!

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Niala-Loisobleu.

27 Janvier 2024

LA PIERRE CREUSE


LA PIERRE CREUSE

Le ciseau aux coups du maillet perce les vieilles infections

l’eau doit pouvoir passer pour gargariser le timbre de ma nouvelle voix

sans qu’un écho fallacieux se glisse par les joints d’un assemblage trompeur

J’ai trop souffert de ton corps perdu dans un rapt de bonneteau engagé par défaut

à présent en pensant aux enfants qu’on aurait eu, si

je me dis que quand on jette l’ô avec les bébés, j’ai le sentiment que la pierre n’a absolument rien de l’âme minérale…

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Niala-Loisobleu.

22 Janvier 2024

LES VOIX RANDONNEUSES


LES VOIX RANDONNEUSES

A la berme du chemin

toujours un oiseau qui sort du silence

agitant l’hibernation d’un coucou sortant remonter l’heure passée

Comme l’intempérie fige

la gorge se serre

avant la suée des reins

Que ces couleurs ont de questions semées

Me voilà entre l’impasse et l’ouvert sans demander conseil à ma canne

LES DERNIERS FEUX DU SOIR

Soir, beautés diverses, étrave heureuse, et je m’en suis allé parmi tous ces miroirs. J’avais déjà marché longtemps en quête de fossiles et de projets criards ; c’est que j’ai la soif âpre et ne sais pas où aller boire. Origine ? Futur ? Est-ce que le saurait pour moi mon corps qui murmure et respire si près

Sont conciliants les derniers feux du soir. C’était comme si l’air n’était plus aussi nu et qu’il fallait accepter de se rasseoir.

Gabrielle Althen

Du sac de billes d’un long voyage, ce qui roule et la mousse sont bord à bord de l’amour que le charnel laisse ouvert sans jamais recoudre; certains mots veulent toujours dire ce que d’autres ignorent. Je suis de plus en plus proche de l’arrivée, détaché de ma montre, la même innocence infantile de pensée au Centre d’un Hors-d’Âge lucide

Il faut sortir des trains de marchandise pour rester assis en selle

debout côté fenêtre par son couloir voyageur.

Niala-Loisobleu.

18 Janvier2024

TON FILS TE SALUE


TON FILS TE SALUE

Je t’ai rejoint dans une rencontre du 3ème type, plus rien ne nous séparant désormais

L’exposition dévoile, débusque, soude chaque recoin sans besoin d’une mécanique inopportune

Rien que le coeur du m’aime sang, mon Père

Le lien est mythique, tout ce qui a présidé à m’amener ici, dans les deux Charentes, a été initié par toi. Les congés payés d’abord après ta bataille de 36, la guerre et l’exode qui me conduisirent à Marans, et mon départ définitif de la capitale pour St-Georges-de-Didonne, via La Rochelle et St-Jean-d’Angely, avant de m’ancrer à Boutiers-St-Trojan via Jarnouzeau puis Cognac…

L’eau dans tout cela a joué le rôle principal

Tantôt cruel mais bienveillant au final en s’alliant d’un bout à l’autre au liquide dans lequel l’enfant pousse

Les derniers évènements du présent ont été fortement marqués par la mort

Mais c’est l’impression que cette folle de Camarde ne laisse que dans la proximité de tout deuil

LA VIE EST AUSSI PUGNACE QUE TU M’AS FAIT, PAPA

cette exposition en apporte la preuve en tous points :

JE PEINS DONC JE VIS

Aussi cette fois t’ai-je emmené avec moi pour te dire « Merci Papa »

Et tes petits-fils et arrières seront là en la personne de mon fils Patrice et de Cécile, son épouse, pour dresser haut au fronton la suite des DENEFLE alias NIALA…

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Niala-Loisobleu.

17 Janvier 2024

FRANCHI LA NEIGE


LEON DE SMET

FRANCHI LA NEIGE

Au bout du chemin, franchi la neige

le bout du banc reconnaît qu’il n’y voyait plus

le manteau tombe

ce qui bat dessous est nu

pour s’offrir sans rien cacher

Tout est accroché dans l’Hôtel-de-Ville

on flaire clairement la proximité du passage.

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Niala-Loisobleu.

10 Janvier 2024

OUVERTURE D’UNE AUTRE JEUNESSE


LEON DE SMET

OUVERTURE D’UNE AUTRE JEUNESSE

Comme le jour se lève au cri du coq

la table se débarrasse de mes 90 ans

ça n’est plus le même menu

c’est l’odeur d’un autre jour qui commence

Le sang qu’on a tiré de ma veine ce matin ne portait plus la même analyse

L’arrivée des deux expos tire à ailes, hier en un nouvel aujourd’hui, en descendant ma chambre d’un étage dans une autre notion d’ascension

Des valises chaque étape tirera son souffle dans la chronologie rythmée par les calendes

devant c’est l’océan, une égale étendue d’eau où le sel se mesurera

puisque les distances changent de ton à la volonté des jambes

je vois partir la silhouette connue des gens

comme si la fonte de leur sculpture s’adaptait à la circonstance

avec leurs paroles mises à l’épreuve de la vérité

Que ferai-je de promesses à l’emporte-pièce dans un présent qui refuse d’attendre le Messie

Ce petit-déjeuner est chaud comme une viennoiserie tirée du four par la planche d’une boulange amenée à table auprès du jus de l’orange laissée à l’arbre

Les derniers prêcheurs sortis de la boîte de Pandor ont perdu ma confiance

gageons que quelque soit la durée du temps qui reste, la voie choisie sera en dehors des embouteillages des hypocrisies d’amour et des promesses de mariage corrompues.

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Niala-Loisobleu.

10 Janvier 2024

L’EVIER BLEU – EDOUARD VUILLARD


L’EVIER BLEU – EDOUARD VUILLARD

Plongée jusqu’à la bonde, la vie écoule ses eaux grasses sur les sécheresses inopportunes en triant ses lentilles

Il y a eu les passages où la laitue croquait entre les dents

aussi les cressonnières entre l’entrée des champs et les dépendances des propriétés de famille dans l’angle d’un rôti pommes-frites du dimanche

les écoles séparant les garçons des filles comme un caleçon long d’un petit-bateau à l’écart de l’eau, recentraient le regard sur les mouvements de jambes de la maîtresse et boostaient les fausses confidences aux récréations

A l’arrière des églises on apprenait à faire du vélo à la fille qu’on avait descendue de balançoire, quelque chose de différent des tournantes d’aujourd’hui au plus profond de la cave

Cet Evier Bleu qu’Edouard a mis sur le gris de sa cuisine me ramène aux Nabis qu’il a créé dans l’extase d’une maturité acquise à l’écoute de la beauté

Je sais que je viens de mourir à la laideur, remis sur les rails de ma traversée

sans compter sur ce qui reste

juste en sortant le rêve des tiroirs, c’est le tout que j’ai bonheur à dire dans ton image qui me saute d’un oeil à l’autre

C’est vrai, j’ai fait ce que je voulais de ma vie.

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Niala-Loisobleu.

9 Janvier 2024